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France et la suite ?"La guerre c’est pas bon"

by le 29 janvier 2013

Trois réflexions de trois personnes différentes (François Soudan, François Soulages et Pierre Boiley) sur la suite que la France doit donner à son intervention, à la réoccupation d’une partie du Nord Mali et à la prise, symbolique, de Tombouctou.

La prise de Tombouctou, un "symbole" pour l’opération au Mali

Le Monde.fr- Mis à jour le 29.01.2013  Propos recueillis par Hélène Sallon

Les forces franco-maliennes ont repris sans combattre, dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 janvier, la grande ville de Tombouctou, dans le nord du Mali, mais n’ont pu empêcher l’incendie d’une bibliothèque abritant de précieux manuscrits par les islamistes en fuite. Tombouctou, située dans la boucle du fleuve Niger, était tombée l’an dernier aux mains de rebelles islamistes qui y ont détruit des mausolées soufis. Pierre Boiley, directeur du Centre d’études des mondes africains (Cemaf), analyse l’importance de la prise de Tombouctou par les forces franco-maliennes.

La prise de Tombouctou constitue-t-elle un tournant dans l’intervention au Mali ?

C’est un symbole, car Tombouctou est une ville bien connue, plus que Gao ou Diabali. On voit d’ailleurs comment la presse a titré sur l’événement. C’est important, car c’est une très grande ville, qui était tenue par les islamistes. Al-Qaida au Magheb islamique (AQMI) était installé à Tombouctou, avec des éléments de Ansar Eddine. C’était pour eux une position cardinale, même si AQMI est une organisation volatile qui ne cherche pas à prendre des territoires, mais à faire des coups de main et à avoir une force de nuisance. AQMI savait qu’elle ne pouvait pas résister militairement à une attaque frontale soutenue par des moyens aériens. Elle est plus à l’aise dans des attaques ponctuelles, des actions de guérilla.

C’est un tournant dans l’intervention, car cela clôt la reprise des bords du Niger et des deux grandes villes, avec Gao, qui ont été les symboles de l’application violente de la loi islamique (charia). C’est une défaite des islamistes mais elle n’est pas définitive. C’est également un tournant par rapport à la suite des opérations contre les salafistes. Car ils gardent encore une grande puissance de nuisance. Il reste à les chasser de tout le Nord, ce qui est une plus lourde tâche que la reconquête de la bande de territoire aujourd’hui accomplie. Le terrain est immense, les caches innombrables, et les conditions matérielles difficiles. Il serait logique, comme cela a été souvent évoqué, de s’appuyer sur les Touareg. D’ailleurs, plusieurs villes de la région de Kidal ont été déjà réoccupées par les forces du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui ont profité de la fuite des islamistes, et qui offrent leurs services pour la poursuite des terroristes sur une région qu’ils connaissent parfaitement.

Quelle va être maintenant la situation à Tombouctou ?

Pour Tombouctou, l’heure est à un retour à la normale, celui de l’islam confrérique modéré qui vénère les tombeaux des saints – dont hélas beaucoup ont été détruits. Pendant la période où la ville était dominée par les salafistes djihadistes, les autorités religieuses de la ville ont fait entendre leur voix contre l’islam rigoriste qui leur a été imposé. Mais il était difficile de s’opposer aux armes des salafistes.

Pour l’armée française, le travail est loin d’être achevé par la prise de Tombouctou. Elle ne peut partir maintenant, sinon il y aura des violences. La situation est complexe et l’armée malienne est réputée pour ses dérapages en terme de droits humains. La France a la responsabilité énorme de veiller à ce que la situation ne dégénère pas. Tombouctou est une ville de "peaux blanches" : Arabes, Touareg notamment. Le problème reste la possible vengeance de l’armée malienne contre ceux soupçonnés d’avoir soutenu les islamistes ou les indépendantistes. Une garantie internationale – et française – est indispensable pour éviter les exactions potentielles.

Quelle suite la France doit-elle donner à l’intervention militaire au nord du Mali ?

La question se pose désormais de savoir ce que va faire la France. Va-t-elle considérer que sa mission est terminée ? Ce serait une grave erreur de partir sans régler les problèmes politiques : aider le Mali à régler ses problèmes institutionnels et surtout contribuer, avec la collaboration des instances internationales, à traiter les problèmes de façon non sanglante dans le nord du pays. Si l’armée française n’assure pas la sécurisation de ces régions, il pourrait y avoir de nouveaux dérapages de l’armée malienne. C’est extrêmement important et urgent, car on déplore déjà plusieurs dizaines de personnes exécutées dans des conditions horribles. Et la France en sera aussi tenue pour responsable. 

La France fait bien d’intervenir au Mali, mais…

Blog de François Soulage – Le Vie publié le 29/01/2013 à 14:06

L’intervention militaire de notre pays contre les djihadistes du Sahel soulève de nombreuses questions.

L’intervention de la France au Mali est incontestablement un évènement marquant dans la vie politique de notre pays. C’est pourquoi il est nécessaire de revenir dessus car se posent à ce propos de nombreuses questions, d’autant plus importantes qu’il s’agit d’une intervention militaire dans une région où circulent beaucoup d’hommes et d’armes, une région où se confrontent depuis des siècles, et bien que musulmans tous les deux, des Arabes et des Africains.

Face à des opérations militaires, les chrétiens sont, par nature, très prudents car ce sont souvent les civils, et les plus pauvres, ceux qui n’ont pas réussi à se mettre à l’abri, qui paient le plus lourd tribut. Pour les chrétiens la guerre doit être autant que possible évitée.

Mais, ici, pouvait-on faire autrement ? Pouvait-on courir le risque de voir des extrémistes fanatiques prendre le pouvoir à Bamako, et se noyer dans la population, comme ils le font désormais dans le nord Mali ?

Il faut affirmer qu’il n’y a pas, dans ce cas, de conflit entre Occident chrétien et monde musulman, c’est une lutte contre des terroristes sur un terrain déterminé, ce n’est pas non plus la lutte contre le terrorisme en général, il s’agit ici de défendre un État et une population en danger. Je pense au contraire que cette action est le signe d’une réelle fraternité en allant au secours de populations victimes de nouveaux tyrans, s’abritant derrière une vision fanatique de la religion musulmane, pour cacher des trafics, des volontés de pouvoir est un véritable retour à l’esclavage, en particulier pour les femmes. La France a pris un vrai risque à l’écart du monde, je pense qu’il fallait le prendre.

Ce qui nous préoccupe, c’est qu’il ait fallu en arriver là faute d’un gouvernement malien et d’une armée dignes de ce nom. Ceci pose la question plus générale de l’aide à la construction d’une société civile et d’une société démocratique capables de prendre en charge l’avenir d’un pays. Or cette question est bien souvent mal résolue dans beaucoup de pays voisins et il ne faudrait pas que l’intervention militaire actuelle nous dispense de regarder cette réalité plus profonde qui est le caractère très discutable de la gouvernance de beaucoup de pays dits « amis » qui pourraient, de ce fait, être victimes des mêmes tentatives. 

 

Mali : "La guerre, c’est pas bon"*

28/01/2013 à 10h:21 Par François Soudan

 «Les photos sont là, il ne te reste plus qu’à les prendre », disait Robert Capa, le plus célèbre des grands reporters de guerre. C’est ce qu’a fait le photographe ivoirien Issouf Sanogo sur un terrain vague, non loin de Niono, au Mali, ce 20 janvier. Et l’image glaçante de ce légionnaire français au masque de mort qui fait cette semaine la couverture de Jeune Afrique a aussitôt créé le buzz sur la Toile, mieux que mille mots ou que mille mensonges. Nul doute que ce choix de une agacera les communicants de l’opération Serval, tant ce dérapage symbolique contrevient au message lisse d’une guerre exemplaire et aseptisée. Le risque en effet avec cette image, c’est qu’elle devienne l’allégorie macabre d’une intervention française encore obsédée par le reflet de ses errements coloniaux passés. Il y a moins d’un siècle, après tout, les ancêtres méharistes du légionnaire de Niono combattaient au Nord-Mali ceux des jihadistes d’aujourd’hui.

Soyons clair : Hollande contre Belmokhtar n’a rien à voir avec le général Mangin contre la confrérie Senoussia, et la photo du militaire au masque de Ghost, personnage emblématique d’un jeu vidéo ultraviolent, pour angoissante qu’elle soit, n’est pas plus représentative de l’opération en cours au Mali que les clichés de ce genre pris en Irak et en Afghanistan ne l’étaient du comportement général de l’armée américaine. Mais elle a le mérite de nous rappeler que cette guerre n’est pas un fantasme : exhiber un foulard mortifère sur un théâtre d’opérations n’est pas innocent, confondre réalité et virtualité comme le fait ce jeune soldat, non plus. Si la barbarie dont font montre les affidés d’Aqmi ne surprend plus depuis longtemps, il serait illusoire de s’imaginer que la reconquête du Nord dans laquelle l’armée française est en première ligne se fera sans bavures ni dérapages. Déjà, les exactions auxquelles se seraient livrées certaines unités maliennes contre les collaborateurs supposés – ou avérés – des groupes terroristes inquiètent.

François Hollande, dont la communication de chef de guerre toute de gravité, de concentration et de détermination nous change de l’absence de sobriété de son prédécesseur, se prépare à se rendre à Bamako pour y galvaniser ses troupes. Sans doute a-t-il perçu, derrière le soutien quasi unanime de l’Afrique à l’opération française, l’aveu gêné, presque humiliant, de ce recours à l’ancien colonisateur. Aveu d’impuissance, sur lequel on serait bien inspiré à Paris de ne pas trop appuyer en s’abstenant à la fois de rappeler sans cesse que la France a « sauvé le Mali » et de faire avaler aux Africains – qui sont tout sauf naïfs – la fable d’une intervention désintéressée, tout en expliquant aux Français et aux Européens réticents qu’elle est… dans leur propre intérêt.

La position de Jeune Afrique est sans ambiguïté. Nous approuvons cette ingérence franco-africaine, même si, ne nous voilons pas la face, elle restera jusqu’au bout et avant tout l’affaire de l’armée française. Comme celle qui a conduit à la chute du dictateur Mouammar Kaddafi, elle nous est apparue nécessaire tant il est vrai que l’aide aux peuples en danger ne se marchande pas. Ce qui n’empêche, de notre part, ni la lucidité ni la vigilance.

* De la chanson de Zao, "Ancien combattant"

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