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Que ce passe-t-il au Haut Conseil Islamique ?

by sur 29 octobre 2012

L’imam Mahmoud Dicko, son président, a-t-il été un peu trop loin dans le contrôle de l’organisme par la branche « wahhabite » qu’il représente, par rapport à la tendance malékite majoritaire au Mali ?

Le rôle de « faiseur de rois » qu’entend faire jouer Mahmoud Dicko au HCIM a-t-il fini par déplaire ? On se souvient qu’il a été en pointe dans le refus de l’adoption d’un code de la famille plus ouvert et que, pesant de tout son poids, il a fait céder président et députés.

Il a également voulu jouer un rôle de médiateur juste après le coup d’Etat du 22 mars et soutenu, lors d’un meeting dit « de prières », Cheick Modibo Diarra qui lui a, en retour, concédé la création d’un ministère des affaires religieuses (une première au Mali); il entendait aussi « négocier » un texte sur la charia avec Iyad Al Ghalli, leader d’Ançar Dine Salafia, à distinguer d’Ançar Dine, le mouvement créé en 1993 par Chérif Ousmane Madani Haïdara, vice-président du HCIM, désormais en délicatesse avec son président. 

Le HCIM, conçu il y a dix ans comme élément de rassemblement des courants de l’islam malien, va-t-il exploser ?

Les élections destinées à désigner la nouvelle équipe dirigeante du HCIM devant avoir lieu en janvier 2013, assiste-t-on à une mise en ordre de bataille des forces en présence ?

L’Imam Mahmoud Dicko, de tendance wahhabite, actuel président du HCIM

Chérif Ousmane Madani Haïdara, leader d’Ançar Dine , vice-président du HCIM

Le Haut Conseil Islamique du Mali : un organe partisan au service de l’islam wahhabite ?

Le Journal du Mali – Par Boubou CISSE/Joseph Brunet JAILLY – 28/10/2012

Le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) a été créé en janvier 2002 pour fédérer et représenter les diverses tendances de l’islam qui, selon les estimations, concernerait plus de 90% des Maliens. Dirigé par un président issu du Bureau Exécutif National élu pour 5 ans, le HCIM a été conçu pour affirmer la pluralité et la liberté religieuses et servir d’interface avec les pouvoirs publics. Il devait rompre enfin avec le système promu par l’Association Malienne pour l’Unité et la Progrès de l’Islam (AMUPI), courroie de transmission du parti unique de l’ancien dictateur Moussa Traoré.

En dépit d’un activisme des « Gens de la Sunna » ou « Wahhabites », le premier Bureau Exécutif National choisissait Thierno Hady Boubacar Thiam comme président. Ouléma modéré, Thiam représentait non seulement la majorité malékite, mais veillait à ce que le HCIM soit apolitique, tout en pesant dans la prise en compte des normes islamiques par les politiques publiques.

En janvier 2008, le HCIM voit l’élection de Mahmoud Dicko à la présidence. Imam de la grande mosquée sunnite de Badala, ex-Secrétaire Général de l’AMUPI et Premier Secrétaire sortant aux Affaires religieuses, Dicko est originaire du nord du Mali. S’il demeure évasif sur ses orientations wahhabites, il engage le HCIM dans l’arène politique dès 2009, où il parvient à faire suspendre la loi sur le Code de la famille et des personnes, auquel il impose 49 modifications adoptées en décembre 2011. Déjà, en septembre de la même année, le HCIM plaçait son Secrétaire Général à la tête de la Commission Électorale Nationale Indépendante en vue des élections générales.

Cet entrisme prend alors effet dans la crise qui éclate le 22 mars 2012. Après avoir joué un rôle de médiateur controversé auprès des putchistes, en août 2012, le HCIM sauve la place du Premier Ministre qui, en échange, crée un Ministère des Affaires Religieuses confié à l’un de ses membres. Le 23 septembre, il organise un atelier sur les conditions d’application de la charia et espère en présenter la résolution aux principaux leaders des forces armées salafistes du nord. Médiateur au sud comme au nord, le HCIM de Mahmoud Dicko vise désormais la nature constitutionnelle de l’État, sous couvert d’une restauration négociée de l’unité nationale.

De nouvelles élections du HCIM sont programmées pour janvier 2013. Si le Bureau sortant affiche une certaine confiance quant à sa réélection, un Groupement des Leaders Spirituels Musulmans du Mali s’est constitué fin octobre 2011, dirigé par le prêcheur Chérif Ousmane Madani Haïdara. Ennemi historique des Wahhabites, Haïdara est vice-Président de l’actuel HCIM et compte notamment le Président Thiam à ses côtés dans cette initiative. Son objectif consiste à rassembler l’islam malékite afin de peser, d’une part sur le rétablissement de la représentativité du HCIM et, d’autre part, sur le rejet du débat à propos de la charia, au profit de celui du maintien de la République laïque dans une stricte séparation entre le politique et le religieux.

Face à ce qui s’apparente à un verrouillage du HCIM par le Bureau sortant, lequel envisagerait d’augmenter sensiblement les montants du droit d’adhésion et de cotisation, le journal L’Aurore rapporte que le même Chérif Haïdara et son collectif souhaiteraient désormais mettre en place une nouvelle organisation et laisser le HCIM aux seuls tenants de l’option salafiste. Cette situation inédite rappelle étrangement celle qui prévaut en Côte d’Ivoire, où le Conseil des Imams Sunnites (CODIS) a fait sécession en se constituant en marge du Conseil Supérieur des Imams (COSIM).

 

Haut Conseil islamique du Mali : la division est consommée

A.Keïta – Aurore du 23 Octobre 2012

Partager la poire en deux est désormais une tâche impossible pour Mahmoud Dicko et Ousmane Chérif Haïdara ci-devant : président et le vice-président du Haut Conseil Islamique du Mali. Entre les deux ténors de l’organisation faîtière du monde musulman malien, la pomme de discorde ne se résume plus à une simple question de leadership sur fond de convoitise. À cette divergence latente vient se greffer une barrière beaucoup plus difficile à surmonter, un fossé plus difficile à combler que sont la différence d’approches des fondements de la religion commune.

La rupture était longtemps pressentie et les rapports entre les deux chefs religieux ne tenaient visiblement qu’à un fil. Celui-ci a finalement craqué pour de bon, la semaine dernière, à la faveur d’une visite du premier responsable d’Ançar Dine à l’Assemblée Nationale du Mali. Convié chez le président par intérim dans un cadre sur lequel nos sources ne sont pas précises, Ousmane El Madani Chérif Haïdara n’a fait aucun mystère de sa volonté de divorcer d’avec le Haut Conseil Islamique du Mali. Plutôt de perdre du temps dans les querelles de leadership et tentative de le contrôler, le plus célèbre des prêcheurs du Mali a opté pour la création d’une organisation religieuse parallèle.

Notre source indique, par ailleurs, que ladite organisation sera probablement portée sur les fonts baptismaux d’ici à la mi-novembre et pourrait être massivement rejointe par l’AMUPI, une association qui partagerait les mêmes visions et objections qu’Ousmane Chérif El Madani Haïdara sur les dérives vers lesquels tend le HCMI sous la gouverne du Wahabite Mahmoud Dicko. Il est en effet reproché au président du Haut Conseil des prises de position trop tendancieuses qui présentent l’organisation sous des traits peu conforme au rôle et à la mission qui lui sont dévolues par nature. C’est du moins l’impression qu’a laissée à certains milieux associatifs musulmans l’épisode du fameux meeting officiellement dédié à des bénédictions mais qui aura été consacré à une véritable élégie du l’actuel Premier Ministre au détriment de ses adversaires politiques.

Quoi qu’il en soit, la plupart des observateurs en ont déduit, non sans raisons, une instrumentalisation politique qui affecte forcément la notoriété d’une organisation par vocation neutre et équidistante des forces politiques du pays. Au lieu de quoi, la nouvelle vocation du Haut Conseil Islamique aura donné des idées à d’autres acteurs du monde musulman au point de les inciter à investir un terrain politique où le rôle d’arbitre leur aurait mieux convenu. Il s’agit notamment du Chérif de Nioro qui a clairement signifié à ses ouailles son intention d’explorer le monde politique et l’a aussitôt manifestée en apportant un soutien actif, la semaine dernière, à la manifestation du front putschiste contre l’arrivée de la Cédéao.

Le malaise créé au Stade du 26 Mars n’est pas l’unique pomme de discorde entre le président du Haut Conseil et la tendance de Haïdara. Et pour cause : le second suspecte par ailleurs le premier d’œuvrer discrètement à la percée des islamistes intégristes qui partagent avec lui les mêmes visions et conceptions religieuses essentiellement basées sur l’application de la charia. La branche dissidente de l’organisation faîtière est par conséquent convaincue qu’un triomphe des « jishadistes » et de l’intégrisme se fera au détriment de la tolérance religieuse et, partant, pourrait consacrer la disparition de toutes les autres tendances différentes.

Comme on le voit, la démarche des adversaires du président du Haut Conseil s’inscrit aussi dans un combat de survie et d’existence identitaire de plus en plus menacées au regard d’un risque évident de conforter l’ascendance du ‘Wahabisme’ sur les autres entités islamiques maliennes.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle donne pourrait consacrer la fin d’une union sacrée que le monde musulman malien aura longtemps mise à profit pour asseoir son influence, souvent aux dépens de la laïcité, des fondements démocratiques et de l’autorité de l’État. Il faut tout de même espérer que la division visiblement consommée ne fasse le lit des incompatibilités et replis identitaires au point de courir à la violence pour les manifester et solder les comptes.

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