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« La gloire des imposteurs » par Aminata Traoré

by sur 10 janvier 2014

Hier jeudi 9 janvier, Aminata Traoré, sociologue, militante altermondialiste et ancienne ministre de la culture, présentait son dernier ouvrage, essentiellement composé de ses correspondances avec le romancier sénégalais Boubacar Boris Diop, publié sous le titre « La gloire des imposteurs » (Ed. Philippe Rey), sous titré « Lettres sur le Mali et l’Afrique ».

Interviewée à cette occasion, comme d’habitude Aminata Traoré ne manie pas la langue de bois.

Aminata Traoré reste, avant tout, une militante, exprimant les certitudes qui se rattachent à cette qualité.

Aminata Dramane Traoré: « Le mal du Mali provient de son absence de souveraineté »

10/01/2014 – O.S  – Book

Dans La gloire des imposteurs (Philippe Rey), le romancier sénégalais Boubacar Boris Diop et la sociologue malienne Aminata Dramane Traoré s’interrogent sur ce qu’il reste de la Françafrique et sur l’impact de l’opération Serval sur la relation entre le Mali et la France.

« Ma chère Aminata,  Je sais que ces temps-ci tes compatriotes se réveillent chaque matin le cœur étreint par l’angoisse, surtout au nord où les combats font de nouveau rage. Les plus exposés, ce sont bien entendu les plus pauvres, comme toujours. Et surtout ils ne se sentent pas défendus face aux djihadistes et aux rebelles touareg, car vos soldats, mal équipés, refusent le combat ou même désertent. » Tel est le triste constat dressé par Boubacar Boris Diop pour évoquer la situation actuelle au Mali.

Quel a été l’impact réel de l’intervention armée au Mali ?

Dans La gloire des imposteurs (Philippe Rey), correspondance entre le romancier sénégalais et la sociologue malienne Aminata Dramane Traoré, les deux intellectuels s’interrogent. Que reste-t-il de Françafrique ? Quel fut l’impact réel de l’opération Serval ? Tous deux opposés à l’intervention massive de l’armée française au Mali en janvier 2013, les deux intellectuels tentent de comprendre la crise dans laquelle le Mali est plongé et qui annonce, selon eux, « davantage une ferme reprise en main néoimpériale de l’Afrique subsaharienne que sa seconde indépendance » : « Mon cher Boris, je n’ai pas besoin de te dire quel événement est au centre de toutes les discussions : le coup d’État du 22 mars 2012 « 

« Nous ne sommes pas toujours libres de choisir nos dirigeants »

« Nombreux sont ceux qui, ici et ailleurs, explique la sociologue Aminata Dramane Traoré, ne veulent pas savoir à quoi le putsch a mis fin : à un système pluraliste exemplaire et intelligible pour tous les Maliens ou à une sinistre mascarade destinée à séduire la « communauté internationale » ? Tu connais bien ma réponse. Je reste profondément attachée aux idéaux de justice et de démocratie pour lesquels plus de trois cents Maliens sont tombés en mars 1991. Si nos martyrs ont consenti, il y a vingt ans, au sacrifice suprême, c’était pour que notre pays soit libre et souverain à l’intérieur de nos frontières, mais aussi dans nos relations avec les puissances étrangères. Notre mal, Boris, tient en ces mots : absence de souveraineté. Le monde entier peut constater chaque jour que nous ne sommes pas toujours libres de choisir nos dirigeants et que l’orientation de nos politiques économiques nous échappe complètement.« 

Un projet antérieur aux événements maliens

Mais la discussion ne s’arrête pas là. Ce dialogue permet en effet aux auteurs de partager leurs réflexions sur les guerres actuelles de l’Occident hors de ses frontières, ainsi que sur la Côte d’Ivoire, la Libye ou l’énigmatique printemps arabe : « Mon cher Boris, je parle beaucoup de cette initiative originale autour de moi et je me rends compte, au fil des conversations avec des amis communs, que pour nombre d’entre eux notre échange, à la fois personnel et destiné au public, a été décidé en réaction à la guerre au Nord-Mali. Ils ont bien du mal à me croire quand je leur réponds qu’en fait ce projet est antérieur d’une année au moins aux événements si fortement médiatisés aujourd’hui. »

 

Aminata Traoré : «Pourquoi devrions-nous dire merci à la France?»

Par 20Minutes – 9 janvier 2013 – Propos recueillis par Faustine Vincent

Aminata Traoré janvier 2014Aminata Traoré

INTERVIEW – Un an après le début de l’intervention Serval, l’écrivain et femme politique Aminata Traoré réagit pour «20 Minutes» aux interventions françaises au Mali et en Centrafrique…

Aminata Traoré, ancienne ministre malienne et militante altermondialiste, s’est montrée critique dès le début de l’intervention Serval au Mali, dont c’est le premier anniversaire samedi. Elle publie avec Boubacar Boris Diop La gloire des imposteurs, lettres sur le Mali et l’Afrique (Ed. Philippe Rey) ce jeudi.

Vous êtes critique sur les interventions françaises au Mali et en Centrafrique. Pourquoi?

On ne résout pas par les armes des problèmes liés à la politique économique internationale menée depuis plus de trente ans en Afrique. Il faut revenir aux origines du problème: les institutions internationales de financement, auxquelles participe la France, n’ont pas développé l’Afrique mais l’ont au contraire fragilisée, secrétant le chômage et la pauvreté.

Parmi les terroristes il y a aussi des jeunes désespérés, sans avenir. On les retrouve parmi les djihadistes au Mali ou au sein de la Seleka [ex- rébellion, accusée d’avoir commis de nombreuses exactions contre les civils centrafricains]…

Les points communs entre le Mali et la Centrafrique ce sont le profil des acteurs, les causes profondes de la déstabilisation et la militarisation.

Au Mali, les djihadistes menaçaient d’atteindre Bamako et terrorisaient la population, tandis qu’en Centrafrique les violences avaient pris une ampleur alarmante. Fallait-il ne pas intervenir malgré tout ?

Je ne veux pas me laisser enfermer dans ce questionnement car je n’aime pas commencer par la fin de l’histoire. Il faut se demander comment on en est arrivé là. La guerre en Libye menée par Nicolas Sarkozy a déstabilisé toute la région. Le Mali a été le premier pays à en faire les frais, à cause de la circulation des armes venant de Libye et la rébellion touareg.

En quoi ?

La France a fait un mauvais calcul : elle croyait que les touaregs d’origine malienne, qu’elle a soutenus, se battraient contre al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), qui menace pour la France. Or les rebelles se sont alliés aux djihadistes, et ont eu raison de l’armée malienne. La France est donc intervenue pour réparer les dommages qu’elle avait causés, et nous devrions dire merci? Si on n’explique pas aux gens les origines du problème, on devient redevable à la France de nous avoir libérés alors qu’on était victime.

François Hollande, qui a décidé d’intervenir, a hérité de cette situation…

Sarkozy a eu sa guerre en Libye, fallait-il que la gauche ait la sienne? François Hollande aurait pu faire autrement, sans déployer l’armada. Il avait dit qu’il n’enverrait pas de troupes au sol, ce qu’il n’a pas respecté. Je suis militante de gauche. Quand François Hollande est arrivé je me suis dit qu’il y aurait un dialogue. Mais il n’y a aucune volonté d’écouter l’Afrique. Les officiels et les ONG sont écoutés, certes, mais pas les voix dissonantes comme la mienne.

Quelles conséquences a selon vous l’intervention au Mali?

Au début l’opération a été saluée. Les terroristes ne sévissent plus à Gao, Kidal et Tombouctou. Mais ils se sont dispersés. On a connu des attentats après l’opération Serval : peut-on dire que le pays a été sécurisé ?

Vous mettez en doute les motifs de l’intervention française au Mali et en Centrafrique…

On nous prend pour des idiots: on nous dit «on va vous protéger» alors que la France est là simplement pour ses intérêts. Derrière l’humanitaire, c’est une guerre de positionnement pour défendre des intérêts géopolitiques – contre le terrorisme-, mais aussi pétroliers et miniers –le Mali et la Centrafrique ont des ressources naturelles convoitées.

La France souhaite que les Africains puissent assurer leur sécurité par eux-mêmes, et va par ailleurs réduire ses effectifs au Mali. Vous vous en réjouissez?

Ce n’est pas mon souci. Le plus important c’est d’expliquer, et que la France respecte les Africains. Il ne faut pas faire de l’Afrique une planète à part.

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One Comment
  1. MAILLARD permalink

    conflits d’intérêts ! bien sûr !
    si on s’informe un peu ,c’est évident !
    merci à Aminata de nous apporter un autre « éclairage »,
    la propagande fonctionne toujours aussi bien ,
    quand les gens prennent pour argent comptant tout ce qu’on leur dit,
    mais l’addition, il faudra la payer
    quand « l’Afrique s’éveillera » . . . et qu’elle prendra son destin en main

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