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Négocier ? Avec qui ?

by sur 14 mars 2014

Entre un IBK intraitable et des rebelles divisés, la Minusma tente de mattre des ateliers en place…

 

Mali – Ag Mohamed Assaleh : « J’annonce haut et fort ma dissidence du MNLA »

Propos recueillis par Benjamin Roger, envoyé spécial à Bamako – 10/03/2014 à 09:29

Ancien haut responsable du MNLA, Ibrahim Ag Mohamed Assaleh a définitivement rompu avec la rébellion touarègue. Il compte annoncer la création officielle de son propre mouvement à Alger d’ici à la mi-mars. Interview.

Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, ancien chargé des relations extérieures du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), joue désormais sa propre partition dans les complexes négociations pour un accord de paix au Nord-Mali.

Evincé de la rébellion touarègue à la fin du mois de février, sur fonds de profondes tensions avec son leader, Bilal Ag Acherif, l’ancien député de Bourem va annoncer, d’ici la mi-mars, la création officielle de sa propre organisation à Alger.

Soutenu par les autorités algériennes, ce futur « mouvement politico-militaire », selon les termes de son fondateur, entend enfin faire aboutir l’accord de paix avec le gouvernement malien.

D’après Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, cette nouvelle dissidence serait soutenue par une majorité des cadres du MNLA et compterait près de 8 000 combattants armés. De passage à Bamako, où il a officiellement informé les responsables maliens et ceux de la Minusma de sa démarche, le rebelle touareg a reçu Jeune Afrique pour expliquer ses objectifs.

Jeune Afrique : pourquoi avez-vous définitivement claqué la porte du MNLA ?

Ibrahim Ag Mohamed Assaleh : Car je constate qu’avec Bilal Ag Acherif nous resterons dans une situation de « ni paix ni guerre », alors qu’il faut savoir faire la guerre, mais aussi la paix, quand cela est nécessaire.

Que lui reprochez-vous ?

De vouloir instrumentaliser le combat légitime du peuple de l’Azawad au profit d’autres agendas, notamment ceux de certains États, qui ne correspondent pas aux nôtres.

C’est à dire ?

Je parle en particulier du conflit entre Rabat et Alger dans lequel nous ne devrions pas nous immiscer, en tant que peuple qui lutte pour son droit à vivre en toute liberté et en toute dignité sur son territoire.

Vous accusez donc Bilal Ag Achérif d’être trop proche des autorités marocaines
Ce n’est pas qu’il est trop proche de Rabat. Nous partageons notre frontière avec l’Algérie. S’il n’y avait pas eu la colonisation française, il n’y aurait pas de frontière entre l’Azawad et l’Algérie. Notre peuple est situé de part et d’autre de cette délimitation. Par contre, nous n’existons pas au Maroc.

Et vous, vous ne répondez pas aux intérêts algériens ?

Ecoutez, je suis très indépendant vis à vis des intérêts algériens et nous sommes autonomes dans notre lutte. Si vous pensez que je suis proche d’Alger, je vous réponds « oui, nous le sommes géographiquement et socialement ». La majeure partie du sud algérien est occupée par des Touaregs. Je pourrais même dire que je suis à 50% algérien.

Bilal Ag Acherif a-t-il officiellement sollicité une médiation marocaine dans les négociations actuelles entre les groupes armés du Nord du Mali et le gouvernement malien ?

Oui. Il a sollicité une médiation auprès du roi du Maroc. Au lieu de solliciter cette nouvelle médiation, alors que nous avons déjà celle de la Cédéao, grâce à laquelle nous avons signé l’accord de Ouagadougou, il faudrait accepter celle de l’Algérie. C’est un pays frère avec lequel nous partageons les mêmes communautés de chaque côté de la frontière.

Quel est l’objectif de votre dissidence ?

J’ai déclaré haut et fort la création de ma dissidence. J’ai écrit au représentant spécial des Nations unies et chef de la Minusma, M. Bert Koenders, pour l’en informer. Je lui ai fait savoir que nous ne répondions plus aux instances dirigées par Bilal Ag Acherif au sein du MNLA. Nous allons déclarer la création de ce mouvement politico-militaire dans les jours à venir, d’ici la mi-mars, à Alger. Il sera consacré à la défense des droits légitimes du peuple de l’Azawad dans le processus de négociations avec Bamako.

Combien de combattants armés comptera ce mouvement ?

Il est difficile de définir un nombre exact de combattants, car certains se sont prononcés et d’autres attendent notre déclaration officielle pour se prononcer. Mais je suis sûr et certain que nous compterons environ 8 000 hommes. Nous avons aussi l’adhésion de plus de 60% de la population azawadienne.

Comment va s’appeler cette dissidence ?

Son nom sera annoncé le moment venu et chacun l’entendra.

Entendez-vous participer à la relance du dialogue avec les autorités maliennes ?

L’indépendance de l’Azawad n’est plus à l’ordre du jour à partir du moment où nous avons signé le respect de l’intégrité territoriale du Mali dans l’accord de Ouagadougou. Nous allons nous battre pour qu’il y ait un contrat social entre l’Azawad et Bamako sur les aspects politico-institutionnels, sécuritaires, économiques, ou encore socio-culturels, afin d’aboutir à un accord de paix durable. Nous souhaitons des négociations à travers la communauté internationale, la Cédéao, et l’Algérie, pour pouvoir atteindre le maximum des aspirations du peuple de l’Azawad.

Cette nouvelle dissidence ne va-t-elle pas apporter encore plus de confusion dans les négociations de paix ?

Cette dissidence n’apportera pas de confusion parce que nous existerons sans le sigle du MNLA. Nous allons exister sous un autre nom, pour justement éviter toute confusion.

Où va Azawad ?

Soumis par agellid le lun, 03/03/2014 – 09:19 – A. Azergui – Tamazgha

Tout laisse à croire que rien ne va plus depuis quelques mois dans l’Azawad. Plus d’un an après l’intervention française, le pays est moins sûr. Plusieurs dizaines de civils ont été tués courant des mois de janvier et février 2014 dans des circonstances pour le moins obscures. Les groupes djihadistes y font également leur retour.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), affaibli, est traversé par des courants rivaux aggravés par l’intervention marocaine et des réactions du régime d’Alger.

Insécurité. 

Depuis début janvier 2014, plus de cinquante civils touaregs ont été tués dans des attaques près de Gao et aux confins de l’Aïr.

Les assaillants seraient des membres du MUJAO, le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest. Des sources touarègues accusent l’armée malienne d’être directement impliquée dans les tueries. Ces attaques surviennent alors que les groupes djihadistes, chassés par l’armée française de l’Azawad, entament leur retour et sèment déjà le chaos dans la région. Et ils le font savoir.

Dans un article paru le 27 février 2014, le quotidien Le Monde écrit que “des familles qui ne comptaient pas parmi leurs soutiens ont dû quitter leurs villages. Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) mène par ailleurs depuis six mois une campagne d’assassinats ciblés contre ceux qui ont aidé l’armée française sur le sol malien, en particulier des cadres touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Une dizaine de membres – ou des proches – du MNLA ont déjà été tués”.

Selon ce même quotidien, parmi tous les groupes djihadistes présents dans l’Azawad, c’est le groupe Ansar-Dine, dirigé par le chef touareg Iyad ag Ghali, qui a le vent en poupe. Il est le plus visible sur le terrain. Les cadres et membres de ce groupe auraient investi leur zone d’influence traditionnelle au nord de Kidal, près de la frontière algérienne.

Le quotidien nous apprend qu’à Boughassa par exemple, depuis le début février, la population a été informée qu’elle devait afficher son soutien ou partir. A Abeybera, Ansar-Dine a décidé, début février, de faire circuler une police islamique et a procédé à la distribution d’argent à la population.

A Tassissat, à 30 km au nord ouest de Abeybera, s’était tenue, courant de l’été 2013, la réunion d’AQMI déclenchant la campagne d’assassinat contre les “collaborateurs” des Français.

Ce retour d’Ansar-Dine a été encouragé et initié par les services algériens. Début février, les services de renseignements français affirmaient avoir localisé le chef de ce groupe à Tinzaouatin [1] dans la région de Tamanrasset. Iyad s’y cacherait avec l’assentiment des services de renseignements algériens. Ce dernier, pour rappel, fait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la justice malienne et figure depuis un an sur la liste noire des terroristes recherchés par les Etats-Unis.

La réactivation d’Iyad serait une conséquence directe de l’intervention marocaine dans le dossier de l’Azawad !

Le MNLA affaibli.

Il n’est pas interdit de mener une action diplomatique active en faveur de l’Azawad, mais il s’agit de la mener avec discernement et être en mesure de bien choisir ses alliés ainsi que ses partenaires.

Avec le recul, la visite effectuée par le secrétaire général du MNLA et le porte-parole de ce même mouvement à Marrakech et leur rencontre avec Mohammed VI semble avoir précipité le mouvement sur une arène dont il ne maîtrise pas totalement les enjeux et les contours.

Le MNLA a été totalement dépassé par les conséquences de son action “diplomatique”. En voulant jouer dans “la cour des grands”, le MNLA s’est fait piétiner et déchiqueter. L’audience (puisqu’elle est présentée comme telle par le palais royal) accordée par le roi de la monarchie alaouite aux deux chefs du MNLA n’a été d’aucun bénéfice pour le mouvement. Elle a juste permis à Rabat, qui espérait damer le pion à Alger dans le Sahel, à peser sur la politique du Mali dans la région et à inciter ce pays à retirer sa reconnaissance des séparatistes du Polisario.

La récente visite de Mohamed VI à Bamako où il a été accueilli en “sauveur” vient confirmer que le MNLA n’était qu’un marchepied, un étrier pour les services marocains, rien de plus. Le MNLA, qui n’en a tiré aucun profit politique, a permis à la monarchie marocaine de revenir sur la scène africaine et de bousculer les agendas algériens dans la région, avec la bénédiction de la France.

Il faut dire par ailleurs que la gestion des “aventures marocaines” d’Ag Achérif, sur le plan de la communication, laisse à désirer. Le MNLA n’a pas communiqué suffisamment sur cette visite. Il a même utilisé dans son propre communiqué, le même lexique d’un texte fade rendu public par le cabinet royal de Mohammed VI.

Certaines images fournies par les chaînes marocaines sont plus éloquentes que le silence du MNLA.  Sur le front interne, le MNLA semble de plus en plus divisé. Certains de ses chefs, d’après des sources locales, s’accaparent tous les pouvoirs et décident sans se référer aux autres membres. D’ailleurs lors de la visite à Marrakech, les hauts cadres du MNLA n’étaient même pas au courant de la visite : ils ont appris la nouvelle par les médias.

Des médias maliens ont fait état récemment de la parution d’un nouveau mouvement, celui de des Cavaliers de l’Azawad pour l’Azawad (MCAA). Il n’est pas exclu que d’autres mouvements puissent voir le jour dans les semaines à venir. Des cadres du MNLA s’étaient retirés du Mouvement et il est fort probable qu’ils s’aventurent dans la création de nouvelles organisations. Cet émiettement sonnerait le glas du MNLA et de son projet de l’Etat de l’Azawad.   

Réactions algériennes.

L’Azawad est devenu, au fil des années, un terrain de luttes géopolitiques entre plusieurs Etats riverains dont les Etats algérien et marocain. La visite à Marrakech de Bilal Ag Chérif a été très difficile à digérer pour Alger qui compte désormais faire payer cher le prix de cet affront aux groupes touaregs. Le choix marocain a été fait suite à la contestation de la médiation algérienne par le MNLA qui a refusé de prendre part, le 19 janvier 2014, à des discussions parrainées par les autorités algériennes.

En voulant s’échapper au “piège algérien”, le MNLA s’était précipité dans la souricière marocaine. Réagissant à l’audience accordée au MNLA par Mohammed VI, les autorités algériennes ont d’abord réactivé Ansar-Dine et les groupes djihadistes qui leur sont liés dans la région.

Les scissions au sein du MNLA semblent aussi être provoquées par l’instrumentalisation, par le DRS, de groupes touaregs rivaux et de clans tribaux qui s’entredéchirent pour contrôler le mouvement.

Récemment, le quotidien algérien Echorouk a rapporté que les autorités algériennes ont appelé tous les groupes touaregs à une “rencontre islamique de réconciliation au Mali”.

De son côté, le site d’information H-Azawad [2] qui affirme qu’Alger a appelé tous les groupes actifs dans l’Azawad a créer un front commun pour faire barrage à l’intervention marocaine dans la région. Ag Achérif aurait rejeté cette initiative qui, selon des sources locales citées par ce site, risquerait de limiter sa liberté d’action. 

Diplomatie.

Il est certain que les Etats de la région, notamment Alger et Rabat, sont très nuisibles au MNLA et à sa cause, celle de l’instauration de l’Etat de l’Azawad. Tous les deux s’opposent catégoriquement à ce projet qu’ils ne cautionneront jamais pour des raisons géopolitiques.

Le but de ces deux Etats anti-amazighs est d’instrumentaliser les groupes touaregs et terroristes également pour étendre leur influence et placer leurs pions dans la région pour mieux la déstabiliser et la contrôler.

Les Touaregs ont certes de très vilains voisins. Ils ne peuvent pas les changer. C’est la triste réalité, mais c’est l’une des règles intangibles de la géopolitique. Il ne leur reste donc que leur intelligence et leurs armes, s’il le faut, pour se libérer. Et bien sûr beaucoup de diplomatie, la vraie, et de communication, une communication intense et qui doit rompre avec le bricolage et l’amateurisme.

A. Azergui 

 

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