Skip to content

Oumar Tatam Ly : les raisons d’une démission

by sur 16 avril 2014

Il n’est pas inintéressant de revenir sur la démission du premier ministre, le « technicien » Oumar Tatam Ly, ne serait-ce que pour bien mettre en perspective, les luttes internes à l’oeuvre au sommet du pouvoir malien.

Nul doute que ce premier ministre technicien, assez étranger aux luttes de pouvoir, qui n’avait rien à en attendre, ayant une compétence reconnue dans une profession bien rémunérée, fils d’un militant politique mort des suites d’un emprisonnement musclé sous Moussa Traoré, et dont la Mère fut nommée ambassadeur à Paris par Alpha Oumar Konaré, n’avait pas l’échine suffisamment souple pour accepter les nécessaires compromissions avec un Président lui-même prisonnier de la large coalition qui l’a soutenu.

S’estimant ne pas être soutenu contre les pressions s’exerçant sur lui, soucieux de mettre en place une gouvernance transparente, souhaitant instaurer des procédures indiscutables dans le recrutement des hauts fonctionnaires serviteurs de l’Etat,  agacé par les nominations de complaisance, il a donc préféré  tirer les conclusions de son manque de liberté d’action.

Ci-dessous, les termes de sa lettre de démission et  l’instruction qui a provoqué le clash et motivé sa décision.

Instruction N° 001 du Premier ministre Oumar Tatam Ly : La vraie raison d’une démission ?

Publié le 15 avr 2014 – 6:07 – Assane Koné – Le Républicain
Dans sa volonté d’ « amélioration de la qualité et des performances des administrations publiques », qu’il considère comme « facteur clé de bonne gouvernance » et « un des objectifs majeurs de l’action gouvernementale », l’ancien Premier ministre Oumar Tatam Ly, le 27 mars 2014, a pris l’instruction N° 001, PM-CAB, qu’il a envoyé à tous les ministres dès le même jour. Aujourd’hui, tout porte à croire que cette décision du Premier ministre Oumar Tatam Ly serait la pomme de discorde qui a précipité son départ de la Primature.
Il avait cru à la volonté politique affichée d’aller vers le changement réclamé par le peuple malien. Il n’avait pas compris que loin d’être réelle, cette volonté politique affichée pour un éventuel changement, n’était qu’un appât pour avoir le maximum de maliens.
Avant de s’en rendre compte, le Premier ministre Oumar Tatam Ly était convaincu qu’ « une attention particulière soit accordée au choix des personnes qui ont la charge de diriger les services et organismes publics ».
Dans ce cadre, le Gouvernement, sous sa houlette a décidé d’instituer une procédure de sélection en vue de pourvoir les postes de Directeur, ou assimilé des établissements publics et des projets et programmes.
« Il s’agit de procéder au choix des Directeurs des structures publiques concernées, à travers un processus transparent, en lieu et place de la procédure discrétionnaire actuellement pratiquée », indique clairement l’Instruction N° 001, PM-CAB du 27 mars 2014. Avant d’ajouter que « la présente instruction a pour objet de préciser les conditions et les modalités de mise en œuvre de l’appel à candidature en vue de pourvoir les postes de Directeur, des établissements publics et des projets et programmes ».
Selon l’instruction du Premier ministre Oumar Tatam Ly, adressée aux différents ministres « l’appel à candidature est de règle pour le choix des Directeurs ou assimilés des services et organismes publics ci-après : les établissements publics à caractère administratif, les établissements publics à caractère scientifique, technologique ou culturel, les établissements publics à caractère industriel et commercial, les établissements publics à caractère hospitalier, les projets et programmes nationaux ».
Pour être conforme avec sa logique, le Premier ministre avait déterminé une procédure de sélection. Selon l’Instruction N°001, « Le Ministre concerné doit préparer et faire publier un avis d’appel à candidature pour le poste à pourvoir ». Il a même prévu les éléments constitutifs de l’avis : le titre du poste; la description des tâches; les conditions générales de travail; les conditions d’âge, de formation, d’expérience à remplir; les dossiers à fournir; la date limite de réception des dossiers.
Si dans le cas échéant, l’avis peut inclure d’autres éléments compte tenu de la nature du service ou de l’organisme, l’Instruction prévoit la mise en place d’ « Une Commission d’évaluation et de classement des candidats ». Cette commission comme son nom l’indique « procède à l’évaluation des candidats, sur dossier et sur entretien, et à leur classement par ordre de mérite. Elle propose trois (3) candidats au Ministre de tutelle ». Ce dernier a l’obligation de motiver son choix parmi les trois candidats.
Soucieux de la transparence dans toute la procédure, le Premier ministre Oumar Tatam Ly a même prévu la composition de la Commission : Le Directeur des Ressourcés Humaines; le Représentant du Ministre; le Représentant du Ministre chargé de la Fonction Publique; le Représentant du Commissariat au Développement Institutionnel; le Représentant du Conseil d’Administration lorsqu’il en existe; le Représentant de la Direction Centrale du Secteur.
« Pour les nominations par décret pris en Conseil des Ministres, une communication verbale explicitant la procédure de sélection est faite à l’appui des fiches (A et B) de proposition de nomination en Conseil des Ministres », a même prévu l’Instruction N° 001. « J’attache du prix à l’exécution de la présente instruction », avait conclu Oumar Tatam Ly.
Par cette instruction N° 001, le Premier ministre Oumar Tatam Ly, sans trompettes ni tambours, s’était donné les moyens de mettre l’administration malienne à l’abri du clientélisme et de l’achat de conscience qui caractérise notre démocratie.
Mais, comme on est jamais mieux servi que par soit, dans le contexte de nos démocraties sous les tropiques, aucun parti au pouvoir ne peut accepter une telle décision. Ils sont nombreux dans nos partis politiques, sous le prétexte de se battre pour le Mali et pour le bonheur du peuple malien, se décarcassent en réalité que pour eux-même. Donnant du coup à nos formations politiques l’image de boîte de placement des cadres, méritant ou pas. Et, pire souvent ce sont ceux qui déboursent le plus qui sont propulsés aux postes « juteux » au sommet de l’Etat.
Donc, si Oumar Tatam Ly devait rester à la Primature, il allait comme il l’a dit, attaché du prix à l’exécution de son Instruction n° 001. Et, cela ne devait pas être du tout du goût du RPM et de son Président.
Cette décision est de nature à réduire la marge de manœuvre du Président de la République et de son parti dans le placement d’un certain nombre de cadre en guise de récompense politique. Dans le contexte malien actuel, il faut un peu de courage pour appliquer des mesures comme celles édictées par Oumar Tamtam Ly dans l’Instruction N° 001.
Nous espérons que le Premier ministre Moussa Mara accordera un crédit à la décision de son prédécesseur. Dans le cas contraire, les maliens pourront dire à Dieu au changement. Parce qu’il commence par-là, dans le choix des hommes et des femmes qui doivent animer l’administration au plus haut sommet.

 

PRIMATURE CABINET DU PREMIER MINISTRE REPUBLIQUE DU MALI ; Un Peuple- Un but- Une Foi

Bamako, le 27 mars 2014-04-14
Le Premier Ministre
Chef du Gouvernement

A Mesdames, Messieurs les Ministres

L’amélioration de la qualité et des performances des administrations publiques, facteur clé de bonne gouvernance, est un des objectifs majeurs de l’action gouvernementale.
L’atteinte de cet objectif requiert notamment qu’une attention particulière soit accordée au choix des personnes qui ont la charge de diriger les services et organismes publics.
C’est dans ce cadre que le Gouvernement a décidé d’instituer une procédure de sélection en vue de pourvoir les postes de Directeur, ou assimilé des établissements publics et des projets et programmes.
Il s’agit de procéder au choix des Directeurs des structures publiques concernées, à travers un processus transparent, en lieu et place de la procédure discrétionnaire actuellement pratiquée.
La présente instruction a pour objet de préciser les conditions et les modalités de mise en œuvre de l’appel à candidature en vue de pourvoir les postes de Directeur, des établissements publics et des projets et programmes.

1. Des services et organismes publics concernés:
L’appel à candidaturecandidature est de règle pour le choix des Directeurs ou assimilés des services et organismes publics ci-après :
– les établissements publics à caractère administratif;
– les établissements publics à caractère scientifique, technologique ou culturel;
– les établissements publics à caractère industriel et commercial; les établissements publics à caractère hospitalier;
– les projets et programmes nationaux.
2. De la procédure de sélection:
Le Ministre concerné doit préparer et faire publier un avis d’appel à candidature pour le poste à pourvoir.
Cet avis doit comporter:
– le titre du poste;
– la description des tâches;
– les conditions générales de travail;
– les conditions d’âge, de formation, d’expérience à remplir; les dossiers à fournir;
– la date limite de réception des dossiers.

Le cas échéant, l’avis peut inclure d’autres éléments compte tenu de la nature du service ou de l’organisme.
Une Commission d’évaluation et de classement des candidats procède à l’évaluation des candidats, sur dossier et sur entretien, et à leur classement par ordre de mérite. Elle propose trois (3) candidats au Ministre de tutelle.
Le choix du Ministre doit être motivé.
La Commission est composée comme suit:
– Le Directeur des Ressourcés Humaines;
– le Représentant du Ministre;
– le Représentant du Ministre chargé de la Fonction Publique;
– le Représentant du Commissariat au Développement Institutionnel; * le Représentant du Conseil d’Administration lorsqu’il en existe; * le Représentant de la Direction Centrale du Secteur.
Pour les nominations par décret pris en Conseil des Ministres, une communication verbale explicitant la procédure de sélection est faite à l’appui des fiches (A et B) de proposition de nomination en Conseil des Ministres.
J’attache du prix à l’exécution de la présente instruction.
Oumar Tatam L Y

Le film de la démission du PM : Quand Tatam Ly suscite la colère d’IBK

B.S. Diarra – La Sentinelle – 11 Avril 2014

La lettre de démission du désormais ex-premier ministre, Oumar Tatam Ly a suscité les courroux du Président IBK au point que ce dernier s’est abstenu de le rappeler et s’est immédiatement mis à la recherche de son remplaçant.
Les événements se sont précipités dans la journée du samedi 05 avril. Alors que le président IBK était dans la logique d’un voyage paisible sur Kigali, il reçoit, dans la matinée (aux environs de 10 heures), la lettre de démission de son premier Ministre, Thierno Oumar Tatam Ly.
Le document fait allusion à des cas de dysfonctionnements et de blocage de la machine gouvernementale. Et l’auteur y rappelle qu’il n’a pu convaincre le destinataire de «la nécessité de ses évolutions lors de nos entretiens des 2, 3 et 16 Mars ainsi que du 04 Avril 2014».
En clair, à ces dates précises, M. Tatam Ly a en effet rencontré le président IBK en vue de lui suggérer la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale mais débarrassée des ministres Soumeylou Boubèye Maïga (Défense), Mohamed Ali Bathily (justice), Madame Bouaré Fily Bouaré (Finances ), Ben Barka ( Promotion des Investissements), Tieman Hubert Coulibaly (Domaines de l’Etat et Affaires foncières), Zahaby (Affaires étrangères), Bocary Tereta (Développement rural). Le dernier cité est en outre le secrétaire Général du parti présidentiel.
Mais pour le président IBK, il était hors de question de se défaire de ces personnages dont certains occupent des départements de souveraineté, relevant donc de sa seule discrétion. C’est donc tout logiquement qu’il déclina la proposition de son premier ministre. L’on n’en était cependant pas à la rupture.
C’est donc le samedi 05 avril, dans la journée, sans crier garde et sans auparavant avertir son employeur lequel s’apprêtait à voyager, qu’il lui fit parvenir sa lettre de démission.
Il nous revient qu’IBK a piqué une de ses graves colères. S’estimant trahi par celui qu’il a chéri, cajolé et protégé comme son propre fils, il décida d’accepter la démission en s’abstenant de rappeler son auteur. Et immédiatement, avec certains proches, il se mit à la recherche d’un nouveau premier ministre. La page Tatam Ly venait, pour lui, d’être tournée.
Il fallut cependant plusieurs heures pour dénicher Moussa Mara. Il était presque 18 heures.
Signalons que l’information relative à la démission du Premier ministre sortant était déjà parvenue dans les rédactions de presse avant la nomination de son remplaçant. Comme pour dire que, quelque part, l’on voulait bien le départ de M. Ly. Les raisons sont multiples (lire notre article : « Il avait un agenda politique avec Cheick Oumar Diarra».

La démission de Tatam Ly vue par le RPM « Il avait un agenda politique avec Cheick Modibo Diarra »

Selon des indiscrétions, le Premier ministre sortant était dans la logique de contrôler un nouveau parti érigé sur les cendres du RPM… Un parti dénommé MORAMA ou Mouvement Rassembleur pour le Mali. Au Q.G du RPM, on parle désormais de trahison.
Réagissant à notre article sous le titre «Ils ont eu Tatam… Ce qui attend Mara» (La Sentinelle N° 012 du lundi 07 avril), un haut responsable du parti RPM a réagi. Pour lui, « ce ne sont pas nous qui l’avions eu ! Il s’est fait avoir ».
Aux dires de ce cadre RPM qui a voulu préserver l’anonymat, il n’y a jamais eu de conspiration contre le Prémier ministre sortant Oumar Tatam Ly. «Dès lors qu’Ibrim l’a choisi, il a mis tous les siens en demeure de le soutenir et de le protéger », précise notre interlocuteur. Et de poursuivre : « qu’importe que nous soyons d’accord ou non avec lui. Nous avions l’obligation de respecter les consignes du président. C’est ce que nous avions fait».
«Mais Thierno (Tatam Ly), voulait être plus royaliste que le roi » fustige notre confident. « Il a voulu imposer au président le départ de certains ministres parmi lesquels, des alliés politiques de taille, voire même le secrétaire Général du parti RPM, Bocary Téréta… C’était tout simplement inadmissible et revoltant ! ». Et, à en croire, ce responsable et cadre du parti, ce fut la goutte de trop.
Poursuivant ses révélations, notre interlocuteur souligne que M. Tatam Ly, auparavant inconnu et méconnu sur la scène politique était pourtant dans la logique de contrôler le parti.
« Avec l’ex ambassadeur Cheick Oumar Diarra à qui il voue une grande admiration, les deux hommes voulaient créer une autre entité sur les ruines du RPM… Un parti dénommé MORAMA ou Mouvement Rassembleur pour le Mali.
A en croire, l’orateur, ils avaient entrepris de saper le moral de la troupe en faisant admettre que le parti RPM était une coquille vide, qu’il faille le redynamiser avec des alliés. Et s’il parvenait à faire démarquer certains ministres et les faire remplacer par les siens, son coup aurait presque réussi».
Selon notre interlocuteur, « le maître à penser de M. Ly, entendez Cheick Oumar Diarra, avait d’ores et déjà pris langue avec des alliés politiques à l’insu du parti RPM et d’IBK lui-même ». Il a fallut, poursuit-il, que ce dernier (IBK) le ramène à l’ordre.
A en croire donc notre source, c’est un véritable coup d’Etat politique que le Premier ministre sortant préparait contre le RPM. Raison pour laquelle, sa démission y a été favorablement accueillie.

Dans sa lettre de démission datée du 5 avril : Oumar Tatam Ly désigne IBK comme le facteur bloquant de sa quête de performance gouvernementale

Mamadou FOFANA – L’Indépendant du 7 Avril 2014
Dans sa lettre de démission du 5 avril 2014, le désormais ex-Premier ministre a motivé son départ par l’impuissance où le président IBK l’a placé en lui refusant l’autorisation de « doter le gouvernement de compétences accrues » pour en corriger « les dysfonctionnements et les insuffisances »
Tout le monde sait qu’il fallait procéder, après les dernières législatives, à la composition d’une nouvelle équipe gouvernementale. Pour cela, le Premier ministre aurait dû d’abord rendre sa démission au président de la République. Quitte alors à celui-ci de le reconduire dans ses fonctions ou de le remplacer à ce poste, séance tenante ou après quelques consultations. Au Mali, rien de tout cela n’a été observé.
Le président IBK ayant ainsi décidé. Se moquant éperdument des attentes de la classe politique et, principalement, celles plus que légitimes des partis alliés qui l’ont soutenu lors de la présidentielle de 2013. On a accusé à tort le Premier ministre Oumar Tatam Ly de s’accrocher à son fauteuil, alors qu’en réalité c’est IBK lui-même qui constituait le principal facteur de blocage ; en n’autorisant pas son Premier ministre à procéder aux « changements attendus par IBK lui-même et par le peuple malien » .
En langage moins diplomatique, le président de la République n’a pas souscrit aux propositions de solutions qui lui ont été soumises par le Premier ministre Oumar Tatam Ly en vue de corriger « les dysfonctionnements et les insuffisances relevés dans la marche du Gouvernement » . Une marche qui devait nécessairement passée par la composition d’une nouvelle équipe gouvernementale et à laquelle IBK était opposé.
En effet, le président est devant un dilemme : en prenant ses nombreux neveux dans l’équipe gouvernementale, il ne sait plus qui dégager pour faire de la place à qui. En outre, il hésite entre les amis de son fils Karim et les barons de son parti, le RPM.
On peut alors aisément supposer que le Premier ministre Oumar Tatam Ly en avait ras-le-bol des multiples interférences et des nombreux pôles de décision qui ont grandement réduit sa » capacité à relever les défis se présentant » devant lui. D’où sa décision de rendre le tablier le samedi dernier.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :