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Assassinat des journalistes de RFI

by sur 25 avril 2014

Peu soupçonnable de corporatisme, j’ai déjà eu l’occasion de vous faire part des réflexions d’un certain nombre de confrères (et de consoeurs) dont je partage les interrogations et les colères.

Les dernières ce week-end, avec la médiatisation à outrance de la libération des confrères retenus en Syrie (ce dont, bien évidemment, nous nous réjouissons), en regard de la discrétion qui a entouré le maintien en détention de Gilberto Rodriguès Léal et Serge Lazarevic.

Concernant ce dernier, j’ai vu l’intervention de sa fille au 20h de France 2 où elle posait (naïvement ?) la question de savoir si un retraité avait moins de valeur marchande qu’un journaliste…

La fin de Michel Germaneau (retraité sans attaches familiales proches, se dévouant pour une cause humanitaire), dont on a retrouvé le passeport, mais pas la dépouille, dans la région de Tombouctou, « mort comme un chien au milieu d’une horde de hyènes« , apporte une bonne partie de la réponse…

J’ai aussi envoyé le lien vers le blog de mon pote journaliste Gérard Ponthieux dont je partage tout à fait l’approche du métier; vous pouvez le retrouver à l’adresse suivante : http://c-pour-dire.com/journalistes-otages/

C’est donc avec une certaine légitimité (à défaut d’une « bonne conscience ») que je livre aujourd’hui l’article paru sur le blog de Jean-Pierre Schneider, ami de Ghislaine Dupont, journaliste de RFI assassinée le 2 novembre avec son technicien-son Claude Verlon, reprenant l’interview donné à  Médiapart sous le titre : « Ce que les juges doivent savoir ».

Il se situe dans la ligne des enquêtes menées sur les saloperies commises au nom de « la raison d’Etat »; l’une des plus parlantes (l’assassinat des religieux en Algérie) concernant aussi les relations coupables des « services » entre l’Algérie et la France…

Assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Mali / Ce que les juges doivent savoir

Médiapart le 24 avril 2014 ; repris par Par Lerepublicainmali le 25-04-2014

Une information judiciaire a été ouverte au début du mois d’avril dans le cadre de la procédure liée à l’assassinat, le 2 novembre 2013 à Kidal au Mali de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, respectivement journaliste, conseillère éditoriale de la Rédaction « Afrique » de RFI et technicien son radio. Trois magistrats instructeurs ont été désignés : Laurence Le Vert, Christophe Teissier et Marc Trévidic.
Ami proche de Ghislaine et de sa famille, Pierre-Yves Schneider rappelle ici certaines informations, s’interrogeant sur le récit -depuis six mois- des autorités et de certains commentateurs à propos du contexte, des circonstances réelles et du mobile de ce double assassinat.
Une tragédie qui semble oublié par la plupart des médias alors que l’actualité est centrée à nouveau depuis Pâques et la libération de quatre journalistes de Syrie et le décès d’une nouvelle victime au Mali, sur la question des otages.

Médiapart : Cette information judiciaire et cette désignation de trois juges chargés de l’instruction, c’est bien non ?
C’est dans la logique de la procédure et c’est indispensable pour pouvoir avancer, mais six mois pour en arriver là, c’est très long. Pour la maman de Ghislaine, qui est une vieille Dame, et qui bien évidemment se porte partie civile, mais aussi pour tous ceux, amis, collègues, citoyens qui demandons justice et qui voulons connaître toute la vérité.
M : Mais il faut laisser les juges travailler maintenant…
Oui, mais dans le secret ici cela voudrait dire le fort risque de l’oubli ! Il faut parler, écrire, questionner !
A l’occasion de la libération des journalistes enlevés en Syrie, je lisais mardi dernier un article dans un quotidien du matin sur les prises d’otages et les mouvements responsables de ces actions au Mali : pas un mot pour rappeler le double assassinat du 2 novembre. Comme si une page était tournée qui ne méritait même pas d’être mentionnée pour parler de la question ! Même constat à l’occasion de l’annonce de la mort de M. Gilberto Rodriguez Leal enlevé près de Kayes.
L’oubli est une réalité humaine mais c’est aussi une variante que certains savent très bien mobiliser. On se doit de partager les informations, les suppositions, les doutes que je livre ici dès aujourd’hui, et non qu’on apprenne la vérité dans dix ans à l’occasion de la sortie du livre d’un magistrat ou les confessions tardives d’un agent de renseignement.
Notre devoir à tous est d’aider les juges et la justice. Parallèlement, s’il pouvait y avoir aussi quelques journalistes sérieux pour enquêter, ce serait bien. Pour l’instant, à ma connaissance, c’est plutôt le néant.
Je crois néanmoins que des bouches vont s’ouvrir ici et là pour apporter rapidement d’autres éléments de vérité.
M: Pourquoi parler de journalistes « sérieux » ?
Je veux parler de celles et ceux qui se retrouvent naturellement dans les principes et les pratiques professionnelles que Ghislaine a toujours défendus. Sans concession, sans accommodement avec la pseudo « raison d’Etat », cette « raison » qui ne couvre trop souvent que des intérêts honteux et inavouables aux citoyens et donc aux lecteurs ou aux auditeurs.
Qu’ils soient Français ou Africains. Ghislaine l’a montré, discrètement, mais beaucoup mieux que d’autres, dans sa vie de journaliste, en particulier quand elle a traité de la RDC (République Démocratique du Congo) pendant plusieurs années ; ce qui lui a valu d’être scandaleusement mise au placard, sur ordre, jusqu’en 2012 par quelques chefs zélés, petits et grands de l’époque à Radio France Internationale.
M : On va vous traiter de donneur des leçons…
Peu importe. Il n’y a pas ou plus de consensus possible dans cette corporation. Il y a des journalistes et des médias qui font leur boulot et ceux qui ne le font pas. Ces derniers sont aujourd’hui majoritaires. Je le dis d’autant mieux et sans complexe que nous en avons parlé des dizaines de fois avec Ghislaine depuis l’époque où nous étions sur les bancs de l’Ecole de Journalisme, il y a trente-cinq ans.
J’imagine, si elle était encore là, la teneur possible de nos discussions cette semaine sur le traitement médiatique de la libération des journalistes otages de Syrie…
Dans ses commentaires, Ghislaine aurait été plus dure que nous tous. Vous savez, Ghislaine était discrète, elle détestait l’auto-célébration et le narcissisme professionnel.
M : Revenons aux circonstances de la tragédie de Kidal et puisque l’on parle à l’instant de la presse, les médias ont très vite souligné que les militaires français avaient fortement déconseillé à Ghislaine et Claude de se rendre dans le nord.
Ce n’est pas vrai, Serval n’a pas refusé de les transporter pour des motifs sécuritaires mais pour de simples raisons logistiques.
Lors de leur arrivée à Bamako, trois jours avant de partir vers le Nord, Ghislaine et Claude ne savaient pas encore comment ils allaient se rendre à Kidal, et a priori, ils avaient plusieurs possibilités. S’ils ont finalement accepté la proposition de la MINUSMA (ONU), c’est juste la veille de leur départ de Bamako.
M : Cela n’interdit pas qu’ils aient été fortement dissuadés de s’y rendre du fait des risques encourus !
Quels risques ? Quels risques mesurables ? Celui d’être enlevé en plein centre ville d’une bourgade dépeuplée depuis deux ans mais où il y a des centaines de militaires français, sénégalais, togolais (ONU) et maliens chargés officiellement du maintien de la paix ? Quels risques ? Celui d’être abattu comme un animal dans le désert au cours d’une mission qui consistait à préparer des directs radio sur « la réconciliation dans le Nord » ? Des émissions auxquelles –sollicités par Ghislaine- des officiers avaient accepté volontiers de participer ?
Ainsi les militaires les auraient dissuadés de séjourner à Kidal tout en travaillant avec eux sur l’émission spéciale qu’ils étaient censés réaliser à la demande de leur direction ? Cela manque totalement de cohérence.
M : Alors, c’est RFI qui n’aurait pas du les y envoyer …
On se trompe alors de cible. Faute de connaître ou de vouloir comprendre. RFI, ce n’est pas TF1 ou BFM télé envoyant à chaud un commando de baroudeurs cathodiques pour un traitement factuel de l’actualité dans un pays qu’un spectateur français moyen ne saurait pas situer sur une carte du monde !
Que la rédaction de la première radio internationale française, l’antenne d’information de référence des élites francophones africaines, et donc bien sûr au Mali décide d’être présente à Kidal pour produire plusieurs émissions d’information sur la crise dans le nord à quinze jours des élections générales , est-ce honnêtement contestable ? Non.
M : Mais Kidal s’est révélé beaucoup plus risqué et donc plus dangereux que prévu…
Qu’est ce que cela veut dire, a posteriori ? Qu’ils auraient dû se déplacer là-bas avec des gilets par balles (Ils en avaient avec eux d’ailleurs) et ne réaliser des interviews qu’en présence de gardes du corps dans une arrière cave fermée à clef ?
Pourquoi, à ce propos, ne se pose-t-on pas les simples questions de bon sens ? Rappelons quelques faits. Ghislaine et Claude sont arrivés le mardi 28 octobre midi à Kidal. Ils ont circulé librement en voiture avec leur chauffeur durant trois jours entre 8 h30 et 17 h30 pour réaliser des interviews.
Tout le monde les a vu d’autant plus qu’ils étaient déjà venus en juillet. Quand je dis tout le monde, c’est vraiment tout le monde, c’est à dire la population, des jeunes et des femmes de toutes origines ethniques qu’ils interrogeaient ici et là , les responsables d’ONG qu’ils ont visités, les officiels et les militaires du MNLA (Mouvement de libération touareg) ou d’autres « mouvements rebelles » qu’ils ont interviewés, des officiers de la Minusma qu’ils ont rencontrés et bien sûr la force Serval…
Pourquoi alors n’ont ils pas été un tant soit peu protégé par les uns ou par les autres, ne serait-ce qu’à distance, durant ces quatre jours ? Si un risque réel –par exemple d’enlèvement – était connu, alors comment expliquer cette désinvolture incroyable de la part des responsables du maintien de la paix, sachant Ghislaine et Claude en train de travailler librement en ville ? Sur quel sujet au fait ? La Paix justement !
M : Certains disent que Ghislaine n’avait pas fait le bon choix en logeant à la Mairie, symbole du sud, si j’ose dire….
Pourquoi ? Ils étaient retournés là où ils avaient été bien accueillis, et là où tout s’était bien passé déjà en juillet, là où logent les fonctionnaires de l’Etat Malien, le seul endroit où des militaires montent la garde la nuit. Et puis d’abord, qu’est-ce que cela change au regard des événements à suivre ?
COMMENT ET PAR QUI CERTAINS ONT-ILS ETE PREVENUS ?
M : Pourquoi êtes-vous de plus en plus sceptique quant au récit des autorités sur l’enlèvement et sur le double assassinat ?
Je le suis depuis le début ou presque, et je ne suis évidemment pas le seul. Je me méfie d’un récit où on n’évoque jamais le contexte politique hors quelques belles phrases redondantes sur la menace terroriste permanente.
Mais voyons maintenant davantage dans le détail : comment peut-on croire ce récit qui évoque la découverte des corps de Ghislaine et Claude le samedi 2 novembre à 14h25 à 12 km de Kidal par une colonne de véhicules blindés de Serval, alors que plusieurs personnes, y compris des hautes personnalités françaises, maliennes ou « onusiennes » ont appris la nouvelle de leur mort avant 14 heures ?
M : C’est vous qui le dites !
Non, ce sont des journalistes qui ont suivi les événements du 2 novembre, minute par minute. Entre autres à leur poste de travail à RFI (Radio France internationale) bien sûr. Et j’imagine qu’ils en ont parlé aux enquêteurs de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) dès le mois de novembre.
M : Peut-être n’était-ce qu’une simple mais sinistre rumeur suite à l’annonce de l’enlèvement ?
C’est exactement ce que m’a affirmé l’Ambassadeur de France à Bamako au mois de février. Il s’agirait donc d’une rumeur colportée, par exemple et sans scrupule, par un ancien Ministre, par des envoyés spéciaux, par un haut responsable de la diplomatie française…
M : En tout cas, ce n’est pas connu, ils ne s’en vantent pas ?
Non, et pour moi cela renforce l’hypothèse qu’on nous cache depuis six mois des des faits qui dérangent, et pas qu’un peu !
M : Lesquels ?
Par exemple celui concernant la voiture des ravisseurs. Selon les autorités françaises, en l’occurrence le procureur de la République, l’explication privilégiée a tout de suite été une panne mécanique qui aurait pu entraîner leur panique après quelques kilomètres de piste.
Ainsi, leur double crime abject aurait été perpétué avant qu’ils ne s’évanouissent à pieds tranquillement dans le désert, laissant leurs affaires personnelles à l’intérieur du véhicule, les portes de celui ci hermétiquement closes, les fenêtres grandes ouvertes … Comment faut-il comprendre cela. Il y a pour le moins une énigme.
Toujours est-il que les mécaniciens de l’armée, ceux du DLA,(Détachement Liaison et Appui) puis les gendarmes maliens ont bien vérifié le Toyota sur place, puis à nouveau au camp de base à Kidal. S’il est vrai que ce 4 x 4 là avait, lui, un embrayage fatigué, une batterie usée et une fuite d’huile sur le pont avant, il a été clairement établi que son état mécanique ne pouvait pas expliquer son immobilisation soudaine (« un véhicule en bon état de marche » précise l’expert) après 10 km de piste effectués à vive allure.
DES TEMOINS EVOQUENT PLUSIEURS VEHICULES
M : Vous parlez comme s’il y en avait eu plusieurs, de véhicules.
A l’endroit où celui ci s’est immobilisé, on ne sait pas, mais en ville, c’est oui : deux autres 4 x 4 suspects ont été vus (et qui dit vu, dit ici, à Kidal : repérés par tous) deux ou trois jours avant l’enlèvement dans ce même quartier.
L’un d’entre eux aurait même stationné devant la maison du notable du MNLA, Ambeiry Ag Rissa – chez qui Ghislaine avait effectué son dernier interview- quelques minutes seulement avant l’attaque (13h05) des quatre ravisseurs à bord du 4×4 retrouvé dans le désert.
De plus, l’un des ravisseurs enturbannés a tiré en l’air juste avant que ce pick-up démarre. Pour les Touaregs témoins de cette scène, cela indiquait à l’évidence un signal adressé à des complices…
M : Revenons à cette histoire de panne, ce scénario hypothétique mais officiel pourrait il en cacher un autre ?
Ce que nous pensons, c’est qu’un hélicoptère de l’armée a repéré puis pris en chasse, pendant un certain temps le véhicule, quelques minutes à peine après l’annonce de l’enlèvement. Précisons que celui-ci a eu lieu à Etambar, un quartier de Kidal qui se trouve très proche des sorties Nord et Est de la ville. Or, l’aérodrome et le camp de Serval et de la Minusma sont aussi dans ce même secteur, à l’Est, en direction de Tin Essako justement.
M : Il n’y avait pas d’hélicoptère ce jour là à Kidal avait précisé un général français le 3 novembre, démentant tous les témoignages contraires parus la veille et le matin même, laissant entendre que la plupart des hélicos étaient en opération à plusieurs centaines de km à l’Ouest dans le cadre de l’opération Hydre qui avait débuté la semaine précédente.
Pas d’hélicoptère à Kidal ? Le jour même où un général des forces armées d’interposition de l’ONU (MINUSMA) y débarque pour quelques heures ? Vous pouvez le croire, moi non. Un ami qui connaît beaucoup mieux que moi les affaires militaires nous disait il y a plusieurs semaines : Kidal ou ses environs sans hélico le 2 novembre 2013, c’est comme le Clémenceau sans avion de chasse le jour de la visite de l’amiral de la flotte !
M : Mais officiellement, un Tigre est bien arrivé sur zone ?
Oui, venu de Tessalit, nous dit-on, à 15 h30 heure locale, soit deux heures et vingt ou vingt cinq minutes après l’enlèvement !
M : Et donc, revenons à l’hypothèse du survol d’un hélico juste après la sortie de la ville…
Et bien tout le monde est dans l’embarras, car il est très difficile de le reconnaître. Parce que certains savent que cette intervention a pu précipiter d’une façon ou d’une autre la tragédie mais aussi parce qu’il y a eu l’antécédent de Niamey.
Rappelez- vous, cet enlèvement de deux jeunes français (Vincent Delory et Antoine de Léocour) dans la capitale nigérienne un soir de janvier 2011. La poursuite par des hélicoptères des forces spéciales et l’élimination physique des ravisseurs mais aussi dans le même temps la mort des otages à bord du 4×4, peu après le passage de la frontière, côté malien.
M : Faut il pour autant condamner une action qui serait avant tout une tentative de sauvetage par hélicoptère ?
Intervenir dans ce cas, c’est prendre un risque énorme pour la vie des victimes du rapt, c’est une évidence. Alors, le cas échéant, s’il a été pris, comment a t il été mesuré militairement, politiquement -et je dirais aussi médiatiquement – par la chaîne de commandement ?
M : Tout ça dans un contexte très particulier…
Oui, celui de la libération des otages d’Arlit quatre jours avant, celui de la réaffirmation par l’Elysée de la non remise de rançon en cas de prise d’otage … et alors que cette libération est intervenue en partie à Kidal, le jour même de l’arrivée de Ghislaine et Claude dans cette ville.
M : Un contexte particulièrement complexe à décrypter ….
D’autant plus que le ministère de la Défense et les divers services de renseignements étaient en désaccord profond sur ces questions d’otages et sur l’avenir du Nord Mali comme l’ont raconté dans la presse plusieurs grandes signatures des questions militaires l’automne dernier.
UNE SCENE D’EXECUTION
M : Admettons qu’un hélicoptère soit donc intervenu, qu’il y ait eu contact ou non, que les ravisseurs paniquent ou qu’ils aient été réellement immobilisés avec leur véhicule, le procureur François Molins avait évoqué dès novembre une éventuelle tentative de fuite de Ghislaine et Claude pour tenter d’expliquer le contexte possible du double meurtre.
Je ne comprends pas cette déclaration et elle me glace. La scène du crime découverte et observée par les militaires arrivés sur place à 14h25 est lisible. C’est celle d’une exécution. Les corps criblés de balles de Ghislaine et de Claude sont à moins d’1m50 l’un de l’autre, à 30 m devant le véhicule. Et vivants, aucun des deux n’étaient en état matériel ou physique de courir et de s’enfuir. Les juges le savent.
M : Dans ce cas, (et a fortiori si l’hélicoptère en question n’a jamais existé ce que vous ne croyez pas) pourquoi ces deux exécutions en plein désert ?
On ne le saura que le jour où l’on apprendra avec certitude qui sont les membres du commando, qui sont vraiment les tueurs et pas uniquement quand on arrêtera le propriétaire de l’un des pick-ups, trafiquant et traitre notoire sans envergure (Ag Akabo) dont on nous parle depuis novembre et de lui seulement. Une seule piste réelle en six mois dans une région où toutes les communications téléphoniques sont interceptées, c’est pour le moins étonnant. Si ce n’est pas le cas, qu’on nous le fasse savoir .
Et puis bien sur, le plus important à découvrir, c’est qui sont réellement les commanditaires. Qu’il s’agisse d’une branche d’AQMI, d’Ansar Dine ou de certains éléments des services de renseignements algériens…
… Pardon ?
C’est une hypothèse très argumentée émise par des officiers opposants algériens il y a déjà deux mois. Cherchez sur la toile, je ne l’ai pas inventé.
M : Si j’interprète bien les informations que vous confiez ici, ce ne sont pas simplement « deux blancs » qu’on aurait enlevés puis éliminés à Kidal, ni même « deux journalistes », mais avant tout deux collaborateurs de Radio France Internationale, symboles de la France.
C’est une hypothèse forte. Elle est personnelle. C’est donc celle d’un crime délibéré, un signal adressé à Paris. Vous savez bien, dans la plupart des grands épisodes « terroristes » que l’on a connu depuis trente ans, il est rare que les premières revendications aient été les bonnes, et l’on a retrouvé souvent des Etats ou des services de renseignement là où l’on ne voulait ne voir a priori que des fous furieux et fanatisés.
Pour ce qui est de la fonction et de l’image des journalistes de RFI, et pour reprendre ce que j’avais évoqué dans ce blog en novembre, il me semble que sans réel débat et sans nouvelle explication publique sur leur métier, le risque causé par cette ambiguité est desormais énorme, en particulier pour les envoyés spéciaux.
M : Tout cela fait en effet du matériau à creuser pour les juges …
Et pour les journalistes qui sont concernés à double titre.
M : Qu’est-ce que Ghislaine aurait pensé de cet entretien, selon vous ?
Que mes infos ne sont pas « sourcées » et ça lui poserait peut être problème. Je lui répondrais en revanche qu’elles sont recoupées.
M : Vous avez crée une association (1) avec les amis les plus proches de Ghislaine en mars. Vous avez déjà demandé deux fois à être reçu par le Président de la République …
Sans succès pour le moment
QUELLE RAISON D’ETAT ?
M : Pourquoi demander encore à le rencontrer maintenant qu’il y a une information judiciaire ouverte ?
Il y a forcément deux enquêtes. L’une judiciaire, l’autre « administrative »…
Et puis, si les militaires ne disent pas toute la vérité, pensez vous que les juges parviendront à la trouver sans l’aide du chef des armées ? S’il est question de « raison d’Etat » , qu’on ait au moins le courage de nous le dire, à nous !
Par ailleurs, est-il digne que la mère de Ghislaine (« votre fille, c’est l’honneur de la France , Madame », lui a dit le Président le 3 novembre) n’ait jamais reçu d’explications, de nouvelles, de lettre, d’appel téléphonique de la part d’un Ministre ou d’un collaborateur du chef de l’Etat depuis six mois ?
M : Vous n’évoquez pas les autorités maliennes…
Un juge a été nommé à Bamako. Mais la justice n’est pas en état de réellement travailler sur Kidal, c’est ce que tout le monde nous dit, y compris les autorités maliennes. Je sais malgré tout que des contacts récents ont été pris par les avocats des familles de Ghislaine (Me Christophe Deltombe) et de Claude (Me Cathy Richard). Ca avance.
M : … et du côté du Président IBK ?
Marie-Solange, la mère de Ghislaine, qui est aussi Présidente de l’association, lui a écrit et lui a fait remettre une lettre personnelle en espérant une réponse. Celle-ci m’a été fermement promise les yeux dans les yeux par son directeur de cabinet, devenu aujourd’hui ministre de la Communication de la République du Mali. Nous étions alors début février.
———————————————
(1) Les Amis de Ghislaine Dupont est une association loi 1901
Une page Facebook est ouverte et actualisée : les amis de ghislaine dupont
De même qu’un compte Tweeter : AmisGhislaineDupont
Les adhésions sont bien sur souhaitées, en guise d’engagement pour aider les objectifs de l’association 1. pour la justice et la recherche de la vérité sur le double assassinat; 2. rendre hommage au travail de Ghislaine
Adresse e-mail: lesamisdeghislainedupont@yahoo.fr – adresse postale : 2, rue Gril 75005 Paris

COMMENTAIRES

24/04/2014, 21:52 | Par Minesoudan
Désolée de constater comment les autorités françaises sont négligentes vis à vis des victimes et des familles des journalistes qui ont perdu leur vie au nord du Mali. Leur travail était pour donner des informations sur ce qui se trame dans le désert malien. Dommage que cela ne plaise pas aux autorités françaises qui se croient tout permis. Car, qu’est que ne leur plaît pas ? Qu’un organe de presse diffuse des informations sur les actions nauséabondes que les troupes armées stationnées dans nos terres contre notre volonté et notre accord sont en train de faire.
Aucun secours depuis février, aucune explication aux familles en détresse, encore moins aux populations maliennes qui ne sont elles du reste que les spectateurs de ces crimes odieux de colonisateurs attardés qui rêvent de terres à dominer au 21e siècle. Dommage pour les vies perdues. Vous avez perdu deux vies. Et nous ? Personne ne les compte. Malheureusement qui cela intéresse ?
Courage. Vous allez au devant de longues démarches pénibles. Ces gens ne sont pas bien. Nous regrettons nos morts ensemble. Et demandons encore une fois : que les troupes françaises sortent de nos pays.

25/04/2014, 02:15 | Par François Gèze

Pour Pierre-Yves Schneider.
Merci de votre analyse, fort convaincante et éclairante.
Pendant de longues années, j’ai été un auditeur attentif de Ghislaine Dupont sur RFI, dont j’ai toujours admiré la finesse et la lucidité sur les réalités africaines. Son assassinat au Mali, avec Claude Verlon, m’a bouleversé. Et comme vous, je suis révolté par le silence des médias français sur ce double crime, comme par l’inertie de la justice française, qui n’a ouvert une information judiciaire, comme vous le soulignez, que cinq mois après ces crimes.
Mais cela ne me surprend aucunement. Depuis plus de vingt-cinq ans, en tant qu’éditeur (La Découverte) et militant des droits de l’homme pour l’Algérie (www.algeria-watch.org/francais.htm), je suis l’histoire et l’actualité de ce pays, où 132 années de colonisation française ont fabriqué une improbable et atroce « Françalgérie » (http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Francalgerie__crimes_et_mensonges_d__tats-9782707147479.html). Et où le pire, de ce fait, est hélas toujours possible.
Pour conforter votre analyse, je me permets de vous renvoyer à notre analyse collective sur l’« étrange exception algérienne » de la justice française à propos de l’assassinat des moines de Tibhirine et de tant d’autres ressortissants français tués en Algérie :
http://www.algeria-watch.org/fr/article/just/moines/justice_francaise_et_crime_de_tibhirine.htm
Et, si je peux me permettre : votre post est beaucoup trop long ; c’est très bien de titrer sur « les faits qui dérangent », mais il faut impérativement les donner de façon plus concise, sinon ils ne seront jamais repris ni connus (en témoigne le très faible nombre de commentaire à votre très bon papier)
Bien cordialement
François Gèze

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