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Ousmane Sy : la décentralisation, 2ème phase

by sur 20 mai 2014

Dans une interview, Ousame Sy, père de la décentralisation malienne et actuel ministre de la décentralisation et de la ville, précise la deuxième phase dans laquelle le processus doit s’engager sans tarder.

Il revient aussi sur une formule qui n’a pas été comprise, en insistant, sans langue de bois, sur la nécessité de prendre en compte les différences des territoires et des cultures dans un Mali uni et indivisible.

Ousmane SY, ministre de la Décentralisation et de la Ville : « …Le développement passe forcément par la décentralisation… et il faut donner l’occasion aux initiatives locales de s’exprimer… »

Réalisé par H. N’Gatté et B. Yalkoué – Le Pays du 20 mai 2014.

Ousmane SyOusmane Sy

Dans l’interview qu’il vient de nous accorder, le mardi dernier (NdR : le 13 mai 2014) dans son cabinet, le ministre en charge de la Décentralisation et de la Ville, Ousmane Sy, nous explique les grands axes de la politique de décentralisation du pays.
Il nous parle aussi de l’importance socio-économique dudit projet pour notre pays. Une occasion également pour le ministre SY de lever toute équivoque sur sa déclaration quant à l’inégalité naturelle entre les différentes régions du Mali.
Il a également appelé les maliens, de tous les niveaux que ce soit, à chercher à mieux gérer les diversités de notre pays pour pouvoir vivre en harmonie et assurer un véritable élan de développement pour le Mali.

Le Pays : M. le ministre bonjour. Vous venez d’être nommé à la tête d’un département ministériel en charge de la décentralisation. Votre choix pour ce poste n’est pas fortuit, car vous êtes l’un des initiateurs sinon même l’initiateur de cette réforme majeur dans les années 90. Malheureusement l’objectif visé n’a pas été atteint ! Et vous l’avez même souligné dans votre dernier livre. Est-ce que la raison (suggestion dans le livre) de votre retour pour réparer ces erreurs?

Ousmane Sy : Je ne sais pas si j’ai eu à dire dans mon livre que les objectifs n’ont pas été atteints. J’ai évalué. J’ai dû dire que c’est un processus qui a été, peut-être, retardé.
J’ai évalué en 2010 le bilan des dix ans de la décentralisation. Et dans ce bilan, j’étais avec une équipe que je dirigeais comme consultant indépendant. J’ai dit clairement qu’il y a des acquis indéniables et des faiblesses qu’il faut corriger.
Il est important que quand nous mettons en place des processus dans notre pays, qui doivent donner des résultats dans la durée, qu’on accepte que la durée est une des données intactes.
La décentralisation est un processus qui se construit sur la durée, mais il faut commencer. C’est ce que nous avons fait en 1992-1993, en nous disant que c’était des étapes qu’il fallait franchir.

La première étape c’était la communalisation, qui consistait à mettre des communes sur l’ensemble du territoire. Cette étape était faite pour durer un moment et passer à la seconde étape. Et à l’époque, nous nous donnions techniquement 5 ans pour voir comment les choses se comportent pour passer à l’étage supérieur qui concernera la régionalisation.

Malheureusement, la première étape a duré trop longtemps. Ce qui donne l’impression qu’on a des problèmes, mais il y a des acquis. Car quand nous commencions, il n’y avait de mairies que dans les 19 communes qui sont les villes du Mali. Il n’y avait ni conseillers. Il n’y avait pas autant d’investissements, mais aujourd’hui quand vous regardez comment les choses ont évolué, il y a une ou plusieurs écoles dans chaque commune, un centre de santé, des points d’eau partout et beaucoup d’autres infrastructures. Tout cela constitue les acquis que la communalisation a apportés.

Egalement du point de vue politique, comme j’ai eu à le dire dans mon rapport, la décentralisation a donné un visage et une langue à la démocratie parce que les populations en élisant elles mêmes leur maire, elles élisent une personne qu’elles connaissent. Qui partage leur culture et qui est soit un parent, un frère ou une connaissance, et puis qui parle la même langue que les populations. Tout cela, pour moi, constitue des acquis importants pour la démocratisation et développement local.

Cependant, il y a beaucoup de limites et de faiblesses. L’une des faiblesses est surtout qu’on a décentralisé sans donner suffisamment de ressources.
L’essentiel des difficultés constitue cela, et également l’administration d’état a résisté beaucoup pour le transfert de compétences et de ressources aussi bien les ressources humaines que les ressources financières.

Pour ce qui concerne mon retour, c’est dû fondamentalement au fait que le pays est tombé dans une crise grave. Et déjà pendant la transition, le président de la transition m’a dit de venir l’assister pour la conduite de la transition et on s’est battu pour ramener le pays dans une situation normale.
Certes la crise est loin d’être finie, mais on a ramené le pays dans une situation normale dans la mesure où la rupture qui avait eu sur les présidentielles a pu être dégagée et puis, les législatives. De là, nous sommes revenus à une situation normale.
Comme je le disais, quand j’étais à la présidence, maintenant la voiture est au garage il faut la réparer. Car avec la transition, on avait fait que dépanner la voiture et maintenant il faut qu’on la répare.

Le fait est que, la décentralisation est un projet important et même pendant la transition les élus se sont réunis pour dire que pour une sortie de crise, il fallait aller à une décentralisation intégrale et immédiate.
Toutes les réflexions qu’il y a eu dans ce pays concourent à dire qu’il faut aller à une décentralisation aussi pour le nord que le sud. Parce que la crise même, si elle est beaucoup prononcée au nord, elle existe aussi au sud. Vu que la majorité des maliens et mêmes les amis du Mali pensent que la décentralisation peut sortir le Mali de la crise. Et en de pareil moment si on te fait appel pour aider ton pays, en tant que citoyen et quelqu’un qui a donné toute sa vie pour le Mali, on ne peut pas répondre non.

C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette mission, comme je l’ai accepté lors de la transition et comme en 1993 pour aider mon pays aux côtés du Président de la République, du premier ministre et des autres ministres du Gouvernement.
Il faut que tous ensemble nous aidions notre pays à sortir de la crise. Simplement parce que la seule chose que nous avons tous en commun est et reste notre pays. C’est pourquoi, nous devons tout faire pour sortir de cette crise.

La décentralisation est l’un des points cruciaux dont on parle, de nos jours, pour la restauration de la paix. Que peut être son apport pour cette mission si importante?

Bien sûr, la décentralisation peut apporter quelques choses de très important. Déjà en 1993 quand l’option a été faite pour la décentralisation, c’était une des résolutions de la conférence nationale qui avait regroupé toutes les composantes de la société malienne. Elle avait été organisée par le Président de la transition de l’époque, Amadou Toumani Touré, et le premier ministre, Soumana Sacko.
Et c’est de là qu’il avait été dit qu’il faut effectuer des changements au niveau de la configuration de l’Etat en levant toutes les entraves sur la décentralisation. Et c’est depuis lors que tout le monde s’était accordé à dire que le Mali devrait aller à la décentralisation. Tout cela simplement parce que nous avons un pays qui a ses propres spécificités et ses propres particularités.
Nous sommes des soninkés, des peuls, des bambara des dogon, des bozo, et j’en passe, mais nous sommes tous des parents et chacun est respecté dans son identité ; et une fois que quelqu’un te dis son nom, tu sais automatiquement qui il est, d’où il vient.
Donc pour pouvoir gérer toute cette diversité institutionnelle, il fallait la décentralisation.
Je pense que déjà en 1992, la décentralisation était l’option pour sortir le Mali de la crise. Malheureusement, les choses n’ont pas bougé comme on l’aurait voulu, et cela a créé des déçus. Et ce sont ces déçus qui ont pris les armes encore. C’est pourquoi les gens pensent que si on veut sortir de la crise, de manière définitive, il faut aller à la décentralisation.

Les élections communales ont été repoussées de quelques mois. Les raisons : Pour une décentralisation plus poussée. Va-t-elle concerner toutes les régions ou seulement celles du Nord?

Les communales ont été repoussées dans le but de créer les conditions pour organiser les élections sur l’ensemble du territoire. Dans tous les cas, on peut difficilement, aujourd’hui au Mali, parler d’élections communales sur une partie du territoire et laisser l’autre. Et je pense que la Cour Constitutionnelle n’acceptera jamais ce genre d’élection. On a dû le faire dans les années 1999, mais les conditions ont changé et on n’avait pas l’expérience maintenant on l’a en plus des capacités organisationnelles qu’il faut.
D’ailleurs à l’époque je n’étais pas au gouvernement, mais les élections avaient été quelques peu reportées à cause des urgences. Les contextes sont différents. Et maintenant, je pense qu’il faut aller aux élections communales pour ajouter au président et aux députés, les maires et leurs conseillers municipaux sur l’ensemble du territoire.

La DPG du PM, Moussa Mara, vient d’être adoptée par une écrasante majorité des députés. Prend-t-elle en compte toutes les aspirations pour une décentralisation réussie ? Pouvez-vous nous énumérer les grands axes ?

Dans la DPG du premier ministre, ce qui en ressort est la même chose qui est ressortie des états généraux sur la décentralisation, il y a quelques mois. Ces états généraux ont regroupé les composantes de toute la société malienne. Il en est ressorti des résolutions telles que la décentralisation renforcée.
Car ces états généraux ont pris en compte le bilan de la décentralisation passée ; pris en compte la proposition du forum des élus qui ont dit la décentralisation intégrale et immédiate en plus des points de vue de l’ensemble des acteurs. Sur la décentralisation, l’essentielle de la déclaration du PM était sur la régionalisation qui consiste aujourd’hui à aller à l’étape 2. Mettre en place une véritable régionalisation.

L’explication simple, est qu’après la première étape qui a été la communalisation, maintenant en passant à la régionalisation, on ajoutera la question de développement sur l’administration, car les régions ont vocation surtout de promouvoir un développement du territoire. C’est cela l’étape sur laquelle le PM a surtout insisté lors de sa DPG. Ce qui permettra de créer les agences de développement dans chaque région aussi bien au nord qu’au sud.

Ceci permettra de mettre en place un dispositif qu’on appelle contrat plan état-région. Le décret a déjà été pris en conseil des ministres. L’état va dire voila ce que je compte faire sur mon territoire et les conseils régionaux vont également dire voila ce que nous voulons et pouvons faire. Ainsi l’état et les régions vont se mettre dans un système de contrat pour pouvoir construire le développement sur l’ensemble du territoire.

Voila la nouvelle phase dans laquelle on va rentrer pour qu’on ait un développement qui est organisé et ne pas donner le sentiment qu’on s’occupe d’une partie du territoire au détriment de l’autre.

Est-ce que la décentralisation dont-on parle peut-elle être la solution idoine pour le développement socio-économique des régions du nord du Mali?

Oui j’y crois. Non seulement j’y crois et j’en suis convaincu, et cela ne date pas de maintenant. Je fais partie de ceux que, depuis 20 ans, le disent. Pas pour le Mali seulement, mais pour la plupart de nos pays africains. Car avec l’expérience que j’ai pu acquérir en travaillant dans d’autres pays d’Afrique comme hors d’Afrique, que la plupart de nos états postcoloniaux qui sont sortis de la colonisation avec une centralisation excessive, si nous voulons alors le développement et sortir du paradoxe dans lequel nous sommes maintenant, où nous avons des pays riches et des populations pauvres.

C’est un sacré paradoxe, si nous voulons sortir de ce paradoxe on n’a pas dix milles chemins, il faut aller dans la décentralisation. La décentralisation veut dire qu’on donne la place aux initiatives locales pour qu’elles s’expriment et on crée le cadre institutionnel pour que les initiatives s’expriment et se construisent. C’est pourquoi je dis toujours que le développement se construira par le bas, et non l’inverse.

Votre affirmation quant à l’inégalité naturelle, géographiquement, entre la Région de Kidal et celle de Sikasso a été mal perçue par bon nombre de concitoyens. Que pensez-vous de ces diverses réactions ?

Je pense que les gens n’ont pas compris ce que j’ai dit. Et secundo moi je ne suis pas dans la langue de bois. Je dis les choses telles que je pense. Il y a des choses qu’il faut qu’on assume. Tant qu’on ne fera pas cela on ne sortira pas de la crise.
Il faut qu’on assume qu’on est tous les mêmes mais qu’on est différent. On est différent ne veut pas dire que l’un vaut mieux que l’autre. Ça veut juste dire qu’on ne se ressemble pas. Et la déclaration a été faite dans ce sens.

J’ai dit on peut tout faire Sikasso ne ressemblera pas à Kidal. Et si c’était l’inverse ? J’aurai pu dire Sikasso ne ressemblera pas à Kayes ou à Mopti, mais j’ai pris ces extrêmes car les extrêmes permettent de mieux comprendre les choses.
Je voulais simplement dire que notre pays est un pays de diversité. Tu passes du Sahara à la lisière de la forêt ; Sikasso est à la lisière de la forêt, Kidal est à la lisière du Sahara. Mais la forêt et le Sahara ne se ressemblent, mais simplement on a poussé une susceptibilité prononcée par rapport à tout.

L’affaire de Kidal a traumatisé tout le monde et dès que tu dis qu’un tel est différent d’un tel, on interprète cela dans le mauvais sens. Comme si moi je veux une autonomie quelconque à Kidal. Je n’ai jamais dit cela.
J’ai simplement dit que Sikasso est différent de Kidal, Kayes est différent de Mopti. Cela est une réalité qu’il faut accepter si on veut faire le développement.
Par exemple, tu veux faire la santé, est ce que tu peux le faire de la même façon à Sikasso qu’à Kidal ? Ce n’est pas possible. Tout simplement parce que les réalités ne sont pas les mêmes. Les gens ne vivent pas de la même façon. Les uns sont sédentaires sur place et les autres sont en mouvement.
Tant que nous ne prenons pas cela en compte, nous pouvons mettre tout l’argent qu’on veut au nord mais nous ne ferons pas le développement. Voilà ce que j’ai dit.

Et cela je l’ai dit et je continuerai à le dire parce que ma responsabilité en tant que responsable de ce pays n’est pas de dire aux maliens ce qu’ils veulent entendre, mais ce qui est la réalité. Nous sommes tombés dans cette crise parce qu’on s’est raconté des histoires pendant dix ans et voila le résultat. Il faut qu’on sorte de cela. Il y a une réalité. Il faut qu’on s’attaque à cela et trouver la solution.
Cette rébellion est à sa quatrième édition. Il faut qu’on trouve la bonne solution en nous disant la vérité. Vous savez, si on tient tous à quelque chose dans ce pays c’est l’unité de ce pays. Nous sommes une vieille nation et la seule chose que nous avons tous en commun, c’est ce pays. Alors il faut qu’on fasse tout pour le maintenir en scène. Il faut qu’on soit capable de gérer la diversité.

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