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Ce qui s’est passé à Kidal… et les suites

by sur 1 juin 2014

Mise à jour le 2 juin à 6h

Ci-dessous un certain nombre d’informations qui n’ont pas fini de bousculer le gouvernement et d’agiter les milieux politiques maliens.  Au risque d’embrouiller encore un peu plus une situation décidément très volatile.

En fin d’article, la relation, dans le détail, des événements qui ont eu lieu de l’arrivée du Premier ministre (le samedi) jusqu’à la défaite sanglante de l’armée malienne (le mercredi suivant).

On comprend mieux la détermination de l’ancien ministre de la défense (qui a servi de fusible, ainsi que le chef d’Etat major, le général Touré, lui aussi congédié) qui  a demandé une enquête parlementaire : vous lirez ses interventions en début d’articles : Boubèye se réveille et ne semble pas vouloir lâcher le morceau !

Est-ce en prévision de ses attaques que le premier ministre Moussa Mara a limogé quasiment toute la cellule de communication de la Primature ?

Pour information, deux travailleurs humanitaires maliens ont été tué sur la route de Goundam à Tombouctou : leur véhicule a sauté sur une mine artisanale qui semblent être répandues à profusion par les groupes armés.

 

Crise sécuritaire et politique : Comment Soumeylou Boubèye est tombé

B. Daou – Kéita Youssouf Z. – Le Républicain du 2 juin 2014 à 00:01

Depuis le forum des femmes de l’ASMA, avec l’insinuation de l’ancien ministre de la Défense et des Anciens Combattants, sur la mise en place d’une commission parlementaire qui permettrait de faire la lumière sur les évènements de Kidal du 21 mai (répondre aux questions, qui était en contact avec l’armée, qui a donné l’ordre), la crise a sans doute connu un rebondissement ce week-end. Soumeylou Boubèye Maïga a donc décidé de rompre le silence.
A cette occasion, le Républicain revient sur certains actes permettant de mieux appréhender ce tournant.

Acte1 : Le 16 mai, avec la décision du Premier ministre de se rendre à Kidal, les ministres se rendent à Tombouctou. Puis, ils font cap sur Kidal. Malgré la réserve de certains ministres, de Serval, de la MINUSMA, et même des services de sécurité (SE), sur l’opportunité du voyage, le Premier ministre, Moussa Mara insiste et maintient sa décision. Les ministres font le tour sur Kidal, l’avion ne pouvant atterrir, ils vont se poser à Gao. Et Soumeylou Boubèye est malade, sa tension baisse. Il est évacué sanitaire à Bamako.
Le 17 à Kidal, le 18 à Gao, on connait la suite. Le 18 mai, au soir, Mara est triomphalement accueilli à l’aéroport de Bamako Senou. A l’accueil, Soumeylou Boubèye Maiga, Karim Kéita et une foule nombreuse, dont le déplacement à l’aéroport aurait été financé par Mara. De l’aéroport, le Premier ministre se rend chez IBK à Sébénikoro, escorté par six motards, au lieu de deux habituels.
Acte2 : Le 19 mai, Mara et Soumeylou sont à l’Assemblée nationale (Commission défense), pour un débat à huis clos avec les députés. Les élus RPM, qui ne croient pas qu’il était malade, reprochent à Soumeylou Boubèye Maiga, son absence à Kidal. Ils le mettent au pilori en insinuant que cette absence avait d’autres raisons. Mara le défend en disant que c’est lui-même qui l’en avait autorisé.
Acte3 : Kidal le 21 mai : L’assaut est donné pour reprendre le gouvernorat. Vers midi, les nouvelles sont bonnes, le gouvernorat est repris. Le Président de la République, le Premier ministre et les ministres se congratulent au Conseil des ministres. Le ministre de la Défense rédige un communiqué à son nom : l’opération vise à sécuriser les personnes et les biens. Le site de la Présidence et le ministre de la Communication sur Twitter, annoncent triomphalement la reprise du gouvernorat.
A partir de 14 heures, les mauvaises nouvelles du front arrivent, c’est la consternation, la honte et l’humiliation. Les morts, les blessés, les prisonniers se comptent par dizaines. La déroute de l’armée est connue. Selon plusieurs sources diplomatiques près de 900 soldats maliens se sont réfugiés dans les différentes garnisons de la MINUSMA à Kidal, Ménaka, Andéraboukane, Tessalit, Aguel’hoc. Donc c’est l’humiliation de l’armée, de la nation toute entière. IBK s’enferme à Koulouba, personne n’a accès à lui, la honte est sur tous les visages. Péniblement à 22 heures, le porte-parole du gouvernement lit un communiqué pour dire que le Président de la République « instruit un cessez-le-feu immédiat ».
Acte 4 : L’heure des comptes a sonné
La recherche du bouc émissaire a commencé. Le régime cherche à se décharger sur l’armée. Le Président n’a pas donné l’ordre… l’ordre ne vient pas  du Premier ministre. Le ministre de la Communication est celui qui excelle dans cet exercice. Paris, Bruxelles, New York, France24, RFI, TV5, les colonies maliennes à l’extérieur, pour répandre la vérité officielle à travers les continents. La hiérarchie militaire est indexée, mais dans les allées du pouvoir, le ministre de la Défense aussi.
Acte 5 : Samedi 25 et dimanche, Soumeylou Boubèye essaie de se défendre. Il « sait » que le RPM veut sa place, mais il se battra. Il est choqué que Mara et Camara indexent la hiérarchie militaire. Il « ne se laissera pas faire », dit-il fermement.
Acte 6 : Mardi 27 à l’Assemblée nationale.
Le président de la Commission de Défense, Karim Kéita invite l’ORTM à envoyer une équipe à la Commission défense, qui doit entendre le ministre de la Défense, sur sa responsabilité dans la débâcle de l’armée à Kidal. Soumeylou Boubèye Maiga arrive confiant à l’Assemblée nationale, après tout, Karim Kéita est son ami. Surprise : c’est le lynchage. Remontés, les députés RPM rendent Soumeylou Boubèye responsable de la défaite militaire, lui rappelle son absence à Kidal le 21 mai lors de la visite de Mara.
Acte 7 : Soumeylou se rend à Koulouba
Le Président l’accueille froidement. Les explications sont rudes. Le ministre de la Défense est invité à rendre sa démission. A 22 heures, l’ORTM annonce le remplacement de Soumeylou Boubèye par Bah N’Daou.
Acte 8 : CICB le samedi 30 mai, forum des femmes de l’ASMA
Soumeylou Boubèye annonce que les trois députés de sa formation vont demander la création d’une commission d’enquêtes parlementaires, pour déterminer qui a donné l’ordre d’attaquer le 21 mai. Il informe les membres de son parti qu’il dispose de preuves téléphoniques et des SMS. Ses services et d’autres services disposent de relevés de communication (téléphones et SMS) prouvant que d’autres étaient en contact avec les militaires au front.
Nous étions déjà dans une grave crise politique. Elle prend d’autres proportions avec ces propos de l’ancien ministre de la Défense.
Conclusion : Soumeylou Boubèye Maiga dit qu’il est prêt à témoigner devant une commission parlementaire. Les représentants du peuple se doivent de mettre en place, de créer cette commission pour déterminer qui, de Mara ou d’IBK était en contact avec les responsables militaires. Qui est responsable de la tragédie, de la débâcle, de l’humiliation ? Car ne l’oublions jamais, au-delà de la responsabilité de Mara, de IBK ou de Soumeylou Boubèye Maiga, il y a eu des centaines de morts, de blessés, de veuves et d’orphelins. La balle est dans le camp d’IBK. Va-t-il se débiner ou s’assumer ?

Soumeylou Boubeye Maïga sort de son silence

Par RFI – 31 mai 2014 22h

Il n’est pas resté longtemps silencieux. Moins d’une semaine après sa démission, l’ancien ministre malien de la Défense a pris ce samedi la parole lors d’un forum organisé par les femmes de son mouvement politique. Il est clair qu’il ne veut pas porter le chapeau de l’attaque de l’armée par les rebelles.

D’entrée de jeu, Soumeylou Boubeye Maïga a été clair. L’Asma, son mouvement politique représenté à l’Assemblée nationale, reste au sein de la majorité présidentielle. Il soutient donc toujours et plus que jamais l’action du président IBK. Mais pour que la vérité sur les événements de Kidal éclate, l’ancien ministre malien de la Défense demande la création d’une commission d’enquête parlementaire. Il ne veut pas porter le chapeau de ce qui est arrivé.
Ses proches insistent : comme le président IBK, Boubeye n’a jamais donné l’ordre aux militaires sur le terrain d’attaquer les groupes armés. Devant les membres de son parti, celui qu’on appelle encore ici par ses initiales, SBM, donne des pistes. Si la commission d’enquête est créée, on mettra à sa disposition des éléments. Notamment, « toutes les communications, tous les SMS qui ont été échangés entre les gens, ils verront bien en ce moment, qui a échangé avec qui, qui a dit quoi, qui a été le dernier à leur parler [aux militaires sur le terrain, NDLR] , qui a continué à leur parler ».
Et quand la presse lui demande s’il sous-entend que c’est le Premier ministre malien Moussa Mara qui a envoyé coups de fil et SMS aux militaires sur le terrain, très calmement, celui qui dans le passé fut également patron des services secrets maliens, répond froidement : « la commission d’enquête dira la vérité ».

Après sa sortie du gouvernement, Soumeylou Boubèye Maïga répond à Moussa Mara : «Nous ne laisserons personne tirer un profit politique personnel de cette tragédie en utilisant les épaules et la tête des autres»

A. Berthé – Par Malijet – 2014-05-31 21h

C’est ce que Soumeylou Boubèye Maiga, ancien ministre de la Défense, a déclaré ce samedi 31 mai 2014 au Centre international de conférence de Bamako (CICB), au cours de la cérémonie d’ouverture du forum des femmes de l’ASMA-CFP (son parti politique) sur le thème : «Rôle et place des femmes dans la réconciliation nationale».

Selon Soumeylou Boubèye Maïga, président de l’ASMA, ce forum se tient dans un contexte très difficile, marqué par une crise sans précédent au Nord du Mali. Depuis quelques années, a-t-il dit, une partie de notre pays (de Nara à Tessalit) est en guerre. « Dans cette guerre, il y a une alliance permanente entre ceux que l’on peut appeler les rebelles et les terroristes. D’où sa complexité ».
Des affrontements qui ont eu lieu entre l’armée malienne et les groupes armés les 17 et 21 mai dernier à Kidal, ont tourné à la tragédie. Car ils se sont soldés par la déroute de l’armée malienne faisant plusieurs dizaines de morts et de blessés. Aussi, ces affrontements ont engendré une crise politique au sommet de l’Etat surtout avec la démission, la semaine dernière, du ministre de la Défense et des Anciens combattants, Soumeylou Boubèye Maiga, non moins président de l’ASMA-CFP.
Après les affrontements entre l’armée et les groupes armés, le Premier ministre Moussa Mara a laissé attendre que l’ordre n’était pas venu de l’autorité politique comme ça doit être le cas et que la démission du ministre de la Défense et Anciens Combattant fait partie des «mesures de redressement».
Sans entrer dans les détails, Soumeylou Boubèye a, pour sa part, répondu au cours du forum des femmes de son parti que «l’histoire rétablira les faits ». Il a indiqué que les députés de l’ASMA-CFP saisiront lundi prochain l’Assemblée nationale qui incarne le peuple, afin que qu’une commission d’enquête parlementaire soit mise en place pour rétablir la vérité, toute la vérité sur les évènements douloureux de Kidal et de trancher définitivement cette fameuse question de «qui a donné l’ordre à l’armée » de lancer l’offensive.
«Toutes les communications et les SMS seront mis à la disposition de cette commission d’enquête afin que le peuple sache qui a dit et fait quoi dans cette histoire», a affirmé Soumeylou Boubeye Maiga. Avant d’ajouter : «Nous sommes et nous resterons engagés pour le Mali. Mais nous ne laisserons personne tirer un quelconque profit politique personnel de cette tragédie». Car, a-t-il dit, sous les tribunes, il y a des abris et dans ce pays aujourd’hui, il y a ceux qui passent d’une tribune à un abri.
Pour Soumeylou Boubèye Maïga, ce qui se passe au nord du Mali est une tragédie qui dépasse, la capacité d’un seul individu ; cette situation demande l’effort collectif de tous les Maliens. Les élections de 2013, dira-t-il, ont prouvé que le Mali un pays uni mais avec une diversité ethnique et géographique et chacun doit accepter cette diversité si l’on veut que le Mali soit à l’abri des crises. C’est pourquoi, Soumeylou Boubèye Maïga invite les femmes de son parti à dégager, au cours de ce forum, des pistes de sortie de crise.
Rappelons que Soumeylou Boubèye Maïga est l’un des rares leaders politiques qui a soutenu Ibrahim Boubacar Kéita aux premières heures de l’élection présidentielle de 2013. Mais aujourd’hui, la rupture semble être consommée entre les deux hommes.

L’ex-ministre de la Défense demande une enquête sur la défaite de l’armée à Kidal

Par AFP – Date:2014-05-31 à 20h

Bamako – L’ex-ministre malien de la Défense, Soumeylou Boubeye Maïga, démissionnaire après la défaite de l’armée malienne le 21 mai face à des groupes rebelles à Kidal (nord-est), berceau des rébellions touareg, a demandé samedi une commission d’enquête parlementaire sur ces évènements.
« Puisque nous avons des députés à l’Assemblée nationale, dès lundi, ils vont saisir les collègues de tous les groupes parlementaires pour mettre en place une commission d’enquête parlementaire au sujet des événements de Kidal », a déclaré l’ex-ministre dans sa première déclaration publique depuis sa démission, le 27 mai, lors d’une réunion de son parti, l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (ASMA-CFP), qui soutient la majorité présidentielle
En examinant « toutes les communications, tous les SMS échangés entre les gens (militaires sur le terrain et officiels maliens), on verra bien qui a échangé avec qui, qui a dit quoi, qui a été le dernier à leur parler, qui a continué à leur parler », a dit M. Maïga. Interrogé par l’AFP s’il accusait le Premier ministre malien Moussa Mara d’avoir donné l’ordre d’attaquer les groupes rebelles, M. Maïga a répondu: « il appartient à la commission d’enquête parlementaire de répondre à cette question ».
Soumeylou Boubèye Maïga est une figure de la vie politique du Mali, où il a été chef des services de renseignements, ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense au cours des 20 dernières années. Il avait démissionné le 27 mai après la lourde défaite de l’armée malienne face à des groupes armés rebelles, dont le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg), à Kidal.
Il a été remplacé par un officier à la retraite, Bah N’Daw, un ancien chef d’état-major de l’aviation et ex-chef d’état-major adjoint de la Garde nationale. Avant l’offensive ratée sur Kidal, de premiers affrontements avaient opposé le 17 mai les militaires et ces mêmes groupes armés, lors d’une visite dans la ville du Premier ministre malien Moussa Mara.
Soumeylou Boubèye Maïga avait indiqué le 25 mai que les forces maliennes avaient enregistré « une cinquantaine de morts » et « 48 blessés » lors de ces combats. Le MNLA avait indiqué la semaine dernière que 40 soldats maliens avaient été tués, 50 blessés et 70 faits prisonniers depuis le début des hostilités le 17 mai. Le gouvernement malien et les groupes armés du Nord ont signé un accord de cessez-le-feu le 23 mai.

Reconquête ratée de Kidal : Que de dissonances !

Les Echos – Ogopémo Ouologuem – (correspondant aux USA) – 30 Mai 2014
La situation à Kidal continue de faire des vagues. L’État doit se ressaisir et sonner le glas de la cacophonie en revoyant ses stratégies de recouvrement de la localité, au grand bonheur des Maliens excédés par tant d’humiliation.

La débâcle de l’armée malienne la semaine dernière à Kidal a fini par convaincre nos compatriotes que le bout du tunnel n’est pas pour maintenant. La reconquête de la 7e région est un long processus dont le dénouement passera inéluctablement par une gouvernance de référence. Les autorités doivent changer les méthodes utilisées jusqu’ici. C’est à cette condition que la nation relèvera la tête politiquement et militairement.
La remise du pays sur orbite est le minimum que les Maliens attendent du président de la République, lui qui a été conduit à Koulouba avec les espoirs et les bénédictions de tout un peuple. Inutile de dire donc qu’Ibrahim Boubacar Keita n’a pas droit à l’erreur et que ses concitoyens sont impatients de le voir concrétiser ses promesses électorales, particulièrement sur la reprise de Kidal. Pour y parvenir, IBK doit revoir ses copies à plusieurs niveaux. Les origines des difficultés actuelles du pays sont connues et ne sont pas irrémédiables.
Les récents combats à Kidal entre l’armée malienne et les groupes rebelles ont secoué la nation. Ils semblent même avoir mis à nu les incohérences au sommet de l’Etat. Dans un pays en « état de guerre », il est inconcevable, voire troublant que le premier ministre déclare que « l’attaque lancée par l’armée malienne à Kidal n’est pas venue de l’autorité politique »
Une affirmation confirmée plus tard le ministre de la Communication, selon qui, « IBK n’était pas au courant » de l’offensive sur Kidal. Qui a donc donné l’ordre d’attaquer les positions des rebelles ? Une question restée sans réponse, mais qui pourrait être à l’ origine de la « démission » du ministre de la Défense et des Anciens combattants. Quoi qu’il en soit, Soumeylou Boubèye Maïga a dignement et fièrement rendu le tablier en attendant que l’histoire ne révèle la vérité aux Maliens.
Bouc émissaire ?
Au demeurant, un État est un ensemble dont toutes les composantes doivent fonctionner ensemble. Cependant, quand le président de la République et son Premier ministre se détachent d’une décision si importante d’engager les combats contre l’ennemi, il y a lieu de s’inquiéter. Car ce sont eux les premiers responsables de la nation et à ce titre ils sont garants de la sécurité des personnes et des biens en ces moments tumultueux.
Idem, le gouvernement doit revoir sa stratégie de communication. Cela est indispensable si l’on ne veut pas que le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et ses associés continuent de nous damer les pions sur ce plan. Pendant que nos ennemis lancent avec fracas leurs « propagandes », le gouvernement se contente de répliquer. La communication étant primordiale en période de crise, Bamako doit être le premier à diffuser les informations et éviter que les sécessionnistes créent la psychose avec leurs « propagandes ».
Ce qui est d’autant plus important qu’en période de crise, celui qui remporte la bataille de la communication a un avantage psychologique non-négligeable sur son adversaire. Aussi, le gouvernement devra-t-il designer un relayeur unique de l’information auprès de l’opinion étant donné que la déroute de Kidal a révélé l’impréparation de l’État à ce niveau. C’était le grand désordre avec le porte-parole du gouvernement à gauche, le ministre de la communication à droite, et leur collègue de la Défense qui fut très sollicité par la presse. Même des membres de la commission défense de l’Assemblée nationale ont été des sources d’informations par moments. Qui était donc habilité à donner la bonne information ?
Si le mal est déjà fait, le plus difficile reste à venir. L’État a décidé de tirer les enseignements de la déroute de Kidal. A en croire le PM, le départ du ministre de la Défense fait partie des « mesures de redressement » prises par le gouvernement. Il reste maintenant à savoir si ce réajustement va répondre aux attentes. Le nouveau ministre de la Défense a fait valoir ses droits à la retraite, il y a deux ans.
De ce fait, pendant ce temps, il n’a pas été en contact permanent avec l’armée. Ce qui risque d’être un handicap majeur pour lui. Comme chaque remaniement ministériel au Mali est synonyme d’éternel recommencement, il est à craindre que le nouveau promu ne prenne non seulement du temps à prendre la température des événements mais aussi que ses collaborateurs qu’il désignera ne soient pas à la hauteur des attentes au moment où notre pays n’a plus de temps à perdre. Le Mali n’est donc pas encore loti et semble coincé entre deux feux : la surenchère des mouvements séparatistes au Nord suite à leur victoire militaire à Kidal et la possibilité d’une reprise totale des efforts de reconstruction et de reforme de l’armée déployés depuis bientôt 9 mois.

Politique : Et de deux pour le RPM

Alexis Kalambry – Les Échos du 30 Mai 2014
Après Oumar Tatam Ly, c’est Soumeylou Boubèye Maïga qui vient de jeter l’éponge. Une aubaine pour le RPM.

Ce n’est un mystère pour personne, les amitiés et les choix de IBK ont toujours gêné, voir déplu à son premier cercle, le Rassemblement pour le Mali (RPM), son parti, né des entrailles de l’Adéma, et qui n’a jamais su s’inscrire dans une logique d’union. Le RPM a juste toléré ceux qu’il a considérés comme des « intrus », des « ouvriers de la 25è heure », venus prendre part au festin alors qu’ils n’ont pas forcément fait avec eux la traversée du désert.
C’est un secret de polichinelle, le RPM s’est montré hostile à ses alliés de la campagne, souvent les combattant à visage découvert. Les premières cibles, c’était Oumar Tatam Ly et Soumeylou Boubèye Maïga. On peut dire que les événements et le hasard ont été des alliés du moment pour les tisserands qui, sur le point de perdre leur bras de fer, ont été servis sur un plateau d’argent.
Il est évident que le RPM jubile. Pour le moment, le parti est encore plus occupé à compter les postes qu’à voir l’efficacité des alliés. Tatam Ly, SBM, tout autant appréciés par les partenaires du Mali, n’ont jamais eu grâce aux yeux du parti. Ils ont été entourés d’hostilités, épiés, poussés à la faute et à la démission.
Les deux sont sortis par la grande porte, victimes de leurs « amis », mais, réhabilités aux yeux de l’opinion. Pour le RPM, il y a le risque de finir par se trouver seul, après avoir aveuglé de poussières tous ses compagnons de route.
La prochaine cible est incontestablement Moussa Mara, car, le RPM n’aura de répit qu’en voyant au gouvernement que ceux qui seront RPM bon teint, adoubés par le parti.

Fiasco malien au nord : Comment et pourquoi l’armée malienne fut vaincue

Tiékorobani – Le Procès Verbal – 27 Mai 2014

Le samedi 17 mai 2014, le Premier Ministre Moussa Mara débarque à Kidal. Il n’ignore pas le danger auquel il s’expose. La veille, à Gao, ses services lui ont décrit l’atmosphère malsaine de Kidal, le nombre réduit des soldats maliens présents au camp n° 1 de la ville et, surtout, la volonté affichée du MNLA, le mouvement séparatiste touareg, d’empêcher toute visite gouvernementale à Kidal avant la fin des négociations entamées sous l’égide de la communauté internationale. La MINUSMA, force onusienne, et la force française Serval ne s’enthousiament pas, elles non plus, de cette visite qui pourrait ouvrir un engrenage.
Conscient du danger qui rôde à Kidal, Soumeylou Boubèye Maiga, ministre de la Défense, préfère rester à Gao au lieu d’accompagner le Premier Ministre dans la capitale des Ifoghas. Même refus des deux députés de Kidal, pourtant issus des groupes armés.

Visite risquée de Mara à Kidal
Au matin du samedi 17 mai, une foule d’agitateurs à la solde du MNLA occupe l’aéroport de Kidal, bien décidée à s’opposer à l’atterrissage de l’avion de Mara. Elle pense rééditer le coup qui a, quelques mois auparavant, contraint l’ex-Premier Ministre, Oumar Tatam Ly, de rebrousser chemin.
Mara passe outre aux mises en garde. Il n’a pas, en effet, le tempérament réservé d’Oumar Tatam Ly; de plus, ancien rival politique nommé Premier Ministre au détriment du parti majoritaire, le RPM, Mara tient, davantage que son prédécesseur, à donner des gages de loyauté et d’efficacité au président IBK. Ne vient-il pas, d’ailleurs, de s’illustrer, sur les ondes nationales et devant les députés, dans la défense acharnée de l’achat du très polémique avion présidentiel ? Mara emprunte donc un hélicoptère de la MINUSMA qui, après une escale au camp n° 2 de Kidal, siège de la force onusienne, le dépose à la garnison malienne de la ville.

Vêtu d’un boubou et d’un bonnet, accompagné d’une forte escorte militaire et d’une foule de badauds qui scandent son nom, le Premier Ministre se rend au gouvernorat. Là l’attendent les administrateurs civils de la région: le colonel d’aviation Adama Kamissoko, nommé gouverneur le 2 mai 2013; les préfets et sous-préfets en grand uniforme kaki.
Le chef du gouvernement leur tient un discours martial, sous l’oeil des caméras de l’ORTM.
A l’entendre, Mara n’admet pas que Kidal passe, de fait, pour une principauté étrangère: « Qu’on nous dise Kidal fait ou non partie intrégrante du Mali! ». L’allusion à la France et à la MINUSMA est manifeste: celles-ci passent pour aider le MNLA à perpétuer leur mainmise sur Kidal, en violation de toute légalité. Mara promet de remettre la région sous l’autorité de l’Etat, d’y redéployer l’administration et d’y assurer la sécurité des biens et des personnes. Comme partout au Mali.

Les premiers coups de feu éclatent alors que la réunion se poursuit.
Dehors, des combattants rebelles touaregs veulent gâcher la fête en organisant l’invasion du gouvernorat. Il faut, de toute urgence, évacuer la délégation primatoriale.
Il ferait beau voir qu’un groupe rebelle s’empare de la personne du chef du gouvernement ! Comme tout le monde ne trouve pas place dans les véhicules présents, Mara, ses ministres, ses plus proches collaborareurs et l’état-major militaire qui l’accompagne sont conduits au camp militaire malien. S’il n’a pas voulu venir au gouvernorat dans un véhicule de la MIUNUSMA, Mara rentre, en revanche, au camp malien à bord d’un engin blindé onusien. Un petit groupe de soldats maliens monte fébrilement la garde devant le gouvernorat.

Il est facilement décimé par les rebelles touaregs qui investissent l’édifice de vive force. Les 24 fonctionnaires présents dans le bâtiment sont pris en otages. Pour bien montrer leur détermination et, accessoirement, ressusciter dans le subconscient malien le terrible syndrome d’Aguelhok, les assaillants égorgent 5 représentants de l’Etat et 3 personnalités civiles.
Il s’agit de Mory Diarra, préfet de Tin-Essako; Amadou Belco Bah, préfet de Kidal; Sékou Sissouma, préfet adjoint de Tessalit; Paul-Marie Sidibé, préfet de Tinzawaten et Mahamane B. Touré, sous-préfet de Boureissa. Aghaly Ag Inamoud Yattara, préfet adjoint de Kidal, est annoncé parmi les victimes; son épouse prend les habits de deuil mais, par miracle, l’intéressé survécu: les bourreaux rebelles l’ont laissé en vie en lui rappelant qu’il était, en tant que Belha, leur esclave. Les corps des victimes sont jetées dans la rue par les tueurs, ramassées par une patrouille de la MINUSMA puis remises aux militaires maliens.
Les malheureux administrateurs sont inhumés à Kidal, en présence du gouverneur Kamissoko.

L’odieux crime suscite l’ire de la communauté internationale. Le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Mali et patron de la MINUSMA, Albert Koenders, martèle : «Ce crime barbare est totalement inacceptable et les responsables devront répondre de leurs actes. Une enquête doit être menée rapidement afin de vérifier les faits et de traduire les responsables devant la justice, la MINUSMA soutiendra tous les efforts dans ce sens ». Les 5 administrateurs civils ne sont pas les seules victimes des affrontements au gouvernorat: selon un communiqué du gouvernement, le Mali déplore 8 morts et les rebelles 28. Les chiffres réels sont-ils plus élevés ? On ne sait.

Mara tente de quitter Kidal dans la nuit.
Il n’y arrive pas : le temps orageux empêche tout mouvement de l’hélicoptère de la MINUSMA. La force onusienne lui propose de venir passer la nuit à son camp: le Premier Ministre, par accès de fierté, refuse; il préfère rester au camp malien.
Ce n’est que dimanche qu’il décolle de Kidal. Il ne se prive pas, chemin faisant, de dénoncer la « passivité » des forces étrangères présentes à Kidal, affirme que le Mali est désormais « en guerre » et que « notre risposte sera à la hauteur de l’attaque » rebelle.
Parle-t-il sous l’effet de la colère ou de son jeune âge (39 ans) ? Personne ne se pose la question tant son attitude plaît aux Maliens qui, dans leur immense majorité, jugent urgent d’en découdre avec la poignée de rebelles qui fait la loi à Kidal et inutile d’attendre, à cette fin, un feu vert français.
Et puis, le discours du Premier Ministre panse, ne serait-ce que superficiellement, l’honneur du Mali brisé, en 2012, par la défaite militaire et l’occupation du nord par les hordes jihado-séparatistes. Accueilli en héros à l’aéroport de Bamako-Sénou par une foule qui crie « Mara, président ! », le chef du gouvernement se rend à Sébénicoro pour rendre compte de sa mission au chef de l’Etat.
Moussa Mara désavoué par IBK
En déclarant ouvertement la guerre avant même son retour dans la capitale, le Premier Ministre se taille un instant de gloire. Cependant, il plonge le président IBK dans le plus vif embarras.
D’abord, Moussa Mara n’a pas qualité pour déclarer la guerre, ce pouvoir étant dévolu au chef de l’Etat, chef suprême des armées, par l’article Article 71 de la Constitution qui dispose : « La déclaration de guerre est autorisée par l’Assemblée Nationale réunie spécialement à cet effet. Le Président de la République en informe la Nation par un message ».
Ensuite, Mara met IBK devant le fait accompli: soit le président le suit dans son élan guerrier, auquel cas Mara en tire tout le bénéfice politique pour avoir été le catalyseur de la guerre; soit le président le désavoue, auquel cas Mara passe, dans l’opinion, pour le justicier empêché de pourfendre l’ennemi par un président faible. Limoger Mara ? Ce serait la pire chose de la part d’un président dont l’opinion fustige de plus en plus bruyamment l’attentisme. En tout état de cause, c’est Mara, et non IBK, qui sort politiquement gagnant du bras de fer où il a engagé le pays.
Des partisans du président IBK, voyant le Premier Ministre voler la vedette à leur champion, subodorent une déloyauté : « Mara a probablement un agenda personnel; IBK devrait dorénavant s’en méfier ! ». Enfin, les déclarations de Mara désobligent les officiels français et onusiens tout en bouleversant le processus de négociations repris, sur injonction de la communauté internationale, par IBK.

Comment corriger le tir ?
Le président IBK est longuement entrepris par François Hollande (avec lequel il a une conversation téléphonique d’une heure); Hélène Legal, conseillère de François Hollande dépêchée d’urgence à Bamako; Bert Koenders, chef de la MINUSMA; l’ambassadeur français à Bamako, Gilles Huberson; et l’ambassadrice américaine à Bamako, Mary Beth Leonard.
Les présidents burkinabè, Blaise Compaoré, et ivoirien, Alassane Ouattara, ne sont pas en reste. Tous pressent le chef de l’Etat malien de calmer le jeu et de ne pas s’engouffrer, malgré la gravité de l’heure, dans la voie guerrière ouverte par le Premier Ministre Moussa Mara. IBK n’a pas le choix. La mine sombre, il apparaît, dimanche soir, au petit écran. Ses paroles sont lourdes de sens. Il condamne l’assassinat des administrateurs, dénonce la prise d’otages au gouvernorat, s’engage à traduire devant la justice internationale les criminels et annonce que plus jamais, aucune délégation officielle malienne ne sera empêchée d’entrer à Kidal.
IBK n’oublie pas de louer le « patriotisme » de Moussa Mara: « Mara a l’amour de ce pays ».Mais concluant son propos, le chef de l’Etat assure que les négociations restent de mise et que le Mali se doit d’honorer sa signature apposée sur l’accord préliminaire de Ouagadougou. La morale de l’histoire ? Mara est adroitement désavoué: lui déclare la guerre, le président IBK la paix. Le désaveu infligé à Mara se traduit d’ailleurs, à Kidal, par l’interdiction faite aux troupes de s’attaquer aux rebelles.

Quand un petit détachement militaire parti chercher des denrées en ville réplique à des tirs du MNLA, il reçoit une sévère mise en garde des hauts galonnés consignés à la base malienne. Se sentant abandonné par son chef, le Premier Ministre aurait offert sa démission, laquelle aurait été refusée par IBK qui n’aimerait pas joindre à une crise militaire une crise politique: il vient à peine de perdre un premier chef du gouvernement (Oumar Tatam Ly) et se dépêtre encore difficilement du scandale né de l’achat d’un nouvel avion présidentiel.

Envoi de renforts
Le climat ne cesse pas, pour autant, de s’épaissir à Kidal. Pour ne pas se laisser prendre au dépourvu, l’armée y dépêche des renforts. Commandée par le lieutenant-colonel Oumar Sérémé, une bonne partie des 600 soldats du Groupement tactique « Balanzan » stationnés à Anéfis, issus de la quatrième promotion de formation européenne à Koulikoro, font mouvement vers Kidal. Deux vagues de bérets rouges venus du camp des parachutistes de Djikoroni les imitent: la première, forte de 300 commandos, quitte Bamako dans la nuit du dimanche 18 mai 2014, la seconde le lendemain matin.
Un contingent de bérets verts prend le départ à Kati, le même jour, pour Kidal. Déjà présents au camp n° 1 de Kidal, 200 soldats prennent position dans les alentours. D’autres forces rejoignent Kidal à partir de Gao. Pour encadrer tout ce beau monde, l’état-major opérationnel débarque au grand complet dans la capitale des Ifoghas. Parmi ces officiers qui se préparent à la guerre figurent le colonel-major Abdoulaye Coulibaly, chef d’Etat-major adjoint de l’armée de terre et chef du poste de commandement opérationnel pour tout le théâtre du nord; le général Didier Dacko, chef d’état-major général adjoint des armées; et le général Alladji Gamou, chef de l’unité « Delta », composée de combattants touaregs lourdement armés.

Mardi 20 mai 2014, la ville de Kidal déborde d’hommes en uniforme.
Les 2.000 officiers et soldats maliens bombent le torse. Contrairement à une période récente, ni la France, ni la MINUSMA ne se sont opposées à leur entrée à Kidal. De plus, le matériel de combat se trouve au rendez-vous : la garnison malienne est remplie à ras bord d’armes lourdes et de munitions. Une dizaine de BRDM, redoutables semi-blindés de fabrication russe, sont de la fête. Pour tout arranger, les renseignements militaires prêtent des effectifs squelettiques au MNLA et à ses acolytes : 250 hommes au total, soit quelque 10% des effectifs maliens.

L’offensive malienne
Mercredi 21 mai 2014, l’armée malienne déclenche les hostilités. Objectif: prendre le contrôle de la ville de Kidal et neutraliser individuellement les chefs rebelles, même ceux tapis dans les résidences privées.
Le fer de lance de la grande offensive malienne ? Les commandos parachutistes (bérets rouges), chargés d’investir le gouvernorat, où sont tapis des dizaines de rebelles, et de fouiller les quartiers.
Chaque béret rouge dispose d’un kit de combat composé, entre autres, d’un bidon d’eau, d’un paquet de nourriture, de couteaux, d’un fusil d’assaut Kalachnikov et d’une cartouchère de 250 balles.
Les commandos, troupes de choc féroces, sont soutenus, à l’arrière, par des fantassins bérets verts ayant pour mission de renouveler, en cas de besoin, les munitions de combat et les provisions alimentaires; de ramasser les blessés et d’assurer l’intendance. Au niveau de la garnison malienne siège l’état-major opérationnel chargé de collecter les renseignements, de coordonner la progression des soldats et de leur donner les ordres tactiques nécessaires.
Les premiers affrontements tournent en la faveur des militaires maliens.
Encouragé par les informations en provenance du front, le gouvernement publie un communiqué confirmant la mise en oeuvre d’une « opération de sécurisation des personnes et des biens à Kidal ». Les commandos foncent sur le gouvernorat à allure régulière. Ils sont accueillis par un feu nourri des occupants rebelles. Lesquels se replient vers leur base appelée « Luxembourg », située dans un quartier de Kidal et où stationne le gros des troupes et du matériel rebelles.

Vers 13 heures, le mercredi, en plein conseil des ministres, le ministre de la Sécurité, le général Sada Samaké, souffle à l’oreille du président IBK que Kidal est tombée sous le contrôle des forces maliennes et que le MNLA, en déroute, demande un cessez-le-feu immédiat. Joyeux, le chef de l’Etat annonce la bonne nouvelle. Toute l’assemblée se lève pour applaudir.
Quelques ministres font les difficiles en suggérant de refuser le cessez-le-feu et de détruire les derniers bastions rebelles au nord. Sage réplique d’IBK: « Il faut toujours accepter le cessez-le-feu et négocier quand on est en position de force ». Dans la foulée, un communiqué est préparé par le gouvernement et promis à la lecture dans la soirée: il salue la reprise de Kidal par l’armée et ordonne le cessez-le-feu. Le conseil des ministres prend fin après avoir approuvé une vague de nominations à des postes administratifs.

La défaite malienne
Deux heures plus tard, les mauvaises nouvelles commencent à tomber. Les recoupements permettent d’établir que les troupes déployées en soutien aux bérets rouges ont, les premières, pris la fuite. Ayant essuyé un déluge de feu, elles ont cru déjà morts les bérets rouges qui constituaient l’avant-garde de l’offensive. Apercevant leurs hommes en débandade, les officiers de l’état-major prennent, à leur tour, la fuite. Direction: le camp de la MINUSMA, sis à quelque 800 mètres de la garnison malienne.
A bord d’une colonne de 20 véhicules 4X4, le général Didier Dacko, le colonel-major Abdoulaye Coulibaly et autres se présentent à une telle allure devant la garnison onusienne que les casques bleus manquent de leur tirer dessus, croyant à une attaque armée. Comprenant qu’il s’agit, en réalité, de l’état-major malien en fuite, ils lui livrent précipitamment le passage.

Les officiers ainsi réfugiés sont exactement au nombre de 40, selon le compte-rendu de la MINUSMA à sa hiérarchie. Ils seront transportés par hélicoptère onusien à Gao. Quant au général Alladji Gamou, il connaît mieux le terrain que ses pairs noirs : à la tête d’une colonne de son unité spéciale, il pique à travers la brousse et rallie Anéfis. Là, il tombe nez à nez avec les renforts maliens envoyés de Kati.
Après des échanges de signaux, les deux groupes parviennent à s’identifier, font leur jonction et rejoignent ensemble Gao. L’adjoint de Gamou, le colonel Fayçal Ag Kiba,a beaucoup moins de chance: en route, seul, vers son village situé près d’Intadéni, dans la région de Kidal, il est rattrapé par ses poursuivants qui lui logent plusieurs balles dans la tête.
En vérité, les rebelles mènent une chasse aux hauts galonnés maliens dont la mort acheverait d’annihiler le moral de l’armée. Seul Fayçal y laisse la peau. Les commandos parachutistes, abandonnés à leur sort, se rendent compte trop tard de la fuite des autres troupes maliennes: ils paient le plus lourd tribut à la bataille de Kidal.

Qui commandait les rebelles ?
Les forces touarègues sont conduites, à Kidal, par Cheick Ag Haoussa, cousin d’Iyad Ag Ghali et numéro 2 du groupe islamiste Ançar Dine. Il est secondé par un ex-colonel de l’armée malienne: Assalat Ag Habbi, dont les aptitudes militaires sont connues. Autre tacticien rebelle, Haroun Ag Dawoud dirige, depuis longtemps, le camp du MNLA à Ambobar, à 7 km de Tessalit. Près d’Anéfis, un autre état-major rebelle dépend du Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA). Redoutables guerriers, les Arabes prennent le relais du MNLA et du Haut Conseil Unifié de l’Azawad (HCUA) pour prendre en chasse les soldats maliens éparpillés dans le désert. Une étroite coordination lie les différents groupes.
Le triomphe des rebelles à Kidal est dû, non à leur équipement (celui de l’armée est meilleur) mais à une plus grande ardeur au combat, à une meilleure connaissance du terrain et à une meilleure tactique.

Pour prendre à revers l’armée malienne à Kidal, les rebelles ont surgi de leur base en formation triangulaire: un premier groupe pique à gauche pour barrer la route aux bérets rouges; un second fond comme un vautour sur les bérets verts qui servent de force de soutien aux commandos; un troisième et dernier groupe rebelle fonce sur la garnison malienne où il met en fuite l’état-major. Après sa conquête, Kidal est laissée aux mains du MNLA et du HCUA: ce dernier groupe est dirigé par le patriarche des Ifoghas, Intallah Ag Attaher, dont le fils aîné, Algabass, siège à l’Assemblée nationale du Mali sous les couleurs du RPM.

Kidal conquise, les rebelles se lancent à la poursuite des soldats maliens. Leur but : conquérir des espaces susceptibles, plus tard, de garantir l’accès de leur fameux « Azawad » au fleuve Niger. Ainsi mettent-ils, en autres, la main sur Tessalit, Ménaka, Anéfis, Bourem et Ansongo. A Tessalit, ils se contentent de contrôler la ville et ne progressent pas jusqu’au camp malien, de peur d’une riposte des casques bleus tchadiens.
A Bourem, ville natale de Chato, l’ex-candidate à la présidentielle, les combattants rebelles sont priés de refluer par la force Serval qui, pour sécuriser Gao, centre névralgique des troupes françaises, dépêchent une centaine de soldats. D’Ansongo, ville riveraine du fleuve, les rebelles sont également contraints de se retirer par les troupes françaises. La panique, entre-temps, s’installe à Gao et Tombouctou: les Français doivent s’employer, par des messages radiodiffusés, pour apaiser la population et prévenir un exode général.

Des terroristes ont-ils pris part aux combats?
Selon le gouvernement malien, des groupes jihadistes d’AQMI et du MUJAO ont participé aux combats aux côtés des mouvements armés reconnus légitimes par la communbauté internationale: MNLA, MAA et HCUA. Des sources proches du pouvoir citent parmi les assaillants des terroristes d’AQMI comme Abdelkrim Al-Targui, un Touareg apparenté à Iyad Ag Ghali et chef de la katiba « Al-Ansar« ; et Abou Abdel Hakim Al-Kidali, chef de la katiba « Youssef Ibn Tachfin ».
Dans son numéro du vendredi 23 mai 2014, Jeune Afrique soutient, pour sa part, que les troupes rebelles ont reçu des renforts terroristes. Ces informations sont à prendre avec des pincettes en raison de la tendance permanente du gouvernement malien à manipuler l’opinion publique et des accointances notoires du régime d’IBK avec Jeune Afrique. S’il ne faut pas exclure l’hypothèse de renforts terroristes en provenance d’Algérie ou de Mauritanie, rien n’indique que l’on n’a pas confondu « terroristes » et « jihadistes ».
En effet, de nombreux jihadistes figurent, bien avant le conflit de Kidal, dans les rangs des 3 groupes armés reconnus comme interlocuteurs par le gouvernement malien: le MNLA, le HCUA et le MNLA.

Depuis belle lurette, le HCUA a intégré dans ses rangs une bonne partie du groupe jihadiste malien Ançar Dine, le chef de ce groupe, Iyad, faisant l’objet de recherches françaises; le MNLA, pour renforcer ses effectifs, a recyclé lui aussi des jihadistes; quant au MAA, il a toujours été animé par des Arabes attachés à la charia islamique.

Le bilan des combats
Les combattants rebelles font une impressionnante moisson à Kidal. Tout le matériel de combat leur est abandonné. Il y a là des dizaines de véhicules neufs, des armes lourdes et quelque 600 mitrailleuses. Le tout est transporté à leur quartier général. Comme à l’accoutumée, les rebelles mettront, à bref délai, le feu aux BRDM capturés qu’aucun d’entre eux ne sait conduire. Le bilan humain est d’une lourdeur exceptionnelle que par pudeur, nous nous gardons de révéler.
La MNINUSMA fut mise à contribution par les rebelles pour ramasser les cadavres maliens dispersés à travers la ville. En parlant de 20, puis de 30 morts, le gouvernement malien minore assurément les chiffres. 120 soldats maliens sont faits prisonniers. Répartis sur deux sites, ils sont sous la garde du MNLA et du MNLA.

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