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Sur l’Accord : qu’en pensent les Maliens (1)

by sur 11 juillet 2014

Résignée ou non, la majorité des Maliens ne semblent pas approuver la signature d’un accord de défense entre la France et le Mali… même s’il s’agit d’une coopération.

Coopération de défense avec la France : Des accords militaires « nouvelle génération »

Le Prétoire – Paul N’GUESSAN – 10 Juillet 2014
Ce réexamen, entamé depuis quelques années sur le continent par la France, a débouché sur la signature d’un nouvel accord dans plusieurs pays, tels que le Togo, la Côte d’Ivoire, le Tchad, Cameroun et la Guinée Conakry. Pour le cas du Mali, les choses trainent, car le contenu du futur accord n’a pas encore été rendu public.
Mais le nouveau texte – qui abroge l’ensemble des accords et arrangements conclus précédemment – exclurait désormais tout engagement de l’armée française pour soutenir les régimes en place. Il repose sur un principe de réciprocité des engagements pris par les deux parties.
Que prévoyait l’ancien accord de défense ?
Un accord de défense « nouvelle génération » doit être signé entre le Mali et la France, dont l’ancien « accord spécial de défense » avec Paris signé en 1985 était resté secret.
Signé le 6 mai 1985 entre la France et le Mali, cet accord, dont la teneur exacte était tenue secrète, structuraient les relations entre la France et le Mali. Paris s’engageait à défendre militairement le régime en place en échange de quoi, il bénéficiait d’un accès privilégié à leurs ressources naturelles et avoir le monopole des activités économiques. Mais le nouveau traité de coopération militaire prend beaucoup d’aspects en compte.
Quoi qu’il en soit, ce traité fixe les modalités d’une coopération militaire entre les deux pays. Il prévoit également des échanges d’informations relatives « aux vulnérabilités, risques et menaces à la sécurité nationale et régionale », des exercices conjoints, la mise à la disposition de Bamako de coopérants militaires français ainsi que des soutiens techniques et la « formation des membres du personnel malien par leur accueil ou leur admission en qualité d’élève ou de stagiaire dans les écoles de formation militaires françaises ou soutenues par la France ». À ce sujet, l’Eutm apporte déjà un appui significatif à l’armée malienne à Koulikoro.
Ce nouveau partenariat de défense indique que la circulation des forces françaises « est autorisée sur tout le territoire » malien, « tout comme les manœuvres et exercices nécessaires à l’entraînement et conduite des activités, après autorisation préalable ».
Et le document d’ajouter : « S’agissant des installations mises à disposition, ces installations peuvent être reprises par la partie malienne sous réserve de mettre à disposition une installation équivalente ».
François Hollande et sa promesse de campagne
François Hollande « avait juré durant sa campagne électorale de jeter dans le placard de l’histoire la Françafrique de ses prédécesseurs. Au finish, il leur a emboîté le pas : deux interventions sur le continent noir rien que durant les deux premières années de son quinquennat. Evidemment, le président socialiste français a invoqué de bons arguments et de bonnes intentions : chasser les djihadistes qui menaçaient Bamako à partir du nord du Mali qu’ils occupaient, et rétablir l’ordre étatique à Bangui menacé de surcroît de génocides ethnique et religieux.
Mais sa promptitude a laissé dubitatif, même s’il a associé intelligemment des pays africains, le Conseil de sécurité et les commissions de l’UE et de l’UA, ce qui lui permettent de claironner que la Françafrique, c’est du passé.
En fait, rien de cela, car s’il n’est pas intervenu pour sauver des régimes, il l’a fait au nom d’intérêts géostratégiques de la France. Paris va, a-t-il affirmé à ses invités, revoir sa politique africaine pour lui ôter ses fondements et relents néocolonialistes, pour instaurer enfin avec le continent des rapports gagnant-gagnant… »

Accord militaire avec la France, ce qu’en pensent les Maliens

Par Célia d’ALMEIDA – 09/07/2014
Même si la sémantique a changé, le Mali va bel et bien signer, dans quelques jours d’après les dernières informations, un accord avec la France. Et les avis sont quasi unanimes.
Si une chose est sûre, c’est que l’opinion malienne n’est pas vraiment pour la signature de l’accord militaire avec la France. Le peu d’informations sur le contenu dudit document, les rumeurs et surtout la position pour le moins floue de la France dans la gestion de la question de Kidal ont fini par forger une idée largement partagée que le pays n’a guère besoin de se lier militairement à la France.
Sur les réseaux sociaux comme dans les grins, sur la scène politique comme dans les journaux, c’est le non qui l’emporte même si quelques avis disent que le pays n’a d’autre choix que de signer le document.
Le ministre français de la Défense est attendu à Bamako le 16 juillet prochain « à l’invitation du Président de la République malienne » annonçait en début de semaine le quotidien national.
Jean-Yves le Drian devrait, selon toute vraisemblance, signer avec l’Etat du Mali un accord de coopération militaire. Le Mali a, depuis son indépendance, maintenu des liens particuliers avec la France sur le plan militaire. Au département de la Défense, il n’est pas rare de croiser un « conseiller militaire » français dans les couloirs. Alors, pourquoi un nouvel accord, se demandent les Maliens ?
Qu’est ce qui va changer et dans quelle mesure cela sera-t-il profitable au pays ?
En quoi cela va-t-il éclaircir la place de la France dans la gestion sécuritaire du pays depuis 2013 et en particulier en ce qui concerne Kidal ?
Alors que Serval plie bagage et quitte le terrain, quel visage aura la présence militaire française au Mali ?
Autant de questions qui n’ont pour l’instant pas de réponse officielle. Alors, chacun y va de son opinion…
Un refus quasi unanime
Ainsi une internaute, assez virulente sur le sujet, dénonce quasi quotidiennement la signature prochaine de l’accord. « Et puis quoi encore ? Il ne manque plus qu’on signe cet accord militaire et nous serons définitivement dans une nouvelle forme de colonisation, qu’on va nommer démocratique, et qui va permettre de nous piller et de nous mater en toute légalité » s’insurge-t-elle.
Moustaph D., employé de bureau se dit lui sidéré que l’Etat malien veuille signer « un accord militaire avec une puissance qui joue avec l’intégrité du pays ». « Comment peut-on se lier à quelqu’un qui a montré qu’il ne vous veut pas de bien ? »se demande-t-il.
Son collègue tente de relativiser en rappelant que sans la France, le pays serait aujourd’hui aux mains des djihadistes. « On les remercie beaucoup, nous ne sommes pas ingrats. Mais maintenant, qu’ils rentrent chez eux » réplique Moustaph.
Son opinion est largement partagée par les autres membres de son « grin ». Ici, chaque soir depuis maintenant des semaines, la question de la signature de cet accord revient dans les discussions. « Et nous sommes tous d’accord, ce n’est vraiment pas le moment de signer quoique ce soit. Le pays est en situation de faiblesse surtout avec Kidal où la France joue un jeu pas clair du tout. Nous n’allons quand même pas transformer notre sauveur en maître !» déclare un quinquagénaire qui tient à son anonymat. « Je milite dans un parti qui est dans la majorité. Je peux vous dire que de nombreux politiciens ne sont pas du tout d’accord avec cette histoire, mais ils se taisent par solidarité ».
D’autres politiciens n’y sont pas allés de main morte et ont, à l’instar des leaders du MP 22, accusé la France d’être à « l’origine des maux dont souffre aujourd’hui le Mali » et dit leur incompréhension face à cet accord avec un pays qui « use de mille et un subterfuges à l’intérieur, tout comme à l’extérieur pour empêcher le réarmement de notre armée. »
La diaspora malienne n’est pas restée en marge de la protestation contre l’accord. Le 5 juin dernier, une manifestation regroupait quelque dizaines de maliens de France à Paris pour rejeter la signature du document qu’ils estiment contraire à l’indépendance du Mali.
Dans ce tonnerre de protestations, il y a quelques voix qui se veulent positives. « Nous ne savons pas ce que contient ce papier. Je ne peux pas croire que les autorités maliennes signent quelque chose qui sera défavorable au pays » affirme Mouneissa Bagayoko, commerçante. « Il parait que l’affaire de la base à Tessalit n’est pas vraie et qu’il n’y aura pas de base fixe au Mali, que les Français viendront si on a besoin d’eux. Si c’est cela, pourquoi pas ? On ne peut pas refuser d’avoir des alliés surtout quand on est en danger comme nous le sommes » déclare pour sa part Abdoulaye Konaté, étudiant.
Si du côté du gouvernement on se veut rassurant, les plus optimistes sur la question appellent tout de même à la prudence. « Ne pas signer n’importe quoi » insiste Abdoulaye qui estime que le pouvoir d’IBK devra rendre des comptes aux Maliens si « les choses ne se passent pas comme il se doit ».
Alors que la signature ne fait plus vraiment l’objet de doutes, l’opinion malienne y est encore largement hostile. Étant entendu que par principe un accord militaire reste secret, il est fort probable que très peu d’informations filtreront sur son contenu.
Ce qui ne sera pas pour rassurer les « anti » ni pour conforter les « pro » qui estiment que, malgré toutes les zones d’ombre, le jeu en vaut la chandelle.
A savoir
La signature du document de coopération militaire entre les deux pays a été maintes fois reportée. La première signature était prévue le 20 janvier. A cause de la symbolique de la fête de l’indépendance militaire malienne célébrée ce jour-là, il y a eu report. Prévue fin mai, et repoussée à nouveau à cause des évènements de Kidal, c’est finalement à la mi-juillet que devrait se conclure l’entente militaire entre le Mali et la France.

Oumar KEITA : « Face au djihadisme, la présence de bases militaires occidentales est souhaitable »

Le Journal du Mali – Par Oumar KEITA – 10/07/2014
Du Mali au Nigéria jusqu’en Somalie, le djihadisme est aujourd’hui une réalité concrète et transnationale qui compromet la stabilité de certains pays africains.
Face à l’ampleur du phénomène, une présence de bases militaires occidentales est souhaitable pour renforcer la coopération en matière de sécurité et de renseignement, pour construire des réponses régionales, continentales et internationales concertées et coordonnées.
L’opération « Serval » a été vécue comme un soulagement par beaucoup de maliens. La situation de la région de Kidal, où il paraît compliqué de désarmer le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), est différente de celle de Tombouctou, Gao et Ménaka, dont la libération n’a pas conduit à une sécurisation totale de leur espace.
Les derniers évènements le prouvent : une victoire militaire définitive est extrêmement difficile dans une guerre asymétrique. La lutte contre le terrorisme se joue au-delà de la dimension militaire, sur les plans politique, social et économique. L’armée malienne seule n’est pas encore suffisamment restructurée et équipée pour contrer le retour des islamistes.
La signature d’un accord de défense entre Bamako et Paris doit donner un cadre juridique à la prolongation de sa présence militaire dans la zone sahélo-saharienne qui couvre une superficie d’environ 8 millions de km², soit 75% du territoire malien. Cet accord de défense avec la France, permettra de réformer l’armée malienne.
Ce n’est pas un accord de défense à l’ancienne, comme on pouvait en produire la Françafrique, mais un accord de coopération, tout comme nous en avons en matière d’agriculture, d’éducation, de santé… Il n’y a rien de secret dans cet accord, dont la signature, initialement prévue le 25 mai, a été reportée en raison des récents événements.
Les mouvements djihadistes chercheront toujours à fragmenter les sociétés. Face à ce projet de division, il faut fédérer les populations et refuser tout amalgame entre djihadisme et islam et reprendre l’initiative politique pour résoudre par la voie du dialogue les conflictualités locales souvent instrumentalisées.
A savoir
Dr Oumar Keïta est historien, politologue, chercheur associé à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) Paris-France.

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