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Naufragés de Bafoulabé : des témoignages

by sur 2 août 2014

Mise à jour du 02/08/2014 à 18h  

Migrants naufragés de Bafoulabé : des témoignages

Ce matin, au foyer de la Petite Pierre dans le 13ème…

Après la réunion de condoléances et de prières tenue hier au foyer du 11 ème, c’est le foyer de la rue de la Petite Pierre qui était, ce samedi matin 2 août, le théâtre d’une cérémonie identique convoquée à l’initiative de Boubou Diaby, doyen du village de Sélinkégny en France.

Mais très vite la salle de réunion du sous-sol s’avérait trop exigüe et la foule débordait dans la petite salle de prières voisine puis dans l’accès au sous sol et  les escaliers.

Tous les villages du nord du cercle de Bafoulabé ayant des ressortissants à Paris étaient représentés, et la cérémonie traditionnelle a pris la forme d’une assemblée générale avec des témoignages poignants de jeunes migrants passés par la même route, mais sans encombre cette fois-là…

« En fait l’un de ceux qui ont fourni le bateau transportant les jeunes du cercle de Bafoulabé, un arabe, a su très vite que l’embarcation avait chaviré; mais il n’a pas osé le dire aux autres Maliens présents parce qu’il ne savait pas comment s’y prendre pour leur annoncer la mauvaise nouvelle nous a-t-il dit,… Mais c’est tout simplement parce qu’il avait déjà 80 candidats pour le prochain départ et qu’il ne voulait pas perdre le marché ! Ces types là, ils se nourrissent de sang humain.« 

Au printemps, un groupe de 40 jeunes de ce secteur est arrivé à Paris; en avril, 22 nouveaux s’y ajoutaient et encore 11 en juillet. Actuellement, une soixantaine de jeunes Maliens originaires des villages du Nord du cercle sont encore retenus dans les camp italiens, en attente de l’examen de leur sort…

J’ai regroupé différents témoignages par rubriques.

Sans pilote ni vivres

« A partir de Bamako, on peut facilement gagner Tripoli en Libye, à travers le Nord du Mali (sans difficulté car les groupes armés prélèvent leur dîme au passage de chaque véhicule),  puis par les déserts algérien, nigérien ou libyen« .

« En Libye, il suffit de se mettre en contact avec les passeurs maliens qui ont pignon sur rue à Bamako : ils travaillent sous la protection de Libyens, chefs de gangs mafieux. Quant le nombre de candidats est atteint et qu’une barcasse fabriquée à la hâte est disponible, les passeurs y entassent les candidats à l’émigration et ne prennent même plus la peine de fournir un pilote. Ils questionnent les candidats au voyage sur leur aptitude à manier un moteur et à se diriger à la boussole ».

« On part de nuit  pour éviter les vedettes de la marine libyenne qui patrouillent en permanence, sous la responsabilité des 2 ou 3 migrants qui se relaieront au moteur pour piloter le bateau. Le voyage dure de 2 à 4 jours. Si on coule, les passeurs et ceux qui ont livré le bateau, ont disparu, on a personne à qui réclamer; eux ils ont juste perdu  le moteur et quelques litres d’essence. Mais ils ont empoché gros.

Combien ça coûte ?

« De Bamako à Tripoli, on s’en sort avec 150 euros; le passage lui varie autour de 1000 euros. Si tu te fais prendre par la marine libyenne, ils te mettent en prison et t’en sortent pour 500 euros envoyés par la famille, au Mali mais le plus souvent en France. Les policiers demandent si tu as de la famille à l’extérieur et t’autorisent à appeler avec leur téléphone pour empocher l’argent ».

« Pour moins de 2000 euros tu arrives en Europe, alors que si tu veux avoir des faux papiers ça te coûte entre 4000 et 5000 euros ».

Qui part et pourquoi ?

« Les jeunes, quand on a arrêté l’école trop vite, on n’est pas lettré, ne trouve pas de travail, alors il nous reste l’aventure… »

Un ancien me précise que la migration se fait aussi à l’intérieur des frontières du Mali : « Les jeunes quittent la brousse pour gagner les régions où on trouve de l’or; ça pose problème pour les cultures : on manque de bras en hivernage et à Sélinkégny, même en mettant 1500 ou 2000 CFA (2 à 3 euros) pour la journée, tu ne trouves plus de maçons pour construire les maisons ».

« Avant, l’Italie se débarrassait des migrants arrivant beaucoup trop nombreux en leur donnant des papiers qui leur permettaient de partir dans toute l’Europe. L’Union européenne a voulu arrêté ça. Maintenant tous les dossiers sont examinés un à un et les autorisations sont données au compte goutte. Tu peux faire 6 mois à un an dans un camp en Italie avant de sortir; c’est l’Europe qui finance ça et c’est moins cher que les faux papiers… »

« Chaque mois, il y a des milliers de Maliens qui quittent le pays »

Interdire cette « route de la mort »

Comme à Sélinkégny la veille, la rencontre de ce samedi matin a abouti à une décision : « Nous demandons à ce que plus aucune famille du cercle de Bafoulabé, et plus aucun parent ressortissant à Paris, ne paye le voyage des jeunes par cette route de la mort devenue trop dangereuse ».

En publiant ces témoignages, je réponds simplement à la demande d’amis maliens qui m’ont supplié d’informer le plus largement  possible sur cette situation.

Hubert LEDOUX

Mise à jour du 02/08/2014 à 14h  

Naufrage de jeunes du cercle de Bafoulabé : pire qu’annoncé…

Les nouvelles du naufrage ne cessent de nous parvenir avec des précisions qui font froid dans le dos et corrigent les informations déjà données sur les circonstances et sur le nombre des disparus ; on pourrait atteindre plus de 70 morts pour l’ensemble des communes situées au Nord du cercle de Bafoulabé. Du jamais vu, et la plus grande catastrophe de l’immigration pour ce cercle de la région de Kayes, d’où partent 70 % des Maliens résidant en France..            

Aux 20 victimes de Kania (4), Madalaya (13), Sélingkégny (3) et Djungo (1), il faut ajouter 2 ressortissants de Karaga (situé à 3 km de Sélinkégny), 2 de Gangontéry (à 7 km) vers Kayes, 2 de Kolinguémou, 1 de Tintilla (village de pécheurs au bord du fleuve en face de Bafoulabé) et 8 de Oussoubidiagna (chef lieu de la commune de Tomora, au Nord du cercle de Bafoulabé).            

En effet, parmi les milliers de migrants ayant quitté la Libye dans des embarcations de fortune ces derniers jours,  il y a plus de 800 Maliens qui sont arrivés en Italie. Le ministre des maliens de l’extérieur (un soninké, M. Abdourhamane SYLLA) s’est précisément rendu en Italie pour faire le point sur leur situation et rencontrer les autorités.          

Les ressortissants du cercle de Bafoulabé candidats à l’immigration, se sont tous retrouvés à Tripoli dans la première quinzaine de juillet, informés que deux passeurs (que l’on appelle « coxeurs » au Mali) originaires d’Oussoubidiagna, pouvaient les aider à traverser la Méditerrannée Ces passeurs ne sont désormais plus joignables, ils ont même changé d’identités et de numéros de portables, craignant (à juste titre) que la venue du ministre ne déclenche une enquête.

Ils ont installé 110 candidats à l’immigration dans un petit bateau artisanal ; parmi eux, 87 Maliens, dont la très grande majorité originaires des villages situés au Nord du cercle de Bafoulabé. Selon nos informations chacun aurait payé 500 000 CFA pour le passage (près de 800 euros), un « prix d’amis » semble-t-il, du fait de leur origine géographique, une somme avancée, pour la plupart, par leurs familles résidant au Mali ou à Paris.            

Cette embarcation a quitté Tripoli dans la nuit du 14 juillet comme en témoigne plusieurs appels téléphoniques de ressortissants de Madalaya vers leurs parents à Paris, indiquant qu’ils étaient montés à bord et quittaient la Libye.            

C’est aux environs du 20 juillet que les familles ont commencé à s’inquiéter du silence de leurs proches, la traversée s’effectuant normalement dans un délai de 2 à 4 jours.            

Ce n’est que tout récemment, qu’un bateau de pêcheurs a ramené à Tripoli le seul survivant du naufrage, qui en a raconté les circonstances de manière assez incohérente, car le malheureux s’est accroché durant plusieurs jours à des débris du bateau, avec deux compatriotes qui ont fini par lâcher prise. Il est actuellement soigné dans un hôpital psychiatrique de Tripoli, il s’agit d’un ressortissant d’Oussoubidiagna. C’est son témoignage qui a permis de prévenir les familles il y a 48 heures.

On le voit donc, si les circonstances du naufrage n’étaient pas celles décrites précédemment (on m’a assuré que plusieurs esquifs chargés, notamment, de Maliens, quittaient chaque jour la Libye), le bilan des victimes s’avère, lui, encore plus catastrophique qu’annoncé pour le cercle de Bafoulabé

Hubert LEDOUX  

Une tragédie s’est nouée en début de semaine en Méditerranée.

Une vingtaine de jeunes candidats à l’immigration, originaires de villages du Nord du cercle de Bafoulabé (Sélinkégny, Madalaya, Kania et Djungo) se sont noyés. Il y en a peut-être d’autres parmi les dizaines de  disparus.

Lundi 28 juillet 2014 au large d’Al-Khoms (100 km à l’est de Tripoli en Libye), une embarcation de fortune a coulé avec environ 150 migrants à bord.L’information est parvenue mardi soir et relayée par l’AFP mercredi 30 au matin. La marine libyenne a recueilli 22 rescapés et 20 corps. Parmi les disparus, 3 sont originaires de Sélinkégny, 12 de Madalaya, 4 de Kania et 1 de Djungo, villages à majorité sarakolée situés au nord du cercle de Bafoulabé (Mali), dont toutes les familles sont liées soit par les mêmes patronymes, soit par des alliances familiales..        

A Sélinkégny, les trois jeunes décédés sont un parent du président de l’Association pour l’aide au dévelloppement de Sélinkégny à Paris, le dernier fils de l’Imam Moussa, décédé en juillet 2008 et le fils de Bakary Kébé, président de l’Association de gestion du Centre de santé communautaire de Sélinkégny.            

Une assemblée générale du village s’est tenu dés hier, vendredi 1er à 8h, la nouvelle ayant été connue dans la nuit.  Cette assemblée de condoléances aux familles et de prières pour les victimes a composé une délégation de 10 Sélinkégnois qui se rendront dans les villages également touchés pour la traditionnelle cérémonie de présentation des condoléances.            

A Paris, dans le foyer du 11ème arrondissement où étaient majoritairement regroupés les parents des victimes, la journée d’hier a été marquée par une réunion de prières et de condoléances; l’émotion était très forte car c’est la première fois que ces villages de migration traditionnelle depuis le début des années 70, sont touchés par un tel drame.            

Un Sélinkégnois témoignait dans un message : « depuis des années nous entendons parler des tels drames chez des connaissances et des villages voisins mais nos villages n’ont jamais été concernés donc dur et très dur pour nous. »           

Fodié Diaby, président de l’Association pour l’Aide au Développement de Sélinkégny durant 12 ans (jusqu’en janvier 2014) : « Hubert c’est dramatique ! Merci de ton soutien, mais on a créé ce jumelage justement pour éviter ça. C’est vraiment dommage, tout ce que vous avez fait à Sélinkégny, l’école et tout, c’était pour éviter ça; c’est malheureux. Tu dois nous aider à informer des dangers. Toute une génération de jeunes non instruits vient de mourir… »            

Des contacts téléphoniques avec Sélinkégny ce samedi 2 août au matin, il ressort que la majorité de ces jeunes étaient partis, la plupart du temps séparément, par les déserts Nigérien et Libyen en véhicules. Ils se sont retrouvés dans le port d’Al-Khom un peu par hasard et ont décidé de s’embarquer ensemble. « C’est la première fois que nous avons des morts dans nos villages. Nous avons décidé d’interdire cette route à nos jeunes, car c’est vraiment trop dangereux... » nous a dit le fils du chef du village.            

La situation anarchique en Libye a multiplié les départs de bateaux vers Malte ou l’île de Lampedusas au sud de la Sicile. Près de 80 000 personnes y sont arrivéess depuis le début 2014, bien plus que pour l’ensemble de l’année 2013.            

On ignore le nombre des victimes qui perdent la vie en mer, car, par définition, les embarcations essayent d’éviter les contrôles des marines libyenne et italienne, mais elles se montent sans doute à plusieurs centaines déjà…             Aucune liste des disparus n’est publiée pour la bonne raison que, la plupart du temps, les migrants embarquent dans les bateaux de fortune sans papier afin qu’on ne puisse pas les renvoyer dans leur pays d’origine s’il n’est pas établi à coup sûr.  Sur les 150 supposés embarqués, il y a 22 rescapés et 20 cadavres retrouvés. Qu’en est-il des disparus ?

Hubert LEDOUX

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From → Revue de Presse

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