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Daech, et l’enlèvement d’Hervé Gourdel

by sur 23 septembre 2014

Il y a une chose que je ne comprends pas au sujet de la présence d’Hervé Gourdel, guide de haute montage passionné de photo, enlevé dimanche soir alors qu’il effectuait un treck en Kabylie, en Algérie : pourquoi cette zone n’est-elle pas classée zone rouge sur les cartes du Ministère des Affaires Etrangères, alors que les 3/4 du pays le sont, ainsi qu’encore les 3/4 du Mali ?

Cela me rappelle l’attentat sur la place Jemaa el-Fna de Marrakech, qui a fait 18 morts dont une douzaine de Français et qui na jamais été classée comme zone dangereuse…

Pour ne pas se fâcher avec le régime marocain ?

Comme aujourd’hui avec la Kabylie pour ne pas obérer les relations avec Alger où se tiennent les négociations sur la paix au Mali ?

Car tout le monde sait que la Kabylie est le siège d’AQMI où vit Abdelmalek Droukdel alias Abou Mosaâb Abdel Woudoud ou Abou Moussab Abdelwadoud, né le 20 avril 1970 à Meftah en Algérie,  qui, depuis approximativement fin 2004, est l’émir de l’organisation terroriste, après avoir été l’un des fondateurs des GIA, puis du GSPC en Algérie, avant de faire allégeance à Oussama Ben Laden.

Ci-dessous, le point de ce que nous avons sur lui, sur Hervé Gourdel et sur l’état islamique, dont l’acronyme arabe est daech (parfois écrit daesh).

Mon sentiment est que ces groupes terroristes se revendiquant (à tort) de l’islam, ne s’opposent pas aux occidentaux pour ce qu’ils font en Irak, mais pour ce qu’ils sont.

Abdelmalek Droukdel, émir d’Aqmi

AbdelMalek Droukdel Emir d'AQMIAbdelmalek Droukdel © DR

Abdelmalek Droukdel alias Abou Mosaâb Abdel Woudoud ou Abou Moussab Abdelwadoud, né le 20 avril 1970 à Meftah en Algérie, est, depuis approximativement fin 2004, l’émir de l’organisation terroriste
Insaisissable émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il est l’homme le plus traqué par la justice algérienne mais aussi par le FBI et la CIA. Jamais de téléphone, peu de déplacements : autant de précautions qui lui garantissent une longévité qui a fait défaut à ses prédécesseurs. Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, 44 ans, est le véritable patron de l’organisation jihadiste dont l’activité est responsable du déploiement de l’opération Serval au Nord-Mali : de la vallée d’Ametetaï aux contreforts du Tigharghar, il a donné du fil à retordre aux forces françaises et tchadiennes. Droukdel sème aussi la terreur aux confins du Niger, de la Tunisie et de la Libye, où ses hommes affrontent régulièrement l’armée algérienne. Il est également responsable de plusieurs attentats mortels à Alger.

Le groupe terroriste Jund al-Khilafa revendique le rapt d’Hervé Gourdel en Kabylie

23/09/2014 à 08:20 Par Jeune Afrique avec AFP
Hervé Gourdel enlevé le 22-09-14 en KabylieHervé Pierre Gourdel est un guide haute montagne chevronné. (Facebook)

L’annonce est survenue quelques heures après que l’État islamique (EI) a appelé au meurtre de citoyens des pays de la coalition qui lutte contre lui, le 22 septembre. Mais Hervé Gourdel, guide de haute montagne, a été enlevé en Kabylie par un groupe se revendiquant de l’EI, dès la veille.
Un groupe lié à l’État islamique (EI) a revendiqué lundi 22 septembre dans la soirée l’enlèvement d’un Français en Algérie, dans la région de Tizi Ouzou, et a menacé de l’exécuter dans les 24 heures si la France n’arrêtait pas ses frappes contre l’organisation jihadiste en Irak.
Kidnappé entre Bouira et Tizi Ouzou, dans le massif des Ouacifs, Hervé Gourdel, 55 ans, faisait partie d’un groupe de randonneurs algériens, qui ont été immédiatement relâchés.
Dans une vidéo qui a été authentifiée par les autorités françaises, le groupe algérien « Jund al-Khilafa » (l’armée du califat en Algérie) revendique le rapt. La vidéo montre l’otage demandant au président français de le sortir de cette situation. Il est assis par terre dans l’habituelle mise en scène, entouré de deux hommes masqués et armés de kalachnikovs.
« Je laisse à Hollande, le président de l’État français criminel, le soin d’arrêter les attaques contre l’État islamique dans les 24 heures qui suivent la publication de ce communiqué ou son ressortissant Hervé Gourdel sera égorgé », déclare un des deux hommes armés dans cette vidéo.
L’otage précise qu’il est originaire de Nice et guide de haute montagne. Il dit être arrivé le 20 septembre en Algérie.
Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a affirmé qu »un groupe terroriste ne [pourrait] pas infléchir la position de la France ». « Tout est mis en œuvre en concertation étroite avec les autorités algériennes pour obtenir la libération de notre compatriote, a-t-il ajouté. Mais il ne faut pas cacher que la situation est extrêmement critique. »
Le groupe « Jund al-Khilafa », diigé par Abdelmalek Gouri (appelé aussi Khaled Abu Souleimane), prouve ainsi sa capacité d’action. Il est le premier à répondre à l’injonction d’Abu Bakr al-Baghdadi de tuer les ressortissants des pays qui lutte contre l’EI
Issu de la mouvance d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Jund al-Khilafa avait prêté allégeance à l’État islamique la semaine dernière. La dissidence du chef d’Aqmi en Kabylie, Gouri Abdelmalek, au profit de l’EI date, elle, de la mi-juillet.
C’est le premier rapt d’un Français en Algérie depuis le milieu des années 1990.

Qui est Hervé Gourdel, le Français enlevé en Algérie ?

Par Le Nouvel Observateur avec AFP – Publié le 23-09-2014 à 05h43
Ce Niçois de 55 ans, enlevé en Algérie par un groupe djihadiste est un guide de haute montagne, passionné de photographie.
Le Niçois de 55 ans, Hervé Gourdel, enlevé en Algérie par un groupe djihadiste, guide de haute montagne du parc national du Mercantour, au nord de Nice, est un passionné de photographie et de voyages.
« C’est une épreuve pour nous », a indiqué lundi 22 septembre la mère de 82 ans d’Hervé Gourdel, très inquiète, au côté de son époux de 88 ans. Fatiguée des sollicitations de la presse, elle n’a pas souhaité donner de plus amples précisions sur le voyage de son fils.
Elle a néanmoins mentionné à l’hebdomadaire « L’Express » qu’il était arrivé samedi en Kabylie pour entamer un trekking d’une dizaine de jours. Elle a parlé pour la dernière fois à son fils par téléphone dimanche : « Tout allait bien, il nous a dit qu’il entamait une randonnée de deux jours et qu’il serait peut-être difficilement joignable. »
La montagne fut tout d’abord une passion contractée très jeune puis vite dévorante », explique Hervé Gourdel sur son site internet professionnel.
« Le diplôme de guide m’a permis de gagner ma vie loin des bureaux en grimpant, en skiant, en parcourant des cours d’eau, en parlant de la montagne…, en transmettant un enthousiasme et des connaissances », confie-t-il, en énumérant aussi ses voyages au Népal ou en Jordanie.
Photographe passionné
Passionné de photographie, il expose sur internet des photos de ses randonnées. « J’ai toujours eu envie de fixer ces paysages si extraordinaires à mes yeux! ». « C’est dans l’Atlas marocain que j’ai commencé à évoluer. J’ai eu envie de ramener des images des gens qui y vivent », ajoute-t-il.
Il conjugue depuis peu ses deux passions, en organisant des stages de montagne sur le thème de la photo.
Le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a déclaré connaître « personnellement ce grand professionnel de la montagne », inscrit au bureau des guides de Saint-Martin-Vésubie.
C’est un homme unanimement apprécié tant pour ses compétences que pour ses qualités humaines. Il était encore ce week-end à Saint-Martin-Vésubie lors d’une cérémonie d’hommage à un guide disparu », a ajouté l’élu.
Hervé Gourdel a créé en 1987 un bureau de guides de montagne d’été, basé dans cette localité des Alpes-Maritimes, aux portes du parc du Mercantour. Il organise en outre des stages dans l’Atlas marocain depuis une vingtaine d’années.
Allégeance à l’Etat islamique
Un groupe lié aux jihadistes de l’Etat islamique (EI) a revendiqué lundi dans une vidéo le rapt du Français en Algérie et menacé de l’exécuter dans les 24 heures si la France n’arrêtait pas ses frappes contre l’EI en Irak.
Dans cette vidéo, le groupe djihadiste algérien « Jund al-Khalifa » (les soldats du Califat), qui a fait allégeance à l’EI, montre l’otage qui demande au président français de le sortir de cette situation. Il est assis à terre, entouré de deux hommes masqués et armés de kalachnikov.
L’otage dit qu’il est originaire de Nice et qu’il est guide de haute montagne. Il précise être arrivé samedi en Algérie et avoir été kidnappé dimanche soir.

L’Etat islamique appelle à tuer les « sales Français de n’importe quelle manière »

Le Nouvel Observateur avec AFP – Publié le 22-09-2014 – Mis à jour à 14h05
Le porte-parole des djihadistes appelle au meurtre des citoyens des pays appartenant à la coalition, citant les Français comme cibles privilégiées.
L’organisation Etat islamique a lancé lundi 22 septembre un appel aux musulmans à tuer des citoyens, notamment Américains et Français, des pays formant la coalition internationale mise en place pour combattre le groupe djihadiste en Irak et en Syrie.
« Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière », a déclaré Abou Mohammed al-Adnani, le porte-parole de l’EI, dans un message diffusé en plusieurs langues via Twitter. « Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire », a-t-il ajouté.
« Egorgez-le, écrasez-le »
Le message, publié sous forme audio en arabe avec une traduction écrite sommaire en anglais, en français et en hébreu, donne des instruction sur la manière de mener à bien la mission sans équipement militaire, par exemple en ayant recours à l’égorgement, la strangulation ou l’empoisonnement.
Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le », indique-t-il.
Les Etats-Unis et la France sont les deux pays qui ont jusqu’à présent mené des frappes aériennes en Irak sur des positions de l’EI, un groupe qui a déclaré en juillet un « califat » dans les secteurs qu’ils contrôlent à cheval sur la Syrie et l’Irak.
S’adressant à Barack Obama, le message raille la décision du président américain de ne mener que des frappes aériennes et de ne pas envoyer de troupes au sol. Il le prévient: « L’Amérique descendra au sol et y sera conduite à sa tombe et à la destruction ».
« L’Amérique et ses alliés ne sont-ils pas capables de se battre sur le terrain ? », demandent les djihadistes.
Appel à « l’unité » des musulmans de Libye
Le porte-parole dresse par ailleurs des louanges aux militants actifs dans la péninsule du Sinaï en Egypte, les appelant à « trancher la gorge » des défenseurs du régime du président Abdel Fattah al-Sisi.
Des groupes djihadistes, dont Ansar Beït al-Maqdess, qui a récemment apporté son soutien à l’EI, revendiquent régulièrement des attentats contre les forces de sécurité depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée en juillet 2013.
Al-Adnani appelle aussi à « l’unité » les musulmans de Libye, un pays profondément déstabilisé par des combats entre milices rivales, dont certaines islamistes.

Qui sont les barbares de « Daech », l’Etat islamique ?

Par Sara Daniel – Le Nouvel Observateur – Publié le 21-09-2014 à 17h51
D’où viennent-ils ? Qui les finance ? Que veulent-ils ? Comment les combattre ?

6 questions sur les nouveaux maîtres de la terreur, plus puissants, connectés et sanguinaires qu’Al-Qaida.

De quoi l’Etat islamique est-il le nom ? Entité monstrueuse qui est née sur les décombres du conflit syrien (180.000 morts), cette organisation terroriste est le symptôme de la maladie qui ronge le Moyen-Orient. Nihiliste et millénariste, elle est le résultat terrifiant de la vacuité politique dans cette région, où les mouvements qui ont suscité un espoir, du panarabisme aux révoltes arabes de 2011, se sont jusqu’ici soldés par un échec.
Elle dit aussi l’abandon de l’Occident, qui a préféré détourner les yeux pendant que le monstre grossissait. Les décapitations des otages, terribles mises en scène de la barbarie, qui se sont succédé, ont laissé l’Occident hébété au point que Barack Obama a d’abord confessé qu’il n’avait « pas de stratégie face à l’Etat islamique ». Ces actes barbares ont fini par fournir – enfin – un prétexte aux Etats-Unis et à leurs alliés, soutenus par les opinions publiques, pour réagir et intervenir.
Mais qui sont, au fond, ces fondamentalistes contre lesquels s’est formée une coalition internationale d’une ampleur inédite ? Que veulent-ils ? Comment assurent-ils leurs recrutements ? D’où vient l’argent qui finance leur action ? Pourquoi leur succès est-il en train de précipiter la chute d’un ordre mondial hérité de la Première Guerre mondiale ? Et enfin comment les combattre ? Voici quelques-unes des questions auxquelles nous avons tenté de répondre.
1 – Comment est né l’Etat islamique ?
Ce mouvement est né en Irak, lorsque, pour combattre l’occupation américaine de 2003, une poignée d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein et de fondamentalistes irakiens, rejoints par des djihadistes venus d’Afghanistan, prêtent allégeance à Al-Qaida. Dès 2004, ce groupe commence à diffuser des vidéos de décapitations d’otages occidentaux puis d’Irakiens, « traîtres » supposés. La logique fratricide de l’EI les conduit à déclencher une guerre confessionnelle contre les chiites. La barbarie de leurs exactions met bientôt le groupe au ban des plus fondamentalistes. Al-Qaida les réprimande, et les tribus sunnites, encouragées par les Américains, finissent par les chasser de leur fief d’Al-Anbar, en Irak.
En 2007-2008, leur mouvance se réduit à une poignée de fanatiques qui se terrent dans le désert irakien. Deux facteurs expliquent le retour en force des barbares de l’Etat islamique. D’abord la haine que suscitent, chez les sunnites, le régime du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, et ses milices chiites soutenues par l’Iran, qui se livrent à un véritable nettoyage ethnique et vident une partie de Bagdad de ses habitants sunnites. Ce sont ces mêmes tribus qui avaient chassé les fondamentalistes en 2007 qui les appellent cette fois au secours.
Ensuite, le déclenchement de la révolution en Syrie en 2011 va faire du groupuscule un acteur majeur du djihad. Devant la montée des aspirations démocratiques, le clan Assad, issu de la minorité alaouite, une branche dissidente du chiisme, exploite les divisions confessionnelles et relâche des centaines de combattants salafistes détenus dans ses prisons. Ceux-ci viennent grossir les rangs des deux principales organisations fondamentalistes. La première, le Front al-Nosra, créé en janvier 2012, a prêté allégeance à Al-Qaida. La seconde Daesh, acronyme arabe de l’Etat islamique, qui apparaît en Syrie début 2013, est beaucoup plus ambitieuse et entend bien supplanter Al- Qaida sur la scène du djihadisme mondial.
2 – Qui le dirige ?
Le calife autoproclamé de l’organisation est un homme qui se fait appeler Abou Bakr al-Baghdadi. Le FBI a mis sa tête à prix à 10 millions de dollars. Il cultive le secret, et l’on sait bien peu de choses de lui. Même son nom de guerre est un leurre : Abou Bakr fait référence au premier calife et compagnon du Prophète, Al-Baghdadi signifie simplement de Bagdad.
L’homme qui est né dans la province de Diyala, dans l’est de l’Irak, en 1971, a grimpé tous les échelons de l’organisation terroriste pendant l’occupation américaine de l’Irak. Champion de la guerre contre les chiites, ceux que son organisation appelle les « Safavides haineux », il a aussi organisé 60 attaques simultanées qui ont fait 110 morts en un jour, dès ses débuts à la tête de l’Etat islamique en Irak, en mai 2010.
Les quelques discours qu’il a postés sur internet, dont le dernier après avoir conquis la ville de Mossoul en juin dernier, montre que le chef de guerre sanguinaire est aussi un érudit de l’islam. Extrêmement ambitieux, le nouveau Ben Laden entend supplanter Al-Qaida et son terrorisme des grottes. Ses discours en rimes, psalmodiés selon les règles strictes du tajwid, en font la synthèse improbable d’un prédicateur médiéval barbare et d’un télévangéliste du câble.
3 – Qui sont les djihadistes de l’Etat islamique ?
Des quatre coins du monde, des volontaires affluent vers le pays de Cham, le nom islamique de la Syrie, pour rejoindre le plus grand djihad transnational jamais mené. Ce sont des laissés-pour-compte de l’intégration dans leurs pays respectifs qui y trouvent une identité fantasmée et une justification à leur violence. L’Etat islamique, grande entreprise de blanchiment de la délinquance, les attire comme un aimant. Ces volontaires sont persuadés que la fin des temps approche. On le voit dans leurs discussions sur les réseaux sociaux, tous veulent faire partie de cette ultime bataille qui se déroulera en Syrie contre les « croisés ».
Comme l’a montré Jean-Pierre Filiu, cette sinistre collusion entre la technologie moderne et les superstitions les plus obscurantistes s’illustre par le titre du magazine de l’organisation « Daqib ». Daqib est une localité du nord de la Syrie, sur la route entre Alep et la Turquie, mentionnée dans une prophétie apocalyptique très populaire chez les djihadistes comme le lieu de la confrontation décisive entre les musulmans et les « infidèles ».
Aujourd’hui, plusieurs centaines d’Européens se sont placés sous la coupe de l’EI et sont destinés à être renvoyés dans leur pays d’origine en vue d’y perpétrer des attentats, comme Mehdi Nemmouche, accusé de la tuerie du Musée juif de Bruxelles.
4 – Comment l’EI se finance-t-il ?
Dans un premier temps, les groupes fondamentalistes qui se battaient en Syrie, comme le Front al-Nosra ou l’Etat islamique, ont bénéficié de la générosité de donateurs privés ou étatiques établis dans les monarchies du Golfe. Mais depuis qu’ils se sont emparés des réserves de la banque centrale de Mossoul, deuxième ville d’Irak qu’ils ont conquise en juin dernier, l’organisation est autonome.
Elle pratique le racket et l’impôt révolutionnaire dans les zones de Syrie et d’Irak qu’elle contrôle. Les prises d’otages lui procurent de grandes sources de revenus. Et elle a noué des relations d’affaires avec toutes les mafias intéressées par le pétrole sur lequel ses combattants ont mis la main. Résultat, l’organisation disposerait d’un trésor de guerre évalué entre 1 et 2 milliards de dollars.
5 – Que veut cette organisation ?
Pour le groupe fondamentaliste, la lutte contre le régime de Bachar al-Assad ou contre celui de Bagdad est secondaire. Il s’agit surtout d’abolir les « frontières Sykes-Picot » qui découpent le Proche-Orient depuis la Première Guerre mondiale, de gagner des territoires et de porter la guerre sainte à deux pas de l’Arabie saoudite et de la terre de la mosquée d’Al-Aqsa (Jérusalem). Dans le même temps, l’Etat islamique veut consolider les territoires qu’il a conquis, ce qui le pousse à un certain pragmatisme. Il évite ainsi des confrontations frontales trop hasardeuses avec certaines milices chiites ou l’armée kurde.
6 – Comment le combattre ?
Le groupe terroriste a prospéré dans les zones grises du Moyen-Orient. Il a occupé les portions de territoire irakien négligées par le pouvoir central et le nord-est de la Syrie parce que le régime comme l’opposition modérée lâchée par ses parrains occidentaux ont abandonné cette région. La reconquête des territoires pris par l’Etat islamique doit donc combiner des moyens politiques et militaires.
Sur le plan militaire, les frappes aériennes américaines ne suffiront pas, et la reprise des territoires doit impliquer en Irak le retournement des tribus sunnites contre leurs alliés et, en Syrie, un soutien militaire à l’opposition modérée. Sur le plan politique, le nouveau gouvernement irakien dirigé par Haïdar al-Abadi devra, comme le prévoit la Constitution, instaurer un régime fédéral dans lequel les provinces sunnites seraient dotées de pouvoirs plus importants.
Mais est-ce seulement possible, alors que l’Etat islamique ne cesse de consolider son pouvoir sur les villes qu’il a conquises et que les sunnites de la région, marginalisés et humiliés, ne semblent pas encore prêts, comme ils l’avaient fait en 2007 à se retourner contre les fondamentalistes qui les occupent ? Ce qui est sûr, c’est que les Etats-Unis et leurs alliés sont engagés durablement dans cette bataille, une nouvelle fois happés dans le bourbier du pays de Cham.
7 – Comment les nommer ?
En arabe, l’acronyme de l’Etat islamique en Irak et au Levant donne « Daech », ad-Dawla al-Islamiyya fi al-Iraq wa-s-Sha, un terme utilisé de manière péjorative par ses opposants. L’organisation fondamentaliste utilise plutôt le terme de « Dawla », l’Etat. Comme l’explique Jean-Pierre Filiu, Daech a enregistré une grande victoire en se faisant appeler « Etat islamique ».
Le groupe n’est évidemment pas un Etat, mais une machine de guerre qui contrôle un patchwork de territoires. Faut-il pour autant utiliser une périphrase pour désigner les terroristes ? Les crimes odieux dont s’est rendue coupable l’organisation ont rejailli sur son nom, désormais synonyme de terreur. Sans être dupes de la propagande du groupe des coupeurs de têtes, ils rendent sans doute inutiles d’autres précautions sémantiques.

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