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C’est (aussi) l’islam qu’ils assassinent…

by sur 26 septembre 2014

Il aura fallu l’assassinat d’Hervé Gourdel pour que les nombreuses associations et mosquées regroupant les musulmans de France parlent d’une seule voix.

Un appel solennel a été signé collectivement et une manifestation est convoquée pour ce vendredi.

A l’instar des musulmans anglais, ils lancent le slogan : « Pas en mon nom ! »

Un autre est paru en Une de Libération : « Nous sommes tous des sales français ».

Au Mali, un éditorial du Républicain signé Adam Thiam proclame : « Ils ont décapité Gourdel mais c’est l’islam qu’ils tuent ».

Précisions et témoignages ci-dessous.

Devant la Grande Mosquée de Paris : « Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie »

Par Le Nouvel Observateur avec AFP – Publié le 26-09-2014 – Mis à jour à 16h47
Des centaines de personnes se sont rassemblées à Paris à l’appel du président du Conseil français du Culte musulman, en hommage à l’otage français assassiné.
« Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie », a lancé vendredi 26 septembre le président du Conseil français du Culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur face à des centaines de personnes rassemblées devant la Grande mosquée de Paris en hommage à l’otage assassiné Hervé Gourdel.
Devant le monument symbole de la première communauté musulmane d’Europe (environ 5 millions de croyants), au coeur de Paris, une minute de silence a été observée par une foule très calme, majoritairement masculine mais de tous âges et apparences.
Sur les marches de la mosquée avaient pris place des représentants des communautés chrétienne et juive, mais aussi des responsables politiques de gauche (les PS Anne Hidalgo, maire de Paris, François Lamy…) comme de droite (les UMP Valérie Pécresse, Bernard Debré, Claude Goasguen, etc.), offrant aux médias, nombreux, une image d’unité nationale.
Peu de pancartes dans cette assemblée, hormis une grande sur laquelle était écrit « Hommage à Hervé Gourdel », avec la photo de l’otage exécuté par des djihadistes liés au groupe Etat islamique (EI), et une autre invitant à reprendre sur les réseaux sociaux le hashtag, lancé par des musulmans britanniques, #NotInMyName (#PasEnMonNom en français).
Les slogans étaient plus discrets encore, portés par un petit groupe de jeunes musulmans et musulmanes scandant, avant les prises de parole, « Daesh [autre nom de l’EI, NDLR] criminel », « Daesh assassin » ou encore « Islam pour la paix ».
« L’islam est une religion de paix »
« Ce rassemblement, c’est l’expression forte et vivante de notre volonté d’unité nationale et de notre volonté inébranlable de vivre ensemble », a-t-il ajouté, en martelant que l' »islam est une religion de paix » qui « ordonne le respect de la vie ».
Citant un verset du Coran, le recteur de la Grande mosquée a dit que tuer un homme revenait à « tuer toute l’humanité », mais que « sauver un homme, c’est sauver l’humanité ».
Hervé Gourdel, un guide de haute montagne de 55 ans, a été enlevé dimanche en Algérie par le groupe Jund al-Khilafa, lié à l’organisation Etat islamique (EI) qui réclamait l’arrêt des frappes françaises en Irak. Dans une vidéo, mise en ligne mercredi, ses ravisseurs ont montré sa décapitation.
« Vous n’avez pas à vous excuser »
« Vous n’avez pas à vous excuser », a de son côté déclaré à l’adresse des musulmans de France la maire de Paris Anne Hidalgo, rapporte FranceTVinfo. « Nous ne céderons pas à la peur car nous sommes debout ici ensemble ». « La communauté nationale ne se laissera pas diviser », a renchéri la présidente du groupe UMP au Conseil de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet
« Je suis là pour vous dire de redresser la tête, soyez fiers de ce que vous faites », leur a aussi lancé Mgr Jean-Michel Dubost, chargé du dialogue interreligieux à la Conférence des évêques de France (CEF).
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l’instance de représentation politique du judaïsme français, avait dépêché son vice-président Gil Taïeb. « Il est important de mettre en avant ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise », a déclaré ce dernier à quelques journalistes.
Le rassemblement, lancé jeudi par Dalil Boubakeur, avait suscité le scepticisme du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), pour qui « les musulmans ne doivent pas jouer le jeu islamophobe, qui consiste à les placer en coupable et suspect idéal, les poussant sans arrêt à se justifier pour les agissements de tiers ».
« Nous sommes là en solidarité avec Hervé Gourdel, pas pour nous justifier », a rétorqué Abdallah Zekri, président de l’Observatoire contre l’islamophobie, lié au CFCM.

Otage assassiné : « Ces atrocités retombent sur les musulmans du monde entier »

Le Parisien – Publié le 25.09.2014, 23h40 | Mise à jour : 26.09.2014, 01h54
Face à la barbarie de l’Etat islamique qui a assassiné Hervé Gourdel en Algérie, en France, les responsables du culte musulman invitent les fidèles à se rassembler. Alors qu’est lancée cette initiative inédite, «le Parisien»-«Aujourd’hui en France» donne la parole à tous ces musulmans de France indignés qui dénoncent la haine et prônent la tolérance.
Ils sont avocat, imam, chef d’entreprise, élu de la République, artiste, éducateur, syndicaliste ou sportif de haut niveau.
Ces hommes et ces femmes de tous âges et de toutes classes sociales, célèbres ou anonymes, doublement horrifiés, traumatisés, dégoûtés, deviennent ainsi les ambassadeurs d’un islam de France parlant d’une seule et même voix pour condamner les crimes de l’Etat islamique.
Fodé Sylla, ex-président de SOS Racisme : «Ils nous insultent en justifiant au nom de l’islam leurs crimes odieux». « Les atrocités, le mépris de la vie humaine et les violences commises contre les femmes sont totalement contraires aux principes de l’islam tolérant et ouvert qui m’ont été enseignés à l’école coranique au Sénégal lorsque j’étais enfant.
N’oublions pas qu’en Irak, au Kenya, au Pakistan, en Algérie ou au Mali, les premières victimes de ces terroristes qui vivent de tous les trafics ce sont les musulmans eux-mêmes. Cela fait des années qu’on a le sentiment d’être étouffés par l’expression de ces ultra radicaux qui nous insultent en justifiant au nom de l’islam leurs crimes odieux. A chaque fois qu’ils commettent des atrocités, cela retombe sur les musulmans du monde entier.
C’est pourquoi il est très important que nous les musulmans de France nous nous mobilisions pour rejeter cette barbarie commise par une infime minorité. Ce sera aussi une façon de faire échec à leur stratégie qui consiste à monter les communautés les unes contre les autres pour créer le chaos. »
Fateh Kimouche, fondateur du site Al Kanz : « Blessé dans ma chair ».
Avec 14 millions de visiteurs attendus en 2014, son site créé en 2006, est devenu l’un des plus influents du monde musulman en France. Comme « n’importe quel citoyen français », Fateh Kimouche est « blessé dans sa chair » par les événements récents. « Le seul fait qu’on me le demande est pénible, cela sous-entend que je pourrais ne pas condamner ces actes. »
A peine la nouvelle de l’exécution connue, la « fachosphère s’est déchaînée sur le Net » et, depuis un mois, comme après le 11 Septembre, « certains regards changent sur nous. Moi, avec ma barbe, on me regarde de travers ». « N’oublions pas que nous, les musulmans, nous avons été et sommes encore les premières victimes de ces gens odieux », poursuit cet homme d’origine algérienne, au souvenir de « ces femmes et enfants algériens égorgés pendant les années noires ». Fateh Kimouche ne croit pas à une contre-manif, par exemple. « Le marketing civique, ça ne sert à rien. Commençons par donner la parole à des musulmans à la télé, lorsqu’on débat de l’islam. Aujourd’hui, certaines émissions sont ubuesques ! »
Aziz Senni, entrepreneur et membre fondateur de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) :« Qu’ai-je à voir avec ces criminels ? »
« Il est très rare que j’intervienne sur des sujets qui touchent à la religion. Je me définis d’abord comme laïc et républicain. Mais là, ça commence à faire beaucoup.
Chaque fois que des fous sanguinaires se drapent d’un tissu vert avec marqué islam dessus, et commettent je ne sais quelle barbarie, on se tourne vers les six millions de musulmans de France, pour leur demander s’ils condamnent ou pas. C’est pourtant une communauté diverse, certains pratiquent, d’autres non.
Pour ma part, on me pousse à dire que je suis musulman, mais qu’ai-je à voir avec ces criminels ? Quand Poutine commet des exactions en Ukraine, se tourne-t-on vers la communauté orthodoxe pour lui demander des comptes ? On crée un lien explicite, mauvais pour le vivre-ensemble chez nous en France, parce qu’il stigmatise, il ethnicise. Or, c’est tout ce qu’on veut combattre. On ne devrait pas dire Not in my name (« pas en mon nom ») parce que je suis musulman, mais parce que je suis humaniste. »
Jeannette Bougrab, ex-secrétaire d’Etat à la Jeunesse de Nicolas Sarkozy : « Une mobilisation bien tardive »
Athée, mais née dans une famille musulmane, Jeannette Bougrab a réalisé un documentaire, « Interdites d’école », sur la déscolarisation des filles dans les pays musulmans, qui sera diffusé le 4 décembre sur Canal +.
« J’ai bien sûr un sentiment d’horreur, de dégoût. On est face à la barbarie, et ce qui me surprendra toujours, la barbarie au nom de Dieu. Il est très important qu’il y ait aujourd’hui une mobilisation dans la communauté musulmane, même si je trouve qu’elle est bien tardive. La montée de cette radicalisation religieuse ne date pas d’hier. Elle est présente depuis des années. Après les bombardements sur Gaza, des manifestations de soutien ont immédiatement été organisées. La réaction est toujours trop lente quand il s’agit de crimes perpétrés au nom de l’islam. En France, trop peu d’intellectuels ou de personnalités fortes s’élèvent pour les dénoncer. Sans doute ont-ils peur d’avoir une fatwa contre eux ou pire d’être taxés d’islamophobes. Ce silence est criminel. L’assassinat de notre compatriote a créé un électrochoc, mais je crains qu’il soit éphémère.
Quand je vois le nombre de jihadistes français qui partent pour tuer des innocents, je ne comprends pas notre inaction en France face à ce phénomène trop ancien de la radicalisation religieuse. Ce n’est qu’un début, le pire reste à venir. La majorité silencieuse ne peut plus rester silencieuse. »
Ramdam Touhami, créateur de mode et designer : «Notre islam n’a rien à voir».
«Je suis complètement contre cette manifestation. J’aimerais bien savoir quel lien pourrait bien exister entre moi, mes parents, ma communauté, et ces types complètement fous. Il n’y en a aucun, de lien. Pas le moindre. Notre islam n’a rien à voir.
Ma famille est là depuis si longtemps. Mais en voyant les images de cette manifestation, des gens vont faire un lien, eux : si tous ces musulmans supposés sont dans la rue, c’est qu’ils ont quelque chose à se reprocher…
Comme si l’on était encore stigmatisés. On ne demanderait jamais à des catholiques de se positionner de cette façon».

« Nous sommes tous des sales Français » : les appels de musulmans se multiplient

B.M. (avec AFP et Reuters) – Le Nouvel Observateur – Publié le 26-09-2014 à 09h01
« Nous tenons à exprimer notre solidarité avec les victimes de cette horde de barbares d’un prétendu Etat islamique », clament des Français musulmans.
Les appels se multiplient de la part de personnalités musulmanes pour proclamer leur solidarité avec les victimes de l’organisation Etat islamique (EI).
L’organisation djihadiste a lancé lundi un appel aux musulmans à tuer les « incroyants » et « en particulier les méchants et sales Français », deux jours avant que l’otage français Hervé Gourdel ne soit exécuté en Algérie.
Dans une tribune publiée dans « le Figaro », plusieurs dizaines de musulmans affirment en réponse aux menaces djihadistes : « Nous sommes aussi de ‘sales Français' ».
Nous, Français de France et de confession musulmane, tenons à exprimer avec force notre totale solidarité avec toutes les victimes de cette horde de barbares, soldats perdus d’un prétendu Etat islamique, et dénonçons avec la dernière énergie toutes les exactions commises au nom d’une idéologie meurtrière qui se cache derrière la religion islamique en confisquant son vocabulaire », écrivent-ils.
Ils poursuivent : « Personne ne peut s’arroger le droit de s’exprimer en notre nom, et, pour mieux attester de notre solidarité dans les circonstances dramatiques actuelles, nous revendiquons l’honneur de dire que ‘nous sommes aussi de sales Français' ». Ce texte est également repris à la Une de « Libération ».
Parmi les signataires de la tribune figurent notamment le recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, le directeur de la publication de l’hebdomadaire « Jeune Afrique », Marwane Ben Yahmed, ou encore la sénatrice socialiste Bariza Khiari.
« Il faut qu’on réagisse »
Dans « Libération », la sénatrice de Paris Bariza Khiari explique qu' »il y a tellement d’exactions au nom de l’islam qu’à un moment on se dit : il faut qu’on réagisse ».
« Nous, musulmans de France, ne sommes pas dans le silence », poursuit-elle. « Hervé Gourdel est un concitoyen comme nous, assassiné parce qu’il était français, comme nous. C’est inacceptable, intolérable. Nous nous devons d’être solidaires et nous avons besoin de le dire. »
« Les musulmans de France sont perdus », estime de son côté Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne, dans le quotidien. « Les gens ont peur de la stigmatisation, peur de l’amalgame, peur d’être une cible. » Il plaide pour un « travail » de la part des imams « sur la lecture des textes fondateurs » :
Les terroristes de l’Etat islamique utilisent les textes de manière totalement contraire aux enseignements fondamentaux et aux valeurs de l’islam. »
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, a appelé « les musulmans et leurs amis » à se rassembler vendredi devant la Mosquée de Paris, en hommage à Hervé Gourdel.
« Il ne faut pas céder à l’effroi, il faut rester debout coûte que coûte grâce à une résistance active qui consiste à continuer à vivre tout en combattant les fanatiques », insiste Fadela Amara, ex-secrétaire d’Etat à la Ville dans « le Parisien », qui relaie aussi des appels de musulmans. Elle participera au rassemblement de vendredi « car je me sens totalement bafouée, humiliée dans mon identité musulmane ».
« Une offense à l’islam »
Par ailleurs, plus de 120 érudits musulmans du monde entier pour beaucoup faisant autorité dans leur pays, ont publié une lettre ouverte de 22 pages afin de dénoncer les djihadistes de Daesh. Cette longue lettre, rédigée en arabe, comporte de nombreuses citations tirées du Coran et d’autres sources de l’islam, détaille Reuters.
Vous avez fait à tort de l’islam une religion de dureté, brutalité, torture et meurtre, écrivent ces personnalités. C’est une grosse erreur et une offense à l’islam, aux musulmans et au monde entier. »
Nihad Awad, du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), qui a présenté cette lettre à Washington, a dit espérer qu’elle soit lue par les combattants. « Leur théologie est tordue », dit-il dans une vidéo d’explication. « Ils se sont basés, à de nombreuses reprises, pour mobiliser et recruter des jeunes, sur des textes religieux classiques qu’ils ont mal interprétés et mal compris. »
La lettre qualifie de « crimes de guerre atroce » les 2.850 exécutions de prisonniers de l’EI. La lettre rappelle ainsi plusieurs citations du prophète Mahomet interdisant cette pratique. « Reconsidérez vos actions, renoncez-y, repentez-vous-en, cessez de faire du mal aux autres et retournez à la religion de la miséricorde », conclut la lettre.

Etat islamique : « L’islam n’a rien à voir avec ces actes sanguinaires »

Propos recueillis par Barbara Krief – Le Nouvel Observateur – Publié le 25-09-2014 à 18h03Mis à jour le 26-09-2014 à 07h42
Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman, réagit à l’assassinat d’Hervé Gourdel et met en garde contre tout amalgame entre islam et groupuscules terroristes. Interview.
L’otage français Hervé Gourdel a été assassiné en Algérie par un groupe lié à l’organisation djihadiste « Daesh » autrement appelée « Etat islamique ». Pour Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (RMF) et vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), cette deuxième appellation est à bannir. Ce qu’il redoute : l’amalgame entre Islam et groupuscules terroristes sanguinaires. Interview.
Hervé Gourdel a été assassiné en Algérie par un groupe djihadiste terroriste. Redoutez-vous les conséquences d’un tel drame sur l’image de l’Islam en France ?
– Nous partageons l’émotion de toute la nation française et condamnons cet acte inqualifiable. Voir la religion musulmane associée à ces actes minables est inquiétant. Surtout que l’Islam prône la paix, l’ouverture et la tolérance. Nous n’avons rien à voir avec ces actes sanguinaires et nous sommes tous extrêmement touchés par ce drame.
C’est d’ailleurs devant l’émotion des musulmans en France que le CFCM a appelé à un rassemblement silencieux à la Mosquée de Paris ce vendredi après la prière, vers 14 heures. C’est un rassemblement solidaire, nous voulons saluer la mémoire de notre compatriote parti en toute confiance dans un pays musulman pour y connaître une fin tragique.
François Hollande et Manuel Valls ont eu des mots justes, ils ont pris le soin de ne pas faire d’amalgame. Le président français a même eu une pensée solidaire pour les musulmans français. Même les journalistes, qui se permettent parfois des raccourcis, semblent avoir pris conscience de l’importance des mots et de leurs associations. La distinction entre l’Islam et les groupuscules terroristes est fondamentale pour éviter l’explosion de l’islamophobie en France.
Comment faire pour éviter toute confusion entre l’Islam et l’organisation « Etat islamique » ?
– Il faut commencer par faire attention au vocabulaire employé. Daesh se fait appeler « Etat islamique ». C’est une aberration : leur idéologie n’est ni étatique ni islamique ! C’est une usurpation d’identité ! Et en continuant de qualifier ces groupes terroristes d' »Etat islamique », nous entretenons la confusion. La différenciation commence à se faire mais elle ne s’est pas encore suffisamment généralisée. Dans ce cas présent, la forme c’est le fond.
C’est à travers la pédagogie que nous pouvons faire changer les choses. Il faut informer les Français de la différence fondamentale qu’il y a entre l’Etat islamique, abusivement autoproclamé, et l’islam. Les politiques et les médias doivent souligner cette distinction. Néanmoins, je me dois de dénoncer un manque de communication de la part des médias français. Nous organisons souvent des événements de soutien aux chrétiens d’Orient. Pourtant, rares sont ceux qui sont relayés par la presse. C’est dommage : communiquer sur ce genre d’initiatives pourrait avoir une influence positive sur l’image de l’islam.
L’amalgame entre Etat islamique et islam est-il réservé aux non-musulmans ?
– Pas du tout. Les adolescents musulmans fragiles ou défavorisés sont aussi concernés. Souvent, ceux qui se retrouvent dans un avion en direction de la Turquie pour rejoindre la Syrie ou l’Irak ne sont pas vraiment informés. Nous, les musulmans, devons les inciter à ne pas se tromper de djihad. Leur djihad, leur combat si vous préférez, se passe en France et il est celui de l’intégration et de la réussite. Il faut être présent sur Internet également pour les informer, puisque c’est souvent là qu’ils s’auto-radicalisent.
Toujours dans le but d’informer et de dialoguer, nous organisons un colloque le 25 octobre prochain sur la radicalisation des jeunes. Il y aura même un focus sur le fléau qu’est la radicalisation en prison. Il faut cependant relativiser : les jeunes concernés sont très peu nombreux. Mais malheureusement, il suffit d’un Merah pour abîmer l’image de l’islam et des musulmans.
Peut-on également s’auto-radicaliser après une mauvaise lecture du Coran ?
– Il peut arriver que certaines personnes, peu ou mal informées, se trompent dans l’interprétation des versets coraniques. Il faut donc aller vers eux pour les éduquer sur le sujet. C’est encore une histoire de connaissances et de savoir. J’invite tous ceux qui sont dans le flou à aller parler à un imam ou à un savant musulman. Il faut éduquer les Français sur ces questions religieuses.

Ils ont décapité Gourdel mais c’est l’islam qu’ils tuent

Adam Thiam – Le Républicain du 25 sept 2014
Hervé Gourdel n’est pas mort au nom de l’islam. Jamais l’islam ne s’acharne sur un simple guide de montagne. Jamais il ne fait rouler la tête de l’innocence. Jamais il ne donne dans la lâcheté de l’embuscade.
Jamais il ne fait, arbitrairement de veuve ou d’orphelin. L’indignation de la France et du monde se comprend. Elle se comprend davantage au Mali dont le premier martyr de la guerre contre l’obscurantisme, le Français Damien Boiteux a renouvelé la fraternité de sang. Car le dire c’est justifier l’inacceptable, on ne peut pas dire que les vampires du jour ne sont que la conséquence de la dérive américaine en Irak. Car le dire c’est justifier l’inacceptable, personne ne peut dire que ce touriste innocent a été tué parce que la France ne s’est pas déculottée face aux ultimatums des extrémistes. Rien ne justifie ni la cruauté d’hier. Rien ne justifie les meurtres précédents.
Rien ne justifie cette seconde génération d’une idéologie monstrueuse, collectionnant les têtes et cultivant l’intolérance. En violation totale de l’enseignement humaniste de l’islam respectueux de la différence, en particulier de la religion chrétienne qui, en Abyssine et pendant de longues années, donna asile aux compagnons du prophète Mohamed alors persécutés chez eux par les Mecquois païens. Et aucun sensationnalisme, aucune raison d’Etat ne doit nous détourner de la vérité.
La Kabylie n’est pas le berceau impuissant d’une nouvelle bête nourrie à l’hormone irako-syrien. Les meurtriers d’hier sont les mêmes que ceux qui ont fait du Sahel une poudrière, du Nord malien un mouroir et du Sahara un entrepôt d’otages occidentaux.
Ce sont les mêmes qui ont signé In Amenas, Aguel Hock, Konna et bien d’autres horreurs. Ils sont forts de nos compromissions et de nos raids sélectifs. Oui, les nouveaux griefs ne sont que des variables.
La constante, ce sont les Iyad Ag Ali, Moktar Belmoktar, Abdelmalik Droukdel et toutes les raisons qui font qu’ils soient encore là, Prêts à frapper et à endeuiller.

« Not In My Name » : la colère des musulmans contre l’Etat islamique traverse la Manche

Amandine Schmitt (avec AFP) – Le Nouvel Observateur – Publié le 25-09-2014 à 18h25
Sur les réseaux sociaux, de jeunes Britanniques ont lancé un mot-clé pour lutter contre le discours des djihadistes et éviter l’amalgame entre islam et extrémisme. Les Français embraient.
Une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux par la fondation Active Change avec le message : « Ne tuez pas d’innocent en mon nom » (@UmaarKazmi/capture d’écran).
« Not in my name » (pas en mon nom) : c’est par cette formule que les jeunes musulmans britanniques tentent de se mobilisent contre l’Etat islamique (EI) et les amalgames entre islam et extrémisme religieux. Une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux par la fondation Active Change, après à l’assassinat de l’humanitaire David Haines, avec le message : « Ne tuez pas d’innocent en mon nom ».
La vidéo de 1’19 minute diffusée à partir du 10 septembre montre dix musulmans, hommes et femmes, se succéder pour expliquer, chacun en quelques mots, leur rejet de l’organisation Etat islamique.
« L’EI ne représente pas l’islam ni aucun musulman », dit une jeune femme portant un voile coloré.
« Parce qu’ils tuent des innocents », poursuit un jeune homme.
« Parce que vous êtes injustes », ajoute un autre adolescent en s’adressant directement aux djihadistes.
« Parce que votre califat ne représente pas l’Oumma [communauté des musulmans, NDLR] », ajoute une autre jeune femme sans voile.
« Parce que ce que vous faites est inhumain », dit un jeune homme en costume cravate.
« Parce que ma religion défend la tolérance vis-à-vis des femmes et vous n’avez aucun respect pour les femmes », conclut la première jeune femme voilée, avant que chacun des dix intervenants n’apparaissent portant une affiche sur laquelle on peut lire « #Not in my name ».
« Les jeunes musulmans sont en colère de voir ces criminels qui utilisent les réseaux sociaux pour radicaliser les jeunes et diffuser leurs discours violents au nom de l’islam », indique Hanif Qadir, fondateur de Active Change Foundation au « Huffington Post ». Cette initiative a été saluée mardi à la tribune des Nations unies à New York par Barack Obama.
Depuis son lancement le 10 septembre, la vidéo a déjà été visionnée plus de 180.000 fois. Sur les réseaux sociaux, les messages affluent du monde entier. Si bien que le mot-clé #NotInMyName a déjà généré plus de 50.000 tweets dans lesquels les les musulmans expliquent pourquoi ils ne se reconnaissent pas dans l’Etat islamique, lui-même très actif sur les réseaux sociaux.
En France aussi
La tendance a touché jusqu’aux musulmans français, qui traduisent parfois le hashtag en #PasEnMonNom.
Début septembre, trois Libanais lançaient le mot-clé #BurnISISflagchallenge (brûlez un drapeau de l’EI), consistant à brûler le drapeau noir de l’Etat islamique, frappé de la profession de foi musulmane « Il n’y a de dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète ». Ceux qui participaient à ce mouvement signifiaient par ce geste qu’ils ne pouvaient pas tolérer plus longtemps les actes barbares du groupe fondamentaliste.

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