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Alger II : en attendant la reprise !

by sur 30 septembre 2014

Mis à jour mardi 2 octobre à 7h40

Passé le deuxième round des discussions à Alger entre le gouvernement et les groupes armés, la médiation algérienne a deux semaines  pour rapprocher les points de vue et proposer un texte d’accord aux parties en présence.

Etat des lieux avant la prochaine rencontre, autour du 15 octobre.

NEGOCIATIONS D’ALGER : Le spectre d’un blocage

Boubacar SIDIBE – Le Prétoire – 2 octobre 2014
Nonobstant l’engagement affiché par les deux parties à trouver un compromis, le processus de paix demeure dangereusement menacé. Car durant les 21 jours qu’a duré le deuxième round, l’Etat et les groupes armés n’ont pas pu emboucher la même trompette en raison de certaines zones d’ombre.
En effet, depuis le 17 juillet dernier, l’avenir du Mali se joue dans la capitale algérienne. L’Etat du Mali s’est engagé à négocier avec les groupes armés du nord conformément à l’accord préliminaire de Ouagadougou en vue de la signature d’un accord global et définitif. Le premier round a tenu quasiment toutes ses promesses avec à la clé la signature d’une feuille de route. Ce qui a donné lieu à de réels espoirs quant à l’avancée vers le règne d’une paix définitive au Mali.
Mais, comme par enchantement, le deuxième round a débuté sous un ciel nuageux, caractérisé par une floraison de milices armées et des attaques à répétition dans le septentrion, ayant causé la mort de plusieurs militaires de la Minusma.
Mais là où le bât blesse, à mesure que ces attaques sporadiques se multipliaient, aucun groupe armé ne revendique la paternité. Pire, aucun groupe armé engagé dans les négociations avec l’Etat à Alger n’a pondu un communiqué pour condamner ces attaques.
Avec ce silence de mort, tout porte à croire qu’il y a vraisemblablement une complicité qui ne dit pas son nom, pour maintenir le statuquo sur le processus de paix.
Dimanche dernier, une trêve a été observée par les parties prenantes à la crise en raison du préparatif de la fête. Durant les 21 jours qu’a duré le deuxième round des négociations, ponctué de tiraillement, les autorités maliennes et les groupes armés n’ont pas pu aplanir les différentes pierres d’achoppement qui étaient à l’ordre du jour. La reprise est annoncée pour le 15 octobre prochain.
Pourtant, le Ministre des Affaires étrangères ne désespère point en dépit du spectre de blocage qui plane sur le processus. «Il y a des motifs d’encouragement. L’équipe de la délégation gouvernementale reste consciente en ce sens que le processus qui a été engagé à Alger a le potentiel. Il y a assez d’ingrédients pour nous permettre d’arriver à un accord. Aussi, quand nous regardons nos frères et sœurs des mouvements qui sont aussi tous à Alger, nous sentons aussi une volonté d’arriver à un accord. Tous ces éléments mis en ensemble sont des motifs qui peuvent nous permettre d’espérer malgré les difficultés», a-t-il déclaré.
La pomme de discorde nonobstant l’engagement affiché par les deux parties à trouver un compromis, le processus de paix demeure dangereusement menacé. Comme dirait l’autre : «l’arbre ne doit pas cacher la forêt». Car, il nous revient de sources proches des dignitaires de Kidal que seule l’indépendance des régions du nord reste à leurs yeux la l’issue vers la paix. La même source précise que le vieux Intalah de Kidal et ses affidés estiment que sans l’indépendance tout autre accord ne les engagera pas. Cette position des notables de Kidal ne milite pas en faveur d’un accord définitif.
De l’autre côté de la frontière, des voix s’élèvent de plus en plus au sein des groupes armés présents à Alger pour faire de la surenchère. Comme condition d’un accord de paix, ils proposent l’indépendance ou le fédéralisme. Selon des indiscrétions, un traité de paix consacrant l’érection de la République du Mali en une fédération aurait été concoctée par les groupes armés. Et ce, avec comme entités l’Etat de l’Azawad et celui du Mali. Ce qui a suscité l’ire des responsables de la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance, dirigée par Me Harouna Toureh, qui ont choisi de claquer la porte, tout en réaffirmant leur attachement à l’unicité du Mali.
Le piège d’Alger Il semble que tout le processus de sortie de crise tourne autour d’un point essentiel qui est devenu aujourd’hui sujet à multiples interprétations par les groupes armés. Il s’agit de l’alinéa premier de l’article 20 de l’Accord préliminaire de Ouagadougou, qui précise que «l’organisation administrative et institutionnelle du Mali en particulier les régions du Nord, désignées par certains «Azawad».
Dans l’entendement des groupes armés, cela signifie ni plus ni moins l’octroi d’un statut particulier aux régions du nord. Ce point n’a pas été appréhendé par les autorités actuelles de cette façon encore moins par le citoyen lambda. Le président de la République n’a pas manqué de rétorquer indirectement à ceux qui tirent les ficelles. «Ne me demander pas de faire chez moi ce que vous refusez de faire chez vous», s’était-il rebellé lors du forum international des jeunes pour la paix, récemment tenu à Bamako.
Ainsi, pour contrer toute velléité séparatiste, les Maliens ne se sont pas montrés spectateurs au moment où l’avenir de la nation est en passe d’être scellé à Alger. D’abord, le samedi 20 septembre, la population de Gao a donné le ton en sortant massivement pour montrer à la face du monde qu’elle s’oppose à toute forme d’autonomie, de fédéralisme ou d’indépendance.
Tombouctou a emboité le pas le dimanche. Bamako et les autres capitales régionales en ont fait pareillement la semaine qui a suivi. En tout état de cause, les Maliens sont plus que jamais déterminés à conserver jalousement leur souveraineté sur l’intégralité du territoire.
Dans ce cas de figure, il parait évident que l’organisation d’un référendum s’impose comme un passage obligé pour aplanir toute dissension pour arriver à l’instauration d’une paix définitive au Mali.

L’avenir politique au Mali : Les premières vérités d’Alger

G. DRABO – L’Essor – 2014-09-30

La Médiation a fermement rappelé les lignes rouges encadrant les négociations de paix et va s’employer à recenser les possibilités de rapprochement des positions
Le temps de l’impatience pointe. Les indices ne manquent pas pour attester de la montée d’une humeur populaire qui n’est certes pas porteuse de contestation ouverte. Mais qui laisse entendre de plus en plus fort des attentes répétées de manière pressante, des frustrations exprimées avec une dose d’exaspération et surtout une angoisse de l’avenir qui ne se cache plus guère.

Cette humeur se traduit autant par la multiplication de frictions localisées que par le réveil d’un front social plus large qu’endosse aujourd’hui l’UNTM et par les impressionnantes marches organisées par la société civile en faveur d’un Mali uni. Cette ébullition n’est pas à proprement parler inattendue.
En effet, la montée de la tension – amenée par des causes diverses – s’est imposée comme une constante dans les premières années des premières mandatures sous la IIIème République. Les insatisfactions qui déferlent avec une radicalité variable font subir chaque fois aux différents Exécutifs leur premier véritable baptême du feu et les gouvernements sont le plus souvent réduits à trouver des solutions en avançant et en écoutant.
La complication située au cœur de 2014 s’avère cependant d’une nature différente de celle des autres années de tension sociale. Tout d’abord, parce que la sortie de l’exceptionnelle situation d’effondrement créée par la double crise politico-sécuritaire de 2012 se révèle beaucoup plus lente qu’espéré sur le plan socioéconomique. Ensuite, et principalement, parce que la situation qui prévaut au Nord du Mali est de plus en plus intensément ressentie par une écrasante majorité de nos compatriotes comme une atteinte intolérable à notre orgueil national.
La question du Septentrion, par sa persistance, conglomère toutes les incertitudes sur le rétablissement de la normale dans notre pays. Incertitudes qui se sont accentuées depuis le 21 mai dernier et auxquelles aucune réponse exhaustive et définitive ne peut encore pour le moment être apportée.
Une très forte espérance de solution avait été placée dans la phase II du processus d’Alger et on peut comprendre la déception de nos compatriotes qui retirent de la suspension des travaux une impression d’échec. Cependant, lorsqu’on les examine à froid, les choses sont tout à la fois plus limpides et plus complexes. Limpides, parce qu’en raison des profondes divergences entre les positions des parties – essentiellement sur les questions politiques et institutionnelles – il revient désormais à la Médiation d’explorer les pistes alternatives et de proposer des solutions médianes dans le cadre strict des principes édictés par la communauté internationale et sur lesquels nous reviendrons un peu plus loin.
Complexes, parce que l’ensemble constitué par les groupes armés de la Coordination (HCUA, MNLA, MAA tendance radicale, aile de la CPA restée fidèle à Mohamed Assaleh et dissidence de la CMFPR) s’avère extrêmement hétérogène aussi bien par la diversité des intérêts de ses membres que par la prédisposition de ceux-ci au compromis. Il faut donc accepter dès maintenant la nécessité d’un patient travail de persuasion à mener conjointement par la Médiation, le gouvernement du Mali et même des membres de la Plateforme (MAA tendance modérée, CMFPR originelle et CPA dissidente) pour amener les intransigeants à composer.
UNE PROPOSITION INACCEPTABLE. Mais auparavant, il nous semble indispensable de dissiper une inquiétude qui vient de manière récurrente troubler l’opinion malienne et qui a mobilisé des dizaine de milliers de nos compatriotes dans les récentes marches. Les lignes rouges rappelées par le président de la République sont autant protégées par les autorités maliennes que garanties par la communauté internationale.
La CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’ONU ont tous, et de manière extrêmement explicite, exprimé depuis 2012 leur attachement au respect de la souveraineté du Mali, de l’intégrité territoriale de celui-ci, du caractère unitaire de notre Etat et de la forme laïque de la République. Ces points qui ne sauraient être remis en cause ont tous été consacrés dans la Feuille de route consensuelle élaborée à Alger le 24 juillet dernier et qui encadre les négociations de paix.
La Coordination avait, le 19 septembre, choisi de sauter délibérément toutes ces barrières pour présenter sa proposition en faveur de l’instauration du fédéralisme, proposition détaillée dans le document (improprement) intitulé « Projet de traité de paix entre le Gouvernement de la République du Mali et la Coordination des Mouvements de l’Azawad ». La réaction de la délégation gouvernementale et de la Médiation à cette démarche fut sans équivoque. La première refusa de discuter d’un document dont le contenu remettait en cause le caractère unitaire de l’Etat malien, tel qu’il a été consacré dans la Constitution de notre pays. Quant aux médiateurs, ils firent savoir aux « fédéralistes » que leur proposition était inacceptable puisque sortant du cadre fixé par la communauté internationale.
Aussi bien le chef de file algérien que les représentants de l’Union africaine et de l’Union européenne demandèrent expressément à la Coordination de reprendre son offre. Mais jusqu’à la dernière séance de négociations qui s’est tenue le 24 septembre dernier, cette exhortation est demeurée sans effet. La Coordination s’est évertuée à répéter que depuis 50 ans, c’est-à-dire depuis la première révolte touarègue de 1963, le fossé de l’incompréhension et des divergences n’avait cessé de s’agrandir entre le gouvernement malien et la dénommée entité de l’Azawad.
La création d’un Etat fédéral du Mali avec Mopti comme capitale représentait donc à ses yeux la seule solution possible afin d’assurer la préservation de la souveraineté de notre pays et de l’intégrité territoriale. Quant aux mécanismes qu’il faudrait activer pour mettre en œuvre ce schéma, les tenants du fédéralisme ont tout simplement botté la balle dans le camp du gouvernement malien à qui ils confient la « mission » d’initier l’incontournable révision constitutionnelle et d’obtenir l’assentiment populaire à travers un référendum.
L’attachement de la Coordination à la formule du fédéralisme se comprend aisément. La création d’un hypothétique Etat fédéré de l’Azawad résoudrait, en effet, toute une série de questions essentielles pour les auteurs du « traité ». Des questions politiques tout d’abord. Le MNLA a bâti tout son projet d’implantation sur la proclamation de l’indépendance de l’Azawad et il a réussi à persuader des communautés non seulement de l’inéluctabilité de cette évolution, mais aussi de l’appui que celle-ci recevrait de la part d’un certain nombre de partenaires internationaux.
Contraint de rabattre ses prétentions devant la réprobation internationale, le Mouvement était tactiquement obligé de se caler sur un scénario fédéral dans lequel l’entité Azawad se voyait conférer toutes les prérogatives d’un Etat indépendant.
Le scénario présentait aussi l’avantage non négligeable de ventiler dans les institutions de l’Etat fédéré et de l’Etat fédéral l’essentiel du staff politique de la Coordination. La fédération apportait en outre une solution clé en main à l’épineuse question militaire. Dans le « traité de paix », les combattants des mouvements se voyaient intégrés dans « les forces armées et de sécurité de l’Etat de l’Azawad » et placés sous l’autorité du chef d’Etat-major de cet Etat. Une autre possibilité de recrutement était offerte par « les corps spécialisés de sécurité intérieure de l’Azawad ».
Sur le plan économique, le traité blindait enfin la possibilité d’un développement accéléré de la nouvelle entité puisqu’il prévoyait l’affectation à l’Etat de l’Azawad de 33% du Budget de l’Etat fédéral pendant 15 ans. Ce taux connaitrait ensuite une dégression de 5% tous les dix ans. En outre, le texte indiquait que l’entité conserverait 75% des ressources générées dans le cadre de l’extraction minière et pétrolière, 25% étant concédés à l’Etat fédéral.
Que peut-il se passer désormais ? Tout d’abord – et comme nous l’avions précisé plus haut -, la Médiation procédera à la synthèse de toutes les positions qu’elle a recueillies et qui proviennent aussi bien du gouvernement du Mali, des groupes armés que des représentants de la société civile qui a été auditionnée une semaine durant avant le début des négociations.
Puis, elle recensera les points de convergence et les possibilités de rapprochement pour faire des propositions qui seront soumises aux ministres lors d’une réunion qui se tiendra à la mi-octobre et qui précédera la reprise des négociations au niveau des experts.
L’ENVIRONNEMENT EST MOUVANT. La délégation gouvernementale s’est donc employée à affiner la présentation de son offre en prenant en compte les interrogations formulées par les autres protagonistes et par la Médiation.
Cette offre repose sur le principe de la libre administration des collectivités qui confère de très larges compétences aux élus régionaux et locaux dans la gestion du développement et dans la prise en charge des spécificités locales. Ce principe consacré par la régionalisation (dont le projet de loi doit être examiné par l’Assemblée nationale) est, bien sûr, applicable à toutes les collectivités du Mali. Des interlocuteurs ouverts à la négociation admettraient sans peine que la libre administration représente une avancée substantielle par rapport à l’existant et garantit aux populations la possibilité de s’assurer progressivement une réelle maîtrise de leur devenir.
Une chose est certaine : il est peu probable que la Coordination évolue d’elle-même vers des positions plus conciliatrices que celles récemment exprimées. Les plus modérés de ses membres reconnaissent d’ailleurs hors micro la difficulté de se défaire de l’emprise de l’aile radicale. Celle-ci a déjà donné des preuves de son influence en faisant brusquement durcir le discours de « sa » société civile. Celle-ci n’a ainsi pas hésité à récuser la Feuille de route et l’accord préliminaire de Ouagadougou pour demander une partition d’avec le Mali.
Les radicaux s’étaient aussi prononcés pendant 48 heures contre le retour à la table de négociations après une interruption survenue le 16 septembre pour finalement accepter le rétablissement du principe des écoutes séparées qui avait prévalu lors de la confection de la Feuille de route.
Les radicaux se résoudront-ils à admettre que le scénario de la fédération ne recevra jamais l’assentiment de ni du Mali, ni de la communauté internationale ? Jusqu’où évolueront-ils dans l’inévitable concession ? Il faudra attendre octobre pour avoir un début de réponse à ces questions et pour définir sous quels auspices se dessinera la reprise des négociations.
La plus grande prudence doit donc être observée entretemps, d’autant plus que l’environnement des négociations est lui-même mouvant. Les deux grands ensembles de groupes armés se livrent une lutte continuelle d’influence.
En juillet dernier, ils s’étaient accordés à Ouagadougou pour se retrouver tous ensemble autour de la table de négociation pour la phase II du processus d’Alger. Mais l’annonce par le MNLA d’une entente des six groupes armés en faveur de l’option du fédéralisme a immédiatement mis fin à ce début d’entente.
Le MAA tendance modérée a aussitôt repris ses distances, suivi d’une fraction de la Coalition pour l’Azawad (CPA) qui a proclamé simultanément la destitution de son fondateur Mohamed Assaleh. Les deux groupes ont reconstitué la Plateforme avec la Coalition des mouvements et fronts patriotiques de résistance (CMFPR). Dans le même temps, une dissidence de la même CMFPR rejoignait la Coordination sans exprimer ouvertement de réserves sur l’option fédérale que certains de ses membres affirment pourtant rejeter lors d’entretiens informels.
Il est compréhensible que cette succession d’alliances et de contre-alliances, cet étalage de surenchères, cette profusion d’intox relayée sans trop de précaution par les médias internationaux aient profondément inquiété, exaspéré ou meurtri l’opinion nationale. Celle-ci a, en effet, l’impression d’assister à un théâtre d’ombres sur lequel se joue un drame dont l’intrigue lui échappe complètement. Elle nourrit également le soupçon que des arrangements aussi secrets qu’inavouables sont ourdis à ses dépens.
Les manifestations de Gao, Tombouctou, de Bamako, de Kayes et de Diré expriment donc la volonté des simples citoyens de mener une action s’inscrivant en contrepoint d’un processus dont l’avancée ne leur est pas clairement déchiffrable. Ce bouillonnement populaire constitue la rançon logique de la formule finalement retenue au terme de discussions avec la médiation internationale et qui est celle d’une négociation tenue en dehors du territoire national, qui se déroule hors de la couverture directe des médias et dont l’échéance de dénouement est difficile à fixer.
Les autorités n’ont en fait d’autre solution que d’avancer en acceptant de supporter le poids du scepticisme de la majorité silencieuse. Celle-ci continuera, en effet, à accueillir avec réserve toutes les explications et tous les éclaircissements (même les plus plausibles et les plus détaillés) qui lui seront donnés.
Le travail de persuasion ne doit cependant pas faiblir pour autant. Car il n’y aurait rien de plus dangereux que de laisser passivement les préjugés défavorables et les préventions s’ancrer.

Pourparlers d’Alger : En attendant la reprise !

Le Journal du Mali – Par Moussa CAMARA – 30/09/2014
Pendant quatre semaines, le second round des pourparlers a réuni autour de l’équipe de médiation internationale, le gouvernement malien et les groupes armés du nord.
Après une suspension, les travaux reprennent vers la mi-octobre. Retour sur quelques moments de cette première mi-temps. L’événement aura retenu singulièrement ce mois-ci l’attention de tout le peuple malien. Il s’agit du second round des pourparlers inclusifs inter-maliens à Alger. Lancées le 1er septembre dernier dans la capitale algérienne, ces négociations entre le gouvernement malien et les groupes armés ont duré quatre semaines riches en événements.
Après la cérémonie d’ouverture à l’hôtel El Aurassi d’Alger le lundi 1er septembre, il a fallu attendre le jeudi pour que les travaux reprennent véritablement. Raison invoquée : le Mouvement national de libération national désirerait attendra l’arrivée des autres membres sa délégation pour commencer. Après donc deux jours d’atermoiements, commencera le premier temps fort des pourparlers : l’audition de la société civile à la résidence El Mithak d’Alger.
Face aux représentants du gouvernement malien et des groupes armés ainsi de la médiation, les représentants des communautés ont étalé leurs préoccupations tout en faisant par part des suggestions et aspirations des populations éprouvées par des décennies de crise. A ce niveau les représentants de la société civile des groupes armés se sont illustrés dans une stratégie bien. Ils ont dressé un réquisitoire très dur contre le Mali considéré comme la source de tous les maux des « régions de l’Azawad ». Une manière de convaincre sur le bien-fondé de la thèse d’une autonomie de gestion, voire d’une indépendance. Pendant ce temps la société civile du gouvernement malien a évité la polémique pour ne pas « remuer le couteau dans la paix ». Elle a tempéré le jeu en invitant les parties a œuvré dans le sens de la paix, condition sine quo non d’un développement durable. Pendant l’audition de la société civile il est à noter que la virulence des plaidoiries n’a pas caché ton courtois et policé des débats comme souhaité par la médiation à l’entame.
Terminée, le lundi 8 septembre, l’audition était censée ouvrir la voie à la très cruciale phase des négociations directes entre le gouvernement du Mali et les groupes armés. Revoilà les atermoiements et autres manœuvres dilatoires du MNLA qui préfère d’un côté démarrer uniquement avec le groupe thématique relatif aux questions politiques et institutionnelles et l’autre côté prétexte de l’absence de certains de ces experts pour attendre.
Entre-temps le MNLA mijotait son plan. A la tête de la coordination des mouvements armés de l’Azawad (MNLA, HCUA et MAA dissident), le mouvement parvient à signer le 12 septembre un protocole d’entente avec une partie de certains mouvements membres de la plateforme (CM FPR, CPA et le MAA originel). Décliné en six articles, ce protocole d’entente réclame un « statut politique et institutionnel pour l’Azawad à travers un système fédéral à faire reconnaitre par l’Etat malien et la communauté internationale ». Il n’en fallait pas plus pour créer des remous dans les groupes armés.
Le MAA originel désavoue son secrétaire, Pr Ahmed Ould Sidi Mohamed, qui a signé le protocole sans son accord et exige de lui le lendemain la publication d’une lettre pour rejeter ledit protocole.
Même situation à la CPA qui a débarque quelques jours plus tard son président en la personne de Ibrahim Ag Mohamed Assaleh accusé pour comportement grave contraire à la ligne de conduite de la CPA. On lui reproche d’engager le mouvement de façon unilatérale et trahir la plateforme au profit de la coordination.
C’est sur ces entrefaites qui se sont ouvertes le lundi 15 septembre les négociations directes. Aussitôt commencées, elles seront perturbées par le MNLA et ses alliés qui claquent la porte, quelques minutes après le début, pour protester contre la présence dans la salle de la CM FPR considérés par eux comme un mouvement non belligérant et dont le rôle doit être clarifié.
Le lendemain et le mercredi les membres de la coordination sous la houlette du MNLA seront aux abonnés absents. Les négociations se poursuivent en revanche avec la seulement la plateforme sur les quatre groupes thématiques inscrits dans la feuille de route. Ainsi l’on est revenu au schéma de la première phase : au lieu que les groupes armés se présentant ensemble devant le gouvernement malien pour négocier, ils iront finalement en rangs dispersés comme ce fut cas en juillet dernier. La plateforme discutera seule avec le gouvernement en présence de la médiation, idem pour la coordination. L’entente scellée à Ouagadougou pour parler d’une seule voie vole ainsi en éclats.
C’est finalement le jeudi 18 septembre que les membres de la coordination daignent regagner la table de négociations à la suite de la plateforme qui observe une pause. Avec la médiation la coordination a réussi à commencer avec les questions politiques et institutionnelles. En deux jours le MNLA et alliés proposent sans surprise un document qui réclame un Etat fédéral. Ce, en dépit du fait que cette réclamation est contraire à l’esprit de la feuille de route aux engagements antérieurs dont la feuille de route et du rappel à l’ordre de la médiation au respect scrupuleux de la feuille de route.
De son côté le gouvernement malien a proposé sa formule de décentralisation poussée ou de régionalisation comme alternative à la crise. Les travaux seront suspendus le mercredi 24 septembre. La reprise étant fixée vers la mi-octobre toujours dans la capitale algérienne.
Ce temps est mis à profit par l’équipe de médiation internationale pour examiner, à l’une de la feuille de route qui sert de boussole aux négociations, les propositions faites de part et d’autre. La médiation présentera son travail aux parties. L’analyse et l’examen qui vont s’en suivre permettront d’aboutir à un projet d’accord.

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