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Alger : reprise des pourparlers dans l’incertitude

by sur 16 octobre 2014

La reprise des pourparlers entre les différentes parties maliennes a eu lieu hier pour définir un calendrier.

L’Algérie, médiateur, présentera ses conclusions demain vendredi.

Dimanche 19 octobre, les pourparlers reprendront entre les parties en présence qui auront regagné Alger.

Si les groupes armés semblent bien avoir renoncé à toute idée de Fédération sous la pression de l’Algérie qui leur a fait remarquer que cette initiative était contraire à la feuille de route signée lors des accords de Ouagadougou, il n’est pas certain que le dialogue soit plus aisé.

Dans les différents articles ci-dessous, vous lirez « compromis et compromission » (entretien avec André Bourgeot), « suspense et morosité », ou encore « l’heure de vérité ». 

Et, sur le terrain, après l’enlèvement d’un véhicule de la Minusma, c’est l’ONG Handicap International qui a fait les frais d’une attaque terroriste à Dar Salam, dans la région de Tombouctou…

Mali: Le nord du Mali devient une véritable zone de non-droit : Deux véhicules de Handicap international enlevés près de Tombouctou et plusieurs employés portés disparus

Massiré Diop – L’indépendant du 15 octobre 2014
Les faits se sont produits le lundi dernier en début de soirée. En effet, deux véhicules de Handicap International, avec à leur bord plusieurs employés de cette organisation ont été enlevés à Dar Salam, localité proche de Tombouctou. A ce jour, il n’y a encore aucune nouvelle sur l’endroit où ces employés ont été conduits ni l’identité des ravisseurs. La veille, le dimanche 12 octobre, un véhicule avec à son bord un chauffeur malien et un mécanicien de nationalité indienne de la MINUSMA a connu le même sort pendant plusieurs heures avant que les deux hommes ne soient libérés à l’exception du véhicule.
C’est une preuve supplémentaire que le nord du Mali est en train de devenir une véritable zone de non-droit. Toutes sortes de pratiques illicites et malsaines s’y déroulent sans que les militaires français – déployés à un niveau plus régional – et les casques bleus de la MINUSMA ne puissent lever le petit doigt. Cette situation montre aussi l’incapacité des groupes armés qui contrôlent la zone à ramener la quiétude et la sécurité.
Ainsi, deux véhicules appartenant à l’organisation humanitaire, Handicap International – l’une des rares à rester sur place – avec à son bord plusieurs de ses employés ont disparu le lundi dernier. De sources dignes de foi, ils auraient vraisemblablement été enlevés par des inconnus lourdement armés. Même si aucune information n’a filtré sur l’identité des ravisseurs et l’endroit où les otages ont été conduits, tout porte à croire qu’il pourrait s’agir des terroristes devenus très actifs récemment dans le septentrion malien. Certes, on ignore le nombre de passagers dans les deux véhicules, en revanche, ils seraient de type Toyota Hilux, qui sont très prisés par les terroristes en raison de leur mobilité et leur aptitude à se déplacer facilement dans le désert.
A ce jour, aucune revendication officielle n’a été faite. Certains témoins ont indiqué avoir aperçu les deux véhicules arborant tantôt le drapeau du MNLA tantôt celui du MAA. Un geste destiné à leur faciliter le passage chaque fois qu’ils sont devant un barrage.
Ce qui corrobore la thèse selon laquelle les terroristes profiteraient de l’aura dont jouissent certains groupes rebelles auprès des forces alliées pour commettre des forfaits. Parfois, ils n’hésitent pas à se mêler à la population locale et à emprunter leur moyen de déplacement.
Par ailleurs, la veille soit le dimanche 12 octobre, c’est un véhicule du même genre avec à son bord un chauffeur de nationalité malienne et un mécanicien indien de la MINUSMA, qui a connu le même sort. A la place du véhicule, les ravisseurs ont offert une moto aux deux hommes avant de les menacer de déguerpir.
Signalons que l’endroit où ces faits se sont déroulés s’appelle Dar Salam. Un hameau situé entre la commune de Bambara-Maoudé et la ville de Tombouctou. Selon les témoignages recueillis auprès de certains habitués de cet axe, c’est un terrain ensablé et difficilement praticable avec beaucoup d’embourbement. D’où la facilité pour les terroristes d’opérer sans être inquiétés. En tout cas, l’insécurité a repris de plus belle au nord du Mali qui tend à devenir un véritable bourbier sans que l’on puisse trouver une solution.
Cette affaire relance le débat sur les conditions difficiles dans lesquelles interviennent certaines organisations humanitaires dans le nord du Mali. On se rappelle qu’en février dernier, cinq employés maliens du CICR ont été enlevés par le MUJAO avant d’être relâchés.

Reprise des pourparlers d’Alger: L’heure de vérité

Nabila – L’Indicateur du Renouveau – 15 octobre 2014
Les pourparlers d’Alger reprennent aujourd’hui 15 octobre. C’est l’heure de vérité, car les discussions directes vont commencer sur la synthèse par les médiateurs des propositions d’accord faites par le gouvernement et les mouvements armés.
Comme annoncé, les pourparlers inter maliens en cours à Alger doivent reprendre ce jour 15 octobre. C’est l’heure de vérité parce que les discussions directes vont s’axer sur la synthèse par les médiateurs des propositions faites par le gouvernement et les groupes armés.
Lors de la 2e phase qui a pris fin il y a une quinzaine de jours, la médiation s’est indéniablement instruite à travers l’écoute des échanges entre les parties et elle a accumulé une intéressante documentation grâce aux dossiers qui lui ont été communiqués. Elle doit faire désormais faire des propositions de solutions de compromis qui aient des chances d’être acceptées et le plus difficile sera d’évaluer correctement la disposition à évoluer dont feraient preuve les protagonistes.
La reprise des pourparlers intervient dans un contexte difficile marqué par le retour en force des jihadistes au nord du Mali. Les casques bleus déployés y ont récemment subi une véritable tragédie depuis leur déploiement. Ainsi, plusieurs morts ont été enregistrés dans les rangs des forces onusiennes depuis la mi-août.
Les attaques contre la Minusma semblent même gagner en intensité depuis le mois de septembre dernier. Une situation qui a poussé le secrétaire général de l’ONU à hausser le ton pour demander l’arrêt immédiat de ces attaques avant de déplorer la mort d’au moins 31 casques bleus et de 91 autres blessés depuis que la mission a été officiellement lancée dans notre pays en janvier 2013.
Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, réitère le rejet catégorique par le Mali de toute demande de création de Fédération ou de nouvel Etat dans l’Etat malien, estimant que cela est contraire à sa Constitution et aux pertinentes résolutions des Nations unies, contraire également aux engagements pris dans la Feuille de route du processus d’Alger.
A cet égard, il appelle « les mouvements armés à faire preuve de réalisme et saisir la main tendue du gouvernement qui a fait des offres répondant aux aspirations profondes des populations des régions du Nord, notamment en termes de libre administration des collectivités et de gestion des spécificités locales ».
Et pour une signature rapide d’un accord global de sortie de crise, le ministre Diop a récemment demandé au Conseil de sécurité d’user de toute son influence pour amener les mouvements armés signataires de la Feuille de route d’Alger à se mettre ensemble et à négocier de bonne foi afin de faciliter la conclusion d’un accord global et définitif, à respecter scrupuleusement l’Accord de cessez-le-feu du 23 mai 2014 ainsi que la Déclaration de cessation des hostilités du 24 juillet 2014, à se démarquer des groupes terroristes et autres narcotrafiquants. Sous peine de sanctions et à reprendre le processus de cantonnement de leurs unités dans les plus brefs délais, conformément aux pertinentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et à l’Accord préliminaire de Ouagadougou.

Mali : suspense et morosité

Jeune Afrique – mercredi 15 octobre 2014 Par Alain Faujas, journaliste.
L’enthousiasme qui avait saisi les acteurs économiques maliens après le sommet de Bruxelles, en mai 2013, au cours duquel une aide internationale de 4 milliards de dollars (3,25 milliards d’euros) avait été promise, est retombé comme un soufflé. Bien des chantiers sont à l’arrêt.
Les salaires des fonctionnaires semblent ne pas être versés en temps et en heure. L’inquiétude est de retour. Et pour cause : après que le gouvernement a signé des contrats militaires opaques, les institutions de Bretton Woods ont suspendu leur aide budgétaire au mois de juin.
Mais c’est le Fonds monétaire international (FMI) qui, en colère, avait cessé de livrer la sienne le premier, ce qui a automatiquement interrompu les versements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Union européenne, etc.
La raison ? L’achat d’un avion présidentiel pour 40 millions de dollars, sur fonds publics, sans que l’on sache précisément à qui et comment ces sommes ont été payées – un imbroglio qui a provoqué la saisie provisoire de l’appareil par les autorités américaines.
Autre affaire ayant suscité le courroux et la méfiance des instances internationales : un énorme contrat d’uniformes et de transports de troupes qui s’élèverait à 150 millions de dollars et pour lequel certains intermédiaires auraient été très généreusement rémunérés.
« Nous ne sommes pas habilités à juger de la qualité de ces achats, réalisés sans appel d’offres mais en toute légalité, sous couvert du secret-défense, explique Sébastien C. Dessus, économiste en chef pour le Mali, le Tchad, la Guinée et le Niger à la Banque mondiale. En revanche, les bailleurs ont le droit de s’exprimer sur la validité des procédures budgétaires utilisées et le devoir de s’assurer que les 4 milliards de dollars en question seront bien gérés. »
Quand seront débloqués les 200 millions de dollars en suspens, cruciaux pour le fonctionnement de l’État ? « Les bailleurs aident le gouvernement à clarifier ses procédures de dépenses. Ce processus est en bonne voie, et les versements pourraient reprendre avant la fin de l’année. »
Le problème, c’est que ces 200 millions de dollars devaient permettre d’apurer en grande partie la dette intérieure. C’est-à-dire les impayés de l’État à l’égard des entreprises maliennes, qui représentent 167,5 milliards de F CFA (330 millions de dollars) selon Mamadou Tiény Konaté, président de la Chambre de commerce et d’industrie.
« Les entreprises attendent cet argent, explique-t-il. C’est vital : la conjoncture n’est pas fameuse, le secteur touristique est en berne, les mines d’or tournent au ralenti car le cours du métal précieux est déprimé, et les investissements étrangers ne reviennent pas à la vitesse espérée. Il n’y a que dans l’agriculture que les perspectives sont bonnes. Il faut espérer que le FMI débloque la situation budgétaire et que les négociations d’Alger nous permettent d’amorcer la sécurisation du Nord, ce qui réduira enfin notre risque pays. Je suppose que la reprise sera perceptible à la fin de l’année ou au début de l’an prochain. »
La croissance 2014, elle, devrait atteindre 4 % à 6 %. Mais tout dépendra des récoltes, encore difficiles à estimer, la saison des pluies n’étant pas terminée. Le suspense se poursuit… et la morosité perdure.
« Cette morosité est normale, estime Hélène N’Garnim-Ganga, responsable de la BAD à Bamako. On avait trop misé sur l’aide internationale. Aujourd’hui, c’est le retour à la réalité : ces soutiens sont souvent faits en nature et pas en argent [matériel, formation, etc.] ; il faut aussi faire des appels d’offres pour éviter les abus lors de la construction d’un barrage ou d’une route, ce qui prend du temps. D’autant que nous ne nous contentons pas de construire des infrastructures permettant, comme à Kouliloro, d’irriguer des milliers d’hectares supplémentaires. Nous nous assurons aussi que les paysans profiteront de cette eau, qu’ils parviendront à écouler leurs nouvelles productions en se regroupant et qu’ils en vivront mieux. Certes, il s’agit de projets d’infrastructures, mais ce sont aussi des projets sociaux. La nécessité de réussir une croissance « inclusive » au profit du plus grand nombre exclut d’agir à la va-vite. Il faut rester optimiste. »
Le ciel est tout de même bien sombre. Le président, qui a reçu pour mandat de mener à bien la réconciliation nationale et de combattre la corruption, se hâte lentement sur ces deux dossiers, afin de n’irriter ni son électorat, qui se défie du Nord, ni les caciques, qui ont installé tout un système de prébendes.
La résolution de ces problèmes de gouvernance sera déterminante pour que l’optimisme revienne enfin au Mali.

Mali : Processus de réconciliation nationale : Les femmes exigent leur participation

Aguibou Sogodogo – Source: Le Républicain du 15 oct 2014

’La réconciliation nationale, quel rythme nous avançons’’, tel était le thème de l’émission « questions d’actualité » sur l’Ortm, le 12 octobre 2014. L’émission était présentée par Youssouf Diakité de l’Ortm qui recevait sur le plateau, Mme Doumbia Mama Koïta, femme leader Muso Net, Ag Intanazoumé Moussa Dicko, membre de la communauté Bellah et Sidi Elmehdi Ag Albaka, de la région de Kidal non moins réalisateur d’un film sur la réconciliation nationale.
Au cours de ce débat, l’unique femme invitée sur le plateau a exigé la participation des femmes au processus de réconciliation nationale.
Après la phase II des pourparlers d’Alger entre le gouvernement malien et les groupes armés, la télévision nationale a organisé un débat télévisé sur la réconciliation nationale pour non seulement permettre aux acteurs d’exprimer leurs points de vue mais également d’inculquer cette notion au peuple malien.
Ainsi, trois acteurs étaient autour de la table. Selon Mme Doumbia Mama Koïta, femme leader Muso Net, la paix n’est pas possible sans les femmes. « Les femmes sont exclues du processus de réconciliation alors qu’elles sont les premières victimes des crises. En plus, elles constituent la moitié de la population malienne. Il est inacceptable que les femmes soient ignorées par le processus de réconciliation », a-t-elle dit. Avant de souligner que l’initiative du Haut représentant du président de la république pour les pourparlers inclusifs inter-maliens est salutaire, à savoir la présence d’une femme dans chaque délégation institutionnelle devant participer aux pourparlers d’Alger.
« Sans la paix, on ne peut pas se développer. Nous travaillerons à Alger pour aboutir à une paix durable dans laquelle tout le monde trouvera son compte. Le problème se trouve au nord comme au sud. Il faut qu’on apprenne à revivre ensemble et que justice soit faite » a-t-elle dit. Elle a également souhaité que l’armée malienne puisse protéger la population.
Quand à Ag Intanazoumé Moussa Dicko, membre de la communauté Bellah, il a dénoncé le fait que la base, la majorité silencieuse n’est pas consultée dans les débats. « Sans justice, il n’y’a pas de paix ni développement », a-t-il conclu.
Pour Sidi Elmehdi Ag Albaka, de la région de Kidal, la réconciliation est obligatoire. A l’en croire, ce sont les cris de cœur d’une vielle dame Touareg qui l’ont poussé à réaliser un film sur la réconciliation nationale. Avant de signaler que tous les Touareg ne se reconnaissent pas dans les mouvements armés. « La majorité des touaregs restes attachée à la république du Mali », a-t-il conclu. Il ressort d’un film réalisé par Sidi Elmehdi Ag Albaka que le MNLA ne représente pas les touaregs, comme il le prétend.

Alger II : la reprise ce mercredi

Par Moussa CAMARA – 14/10/2014
Après une mi-temps de plus dix jours, les pourparlers reprendront leurs droits ce mercredi. L’enjeu est d’aboutir à un accord susceptible de garantir une paix durable et définitive.
Pour cette reprise, les travaux commenceront par une rencontre entre les ministres des pays impliqués dans le processus des négociations en cours. Ceux-ci feront le point sur l’évolution de la situation après la première manche achevée le mois dernier.
L’équipe de médiation internationale sous la houlette de l’Algérie tiendra une rencontre le vendredi 17 octobre 2014 pour faire la synthèse des travaux à la lumière des propositions reçues des différentes parties, c’est-à-dire le gouvernement malien et les mouvements armés.
Cette synthèse sera ensuite présentée aux délégations qui rallieront Alger le dimanche 19 octobre 2014. Ce qui va marquer du coup le début des négociations directes entre le gouvernement du Mali et les groupes armés du nord en présence de la médiation internationale. Des négociations qui sont censées aboutir à un projet d’accord.
Les protagonistes se préparent tant bien que mal pour cette reprise. Le gouvernement malien par l’entremise du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a multiplié les rencontres pour faire le point de la première étape de cette seconde phase et clarifier la position du Mali pour la suite des négociations. Les groupes armés se préparent certainement pour le voyage algérien.
C’est le cas des groupes armés membres de la plateforme qui regroupe la CM FPR, la CPA et le MAA originel. Ils sont en rencontre présentement au Centre international de conférences de Bamako. L’objectif est, explique un membre d’un des groupes de la plateforme, de faire la restitution de leurs travaux lors de la première manche en septembre et par la même occasion accorder leurs violons sur un certain nombre de choses.
Il faut rappeler que la seconde phase des pourparlers inter-maliens d’Alger avait connu une pause à partir du 24 septembre après quatre semaines de travaux. Des groupes armés en l’occurrence le MNLA et ses alliés regroupés au sein de la coordination ont réclamé un Etat fédéral. Ce, malgré le fait que cette idée ne soit pas compatible avec l’esprit des engagements antérieurs comme les accords de Ouagadougou ou la feuille de route.
Une remarque que la médiation n’avait pas manqué à faire à leur égard d’ailleurs. Pour sa part le gouvernement malien avait présenté une décentralisation poussée ou une régionalisation comme solution pour palier la crise de gouvernance qui est du reste une réalité dans toutes les zones du Mali.

Pourparlers d’Alger: entre compromis et compromissions…

Par Mokthar DIOP – 13/10/2014
Chercheur émérite du CNRS, André Bourgeot s’est entretenu avec notre reporter sur les négociations d’Alger et la militarisation de la bande saharo-saharienne.
Journaldumali.com : Les coups d’éclat des djihadistes se multiplient. Alors, sur qui peut compter le Mali pour pacifier le nord voire reprendre la main dans son septentrion ?
André Bourgeot: Je me demande aujourd’hui quelle est la marge de manœuvre possible des autorités politiques maliennes dans un contexte international où il y a des pressions très fortes car il existe des connivences entre la communauté internationale et certains mouvements touaregs bien que tous les mouvements ne soient pas touareg.
Quelle est donc la marge de manœuvre des autorités politiques maliennes par rapport aux puissances occidentales notamment la France et par rapport à la dominante religieuse malienne puisque cette dimension religieuse existe car on l’a vu lors de la marche réussie de la société civile avec en première ligne les leaders religieux qui ont pris la parole et ont tenu des propos très intéressants.
Monsieur Haidara et Monsieur Dicko ont un élan populaire énorme or nous sommes dans un Etat laïc. Les religieux restent des religieux et leur aura montre qu’il y a un vide politique dans les partis politiques maliens.
Un vide dans les partis politiques maliens, qu’est-ce-à dire ?
La classe politique malienne est un peu dans une situation de déficience. On ne la sent pas porter le combat aux côtés du pouvoir en place. Il appartiendrait cette fois-ci à la société civile laïque de prendre des initiatives autres que celles des religieux.
Je ne condamne pas les religieux mais j’observe que le politique dans le contexte actuel est entre les mains des religieux qui ont un écho populaire favorable qui permet de mobiliser contre ce qui se passe au nord.
Irez-vous jusqu’à dire que le président IBK paye sa proximité avec la Chine et la Russie face à la France qui s’interroge sur la contrepartie ?
Les accords signés avec la Chine et les nouvelles relations de coopération avec la Russie sont postérieurs à Barkane donc on peut se poser la question de savoir si le Président n’établit pas de nouveaux équilibres par rapport aux puissances occidentales pour avoir une marge de manœuvre plus grande face à ces interlocuteurs traditionnels.
A supposer que le président ait livré le sous-sol malien à la Chine et à la Russie, cela plairait-il à la France ?
J’écarte cette hypothèse et si d’aventure elle était pertinente ce serait inacceptable. Je prends l’exemple du Niger entre la prospection et l’exploitation du pétrole dans la région d’Aggadem. Niamey a promis un contrat d’exploitation à la société américaine EXXON contre le développement de la région ce que EXXON a refusé.
Les chinois du CNPC arrivent dans ce contexte et le même langage leur ait tenu alors ils répondent par « vous voulez une raffinerie et un bon réseau routier, pas de problème nous les réaliserons ». Effectivement, la raffinerie est faite entre Maradi et Zinder et le réseau routier a vu le jour. Tout ceci répond aux intérêts nationaux du Niger et aux possibilités de transformation de matières premières dans un processus d’industrialisation.
La Chine est perçue comme un pays compétiteur dangereux par les puissances occidentales car elle grignote des parts de marché et intéresse de plus en plus les gouvernements Africains. C’est une donnée conflictuelle qui pose le problème du contrôle des richesses extractives, c’est clair.
Revenons aux accords d’Alger. Un accord définitif et durable est-il envisageable ?
Non, dans les circonstances actuelles, un accord de paix définitif et durable est impossible. Les rapports de force politique actuellement sont plutôt favorables aux belligérants opposés qui sont ultra minoritaires d’où le problème.
Le Mnla ne représente que lui-même. La majorité des sociétés touareg ne souscrit pas aux objectifs, aux méthodes et aux pratiques du Mnla. On le voit bien.
Si vous prenez le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad, il n’y a que la famille de la chefferie et ceci ne représente pas l’ensemble des sociétés Touareg et à fortiori tout le septentrion malien. Donc si à l’issue de ces négociations, il y a des compromis voire des compromissions, les populations du nord ne se laisseront pas faire et continueront à se mobiliser.
A coups sûr, les populations du nord ne se laisseront pas faire ?
Absolument, l’élément nouveau est qu’il y a un suivi populaire dans les conditions de déroulement des négociations d’Alger qui sont loin d’être transparentes car les autorités maliennes ne sont pas claires, on ignore leur position.
Il ne faut pas oublier que durant l’occupation par les djihadistes, il y a eu une résistance populaire à Gao avec Nous pas Bouger, les Patriotes, les Patrouilleurs qui ont entretenu des relations ambigües avec le Mujao mais qui ont permis une expression populaire pour éviter une dérive trop grande.
Ce qui a fédéré ces populations du nord c’est le fait que le Mnla lors de son intervention à Tombouctou et à Gao a commis des actes contestables et critiquables. Le Mnla a fédéré l’ensemble de ces populations contre lui et cette alliance va perdurer.
Si l’on ne prend pas en compte l’opinion de ces populations et de toutes les populations maliennes, je crains fort que ça aille dans le sens de l’affrontement.
Est-ce un faux fuyant que de dire que le problème du nord n’est pas un problème Malien mais plutôt international ?
On ne peut pas contester le fait qu’il y ait des ramifications sur l’ensemble des espaces mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il y ait des liens organiques entre les différentes organisations auto proclamées d’autant qu’on note des spécificités dans l’espace saharo-sahélien.
Par exemple, nous avons été en France un certain nombre de personnes à dénoncer l’intervention militaire franco-britannique en Libye parce qu’en plus d’avoir des conséquences larges, elle a libéré les forces djihadistes et les forces tribales.
La Libye n’a plus d’existence étatique. Elle est dirigée par des groupes salafistes et tribaux qui étaient bâillonnés à l’époque de Kadhafi.
A l’issue de cette intervention, que voit-on ? Le Mali est déstabilisé à partir du nord et devient un espace géostratégique dont les conséquences sont régionales : on a vu ce qui s’est passé en Algérie, au Niger et en Mauritanie et tout ceci engendre une militarisation de l’espace saharo-sahélien par les militaires français.
François Hollande l’a dit sans ambages « la transformation de Serval en Barkane va durer », en langage diplomatique cela signifie que Barkane va durer entrer entre six mois et dix ans. Il n’y a aucune opacité donc les forces internationales créent les conditions de subordination des armées nationales aux forces internationales. Le problème c’est qu’elle est la volonté de l’Etat malien à restaurer à la fois l’autorité de l’Etat et de l’armée ?
Là, je rebondis sur la coopération avec la Russie. Est-ce que la Russie va permettre à l’armée malienne de se relever puisque cette armée est malade depuis le coup d’état de Sanogo. Comment restructurez cette armée…
Vous mettez sous le coude tout ce que la France a fait en termes de formation des Fama ?
Moi, je ne veux pas qu’on nous prenne pour des pingouins. Vous avez eu en 2003 un programme de formation initié par les américains pour la formation des militaires nationaux avec un budget moyen.
Ce programme a été révisé et transformé en TSTCIE 2006-2007 avec un budget triplé avec les mêmes objectifs de former les militaires maliens, nigériens et mauritaniens à la lutte contre le terrorisme. Vous avez vu ce que cette formation a donné !
Aqmi s’installe partout or les objectifs de Barkane sont les mêmes à la différence que Barkane est circonscrit aux anciennes colonies françaises de l’Afrique de l’ouest, Mauritanie, Niger, Tchad et Mali.
Finalement il y a un problème avec les militaires maliens. On recommence toujours les mêmes choses avec les militaires maliens. Il ne faut pas perdre la mémoire historique des choses et on ne peut pas appréhender ces problèmes en dehors de la volonté de domination de ces pays sur l’Afrique qui est devenue un pays à forts enjeux au plan économique.
Les spécialistes disent que le taux de croissance en Afrique est de deux chiffres. On parle de croissance et non de développement. La croissance bénéficie à qui ? On retombe sur le problème des capacités d’autonomie politique et économique des pays concernés. Est-ce qu’ils en ont les moyens ou sont –ils dans une marge de manœuvre réduite ?
Dernière question plutôt personnelle. Vous n’avez pas peur de vous promener dans la sous-région ?
Je précise la chose suivante : depuis 2009, le ministère des affaires étrangères a classé cette zone rouge et je respecte les consignes autrement dit depuis 2009 je ne quitte pas Bamako et je ne me rends plus dans ce septentrion malien que j’affectionne car le nord représente toute ma jeunesse.
Affectivement, je suis blessé. On ne pourra plus retrouver les mêmes ambiances dans ces zones, c’est fini. C’est dramatique.
Comment va-t-on sortir de cette situation ? Il faudra un travail politique de fond mais cette volonté politique existe-t-elle ? J’ai mal de voir le Mali dans cette situation.
Idem pour le Niger et sa base américaine à Agadez ainsi que les drones américains. Toute cette militarisation de la zone saharo-saharienne me désole.

« L’Etat Islamique n’est pas une génération spontanée » selon André Bourgeot

Par Makhtar DIOP – 01/10/2014
Spécialiste du Sahel et chercheur émérite du CNRS, André Bourgeot donne son avis sur l’avènement de l’Etat Islamique et la situation explosive dans le septentrion Malien.
Journaldumali.com : Qu’entend t–on par Etat Islamique et où est-il localisé ?
André Bourgeot: Il y a un abus de langage lorsqu’on parle de l’Etat Islamique. Il s’agit d’une nouvelle mouvance de la tendance salafiste-djihadiste incarnée par Al Qaeda avec une puissance de feu et financière. C’est une tendance qui dépasse Aqmi, Al Qaeda et autres. Les objectifs sont les mêmes et les modes opératoires sensiblement identiques mais avec l’Etat Islamique il y a un enjeu de leadership.
La force de cet Etat Islamique demeure dans son absence d’assise territoriale et donc sa mobilité très grande. Mieux l’EI a une capacité d’adaptation extraordinaire et des armes d’une technologie supérieure à celle des armées nationales.
Journaldumali.com: Au vu de votre analyse, doit-on s’inquiéter pour de la prolifération des groupes djihadistes au nord du Mali ?
André Bourgeot: Toute situation qui crée la confusion répond à des intérêts. Je ne peux comprendre qu’on tienne une réunion à Kidal regroupant des éléments de la Minusma, de Barkane et des militaires du Mnla pour engager une poursuite contre des groupes narco-djhadistes comme le Mujao, Ansardine et Aqmi ?
Comment peut-on reconnaitre au niveau international ces éléments du Mnla qui négocient à Alger, en ignorant les Forces Armées Maliennes qui ont des compétences ? Tout le monde sait qu’il y a des membres du Mnla proches des circuits d’acheminement de la cocaïne et de la drogue et des réseaux djihadistes. On est en droit de s’inquiéter !
Journaldumali.com: La marginalisation des FAMA ne fragilise t-elle pas le pouvoir de Bamako dans les négociations directes d’Alger?
André Bourgeot : Bien sûr que oui. Pour rééquilibrer les choses, l’Etat aurait paraphé des accords avec la Russie pour doter l’armée Malienne de matériels militaires et ceci nuance la présence, l’importance et la dépendance de l’Etat Malien vis-à-vis des forces étrangères présentes au Mali comme Barkane.
Il y a un retour au développement avec la Chine et la Russie. La question qui se pose actuellement est la suivante : quelle est la marge de manœuvre du Mali face aux pressions des puissances occidentales et face à la dominante religieuse malienne ?

Crise du nord : Les rebelles renoncent à leur projet de fédération

Tiékorobani – Par Procès Verbal – Date: 14 Octobre 2014
La situation du nord-Mali s’éclaircit-elle enfin ? Il n’est pas interdit de le penser, même si de nombreuses questions restent sans réponse.
En effet, galvanisés par leur victoire sur l’armée malienne, le 21 mai 2014, et par la conquête de plusieurs localités du nord, les groupes armés sont venus à la table des négociations avec un esprit de domination. Ils avaient, avant l’ouverture des pourparlers d’Alger, fait savoir au président IBK, par émissaires interposés, que leur but était l’indépendance des trois régions du nord.
C’est dans cette logique qu’ils ont élaboré et déposé sur la table un projet de « traité de paix » qui prône la transformation du Mali en une fédération composée de deux Etats fédérés: celui du Mali et celui de l’Azawad.
Dans notre précédente livraison, nous expliquions comment, derrière ce projet de fédération, les rebelles tentaient de cacher l’indépendance de l’Azawad. Car non seulement ils prétendaient obtenir 30% du gouvernement et la vice-présidence de la République fédérale, mais en plus, ils entendaient assurer, seuls, la défense, la sécurité, l’économie et la diplomatie de l’Azawad.
Selon nos sources, les groupes armés ont tenu à publier leur projet fédéral afin de prendre l’opinion malienne et internationale à témoin : ils ne veulent surtout pas signer avec les représentants du Mali un accord ignoré du peuple malien et, pour cette raison, susceptible d’être ultérieurement remis en cause par lui. « Nous ne voulons pas faire les frais d’une politique qui consiste à signer des accords et à venir raconter autre chose au peuple afin de gouverner tranquillement le sud », note un proche des groupes armés.
Le problème, c’est qu’une fois connu, le projet fédéral a suscité des interrogations dans la communauté internationale. La marche géante organisée par la société civile malienne dans la foulée a achevé de convaincre tout le monde que ni la fédération, ni l’indépendance ne seront acceptées par le peuple malien. De plus, la fédération suppose une modification de la Constitution malienne par voie de référendum: ce scrutin serait perdu d’avance même si IBK lui-même appelait à voter oui, ce qui relève de la fiction, le chef de l’Etat malien étant économiquement et politiquement trop fragile pour prendre un tel risque.
C’est pourquoi le médiateur algérien a demandé une levée de séance dès que les groupes armés ont exposé leur projet fédéral. Profitant de cette pause, le médiateur a tenu un huis clos avec les représentants des groupes armés pour leur dire, en substance, ceci: « La résolution 2100 du Conseil de Sécutrité de l’ONU ainsi que l’Accord de Ouagadougou imposent le respect de l’intégrité territoriale du Mali. Or une fédération implique la division du Mali en deux entités étatiques: le Mali et l’Azawad. Ce schéma n’est acceptable ni par les Maliens ni par la communauté internationale, garante de tout accord. Nous vous mettons donc en demeure de retirer ce projet et d’envisager d’autres solutions qui préserveraient à la fois l’intégrité territoriale du Mali et vos intérêts propres ! ».
Les rebelles, notamment ceux du MNLA, n’avaient pas de plan B. Ils estimaient que la fédération était le moins qu’ils pouvaient obtenir, compte tenu des rapports de force. Mais le MNLA eut beau plaider le maintien du projet fédéral, l’Algérie resta intraitable. Selon des sources proches du dossier, le puissant voisin algérien alla jusqu’à menacer le MNLA de le faire tailler en pièces par les groupes jihadistes. Message bien compris par les indépendantistes touaregs qui consentirent finalement à mettre leurs velléités fédérales sous l’éteignoir.
Pourquoi l’Algérie défend-elle si âprement l’intégrité territoriale du Mali ? L’explication tient à trois choses:
– d’abord, elle veut donner des gages de bonne foi au président IBK qui, à travers une lettre formelle, a déclaré s’en remettre à elle;
– ensuite, elle remet le MNLA à sa juste place, l’essentiel des groupes armés (les jihadistes du HCUA et d’Ançar Dine) étant très liés à Alger qui, d’ailleurs, offre le gîte et le couvert à Iyad Ag Ghali;
– Enfin, l’Algérie, après avoir rassuré le Mali et tenu en respect le MNLA, se donne les moyens d’imposer sa propre solution au problème du nord.
Ces constats ne rassurent pas certains connaisseurs du dossier. Ils estiment qu’Alger a le plus grand intérêt à maintenir la zone de Kidal ouverte aux trafics d’AQMI afin que ce groupe terroriste desserre son étau sur le sud algérien. L’entretien d’une insécurité résiduelle dans la région de Kidal n’empêchera nullement l’Algérie d’y installer sa prédominance économique, notamment à travers l’exploitation des gisements de pétrole par la SONATRACH, le méga-groupe algérien.
Bref, l’Algérie ne paraît défendre l’intégrité territoriale du Mali que pour mieux assurer ses propres intérêts géostratégiques. D’autant, faut-il le rappeler, que le MNLA est une création franco-mauritanienne et que les groupes armés les plus puissants – HCUA, Ançar Dine et consorts – mangent dans la main algérienne.
En conséquence, dans l’hypothèse la plus probable, il sera instauré au nord du Mali une autonomie basée sur une grande liberté de manœuvre des élus locaux, l’intégration des groupes armés dans l’armée nationale (même s’ils doivent rester au nord), et l’affectation de ressources financières et humaines considérables au développement du nord.
Bien entendu, la solution de l’autonomie ne déplairait pas à la France qui a besoin de paix pour sécuriser ses sources d’approvisionnement en uranium (au Niger et, peut-être, demain à Kidal) et de maintenir, en collaboration avec l’Algérie, un dispositif antiterroriste au nord du Mali.

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