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Le Burkina s’enflamme à son tour

by sur 30 octobre 2014

Mis à jour vendredi 31 octobre 2014 à 17h15

Le Président Blaise Compaoré a démissionné et aurait pris la direction du sud du pays vers la ville de Pô.

Le Général Honoré Nabéré Traoré, chef d’état major des armées a décidé d’assumer la transition.

Les manifestants auraient préférer le voir occupé par le général Kouamé Lougué, ancien ministre de la défense limogé par B. Comporé.

Les leaders de l’opposition ont pris contact avec le général Traoré tout en estimant qu’un délai de 90 jours pour organiser les élections leur semble un peu court.

Le Burkina Faso s’est enflammé ce vendredi, et c’était tout à fait prévisible.

Au-delà de sa situation politique, disons que le Mali est particulièrement concerné à trois titres :

– c’est un pays voisin

– son armée fait partie de la MINUSMA en opération au Mali

– le président burkinabé était le médiateur désigné par la CédéAO dans le conflit malien et c’est à Ouagadougou qu’ont été signés les premiers accords ouvrant la voie aux pourparlers d’Alger.

De plus, et d’un point de vue purement géo-stratégique, c’est un Etat de plus déstabilisé dans une région qui l’est déjà pas mal…

Le point ci-dessous, avec, en prime, la lettre envoyée par François Hollande en début de mois, mettant en garde Blaise Compaoré sur « un passage en force », et, en fin d’article, le long interview que le président du Faso a donné à Jeune Afrique, début juillet, où il aborde la situation au Mali comme sa situation personnelle.

Burkina : le jour d’après

31/10/2014 à 09:47 Par Benjamin Roger

Après les violentes manifestations de jeudi, la situation reste très confuse ce vendredi matin au Burkina. Blaise Compaoré n’a pas l’intention de démissionner, une transition a été évoquée par l’armée, mais aussi par le président. Nul ne sait qui détient réellement le pouvoir.
Quelle est la situation à Ouagadougou ?
Après les violentes manifestations de jeudi qui ont fait des victimes, dont le bilan précis n’a pas encore été annoncé, la nuit a été relativement calme dans la capitale burkinabè. Un couvre-feu a été instauré de 19h à 6h, mais n’a pas été totalement respecté, tant l’armée semble ne pas avoir la situation sous contrôle. Dans la soirée, des tirs ont résonné aux abords du palais présidentiel de Kosyam, solidement tenu par les militaires de la garde présidentielle. Quelques tirs et détonations ont ensuite été entendus dans plusieurs quartiers, notamment près du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), près de l’aéroport. La plupart des manifestants étaient rentrés chez eux à la nuit tombée, laissant derrière eux une ville marquée par les pillages.
Quelle est la position de Blaise Compaoré ?
Le président Blaise Compaoré s’est exprimé jeudi soir lors d’une brève allocution sur la chaîne de télévision privée Canal 3. S’il a affirmé avoir « compris » le message de la population et pris « la juste mesure des fortes aspirations au changement », il a toutefois refusé de démissionner, montrant au passage sa détermination à vouloir rester maître d’une situation désormais plus qu’instable. Il a annoncé qu’il comptait terminer son mandat – qui court jusqu’en novembre 2015 – pour diriger la transition et remettre le pouvoir au président démocratiquement élu. Enfin, en guise de mesures « concrètes » pour tenter de satisfaire ses opposants, le chef de l’État a ordonné la dissolution du gouvernement, la fin de l’état de siège et a demandé l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition et les responsables de la société civile.
Qui tient le pays ?
Difficile de dire, ce vendredi matin, qui contrôle réellement la situation au Burkina. Jeudi soir, quelques heures avant la déclaration du président Compaoré, le général Honoré Traoré, chef de l’État-major général des armées, a annoncé la dissolution du gouvernement, mais aussi celle de l’Assemblée nationale. Il a ajouté qu’un organe transitoire allait être mis en place pour assurer un retour à la normale dans les douze prochains mois. Le discours est donc différent selon qu’on tend l’oreille vers la présidence ou l’armée, et il est encore trop tôt pour parler de coup d’État, Blaise Compaoré étant toujours officiellement président du Faso.
Autre personnalité militaire qui a resurgi à la faveur du désordre : le général Kouamé Lougué. Ancien chef d’état-major et ministre de la Défense jusqu’à son limogeage en 2004, il dispose d’un fort capital sympathie auprès des troupes et des manifestants. Il a été vivement acclamé par des milliers de personnes jeudi après-midi sur la place de la Nation, à Ouagadougou. Son influence exacte dans les tractations politiques en cours reste toutefois difficile à mesurer.
Comment réagit l’opposition ?
Les principaux leaders de l’opposition n’ont pour le moment pas de réaction coordonnée, même s’ils se sont rencontrés plusieurs fois dans la journée. Entre deux appels à la « responsabilité commune » et au respect des biens et des personnes, ils négocient avec les différents protagonistes de la crise et essaient de faire entendre leurs voix entre celles de la présidence et des militaires. Ils doivent aussi composer avec la pression de milliers de manifestants, bien déterminés à en finir avec le pouvoir en place. Plusieurs responsables de l’opposition sont loin d’être satisfaits par les annonces de « Blaise » et estiment qu’il est allé trop loin. Ainsi, pour l’opposant historique Stanislas Bénéwendé Sankara, le départ du président est désormais « un préalable non négociable ».
À quoi s’attendre ce vendredi ?
La situation risque une nouvelle fois d’être tendue ce vendredi 31 octobre. Alors que le jour se lève sur Ouagadougou, personne ne sait concrètement qui tient le pays. De nouvelles manifestations vont probablement avoir lieu dans la capitale et les principales villes du pays. À la vitesse où les évènements ont évolué jeudi matin, personne ne sait vraiment où en sera le pays des hommes intègres ce soir.

Le président du Burkina Faso décrète l’état d’urgence

Par RFI – 30 octobre 2014 – 19h
Après une journée d’émeutes, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis près de 30 ans, a dissous son gouvernement et ouvert des négociations avec l’opposition.
Blaise Compaoré joue son va-tout. Jeudi soir, le président du Burkina Faso a annoncé la dissolution du gouvernement et ouvert des négociations avec l’opposition après une journée d’émeutes contre le régime. Au passage, le chef de l’État a décrété l’état d’urgence.
Les opposants au président avaient au préalable pris d’assaut la télévision nationale, envahi le Parlement avant d’y mettre le feu. Ils protestent contre le projet de loi de révision constitutionnelle actuellement en débat au Parlement. Celui-ci pourrait permettre à Blaise Compaoré de se représenter à l’élection présidentielle en 2015.
Le gouvernement avait eu beau déclarer l’annulation de ce projet et appelé la population au calme. Des centaines de manifestants s’étaient ensuite retrouvés devant le palais présidentiel, face à la garde présidentielle. Et les échauffourées ne se sont pas limités à la seule capitale. À Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, la mairie et le siège du parti présidentiel ont été incendiés.
Seulement, l’actuel président n’est plus en position de force. À l’exception de la Garde présidentielle, l’armée comme la police ont brillé par leur passivité. Dans l’après-midi, les grandes manoeuvres politiques ont par ailleurs commencé. Le général en retraite Kouamé Lougué, à qui des dizaines de milliers de manifestants ont demandé de prendre le pouvoir, rencontrait le chef d’état-major Nabéré Honoré Traoré, ainsi que les plus hauts gradés du pays.
Très apprécié des troupes et de la population, Kouamé Lougué, ancien chef d’état-major et ministre de la Défense jusqu’à son limogeage en 2003, s’est imposé au coeur du jeu. Il a ainsi rencontré le Mogho Naba, le «roi» des Mossi, une autorité coutumière très respectée dans le pays. Le chef de l’Etat appartient à cette ethnie, la plus importante du Burkina. «L’armée est soudée avec le peuple», a affirmé Bénéwendé Sankara, l’un des ténors de l’opposition, demandant «la démission pure et simple du président Blaise Compaoré».
La France, ex-puissance coloniale, suit avec une extrême attention la situation. Paris a appelé au calme et demandé «à toutes les parties de faire preuve de retenue». Paris compte «un peu plus de 3500 ressortissants» officiellement recensés dans le pays.
La Maison-Blanche, autre partenaire du Burkina Faso, a aussi fait part de sa «vive inquiétude». Car le pays sahélien joue un rôle incontournable dans cette zone en proie aux menées de groupes djihadistes liés à al-Qaida.
L’émissaire de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas, sera sur place dès vendredi, au sein d’une mission de paix conjointe à l’Union africaine et à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
27 ans au pouvoir pour Blaise Compaoré
Pour le régime en place depuis 1987, il s’agit de la plus grave crise depuis l’immense vague de mutineries de 2011. Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État, qui avait coûté la vie à son prédécesseur, Blaise Compaoré a ensuite été élu pour deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015), la dernière fois en novembre 2010 avec le score soviétique de 80,15% des suffrages exprimés.
Malgré ces nombreuses années d’exercice, Blaise Compaoré n’est pas lassé d’exercer la fonction suprême et prépare déjà le terrain de l’élection de 2015. Théoriquement, il n’a pas le droit de se représenter, la Constitution limitant le nombre de mandats présidentiels. Mais le président ne l’entend pas de cette oreille. Les proches du chef de l’État avancent que celui-ci voudrait «achever la modernisation du pays».
Le 21 octobre, le Conseil des ministres avait donc annoncé la tenue prochaine d’un référendum pour modifier la Constitution. L’objectif: retoucher l’article 37 limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. Une vieille ficelle: l’article 37 a déjà été modifié en 1997 puis en 2000, pour permettre à Compaoré de se maintenir au pouvoir. Après le ralliement le week-end dernier de la troisième force politique au parti présidentiel, l’exécutif pourrait disposer du nombre de parlementaires nécessaire – les trois quarts de l’hémicycle, soit 96 sièges sur 127 – pour entériner directement la loi, sans passer par un référendum.
Mardi, une monumentale manifestation s’était déroulée dans les rues de Ouagadougou, rassemblant plus d’un million de personnes selon les organisateurs, aux cris de «Blaise va t’en» ou du moins poli «Blaise dégage». L’opposition craint que ce nouveau changement, qui ne devrait pas être rétroactif, conduise le chef de l’Etat à accomplir non pas un mais trois mandats supplémentaires, lui garantissant 15 années de plus au pouvoir. Un cauchemar pour une partie de la population: 60% des 17 millions de Burkinabé ont moins de 25 ans et n’ont jamais connu d’autre dirigeant que Blaise Compaoré.
Le Burkina fait partie des 10 pays les moins développés du monde. Dans ce pays très jeune et très pauvre, la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres, ce qui avait conduit le gouvernement à fermer les écoles et les universités il y a une semaine, alors que la gronde commençait à monter.

En direct: violents combats devant le palais présidentiel burkinabè

Par RFI – 30 octobre 2014, la journée heure par heure – Les heures sont données en temps universel (heure française moins 1)
Le Burkina Faso est en ébullition. Ce jeudi 30 octobre au matin, les députés burkinabè devaient examiner le projet de loi portant sur la révision de la Constitution permettant une nouvelle candidature du président Blaise Compaoré après 2015. Un projet largement contesté. Avant le début de la séance, des manifestants ont réussi à pénétrer dans l’enceinte du Parlement. Depuis le mouvement de colère a pris de l’ampleur et de violents combats ont lieu près de la présidence.
18h35 : Déclaration de Sébastien Brabant, porte-parole de la chef de la diplomatie de l’Union européenne sur RFI : « Nous sommes évidemment très préoccupés par la situation actuelle et par les informations faisant état de victimes à la suite des violentes manifestations de la journée. Mais maintenant que la proposition de loi sur la révision de la Constitution a été retirée, l’Union européenne appelle toutes les parties à s’abstenir de recourir à la violence et à engager rapidement un dialogue constructif. Evidemment, l’Union européenne est prête à intervenir pour faciliter le processus. »
18h30 : Le président Blaise Compaoré annonce la dissolution du gouvernement et décrète l’état de siège dans le pays. Le chef de l’Etat souhaite par ailleurs ouvrir des négociations avec l’opposition. Consulter le communiqué sur le site de l’UA (anglais).
17h05 : Mohamed Ibn Chambas, l’émissaire de l’ONU, est attendu au Burkina Faso vendredi, au sein d’une mission de paix conjointe avec l’Union africaine et à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
16h27 : Les Nations unies annoncent l’envoi d’un émissaire à Ouagadougou dès ce jeudi. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon « suit avec une grande inquiétude la détérioration de la situation au Burkina Faso », précise son porte-parole Stéphane Dujarric.
15h30 : Une délégation de manifestants est partie, en compagnie du chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, le général Diendéré, vers le palais présidentiel officiellement pour rencontrer le chef de l’Etat.
15h05 : L’autre envoyé spécial de RFI, Frédéric Garat, est au siège de l’opposition burkinabè. Il précise que tous les leaders du mouvement sont présents, signe du début des grandes manœuvres. Des diplomates, et notamment l’ambassadeur de France, se sont aussi rendus au siège de l’opposition pour échanger avec les responsables politiques.
15h02 : Sur l’antenne de RFI, l’envoyée spéciale de RFI Maureen Grisot revient sur le général Kouamé Lougué qui explique qu’il pourrait tout à fait prendre la tête de la manifestation. Il semble soutenu par les milliers de manifestants présents devant le palais présidentiel.
14h50 : Une délégation de manifestants se dirige vers le palais présidentiel pour s’entretenir avec le président Blaise Compaoré. A quelques centaines de mètres, son avancée a été de nouveau stoppée et il a été rejoint par le chef d’état-major particulier du président.
14h40 : Selon Maureen Grisot, envoyée spéciale de RFI à Ouagadougou, la garde présidentielle est allée au-devant du général Kouamé Lougué pour lui demander d’arrêter sa marche vers le palais de Kossyam et de laisser un dialogue s’instaurer.
14h32 : L’opposant Bénéwendé Sankara affirme à l’AFP que l’armée burkinabè s’est « soudée avec le peuple » contre le président Blaise Compaoré. Il annonce par ailleurs que des responsables de l’opposition doivent rencontrer prochainement le général en retraite Kouamé Lougué, qui a été chef d’état-major des armées et ministre de la Défense.
14h27 : Sur les réseaux sociaux, de nombreux appels sont lancés aux médecins et autres personnels soignants pour qu’ils viennent dans les cliniques et hôpitaux prendre en charge les blessés.
14h20 : Le chef d’état-major Honoré Traoré s’entretient avec la presse.
13h57 : Selon des responsables de l’opposition contactés par RFI, le président Blaise Compaoré se trouverait toujours au palais présidentiel.
13h55 : Après les militaires, une délégation de la classe politique de l’opposition est allée s’entretenir avec le Mogho Naba (l’empereur des Mossi, ethnie principale du pays) pour faire passer un message à Blaise Compaoré, lui demandant de quitter le pouvoir.
13h50 : Les programmes de RFI en FM, de même que ceux d’autres radios, ont été interrompus à Ouagadougou, après le saccage de la radio nationale. (Pour capter RFI voir notre tableau en bas de l’article).
13h48 : L’hebdomadaire Jeune Afrique annonce, sur son site internet, la fermeture de l’aéroport de Ouagadougou. Tous les vols au départ ou à l’arrivée de capitale bukinabè sont annulés.
13h15 : la France appelle au calme et à la retenue au Burkina Faso alors que les Etats-Unis font part de leur inquiétude.
12h55 : Tweet de Zéphirin Diabré, l’un des chefs de file de l’opposition : « Nous ne cautionnons pas la prise du pouvoir par la force. Nous voulons juste le respect de la démocratie ».
12h43 : Selon l’envoyé spécial de RFI à Ouagadougou, Frédéric Garat, le frère du président, François Compaoré a été arrêté à l’aéroport.
12h40 : Sur RFI, Bruno Kafondo, député UPC, parti d’opposition, raconte lorsque les manifestants sont rentrés ce matin dans l’Assemblée : « On attendait tranquillement en échangeant les uns avec les autres. Et à un moment, les députés qui étaient de la majorité ont commencé à filer de l’Assemblée. Ils venaient d’avoir l’information que des gens étaient en train de défoncer les portes de l’Assemblée nationale. Ils sont arrivés en masse. Ils ont défoncé la balustrade centrale. Et compte tenu du fait que nous sommes des députés de l’opposition et que moi-même je suis d’un certain âge, ils ont dit « tonton il n’y a pas de problèmes venez » et ils m’ont conduit plus loin ».
12h35 : Une question est sur toutes les lèvres : où est le président Compaoré ? Des informations contradictoires circulent alors que la foule tente toujours d’entrer à la présidence.
12h30 : En direct sur l’antenne de RFI, le correspondant à Ouagadougou fait le point sur la situation : « Les manifestants sont déterminés. Ils tentent depuis près de deux heures d’entrer dans le palais présidentiel. Il y a encore des tirs ».
12h30 : une réunion serait en cours entre les responsables militaires et l’empereur des Mossi, l’ethnie majoritaire du pays.
12h25 : Selon un journaliste burkinabè contacté par RFI, il y a des tirs près du quartier des 1 200 logements où il y a eu un mort. Plusieurs chars ont tiré en l’air dans le quartier Ouaga 2 000 près du palais présidentiel.
12h23 : La France regroupe ses ressortissants à son ambassade de Ouagadougou.
12h20 : Zéphirin Diabré, l’un des chefs de file de l’opposition, appelle à la démission du président Blaise Compaoré.
12h00 : Autour du palais présidentiel, le face-à-face entre les forces de l’ordre et les manifestants dure depuis une heure, selon notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani.
11h50 : Un habitant de Bobo Dioulaso, contacté par RFI, confirme la situation tendue dans la ville. Des manifestations ont commencé ce matin de manière dispersée avant que des incendies n’éclatent au siège du parti au pouvoir, à la mairie et à plusieurs domiciles de responsables politiques.
11h45 : Le site d’information Burkina24 témoigne d’une situation confuse à Bobo Dioulaso, la deuxième plus grande ville du pays.
11h36 : Selon plusieurs témoignages circulant sur les réseaux sociaux, des manifestants auraient tenté d’envahir le domicile du frère du président Compaoré. Les forces de l’ordre auraient alors tiré dans la foule. Aucun bilan n’est encore disponible.
11h30 : Pour l’un des leaders de l’opposition, Bénéwendé Sankara, le président Compaoré doit « tirer les conséquences » de l’assaut contre l’Assemblée à Ouagadougou.
11h17 : Selon un journaliste de l’AFP, il y aurait un mort parmi les manifestants. Depuis quelques minutes, une information similaire circulait sur les réseaux sociaux évoquant un décès par balle dans le quartier des 1 200 logements.
11h10 : Selon des témoins sur place, des flammes s’échappent du bâtiment de l’Assemblée nationale, saccagé plus tôt dans la matinée par les manifestants.
11h00 : Frédéric Garat, envoyé spécial de RFI à Ouagadougou, évoque le saccage de l’hôtel Azalaï Indépendance par les manifestants. Désormais, les protestataires se regroupent vers le centre-ville.
10h50 : Dans un communiqué officiel, le gouvernement du Burkina Faso appelle au calme et à la retenue.
10h45 : Interrogé par RFI, le porte-parole du gouvernement, Alain-Edouard Traoré confirme l’annulation du vote du projet de loi. Un vote qui devait avoir lieu ce jeudi. Mais il ne donne aucune information sur une possible annulation du projet de loi portant sur la modification de la Constitution.
10h35 : Pour Ablassé Ouédraogo, député de l’opposition, la situation est grave : « Nous n’étions pas encore dans l’hémicycle quand l’Assemblée a été prise d’assaut. Le Burkina Faso est en train de sombrer dans le chaos. Ce n’est pas organisé et tout peut arriver. Si on nous avait écoutés, on aurait pu éviter tout cela ».
10h25: Selon le site d’information Burkina24, les locaux de la RTB-télé ont été saccagés par les manifestants et celle-ci a cessé d’émettre.
10h: La situation est extrêmement tendue devant l’Assemble nationale qui est toute enfumée. Depuis ce matin, les manifestants avaient tenté par tous les moyens d’y accéder et finalement vers 09h30 TU, ils ont réussi à pénétrer à l’intérieur de l’hémicycle. Les députés sont parvenus à s’échapper par une porte de secours se situant derrière le bâtiment du Parlement.
Sur place, les manifestants ont tout saccagé et incendié des véhicules avant de se diriger vers la télévision nationale du Burkina Faso où ils entendent faire une déclaration. Aux alentours du Parlement, il y a toujours des détonations et certains protestataires affrontent toujours les forces de l’ordre.
Les forces de sécurité du Faso, la force d’élite, ont d’abord tiré en l’air pour essayer de disperser les manifestants, mais face à leur détermination, le service de sécurité présidentielle a libéré le passage. Maintenant, ces forces de l’ordre sont du côté de la télévision nationale pour protéger le bâtiment.
Actuellement, les manifestants se sont dispersés dans la ville en scandant « Libérez Kossyam », du nom du palais présidentiel. Smokey, l’un des chefs de file du Balai citoyen, estime qu’en empêchant le vote, l’objectif du jour est atteint et n’encourage pas les manifestants à se diriger vers le palais présidentiel.
Le vote de ce projet de loi controversé n’a donc pas eu lieu ce matin.

Burkina : qui sont les principaux acteurs du 30 octobre ?

30/10/2014 à 21:46 Par Vincent Duhem et Mathieu Olivier (Mis à jour le 30 octobre à 23h15)
La situation restait confuse jeudi en fin de journée au Burkina Faso. L’armée semblait avoir pris le contrôle de la situation en annonçant la dissolution du gouvernement et en instaurant une transition de douze mois. Mais Blaise Compaoré s’est à nouveau exprimé plus tard dans la soirée pour assurer qu’il restait au pouvoir. Portraits des acteurs de ce 30 octobre.
La date du 30 octobre est entrée dans l’histoire du Burkina Faso. Au terme d’une journée marquée par l’annulation de l’examen du projet de loi sur la modification de la Constitution, de violents affrontements et plusieurs heures de tractations, l’armée a dissous l’Assemblée nationale et instauré un organe transitoire de douze mois, sans qu’on sache pour le moment qui le dirigera. Un peu plus tard, c’est Blaise Compaoré lui-même qui a pris la parole pour appeler à une transition, assurer qu’il restait au pouvoir et qu’il transmettrait ce dernier au président démocratiquement élu.
En attendant de connaître l’identité de ceux qui gèreront une éventuelle transition au Burkina, retour sur les personnalités qui ont marqué les événements de la journée.
Blaise Compaoré
Au pouvoir depuis 27 ans, le chef de l’État burkinabè ne s’attendait sûrement pas à vivre un tel 30 octobre… Pendant toute la journée, les rumeurs de la fuite de Blaise Compaoré vont bon train. Les villes d’Abidjan, de Dakar, de Casablanca sont citées comme possible point de chute.
Finalement, un communiqué de la présidence est lu à la radio en fin d’après-midi. Son annonce est ensuite en partie répétée par l’armée, qui va bien plus loin et semble le désavouer.
Mais vers 22 heures (heure burkinabè), il reprenait la parole à la télévision en assurant qu’il restait au pouvoir, qu’il convoquait une dissolution, qu’il organiserait une transition et remettrait le pouvoir au président démocratiquement élu.
Le domicile de François Compaoré, frère cadet du président, est saccagé par les manifestants en fin de matinée. Plusieurs sources font ensuite état de son arrestation à l’aéroport de Ouagadougou alors qu’il tentait de quitter le pays. Information démentie par la suite par la garde présidentielle. Au moment où nous écrivions ces lignes, nous étions dans l’incapacité d’affirmer où François Compaoré se trouvait.
Général Kouamé Lougué
C’est la personnalité qui émerge dans les premières heures du soulèvement populaire. Le nom du général Kouamé Lougué, chef d’état-major des armées et ministre de la Défense, avant d’être limogé par le président Compaoré en 2003, est scandé par les manifestants.
Acclamé par la foule place de la Nation, il se rend au siège de l’opposition pour s’entretenir avec le général Honoré Traoré, chef d’État-major des armées. En fin de journée, alors que ce dernier semblait reprendre la main, le nom de Kouamé Lougé était moins régulièrement cité.
Général Honoré Nabéré Traoré, chef d’état-major des armées
Il semble avoir été au centre des tractations entre l’opposition, le clan Compaoré et le général Kouamé Lougé. Dans l’après-midi, c’est à lui qu’a été confié le soin de prendre la parole lors d’une conférence de presse. Il est toutefois devancé par l’annonce de Blaise Compaoré de l’état d’urgence et de la dissolution du gouvernement.
Ce n’est que quelques heures plus tard qu’il finit par faire lire une déclaration par l’un de ses subordonnés, annonçant une transition de douze mois, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale et un couvre-feu. Difficile de dire avec certitude qu’il a véritablement pris la main sur la destinée à court terme du Burkina.
• Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition
C’est au siège du chef de file de l’opposition, situé non loin de l’ambassade de France, que les principaux leaders du mouvement se regroupent à la mi-journée pour discuter de la stratégie à adopter. Diabré a notamment reçu la visite de diplomates, dont l’ambassadeur de France, dans la journée. Peu après l’annonce de Blaise Compaoré, c’est également lui qui prend la parole afin de rejeter l’état d’urgence. Il a réaffirmé réclamer la démission du président et maintenu la stratégie de désobéissance civile.
Le Mogho Nara
Le « roi » des Mossi – l’ehtnie majoritaire au Burkina -, celui qu’on appelle aussi le roi de Ouagadougou, a reçu tous les principaux protagonistes dans la journée à l’exception de Blaise Compaoré. Le général Kouamé Lougé fut le premier à s’entretenir avec cette autorité morale et coutumière très respectée dans le pays. Il fut rapidement suivi par les principaux leaders de l’opposition : Zephirin Diabré, Rock Marc Christian Kaboré et Ablassé Ouédraogo.
Gilbert Diendéré, chef de la garde présidentielle
Lorsque les manifestants tentent de se diriger vers le palais de Kosyam, ce sont ses éléments qui font barrage. Le face-à-face durera toute la journée.

Exclusif : la lettre de François Hollande qui mettait en garde Blaise Compaoré

30/10/2014 à 18:33 Par Jeune Afrique
Dans une lettre datée du 7 octobre, le chef de l’État français, François Hollande, mettait en garde Blaise Compaoré. Il lui expliquait comment le Burkina pourrait « être un exemple » s’il évitait « les risques d’un changement non consensuel de Constitution ». « Jeune Afrique » en a obtenu copie en exclusivité.
Transcription de la lettre envoyée le 7 octobre par François Hollande à Blaise Compaoré
« Monsieur le Président, cher Blaise,
Votre courrier du 22 septembre dernier confirme l’engagement du Burkina Faso en faveur du rétablissement de la stabilité au Mali et votre soutien au dialogue mené à Alger. Je tiens à vous en remercier, car je sais à quel point vous avez toujours œuvré en faveur du règlement de la crise malienne.
Les négociations inter-maliennes qui se déroulent à Alger devraient aboutir, nous l’espérons, à un accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés. Il importe avant tout que cet accord, respectueux de l’unité et de l’intégrité territoriale du pays et de sa laïcité, puisse permettre au Mali d’en sortir plus fort, de jouir d’une cohésion nationale renforcée et de voir toutes les régions du pays d’avoir un accès égal au développement et à la sécurité.
Il importe également que cet accord soit solide et durable. La région et la communauté internationale auront là un rôle à jouer, pour appuyer, suivre et contrôler l’application de l’accord à venir. Un dispositif de suivi, où la Cedeao aurait toute sa place, sera utile. Le processus de démobilisation et de réintégration des combattants, dans les conditions qui seront décidées lors des négociations, devra être suivi tout particulièrement.
Dans l’attente d’une issue heureuse des négociations d’Alger, la contribution des voisins du Mali à la Minusma est indispensable, notamment en ce qui concerne la sécurisation des zones où l’armée malienne n’est plus présente depuis les événements de Kidal. L’engagement du contingent burkinabè et sa connaissance du terrain est précieux.
Il est important pour le Mali et pour l’ensemble de la région de consolider ses institutions et d’aller encore plus loin en matière de gouvernance et de démocratie. À cet égard, le Burkina Faso pourrait être un exemple pour la région si, dans les mois qui viennent, il avançait lui aussi dans cette direction en évitant les risques d’un changement non consensuel de Constitution. Vous pourriez alors compter sur la France pour vous soutenir, si vous souhaitez mettre votre expérience et vos talents à la disposition de la communauté internationale.
En vous remerciant de nouveau pour votre engagement en faveur de la paix et de la sécurité au Mali, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute considération.
Bien à toi,
François Hollande »

Burkina – Blaise Compaoré : « Il faudra bien partir un jour… »

23/07/2014 à 09:06 Par Marwane Ben Yahmed

Interviewé en juillet 2014, le chef de l’État burkinabè, Blaise Compaoré, n’éludait aucune question. Son avenir après 2015, la révision de la Constitution, l’opposition, la crise malienne, Hollande, Gbagbo, Sankara… « Jeune Afrique » vous propose de relire cet entretien.
Interview publiée en juillet dans Jeune Afrique n°2792.
Jeudi 3 juillet, palais présidentiel de Kosyam, Ouaga 2000. On montre patte blanche à l’entrée, ce qui prend cinq secondes puisque notre nom figure sur la liste des visiteurs. Ici, tout est carré. Personne ou presque à l’horizon. Pas de conseillers ni de responsables du protocole, encore moins d’hommes en armes.
On est loin des fourmilières où l’on fait semblant de s’agiter que l’on rencontre si souvent sous d’autres cieux africains. Direction la partie résidentielle du palais, à quelques centaines de mètres. On nous installe dans un des salons à la décoration chargée. Le chef de l’État, Blaise Compaoré, fidèle à ses habitudes, est pile à l’heure du rendez-vous. Décidément, il ne fait rien comme les autres…
S’il ne goûte guère l’exercice de l’interview, et cela se sent, il n’a demandé aucun protocole d’entretien et accepte de répondre à toutes nos questions sans s’y être préparé. Même celles censées le gêner : la fin de son dernier mandat en 2015 et la modification éventuelle de la Constitution, Thomas Sankara, ses anciens lieutenants entrés en dissidence, dont Salif Diallo, compagnon de la première heure et témoin privilégié des trois dernières décennies du Burkina.
Il se montre nettement plus franc quand on aborde la politique intérieure et son cas personnel.
Un des rares hommes du pays, avec le général de division et chef d’état-major particulier du président Gilbert Diendéré, à être dans le secret des dieux. Réservé et diplomate, pour ne pas dire langue de bois, dès qu’il s’agit de l’extérieur et notamment de la crise malienne où il mène une médiation à éclipses, il se montre nettement plus franc quand on aborde la politique intérieure et son cas personnel.
Évidemment, il ne nous dira pas qu’il compte bien se représenter – en tout cas organiser un référendum pour abroger le verrou constitutionnel de l’article 37 – en décembre 2015.
Nul besoin cependant de s’appeler Cassandre ou Protée pour deviner, y compris entre les lignes, qu’il envisage plus que sérieusement cette option. Le personnage a le goût des épreuves et l’adversité agit souvent sur lui comme la muleta sur un taureau. De là à imaginer que le front de l’opposition qui s’est ligué contre lui et son projet de référendum constitutionnel ne fait qu’exacerber son envie d’en découdre dans les urnes… Entretien.
Jeune Afrique : Vous revenez d’une visite officielle de deux jours au Mali, chez votre homologue Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) avec lequel vous entreteniez jusqu’ici des relations plutôt tendues. Comment s’est-elle déroulée et que vous êtes-vous dit ?
Blaise Compaoré : Il s’agissait avant tout d’une visite d’amitié et de travail, entre deux pays voisins préoccupés par la grave crise qui frappe depuis deux ans le Mali. L’objectif principal était d’évaluer ce que nous pouvions faire ensemble pour accélérer le rétablissement de la paix et de la stabilité.
Compte tenu des liens qui nous unissent depuis des siècles, ce qu’il se passe au Mali ne peut que concerner le Burkina.
Quelle est votre évaluation de la situation ?
Depuis les événements de Kidal, il y a quelques semaines, la tension est évidemment perceptible. Mais j’ai cependant l’impression que la volonté de trouver des solutions politiques existe désormais. À preuve, les contacts de part et d’autre ont été repris.
Et avec IBK, ça va mieux ?
[Rires] Vous savez, nous nous connaissons depuis très longtemps…
On a pourtant dit qu’il vous en voulait, notamment d’avoir soutenu son adversaire lors de la présidentielle, Soumaïla Cissé…
Cette question, qui repose sur des rumeurs, est derrière nous depuis longtemps. Nous en avions déjà parlé lors d’une rencontre à Nouakchott et ne l’avons donc pas évoquée lors de ma visite. Cela n’affecte en rien nos relations, je vous l’assure.
Pensez-vous que le dialogue politique a, cette fois, une chance d’aboutir ?
Il n’y a pas d’autre issue. Chacune des parties en a conscience, je crois. Et la communauté internationale nous accompagne pour y parvenir.
Peut-on négocier avec tout le monde ? Notamment avec le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), qui semble être le groupe le plus fort sur le terrain. Ou le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), voire le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) ?
Il faut discuter avec les signataires de l’accord du 18 juin 2013 [qui prévoyait l’élection présidentielle et des pourparlers inclusifs de paix], dont certains de ces groupes faisaient partie, mais aussi avec les autres groupes, pour peu qu’ils veuillent participer à la recherche d’une solution. Je rappelle cependant que, lorsque nous nous sommes vus à Ouaga pour sceller cet accord, ces mouvements ne voulaient même pas se parler ni s’asseoir à la même table des négociations…
Le chef d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, est-il toujours un interlocuteur ?
À partir du moment où le gouvernement malien a fixé les bases de la discussion, à savoir le respect de l’intégrité du territoire et le rejet de l’extrémisme religieux, tous les Maliens impliqués qui respectent ce schéma doivent être écoutés. C’est en tout cas ma conviction.
Il est tout de même difficile d’imaginer des discussions sereines et efficaces avec autant d’interlocuteurs. On se perd maintenant également entre les médiateurs : Algérie, Maroc, Mauritanie, Burkina… N’est-ce pas de nature à compliquer davantage la résolution de cette crise ?
On dit chez nous que trop de viande ne gâte pas la sauce [rires]. Nous nous connaissons bien, nous sommes tous concernés par cette situation et nous nous concertons très régulièrement. Si cela permet d’aboutir plus rapidement à un nouvel accord, dans les semaines à venir donc, nous aurons réussi. Dans le cas contraire, il y aura lieu d’être inquiet, très inquiet même.
Militairement, où en est la traque des jihadistes d’Aqmi depuis le déclenchement de l’opération française Serval ?
D’après nos informations, leurs capacités opérationnelles ont été considérablement réduites. Mais ne nous leurrons pas, ils n’ont pas disparu, et la menace n’a pas été anéantie. Il faut donc rester vigilant.
Qu’en est-il de la présence militaire française au Burkina ?
On parle de quelques dizaines de membres des Forces spéciales… Nous coopérons effectivement avec la France, notamment en raison de son intervention militaire au Mali. Pour l’instant, donc, ils sont là, tant que la situation l’exigera.
Et les Américains ? Des rumeurs évoquent une base militaire dans le nord du pays. Est-ce vrai ?
Non.
Autre pays voisin, la Côte d’Ivoire. Les charges pesant sur Laurent Gbagbo ont finalement été confirmées par la Cour pénale internationale, ouvrant la voie à son procès. Qu’en attendez-vous au juste ?
Que justice se fasse.
Ses partisans reprochent justement à la CPI de pratiquer une justice des vainqueurs en ne s’intéressant qu’aux responsabilités de Gbagbo ou de Charles Blé Goudé, alors que les ex-rebelles ou leur chef, Guillaume Soro, eux, semblent jouir de l’impunité la plus totale. Qu’en pensez-vous ?
Rien du tout. Ni vous, ni moi, ni eux ne savons ce que la CPI prépare. Attendons donc la fin de la procédure avant de formuler ce type de commentaires.
Autre critique à l’endroit de cette juridiction, plus générale celle-ci : elle ne s’intéresse qu’aux Africains. Une justice de Blancs, en somme…
Ce sont les Africains qui ont permis la création de cette cour. Sans nos voix, je ne suis pas sûr qu’elle aurait existé. Nous estimions que les crimes et les exactions commis chez nous, qui déshonoraient notre continent, ne pouvaient rester impunis.
Or il faut bien le reconnaître, nous ne sommes pas toujours en mesure de les juger nous-mêmes. Balayons déjà devant notre porte : que je sache, l’impartialité de nos juges ou nos capacités propres pour ce type de procès sont loin d’être parfaites. Enfin, même si je comprends ces critiques, qui reposent il est vrai sur des faits que tout le monde peut constater, ce n’est pas parce que cette justice a ses limites, comme ailleurs dans le monde, qu’il faut tout remettre en question.
À charge pour nous d’obtenir les réformes nécessaires. Et, surtout, de mettre en place nos propres juridictions pour gérer nous-mêmes les responsables africains de tels actes. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons souhaité, lors du dernier sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, mettre en place une Cour africaine de justice et des droits de l’homme.
Force panafricaine d’intervention, lutte contre le terrorisme, intégration continentale… Les dossiers en souffrance de l’Union africaine (UA) sont légion. Que faut-il faire, selon vous, pour secouer une organisation qui ne semble pas à la hauteur des attentes des Africains ?
Le problème principal de l’UA, c’est d’obtenir avant tout des résultats concrets. Cela fait longtemps que je dénonce, en interne, nos méthodes de travail : nos réunions ne commencent jamais à l’heure fixée, nous perdons un temps fou à écouter les discours des uns et des autres, le nombre de points figurant à l’ordre du jour est monstrueux, de telle sorte que nous ne pouvons que les survoler.
Nous devrions nous concentrer sur les mesures qui ont un impact évident sur les populations : interconnexion électrique, mise à disposition de milliers de tracteurs pour nos paysans, aménagement de barrages, construction de routes, etc. De quoi d’autre, sérieusement, pouvons-nous parler entre le Burkina, le Malawi ou l’Égypte ? Traitons les problèmes pratiques, évidents. C’est à ce niveau que les Africains nous attendent.
Contrairement à l’impression de départ, ou aux déclarations d’intention en tout cas, depuis l’élection de François Hollande, la France est omniprésente sur le continent. Notamment à travers deux interventions militaires, au Mali et en Centrafrique. Est-ce une bonne chose selon vous ?
Personne n’intervient parce qu’il s’ennuie. La France a certainement d’autres préoccupations. Si elle est intervenue, dans les deux cas évoqués, c’est à la demande des Africains, mais aussi parce que c’est son devoir. Cela pose, au fond, le problème de nos propres carences…
Vous connaissez François Hollande depuis longtemps. A-t-il évolué vis-à-vis de l’Afrique, qui ne faisait pas particulièrement l’objet d’une attention particulière avant son arrivée au pouvoir ?
Je ne crois pas qu’il ait fondamentalement changé vis-à-vis de l’Afrique. Il est simplement aujourd’hui dans une position où, compte tenu de ses responsabilités, il est forcément plus sensibilisé aux évolutions de notre continent. La France est un pays très structuré. L’administration, l’armée ou le monde des affaires, qui nous connaissent bien, se chargent, si besoin, de rappeler au chef de l’État les intérêts du pays.
Êtes-vous toujours en contact avec Nicolas Sarkozy ?
Nous nous sommes appelés l’an passé. Simple échange d’amabilités.
Les images de sa garde à vue et ses déboires avec la justice française vous ont-ils surpris, voire choqué ?
Pas particulièrement. Avec la justice, mieux vaut attendre la fin du feuilleton avant de se prononcer.
Autre partenaire important de l’Afrique, la Chine. Le Burkina est l’un des derniers pays du continent à avoir préféré Taïwan à Pékin. Comment l’expliquez-vous ?
C’est un choix que nous avons effectué il y a près de vingt ans et que nous ne regrettons nullement. Mon obsession, ce sont les partenariats qui nous permettent de nous développer. En la matière, nous sommes pleinement satisfaits de celui que nous avons noué avec Taïwan, qu’il s’agisse d’agriculture ou de formations techniques et professionnelles.
Enfin, les États-Unis. Vous rendrez-vous au sommet de Washington, début août, avec la majorité de vos pairs africains ?
Oui, j’y serai.
Ne craignez-vous pas, compte tenu des positions de Barack Obama sur les nécessaires alternances au pouvoir, d’y recevoir des leçons de démocratie ?
Je n’ai aucun problème à écouter les autres, ni même à recevoir des leçons. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est ce que pensent les Burkinabè.
États-Unis – Afrique, France-Afrique, Europe-Afrique, Chine-Afrique, Japon-Afrique… Les sommets avec le continent se multiplient. À quoi servent-ils finalement ?
Pour nous, il s’agit d’opportunités dont il faut savoir tirer profit. C’est aussi le signe qu’on s’intéresse enfin à l’Afrique, de toutes parts. Cela permet de mieux nous faire connaître, mais aussi de nous ouvrir au reste du monde. Enfin, la plupart du temps, et pour être plus pragmatique, c’est l’occasion d’y nouer d’importants partenariats ou de trouver les financements dont nous avons besoin.
Abdou Diouf achèvera son dernier mandat à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie en novembre prochain. Plusieurs candidats se sont déjà déclarés. Le Burkina en soutient-il un en particulier ?
Nous ne nous sommes pas encore penchés sur cette question.
Pensez-vous que son successeur doive être africain ?
Aucun texte ne stipule cela. Ce qui importe le plus, à mes yeux, c’est la compétence, pas l’origine géographique. Car poursuivre l’immense travail mené par Abdou Diouf ne sera pas chose aisée.
Votre nom a été évoqué pour lui succéder, notamment côté français. Manière peut-être de vous proposer une porte de sortie honorable. Vous en a-t-on parlé et êtes-vous intéressé ?
Absolument pas. D’ailleurs, je ne crois pas avoir les capacités requises pour ce genre de job. Ni le bon profil.
C’est-à-dire ?
La Francophonie s’occupe du monde entier, de l’Afrique au Vietnam en passant par le Canada ; il faut une expérience que je n’ai pas. Je suis trop jeune…
Lors de votre dernière interview à Jeune Afrique, fin 2012, à la question « envisagez-vous de modifier la Constitution pour vous représenter en 2015 ? », vous nous aviez répondu que l’échéance était encore loin, que vous n’y pensiez pas car vous aviez d’autres priorités. Le terme de votre mandat approche à grands pas : avez-vous enfin pris votre décision ?
Non, je n’ai encore rien décidé. Je suis toujours dans ma réflexion, j’écoute les uns et les autres. Sur la question du référendum pour supprimer la limitation du nombre de mandats, comme sur celle de ma candidature si ce dernier la rendait possible. Il n’est d’ailleurs pas exclu, même si l’article 37 de notre Constitution venait à être modifié, que je m’arrête en décembre 2015, comme c’est pour l’instant prévu.
Le temps presse pourtant : si l’option du référendum est choisie, il doit avoir lieu avant le mois de mai 2015, soit dans moins d’un an…
Si vous voulez, vous pouvez venir tous les mois à Ouaga me poser la question, vous finirez bien par obtenir la réponse [rires]. Plus sérieusement, je refuse de m’enfermer dans un schéma précis et compte bien utiliser le temps qu’il me reste, avant mai prochain, donc, pour mûrir ma réflexion. Sans compter que, compte tenu des urgences du moment et des attentes des Burkinabè, je ne pense pas qu’il soit vraiment prioritaire de sombrer dans la politique politicienne ou dans un débat qui risquerait de nous éloigner des vraies préoccupations.
Votre parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a vécu un véritable choc avec le départ de plusieurs dizaines de cadres entrés en dissidence, et non des moindres : Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré, tous jadis très proches de vous et ayant occupé de hautes fonctions. En cause : votre volonté de modifier le fameux article 37 pour pouvoir rester au palais de Kosyam. Comment avez-vous vécu cette crise politique ?
Au Burkina, chacun est libre de faire ses choix : partir, revenir, repartir… Ce n’est ni la première ni la dernière fois que cela arrive, et j’y suis habitué.
Il ne s’agit tout de même pas de n’importe qui : ils ont été à vos côtés pendant des lustres. Et aujourd’hui, ils tiennent des propos peu amènes à votre endroit…
Ils ne sont pas les seuls, ils s’expriment et c’est leur droit. Mais s’ils pensent réellement ce qu’ils disent de moi – et je remarque que leur « lucidité » est pour le moins subite -, je préfère largement qu’ils aient quitté le CDP.
Êtes-vous toujours en contact avec eux ?
Absolument pas. Nous discutons par stades interposés…
Hormis lors des émeutes qui ont suivi l’assassinat de Norbert Zongo, en 1998, et lors de la crise de 2011 [mutinerie au sein de l’armée], vous n’avez jamais eu à affronter une telle adversité. Vos opposants n’ont jamais été aussi nombreux, actifs et soudés. Notamment depuis le retour de Zéphirin Diabré et l’arrivée des dissidents du CDP. Cela vous inquiète-t-il ?
Je ne décide pas de la taille et de la vigueur de l’opposition. J’aurais pu être inquiet si, au sein des institutions, à l’Assemblée notamment, l’équilibre des forces avait été modifié. Avant le départ des dissidents, le CDP avait 70 députés. Il en a toujours 70 aujourd’hui.
Certes, mais il y a désormais dans les rangs de vos adversaires un ancien président de l’Assemblée, un ancien maire de Ouaga, votre ex-numéro deux. Cela change quand même beaucoup de choses…
On se demande à qui ils doivent ce glorieux passé… Et puis les Burkinabè ne sont pas amnésiques : ils les ont entendus dire des choses hier et le contraire aujourd’hui. En particulier sur cette question du référendum. Pas sûr que cela valorise leur parole politique.
Où en est la création du Sénat, à laquelle ils s’opposent également ?
Son existence figure dans la Constitution, donc il verra le jour, évidemment. Il reste cependant encore un certain nombre de discussions à mener et de points à régler.
Le médiateur que vous avez été, dans bien des crises africaines, est, cette fois, lui-même l’objet de médiations : Alassane Ouattara mais aussi l’ancien président burkinabè Jean-Baptiste Ouédraogo tentent ou ont tenté de renouer les fils du dialogue entre vos opposants et vous…
Oui, ce sont des contributions de bonne volonté, qui essaient de trouver une solution consensuelle à un conflit politique. Cela ne me gêne absolument pas.
Vous êtes un certain nombre de chefs d’État concernés par la limitation du nombre de mandats qui pourraient être tentés par des modifications constitutionnelles : Thomas Boni Yayi, Joseph Kabila, Denis Sassou Nguesso, Paul Kagamé, etc. Vous êtes d’ailleurs premier de cordée, si l’on peut dire. En parlez-vous ensemble ?
Je mentirais si je vous disais que non, mais, franchement, très peu.
Principal argument avancé pour défendre le projet de référendum sur l’article 37, comme d’ailleurs l’idée que la limitation du nombre de mandat serait antidémocratique : le peuple est souverain, c’est à lui de décider. Cela suppose que le vote soit totalement libre, honnête et transparent, ce qui est encore trop rarement le cas sur le continent. N’est-ce pas là un argument fallacieux ?
Cela dépend de quel pays on parle, évidemment, mais vous avez en partie raison. Le véritable enjeu est là. Battons-nous justement pour des scrutins véritablement démocratiques plutôt que pour des verrous constitutionnels destinés à limiter la durée de vie au pouvoir. Au Burkina, notre histoire prouve que les gens sont mûrs, qu’ils peuvent faire leur choix en toute sincérité.
En 1978, déjà, le président Lamizana a été poussé au deuxième tour, les députés de l’opposition étaient aussi nombreux que ceux du parti au pouvoir à l’Assemblée. Et il n’y avait pas d’observateurs… On a tendance à appliquer un peu facilement à l’Afrique les concepts occidentaux de gouvernance. Mais être président sur le continent, à la tête d’États fragiles, cela n’a rien à voir avec être président de la France ou des États-Unis.
Des pays développés où les institutions sont fortes, les ressources financières et humaines abondantes, où les routes se construisent vite sans avoir à trouver des bailleurs, etc. Pour obtenir des résultats, en Afrique, nous avons besoin de plus de temps.
Ressentez-vous l’usure du temps ?
Bien sûr, comme tout le monde.
Avez-vous peur de votre vie après le pouvoir ?
Non, pas du tout. Vous savez, après vingt-sept ans à la tête d’un pays, on éprouve naturellement le besoin de se reposer ou de faire autre chose. Ne vous y trompez pas : si je réfléchis à ce que je ferai après 2015, ce n’est pas parce que j’ai peur de ne plus être considéré ou de m’ennuyer, ou encore par volonté de m’accrocher à mes privilèges.
Ce qui me préoccupe, c’est ce que deviendra le Burkina, trouver la bonne formule, garantir la stabilité, ne pas voir détruit tout ce qui a été mis en place. Je n’ai pas envie d’assister à l’effondrement de mon pays pendant que je me repose ou parcours le monde…
C’est pour cela que je réfléchis beaucoup à tout cela et que je n’ai pas encore tranché la question, qui n’a rien à voir avec le devenir de ma petite personne.
Quel que soit le terme, il faudra bien partir un jour…
Rassurez-vous, je n’ai pas de doute là-dessus.
J’imagine que vous avez déjà réfléchi à ce moment et à celui ou celle qui sera amené à vous succéder…
Évidemment, mais ce n’est pas le genre de réflexion que l’on partage en public.
La justice burkinabè s’est une nouvelle fois déclarée incompétente, fin avril, face à la demande d’exhumation de la dépouille de Thomas Sankara formulée par sa famille. Pourquoi la question de son exact lieu de sépulture est-elle toujours aussi délicate ?
Thomas est enterré au cimetière de Dagnoën, à Ouaga. Nombreux d’ailleurs sont ceux, proches, famille ou citoyens lambda, qui vont s’y recueillir. Certains en doutent, c’est leur droit, mais la justice, ici, est indépendante. Elle fait son travail, loin de toute immixtion du politique. Je n’ai donc pas à commenter cette décision.
Son nom résonne comme un mythe, un peu partout en Afrique. Une sorte de Che Guevara du continent, y compris auprès d’une jeunesse qui ne l’a pas connu. Cela vous gêne-t-il ?
Pas le moins du monde. D’autres se souviennent qu’à son époque il n’y avait aucune liberté dans ce pays : ni de presse, ni d’association, ni d’entreprendre, ni syndicale, ni politique… D’ailleurs, les partis, nombreux, qui revendiquent sa mémoire et utilisent son nom n’ont jamais vraiment brillé. Il y a le mythe et il y a la réalité.

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