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Forum civique et sécurité en Afrique

by sur 18 novembre 2014

Mis à jour le 20 novembre 2014  à 10h30

Les participants au colloque sur la sécurité dans le Sahel organisé par le Forum civique, dont nous publions l’ interview de son président, le professeur Issa N’Diaye, sont convaincus que la solution viendra de l’Afrique elle même..

Sécurité en Afrique : le forum civique croit aux solutions africaines

Par Essor – F. NAPHO -19-11-2014

A l’initiative de l’association Forum civique, un colloque regroupe à Bamako des spécialistes des questions de sécurité, des chercheurs, des élus et des acteurs citoyens d’Afrique et d’Europe pour porter « des regards alternatifs africains » sur le problème
Forum civique est une association de droit national qui offre, depuis plusieurs années, aux Maliens de tous horizons et de toutes conditions économiques et sociales, un espace de réflexion et d’action en faveur de la démocratie. L’association s’emploie à promouvoir l’esprit civique et patriotique et à asseoir une véritable culture démocratique basée sur le droit à la différence, l’expression plurielle véritable et sur l’esprit de justice.
C’est pour cela que Forum organise régulièrement des conférences-débats, des projections de films, des campagnes de presse, des colloques dans le but d’amener l’opinion publique à prendre conscience de son rôle et à assumer sa responsabilité dans le devenir de la nation.
C’est dans la poursuite de ces objectifs que le Forum civique et la Fondation Rosa Luxembourg organisent conjointement en ce moment un colloque international sur le thème « Regards africains alternatifs sur les questions de sécurité, les conflits et leur gestion en Afrique : cas du Mali ».
La cérémonie d’ouverture de la rencontre qui se déroule à l’hôtel « les Colibris » de Bamako, était présidée par le chef de cabinet du Premier ministre Abraham Bengaly. Y ont pris part, le président du Forum civique, le professeur Issa N’Diaye, un représentant de la Fondation Rosa Luxembourg, Claus Dieter Koenig, et Christine Buchloz, députée allemande.
Le colloque regroupe des spécialistes des questions de sécurité d’Algérie, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, de Mauritanie, du Niger, du Sénégal, et du Tchad mais aussi des chercheurs, élus et acteurs citoyens d’Europe. Ces différents acteurs vont, trois jours durant, se pencher sur les problèmes africains de manière autonome, lucide et sans complaisance, interroger nos sociétés, nos cultures et notre histoire dans la recherche de solutions endogènes. Ils vont aussi tenter de croiser leurs regards avec ceux des chercheurs et intellectuels d’ailleurs, en vue d’une esquisse d’alternatives crédibles aux politiques actuelles dont les conséquences dramatiques sont, de leur point de vue, imposées au reste du monde par les puissances d’argent, et cela, au nom de la mondialisation néolibérale.
Le Pr Issa N’Diaye constate à ce propos que depuis quelques années, les crises africaines et les questions de sécurité, notamment dans les pays du Sahel, ont fait l’objet de nombreuses analyses. Mais jusqu’à présent, les solutions retenues ont été exclusivement celles qui ont été proposées par les pays occidentaux. Or, ces solutions ont partout conduit à des interventions militaires de puissances extérieures. Si le but affiché de ces interventions était de sécuriser, force donc est de constater que l’échec a été patent.
Toujours selon le président de Forum civique, l’Afrique est malade de ses ingérences et de sa dépendance extérieure. « C’est, assure-t-il, parce que nous avons voulu, accompagné et accepté cette situation. Il est indispensable et grand temps que les Africains se penchent eux-mêmes sur leurs conflits afin d’en analyser les causes véritables, mais aussi et surtout, afin d’arriver à des solutions durables répondant d’abord aux intérêts des populations africaines. Nous devrions réfléchir par rapport à notre responsabilité. Jusqu’ici nous n’avons pas voulu nous pencher sur nos problèmes. Nous avons copié tous les modèles de l’extérieur, leur constitution, leur valeur, leur langue en oubliant les nôtres (…) Maintenant nous nous rendons compte que cela ne vaut rien … que nous avons imité chez nos modèles des choses qui ne marchent pas, même chez eux ».
Pour Issa N’Diaye, nous pouvons nous-mêmes assumer notre souveraineté, sans avoir à la confier à d’autres personnes. Pour y parvenir, Issa N’Diaye suggère que nous assumions notre indépendance théorique. Nous en sommes capables, assure-t-il. « L’espoir ne viendra pas d’Europe (…) Cet espoir doit être fondé sur le Sud », ajoute-t-il.
Le chef de cabinet du Premier ministre a, lui, relevé que la menace sécuritaire s’est accrue sur notre pays depuis 2011 et que l’épineuse question de la sécurité du Sahel commandait une réponse appropriée. C’est conscients de ce défi et convaincu que ce challenge ne peut être relevé par un seul pays que les Etats de la zone sahélo-saharienne ont mis en place des dispositifs pour faire face aux risques sécuritaires. Mais ces dispositifs ont aujourd’hui besoin d’être renforcés par la contribution des experts et des chercheurs, a souligné Abraham Bengaly en espérant que la rencontre puisse aider dans ce sens.
Ce genre de rencontres correspond au principe du gouvernement d’associer l’ensemble de la population à la recherche de solutions aux problèmes sécuritaires. « C’est l’une des rares fois que toutes les couches sociales confondues ont l’occasion d’exprimer, en un même lieu, leurs préoccupations et leurs attentes de manière pacifique et organique pour la résolution de la crise que nous traversons. C’est dire notre convergence de vues avec les principes que vous défendez, notamment la nécessité pour les Africains de réfléchir, d’esquisser eux-mêmes des solutions durables », a ajouté Abraham Bengaly.

Sécurité au sahel, règlement de la crise sécuritaire au Mali : Le forum civique de Bamako apporte sa contribution à travers un colloque international

Kassoum THERA – L’indépendant du 19 nov 2014 à 14:08
Amener les chercheurs et intellectuels africains à se pencher sur les problèmes africains de manière autonome, lucide et sans complaisance; analyser et mesurer à leur juste valeur, les enjeux géopolitiques et géostratégiques dont le continent est l’objet, croiser les regards avec ceux des chercheurs et intellectuels d’ailleurs en vue d’esquisser des alternatives crédibles aux politiques actuelles.
Voilà quelques objectifs du colloque international organisé par le forum civique de Bamako dont les travaux ont débuté le lundi dernier dans un hôtel de la place.
Organisée par le forum civique de Bamako en partenariat avec la fondation Rosa Luxembourg d’Allemagne et la Fondation Gabriel Péri de la France, cette rencontre de haut niveau porte sur le thème « Regards africains alternatifs sur les questions de sécurité au Sahel, les conflits et leur gestion en Afrique ».
Ce colloque, faut-il le rappeler regroupe des experts des questions sécuritaires venant de la sous-région-ouest africaine, d’Europe. Parmi ces personnalités on peut citer André Bourgeot chercheur au CNRS, Yanis Thomas association Survie France, Jean Paul Lecoq ancien député du parti communiste français, Mme Christine Bucholz député au parlement allemand. S’y ajoutent l’ancien président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire Mamadou Koulibaly, Ibni Oumar Mahamat Saleh Brahim du mouvement du 3 février du Tchad. Au cours des travaux, il est attendu tout naturellement des communications des experts maliens.
Les participants vont durant ces trois jours de travaux se pencher sur les questions liées à la sécurité et aux conflits qui déchirent le continent africain avec comme conséquences les guerres, la famine, les maladies (pandémies du sida, Ebola, paludisme) et y apporter des solutions justes et réalistes conformément aux aspirations des peuples.
Le président du forum civique de Bamako l’ancien ministre Pr Issa N’Diaye, dans son mot de bienvenu a rappelé que le continent africain est malade des ingérences extérieures.
« Ces interventions extérieures sont le fruit de notre dépendance au système de vie des occidentaux dont nous avons copié les institutions, le système de sécurisation, la mode de vie à l’image. Il faudrait que nous africains se rendent à l’évidence que l’espoir ne viendra pas de l’Europe ou de l’Amérique pour résoudre nos problèmes mais plutôt de l’Afrique » a souligné le Pr Issa N’Diaye.
Pour la représentante de la Fondation Gabriel Péri de France Lila Chouli, leur fondation n’a pas toujours soutenu la politique extérieure de la France en Afrique, comme le récent déploiement des forces françaises dans le sahel à travers l’opération Barkhane.
« Nous pensons que Barkhane viole la souveraineté des Etats dans lesquels elle est déployée » a soutenu Lila Chouli.
Même son de cloche chez Mme Christine Bucholz député du parti d’opposition Die Linke au parlement allemand qui a aussi fustigé les interventions extérieures occidentales en Afrique qui s’apparentent à une main mise sur l’économie de ces pays.
Le Directeur de Cabinet du Premier ministre, Abraham Bengaly dans son discours d’ouverture des travaux a au nom du Premier ministre réaffirmé l’engagement du gouvernement à soutenir toute initiative tendant à la sécurisation du sahel et plus particulièrement du Mali dont la situation doit requérir une plus grande attention.

Professeur Issa N’Diaye : « l’Algérie n’a pas trop intérêt à ce qu’il y ait un territoire autonome Touareg»

Propos recueillis par KANTAO Drissa – Le Flambeau – 16-11-14
L’enseignant-chercheur n’en démord pas : La France a toujours soutenu les mouvements rebelles, parce qu’elle est intéressée par cette partie du Nord du Mali.
Les origines de la crise au Nord du Mali, le rôle de l’Algérie dans sa résolution, le soutien de la France aux groupuscules rebelles, les djihadistes… Entretien décapant avec cet observateur averti, et critique, des questions politiques maliennes.

Le Flambeau : Selon vous, quelle est l’origine de la crise Malienne ?
Issa N’diaye : Tout ce problème vient de l’Accord d’Alger de 2006. Un accord qui a vu le gouvernement de l’époque accepter de démilitariser cette zone(Kidal). Et donc à partir du moment où cette zone a été démilitarisée, c’est devenu une zone grise donc de non-droit, hors de tout contrôle, livrer à toutes sortes de trafic.
Au début, le trafic de marchandises qui venaient de pays du Golfe, de plus en plus aussi le trafic d’armes et de munitions, trafic d’otages et trafic de drogue.
Je pense que l’une des raisons essentielles du conflit qui perdure là-bas, c’est que les acteurs de ces conflits ne veulent pas d’un État organisé dans cet espace-là, parce que cet État organisé dérangerait un peu les routes de trafic.
À mon avis, les questions essentielles aujourd’hui que se posent évidemment les gens mettent en avant l’aspect de revendication politique. Mais, en réalité, la vraie bataille, c’est une bataille pour le contrôle des routes de trafic de la drogue qui est devenue donc un élément, un facteur très important dans l’analyse de cette rébellion.
Pour résoudre la crise Malienne, quel rôle l’Algérie peut-elle jouer ?
La stratégie algérienne est très complexe. D’abord nous avons 1400 km de frontières avec l’Algérie. Ça veut dire qu’il n’y aura pas de solution à la crise malienne si le Mali n’arrive pas à s’entendre avec l’Algérie.
La première rébellion de 1963 a pu être maitrisée parce que l’Algérie avait coopéré avec le Mali sur cette question. Il est vrai que cette partie du territoire malien a servi de base arrière au Front de Libération Nationale (FLN) dans sa lutte d’indépendance. De même que l’actuel président Bouteflika était d’ailleurs basé à Gao. Et le Mali, à l’époque, avait beaucoup soutenu la lutte de libération des Algériens, sur le plan financier et matériel.
Donc cette entente privilégie entre le premier gouvernement du Mali à l’époque et l’Algérie a beaucoup contribué à sécuriser les frontières et empêcher tout trafic d’armes ou de combattants entre les deux pays, ce qui a permis au régime de Modibo Keita de maitriser la situation. Donc aujourd’hui, avec une telle distance, la question essentielle qui se pose : les armes, les munitions, le carburant, le ravitaillement quotidien de toute force rebelle, passe forcément à travers les frontières algériennes.
Donc si le Mali ne coopère pas avec l’Algérie, pour qu’elle sécurise sa frontière, on ne pourra tarir les sources d’approvisionnements des mouvements rebelles quels qu’ils soient, islamistes ou classiques.
La deuxième réalité, c’est qu’il y’a certains mouvements qui sont plus ou moins contrôlés par les services secrets algériens, les gens parlent largement de Iyad AGHALY, qui serait sous contrôle algérien, et des fois aussi les gens parlent de la France, donc un agent qui navigue entre l’Algérie et la France. L’Algérie a aussi ses propres problèmes de sécurité, avec ses propres groupes Islamistes qu’elle a combattus et qu’elle a bousculés la plus part du temps hors du territoire algérien.
Et donc relativement ça sert les intérêts de l’Algérie que ces groupuscules-là soient plus tôt au Mali qu’en zone algérienne.
Et enfin, l’Algérien donc est devenue par le fait de la realpolitik une puissance sous régionale qui fait qu’elle regarde de plus en plus vers le sud et essaie donc de s’occuper de tous les problèmes qui se posent, ce qui fait qu’elle est devenue un carrefour politique incontournable dans la sous-région pour la recherche de solution en ce qui concerne ces différents conflits.
Mais je pense qu’il faudrait un partenariat stratégique en essayant de bien comprendre les intérêts des Algériens et de négocier avec l’Algérie pour avoir la Paix. Parce que ce qu’il faut se le dire, les Touaregs ne sont pas qu’au Mali; ils sont plus nombreux au Niger, en Algérie, il y en a en Mauritanie et au Burkina Faso. Ce qui fait qu’en réalité, dans le fond des choses, l’Algérie n’a pas trop intérêt à ce qu’il y ait un territoire autonome Touareg.
Parce que ce serait un précèdent assez dangereux pour elle-même, parce que non seulement il y a les Touaregs mais il y a les groupes berbères aussi qui ont des velléités indépendantistes dans le sud de l’Algérie et ça pourrait mettre en cause la viabilité d’un pays aussi, comme le Niger ou d’autres pays de la sous-région où ces velléités indépendantistes peuvent poser de sérieux problèmes.
Il faut dire que la rébellion n’aurait pas la consistance qu’elle a sans le soutien français. Très périodiquement, on voit que la France a tendance à soutenir les groupes rebelles, les derniers évènements de Kidal ont largement montré aux Maliens quel est le rôle ambiguë que joue la France sur le territoire national. Ce qui fait qu’il y a eu des mouvements de protestation contre la gestion en tous cas de la situation de Kidal par la France.
Sur quoi vous vous fondez pour dire que la France soutient les rebelles ?
La France a toujours soutenu les mouvements rebelles, parce qu’elle est intéressée par cette partie du Nord du Mali. Et donc elle pense qu’en suscitant ces mouvements rebelles et en soutenant le processus de large autonomie voire même d’indépendance, elle aurait accès plus facilement à ces ressources humaines.
Mais elle est en train de comprendre aussi en réalité qu’il y a d’autres acteurs inattendus dans la zone qui sont les gens d’AQMI, même aussi certains pays Arabes, comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui ont des visées aussi sur ces parties du territoire malien et certains financements.
Les Européens, notamment les français, savent que certains financements de ces groupes rebelles viennent en partie des pétromonarchie du Golfe. Donc, c’est une situation assez complexe à gérer, et il faudrait en saisir tous les paramètres pour pouvoir comprendre comment agir pour préserver la paix dans cette partie du Nord du Mali.
Que pensez-vous des djihadistes ?
Pour ce qui concerne les djihadistes, je pense qu’il faudrait d’abord s’interroger sur l’origine de ce phénomène. Je pense qu’on remonte jusqu’à Al-Qaïda, et aujourd’hui on sait comment Al-Qaïda avait été suscité crée et encouragé par les services secrets américains pour déstabiliser les Russes lorsqu’ils étaient en Occident.
Mais cette galaxie s’est compliquée avec le temps, et on peut dire que la guerre en Afghanistan en plus de la guerre en Iran a beaucoup contribué à éparpiller un peu partout dans le monde ces mouvements ou groupuscules Djihadistes.
Notamment à travers la sanglante guerre civile qui a eu lieu en Algérie et cela n’est pas sans conséquences sur la complexité de la situation. Parce que c’est la guerre qu’a livrée l’armée Algérienne à ces djihadistes qui a fait qu’ils se sont retrouvés un peu dans le nord du Mali, et ont fait jonction avec les mouvements Touaregs. Cela a été un mélange détonant et Iyad est vraiment la preuve de cette synthèse là en quelque sorte entre ces mouvements djihadistes et puis les rebelles Touaregs.
Mais cela s’est compliqué parce que cet espace est devenu un sanctuaire. Ainsi, d’autres forces djihadistes se sont invité là, et ont installé les camps d’entrainement comme le « boko-haram » au Nigéria, qui ont donné naissance à des sous-groupes comme le MUJAO, etc.
Donc les mouvements djihadistes sont en partie due à cette guerre livrée en Afghanistan contre Al-Qaïda, mais aussi au fait que les crises que l’Algérie et même le Mali ont connu, et qui ont permis donc à ces groupes djihadistes de constituer une alternative en termes de régime de société par rapport aux échecs des politiques courantes qu’on retrouvait ici.
Même par rapport au sud du Mali on constate une montée en puissance du mouvement Islamiste parce que la classe politique dans sa grande génération a échoué à apporter les solutions qui étaient attendues par les populations.
C’est ce qui fait que, de plus en plus, ces mouvements djihadistes ont eu au début une sympathie naturelle, en raison du fait que par exemple ils dénonçaient la corruption des élites classiques et proposaient donc un modèle de société plus rigoureux en termes de valeurs, de civilisation. Mais par la suite les violences qui ont suivi, les extrémismes qui ont suivi, ont fini donc par rendre les populations assez prudentes pour se méfier un peu de la guerre sainte telle qu’elle est prônée par ces mouvements djihadistes.
Quels sont les vraies causes de la crise Malienne, selon vous ?
La crise du Nord du Mali a des causes endogènes et des causes exogènes. Les causes endogènes sont surtout dues au fait que cette crise n’a pas été bien appréhendée par le gouvernement depuis un certain nombre d’années, et la réponse gouvernementale à cette crise a été toujours d’acheter en quelque sorte les dirigeants successifs de ces différentes rebellions. Soit en les intégrants dans la fonction publique ou dans l’armée, soit en leur donnant des responsabilités au niveau gouvernemental.
Mais on s’est rendu compte que, par la suite, chaque fois que les ressources venaient à être limitées, une nouvelle rébellion naissait. Et c’est devenu un problème cyclique depuis un certain nombre d’année. Il faut dire aussi qu’il y a eu des erreurs administratives aussi de gestion et que souvent les cadres qui étaient envoyés au nord du Mali se comportaient comme s’ils étaient des cadres en régime de punition.
En ce qui concerne les causes exogènes, il faut dire que cette vaste zone a toujours fait l’objet de convoitise étrangère, d’abord de la part du pouvoir colonial français qui, à l’époque, avait dressé une cartographie des recherches minières dans cette zone et avait compris l’importance au plan minier de cette région, parce qu’il n’y a pas mal de ressources. Beaucoup d’or, de pétrole, de gaz, de l’uranium et des terres rares et surtout beaucoup d’eau.
Y a-t-il vraiment de l’uranium et du pétrole au Nord du Mali ?
Dans les années soixante, le premier gouvernement du Mali avait un projet de création d’une société d’exploitation pétrolière avec l’Algérie. Et même avait en projet dans les plans de développement de l’époque la construction d’une centrale nucléaire à Gao. Les régions de Gao et Tombouctou devraient avoir une centrale nucléaire pour fournir l’énergie au Mali. C’était dans les projets déjà de la première république.
Donc il y a ces convoitises-là qui font que déjà en 1959, le parlement français avait voté une loi qui créait un espace qu’il appelait « organisation commune des régions sahariennes » (OCRS). Cela avait pour but de découper le sud algérien, le nord du Mali, l’est mauritanien, une partie du Niger et celui du Tchad. Et en faire un vaste territoire saharien sous le contrôle Français.
Mais ce projet s’est écroulé avec les luttes d’indépendance. En partant déjà, à l’époque, la France avait semé les germes de la division. Entre d’un côté les populations blanches et les populations noires de cette zone. Entre aussi les populations blanches, c’est à dire les arabes et les Touareg, en armant les Touaregs qui sont basés essentiellement à Kidal. Donc ce qui fait que c’est Kidal qui a toujours été le foyer irrédentiste des différentes rebellions.
Et les autres Touaregs- souvent les gens dans l’analyse font croire qu’il n’y a qu’un seul groupe Touareg, alors qu’il y’a plusieurs groupes qui se sont organisés en tribu et ont leurs chefferies traditionnelles, suivant donc une organisation féodale de ces tribus-là.
Mais l’élément nouveau dans la dernière rébellion, c’est qui y a la dimension religieuse qui est venue se greffée à ce vieux fond de rebelles qui fait que de plus en plus il y a d’acteurs nouveaux qui ont surgit dans le milieu et qui sont islamisés.
Notamment le groupe Touareg, Ansardine, dirigé par Iyad Aghaly. Il y a d’autres groupes aussi qui sont venus, qui ne sont pas spécifiquement Touareg mais qui sont aussi d’Afrique noire dont le MUJAO, composé de nigériens, sénégalais, mauritaniens, maliens, béninois. Vous avez finalement AQMI qui est un résidu du mouvement islamiste Algérien qui a été bousculé par l’armée Algérienne et qui est venu se refugié sur le territoire Malien.
Quelle solution proposez-vous pour la résolution de la crise Malienne ?
Je suis de ceux-là qui pensent qu’il n’y aura pas de solution tant qu’on n’aura pas associé les populations à la gestion de leur propre destin. Il me semble que l’erreur fondamentale des occidentaux, des organisations internationales et du gouvernement malien, c’est de croire qu’on peut gérer ces questions-là en dehors et par-dessus des populations.
Le Mali a eu une chance extraordinaire dans le passé, d’avoir connu plusieurs grands empires dans cet espace qui ont beaucoup contribué à mélanger les populations.
Si on voit cette parie du Nord du Mali, ce ne sont pas les Touaregs qui sont les plus nombreux. Il y a des populations sédentaires comme les Sonrhaïs, qui sont les plus nombreux. Il y a les populations nomades, comme les peuhls. Il y a aussi des Touaregs noirs, qu’on appelle généralement Bellah. Il y a les Arabes et d’autres communautés, et ils ont vécu en quelque sorte mélangés depuis des générations et des générations.
Si on n’implique pas ces communautés à la base, dans les discutions intercommunautaires, dans le but de les amener à pacifier ces régions, on ne pourra pas résoudre ces problèmes du Nord. Je pense que ce n’est pas une question fondamentalement militaire, mais c’est une question de la société civile, et on ne peut pas faire la paix entre ces communautés-là sans passer par les autochtones. Donc, je pense qu’on devrait se fixer une sorte d’assise nationale, non seulement sur ces questions du nord mais aussi sur l’architecture institutionnelle du pays.
Sur les problèmes du Mali, le gouvernement malien a convoqué des assises du Nord, mais a commis l’erreur de choisir uniquement à partir de Bamako les représentants de ces communautés-là. Alors qu’ils vivent essentiellement à Bamako. Je pense qu’il faut aller vers les communautés elles-mêmes, pour qu’elles s’emparent de la question et qu’elles discutent entre elles et trouvent des accords.
C’est ce qui manque essentiellement au processus d’Alger, même ceux qui ont été invités à Alger au nom des sociétés civiles du Nord, en réalité, n’en sont pas les véritables représentants, et ils ont dénoncé cela, mais jusqu’à présent cela semble tombé dans les oreilles d’un sourd.
Je pense que la résolution de la question du Nord et de toutes les difficultés que connait le Mali nécessite des assises nationales souveraines au niveau des communautés de base. A elles de discuter entre elles, de désigner leurs représentants aux différentes étapes dans les débats nationaux pour qu’il y ait enfin une synthèse nationale en ce qui concerne donc la situation au Mali.
Quel appel pouvez-vous lancer aux pays musulmans ?
Je dirais que le Mali est un vieux pays musulman, qui a connu de grandes universités islamiques comme celle de Djenné et Tombouctou où des gens venaient des pays arabes pour puiser du savoir et de la sagesse religieuse dans ces grandes universités qui ont marqué leur époque. C’est dire donc que l’islam n’est pas un problème nouveau, car il y a des siècles et des siècles que l’islam existe au Mali, mélangé aux coutumes, aux traditions, aux traditions séculaires des Maliens.
C’est de dire donc aux pays arabes, surtout ceux qui semblent soutenir les salafistes, qu’ils se trompent d’analyse en prétendant vouloir envoyer des groupes islamistes pour en quelque sorte islamiser un pays qui est un pays d’un islam vieux de plusieurs siècles. Je pense qu’il est aussi important de comprendre que ce n’est pas dans l’intérêt de l’islam en général de continuer à donner cette image d’un islam pur et dur, qui serait en conflit permanent avec le reste du monde.
Je pense qu’aujourd’hui le Mali est victime d’une guerre qu’il n’a pas choisie et qui lui a été imposée, et certainement pour des objectifs qui ne disent pas leur nom.
De la part non seulement de certains pays européens comme la France, mais aussi de la part de certains groupes religieux qui prétendent donc être des musulmans et qui, peut être, dans leur discours, vont essayer de tromper les bailleurs de fonds comme les monarchies du Golfe.
Je pense qu’il appartient aussi aux dirigeants maliens de faire passer ce message-là et de voir quelles sont les contributions que, d’une manière générale, les pays arabes et les pays musulmans peuvent apporter à la pacification de cette partie nord de notre pays.
Je pense que l’enjeu est important, et si on ne fait pas attention, toute la sous-région risque d’être une poudrière. On voit un peu ce qui se passe dans une partie de l’Irak face à la Turquie, avec ce nouveau khalifat islamique.
On voit ce qui est en train de se passer au Nigeria. Donc si on ne prend garde, toute cette zone sahélo-saharienne risque d’être un espace d’effondrement d’idéologie extrémiste qui est loin d’être partagée par les valeurs des civilisations qui sont celles du monde musulman en général.

Communiqué de presse du Forum Civique

Colloque International de Bamako, les 17, 18 et 19 novembre 2014 à l’Hôtel les Colibris : « Regards africains alternatifs sur les questions de sécurité au Sahel , les conflits et leur gestion en Afrique : le cas du Mali »

Depuis quelques années, les crises africaines et les questions de sécurité notamment dans les pays du Sahel, ont fait l’objet d’analyses et d’offres de solution voire exclusivement de la part des pays occidentaux. Ces analyses, pour une large part, ont souligné principalement leur dimension ethnique et surtout religieuse sous le vocable jihadiste voire terroriste.
Les réponses proposées voire imposées ont conduit dans la plupart des cas à des interventions militaires des puissances extérieures parfois sous le mandat des Nations Unies. La France en est ainsi à sa 55ème intervention militaire en Afrique depuis les « indépendances » de 1960, parfois seule ou en coalition avec d’autres pays européens, l’OTAN et les USA.
Mais, au vu des résultats obtenus, l’échec est patent. Pire, ces interventions ont aggravé la situation, approfondi et multiplié les crises, élargi les zones d’insécurité, généralisé un peu partout les guerres civiles aux conséquences dramatiques pour les populations, l’instabilité politique permanente ou récurrente et la régression (politique, sociale, culturelle, morale et économique) qu’on tente vainement d’occulter par indicateurs partiels et en général, fallacieux et illusoires.
Dans ces conditions, que doivent faire les Africains face aux crises récurrentes et à l’insécurité permanente, face aux impasses actuelles ?
C’est pour tenter d’apporter des réponses à ces nombreuses questions que le Forum Civique en partenariat avec la Fondation Rosa Luxemburg (dont la Représentation Afrique de l’Ouest est basée à Dakar) organise les 17,18 et 19 novembre 2014 à l’Hôtel les Colibris de Bamako, un colloque international dont le thème est : «Regards africains alternatifs sur les questions de sécurité au Sahel, les conflits et leur gestion en Afrique : le cas du Mali».
Le colloque réunira des experts et des spécialistes de questions de sécurité de la sous-région (Algérie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad), des chercheurs et acteurs citoyens d’Europe. A ces experts de la sous-région, s’ajouteront ceux du Mali, des élus de Gauche allemande (Die Linke) également membres du Parlement Européen, des élus maliens ainsi que diverses personnalités de la société civile, des syndicats, des partis politiques.
Il a pour objectif d’amener les chercheurs et intellectuels africains à se pencher sur les problèmes africains de manière autonome, lucide et sans complaisance, interroger nos sociétés, notre culture et notre histoire dans la recherche de solutions endogènes, bâtir un axe et un cadre permanent de réflexions stratégiques entre chercheurs, intellectuels, élus et acteurs citoyens du Sud et du Nord plus soucieux des intérêts des peuples et du devenir de l’humain, donner un éclairage nouveau sur les questions liées à la sécurité et aux conflits qui déchirent le continent africain avec comme conséquences, les guerres, la famine, les maladies (pandémies du sida, Ebola, paludisme) et y apporter des solutions justes et réalistes conformément aux aspirations des peuples.
Le Forum Civique, association de droit national, offre depuis plusieurs années aux Maliennes et Maliens de tous horizons et de conditions économiques et sociales différentes, un espace de réflexion et d’action en faveur de la démocratie. Il cherche à promouvoir l’esprit civique et patriotique et à assoir une véritable culture démocratique basée sur le droit à la différence et l’expression plurielle véritable, l’esprit de justice et de tolérance.
La Fondation Rosa Luxemburg, association reconnue de droit allemand, œuvre pour la justice sociale, la démocratie participative ainsi que le renforcement de l’éducation et la communication civiques et politiques. Elle promeut des projets dont le but est de permettre aux individus d’avoir une égalité d’accès aux biens fondamentaux de la société tels que la participation démocratique, la paix et la non violence, l’emploi, l’éducation, la santé, la sécurité sociale et un environnement de qualité.
N.B: Le colloque est ouvert à toute personne désireuse d’y participer dans la limite des places disponibles mais sans aucune prise en charge de quelque nature que ce soit.
Bamako, le 12 novembre 2014
Le Forum Civique Le Président
Professeur Issa N’Diaye

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