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Daesh : qui ? Où ?

by sur 2 décembre 2014

Qui est le calife de Daesh (ses photos) et quel territoire contrôle-t-il ? (avec une carte).

Etat islamique : une femme du leader Al-Baghdadi arrêtée

Par L’Obs avec AFP – Publié le 02-12-2014 à 13h05

Elle a été interpellée avec son fils au Liban, près de la frontière avec la Syrie.

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Image de propagande, montrant le leader de l’Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi. (AFP PHOTO / HO / AL-FURQAN MEDIA)

L’armée libanaise a arrêté une femme et un fils du chef du groupe Etat islamique Abou Bakr Al-Baghdadi près de la frontière avec la Syrie il y a dix jours, a affirmé mardi 2 décembre une source militaire.

« Une des femmes de Baghdadi est détenue avec son fils au centre des services de renseignements militaires de Yarzé [près de Beyrouth] après avoir été arrêtée avec une carte d’identité falsifiée. Elle doit être interrogée », a déclaré cette source.

« Cette jeune femme de nationalité syrienne a été arrêtée par les services de renseignements militaires alors qu’elle voyageait avec son fils, âgé de 8 ou 9 ans, près [de la ville frontalière sunnite] d’Arsal il y a dix jours », a indiqué cette source. « Il s’agit de sa seconde femme » a encore indiqué la source.

Arsal, sur la frontière avec la Syrie, est une des seules localités sunnites au milieu d’un environnement chiite. Elle est favorable à la rébellion contre le président syrien Bachar al-Assad alors que la majorité des chiites et notamment le Hezbollah soutient le régime syrien.

Abou Bakr Al-Baghdadi, s’est proclamé le 29 juin « calife » de tous les musulmans par son groupe qui sème la terreur sur l’Irak et la Syrie. Il est le chef du groupe djihadiste probablement le plus puissant, riche et brutal au monde, après s’être affranchi du réseau Al-Qaïda.

Une région sous influence

L’Etat islamique s’est emparé de pans entiers de l’Irak à la faveur d’une offensive fulgurante lancé début juin et contrôle de vastes territoires en Syrie.

Cette influence territoriale et ces exactions ont conduit les Etats-Unis à rassembler une coalition internationale qui bombarde par les airs les positions des djihadistes, et à envoyer quelque 3.100 soldats pour conseiller les forces de sécurité irakiennes dépassées.

Né en 1971 à Samarra au nord de Bagdad, selon Washington, Al-Baghdadi aurait rejoint l’insurrection en Irak peu après l’invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, et aurait été incarcéré dans un camp de détention américain.

Les forces américaines avaient annoncé en octobre 2005 la mort d’Abou Douaa – un des surnoms de Baghdadi – dans un raid aérien. Mais il est réapparu, vivant, en mai 2010 à la tête de l’Etat islamique en Irak (ISI), la branche irakienne d’Al-Qaïda.

Al-Baghdadi apparaît cette année pour la première fois au classement annuel des personnalités les plus puissantes du magazine américain « Forbes ».

En avril 2013, Baghdadi a annoncé une fusion entre l’ISI et les combattants d’Al-Nosra pour former l’EIIL (Etat islamique et en Irak et au Levant), mais ces derniers ont refusé d’adhérer. Les deux groupes ont commencé à opérer séparément, avant de s’affronter en Syrie.

 CARTE. La galaxie de l’Etat islamique

Par Sarah Diffalah – Publié le 15-11-2014 à 12h12

Le dirigeant de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, a annoncé avoir accepté les serments d’allégeance émis par des djihadistes de Libye, d’Égypte, du Yémen, d’Arabie Saoudite et d’Algérie.

Etat islamique

Dans sa compétition idéologique contre son adversaire Al-Qaïda, l’Etat islamique (EI) engrange des points. Désormais, le groupe djihadiste peut compter une « franchise » de plus en Egypte. Et de taille ! L’important groupe Ansar Beït al-Maqdess, qui agit surtout dans le Sinaï égyptien et qui multiplie les attaques meurtrières contre les forces de l’ordre, a prêté allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, le leader de l’organisation terroriste.

Jusqu’ici, seuls des groupes marginaux ou des individus isolés avaient formellement rallié l’EI. Un peu partout dans le monde, parfois devant leur ordinateur, parfois depuis leur lieu de détention, en mal de reconnaissance médiatique, ils ont répondu à l’appel du groupe terroriste à élargir les soutiens et recruter.

D’un objectif à l’origine régional, ré-instaurer un califat sunnite à cheval entre la Syrie et l’Irak, poursuivant sa guerre contre le chiisme, l’EI voit désormais plus grand. Selon le spécialiste Romain Caillet, qui cite le communiqué d’Abou Bakr al-Baghdadi diffusé jeudi 13 novembre, « les seules allégeance reconnues en dehors de l’Irak et la Syrie sont celles de l’Egypte, la Libye, l’Algérie, le Yémen et l’Arabie saoudite ». Les noms des groupes concernés doivent changer de nom et les pays qui les abritent deviennent des provinces du « califat ».

« L’Obs » dresse, avec la participation du spécialiste Romain Caillet, de plusieurs sources fiables (les sites spécialisés Trac, Site, IntelCenter, Global Watch Terror, des articles de presse) une carte de cette montée en puissance, du moins symbolique.

Parmi les groupes qui se réclament de l’EI, on distingue les soutiens sans allégeance (symbolique et/ou renforts ponctuels), les allégeances sans reconnaissance (lien hiérarchique direct en bleu sur la carte), les allégeances avec reconnaissance officielle (soumission totale à l’EI en rouge sur la carte). Concrètement, ces processus n’ont pas permis d’établir de liaisons logistiques ou opérationnelles significatives entre les « cellules régionales » et la base de l’EI.

1-Allégeances suivies de reconnaissance

  • EgyptePar ailleurs, le groupe Jund al-Khilafa dans la province de Kinana a également prêté allégeance à l’EI.
  • Ansar Beït al-Maqdess (Les partisans de Jérusalem) : Créé il y a trois ans, le groupe composé principalement de Bédouins du Sinaï, alors affilié à Al-Qaïda, a d’abord pris pour cible les touristes et les intérêts israéliens. On leur a parfois prêté des liens avec le Hamas. Mais depuis la destitution en 2013 du président Mohamed Morsi, le mouvement, rejoint par des combattants revenus de Syrie, a surtout revendiqué de nombreuses attaques qui ciblent militaires et policiers égyptiens et a pris de l’importance. Le groupe serait aussi présent dans la bande de Gaza.
  • LybieLe groupe des jeunes du Conseil de la Choura a également fait allégeance.
  • Majilis Choura Chabab al-Islam (ou MCCI. Le conseil consultatif de la jeunesse islamique) : le MCCI, créé le 4 avril 2014, s’est emparé peu à peu de Derna, ville côtière à l’est de Tripoli, en tuant des groupes rivaux et décapitant des militants des droits de l’Homme. C’est le premier territoire de l’EI hors de l’Irak et de la Syrie. Des cadres de l’EI se sont rendus dans la ville pour « acter » cette prise de contrôle. Le 3 octobre, le groupe a prêté allégeance à l’EI. Le groupe revendique 3.000 combattants.
  • Algérie
  • Jund al-Khilafa (Les soldats du calife) : Le groupe algérien s’est fait connaître le 16 septembre en enlevant puis décapitant le guide français Hervé Gourdel. L’irruption de ce mouvement terroriste dans le massif de Djurdjura en Kabylie, résidu des groupes successifs qui se sont installés dans ce maquis (GIA, GSPC, Aqmi), a surpris bon nombre de connaisseurs car la menace terroriste en Algérie, du moins dans le nord du pays, avait quasiment disparue. Les « soldats du calife », scission d’Aqmi, seraient dirigés par Khaled Abou Souleïman. La brigade al-Huda a également prêté allégeance.
  • Arabie Saoudite
  • L’EI l’assure : des groupes saoudiens lui ont fait allégeance. Certains anciens cadres d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), incarcérés, ont annoncé leur ralliement. De nombreuses attaques meurtrières contre les chiites ont eu lieu depuis que le pays s’est engagé dans la lutte contre l’EI au sein de la coalition internationale. Mais on sait très peu de choses sur les groupes qui agiraient dans le Royaume qui a par le passé fermé les yeux sur le financement de certains groupes terroristes islamistes en Syrie. L’Arabie Saoudite est le deuxième pays fournisseur de combattants engagés pour l’EI.
  • Yémen2Allégeances sans reconnaissance
  • Comme en Arabie Saoudite, la nature des allégeances au Yémen est assez floue. En août 2014, un influent dirigeant d’Al-Qaïda au Yémen a, dans une vidéo, glorifié les actions de l’EI sans le citer. Des groupes de très petites importances, dissidents d’Aqpa, comme Ansar Dawat Islammiyya, ont diffusé des vidéos d’allégeance.
  • Tunisie
  • Katibat Okba Ibn Nafaâ : Le groupe, apparu en 2011, s’est notamment attaqué aux forces de police en décembre 2012 et perpétré plusieurs attentats contre les forces de sécurité. Il opère dans la zone du mont Chaambi, au nord-ouest de Kasserine, à la frontière algérienne. Selon le site « Global TerrorWatch », administré par le spécialiste du terrorisme Jacques Baud, le groupe aurait annoncé son allégeance à l’EI le 25 septembre 2014.
  • Pakistan
  • Quelques groupes isolés, dont des dissidences du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), dirigé par le mollah Fazlullah, comme le Mouvement pour le califat et le djihad (Tehrik el Khilafat) ou le Jamat-ul Ahraront embrassé la cause djihadiste. Certains commandants du TPP ont prêté allégeance à titre individuel, comme Abou Omar Maqbool, ancien porte-parole du TPP, limogé depuis.
  • Philippines
  • Une partie du groupe séparatiste, Abou Sayyaf, a officiellement prêté allégeance à l’EI en juillet 2014. Deux autres groupes, Ansar al-Khilafah, et les Combattants pour la liberté du Bangsamoro islamique(BIFF) lui ont emboité le pas en août.
  • Indonésie
  • Le chef historique de la Jemaah Islamiyah, responsable des attentats de Bali, Abou Bakar Bachir, en prison, a fait allégeance à l’EI depuis sa cellule.
  • Gaza
  • Le site américain Trac (Consortium de recherche et d’analyse sur leterrorisme), spécialiste des réseaux terroristes, indique qu’au cours du mois de février 2014, l’EI a publié une vidéo montrant des combattantsannonçant avoir des plans pour mener le djihad à Gaza. Le soutien à l’EI à Gaza a abouti à la formation d’une brigade appelé « Abou al-Nour al-Maqdisidu nom d’un chef tué dans des affrontements avec le Hamas en 2009. Le Hamas a démenti toute présence de l’EI à Gaza. Le Conseil des Moudjahidine des environs de Jérusalem, qui opérait à Gaza, est issu du groupe égyptien Ansar Beït al-Maqdess.
  • Liban
  • Régulièrement des djihadistes syriens de l’EI qui tiennent des positions le long de la frontière orientale du Liban lance des incursions pour s’attaquer aux chiites. Plusieurs soldats libanais ont été pris en otage, certains ont été décapités. Le groupe Liwa Ahrar al-Sunna dans le Baalbek a prêté allégeance.
  • Mali
  • Selon RFI, le Mauritanien Hamada ould Mohamed Kheirou, fondateur du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest, Mujao, qui opère dans le nord Mali a diffusé un communiqué de soutien à Abou Bakr al-Baghdadi.
  • D’autres groupes ont encore prêté allégeance dans le monde : al-Tawhid (Afghanistan), al-I’tisam du Coran et de la Sounna (Soudan)Ansar al-Tawheed (Inde), Brigade de l’Islam dans le Khorosan (Afghanistan).
  • Secret, rusé, sanguinaire : le djihadiste qui fait trembler le monde

  • Publié le 22-06-2014 à 17h39 – Sara Daniel – Le Nouvel Observateur
  • Le chef djihadiste irakien Abou Bakr al-Baghdadi a déjà conquis un tiers de l’Irak et menace Bagdad. Son objectif ? Vaincre les chiites, créer un Etat islamique et remodeler les frontières du Moyen-Orient.Etablir un califat islamique, non pas dans les zones tribales reculées d’Afghanistan mais au coeur des villes et des puits de pétrole du Moyen-Orient… Souvent, Oussama Ben Laden avait évoqué ce rêve lointain dans ses prêches à la litanie hypnotique. Il en avait prophétisé les étapes et même précisé le lieu de confrontation ultime entre infidèles et musulmans : le Sham, le Levant. Mais c’est un Irakien de 43 ans, Abou Bakr al-Baghdadi, qui a réalisé le projet de l’inspirateur des attentats du 11-Septembre.Ses hommes ont franchi en riant les monticules de sable de la frontière qui sépare l’Irak de la Syrie, heureux d’enfoncer, du haut de leurs pick-up, les lignes établies lors des accords Sykes-Picot de 1916 par les grandes puissances sur le cadavre de l’Empire ottoman. Ses ennemis se sont évaporés devant son armée. Sans combattre, comme dans les épopées miraculeuses et naïves évoquées par les imams de Fallouja ou de Raqqa à la prière du vendredi.
  • Abou Bakr al-Baghdadi deux seules photos
  • Les deux seules photos disponibles de Abou Bakr al-Baghdadi.  (FBI / Ministère de l’Information irakien / AFP)
  • Un fantômeAbou Bakr al-Baghdadi est né dans la province de Diyala, dans l’est de l’Irak, en 1973. A-t-il encore aujourd’hui cette allure de paysan irakien au visage bouffi et mat, sourcils épais et regard inexpressif, qu’on lui voit sur les deux seules photos disponibles, l’une diffusée par le FBI qui a mis sa tête à prix pour 10 millions de dollars, l’autre par le ministère de l’Information irakien ? Impossible à dire, l’homme fuit les caméras, multiplie les pseudonymes (Al-Madaoui, Al-Badri…), brouille les pistes. Au point qu’on l’a surnommé  » Al-Shabah « , le fantôme.
  • Un juge sanguinaire
  • Le père Paolo Dall’Oglio, un jésuite italien qui avait vécu de nombreuses années en Syrie, a payé le prix fort pour avoir commis cette faute de lèse-califat. Le 27 juillet 2013, il se rend à Raqqa où il demande à rencontrer Al-Baghdadi. Le saint homme croit au dialogue entre les religions ; il veut négocier avec l’émir la libération de journalistes retenus en otages par le groupe fondamentaliste. Devant le tribunal de la ville, on l’éconduit brutalement. Qui est-il pour oser prononcer le nom de l’émir et, plus grave encore, prétendre le rencontrer ?
  • Un imam distingué et mégalo
  • On y apprend que l’émir a une fille prénommée Doha. Il a étudié à l’université islamique de Bagdad. C’est un imam distingué et mégalomane, auteur d’une thèse sur ses propres origines qu’il fait remonter au Prophète. Il conduisait la prière à la mosquée Ahmad Ibn Hanbal dans la province de Diyala.Petit à petit, il prend du galon dans la hiérarchie de la résistance irakienne. C’est l’époque où les djihadistes répandent leur propagande par la terreur : les vidéos des otages occidentaux décapités, où à Fallouja les corps des mercenaires américains brûlés vifs après la proclamation dans la ville de l’émirat islamique en 2004.
  • Al-Baghdadi sait tirer parti du ressentiment d’une population sunnite ivre de haine, qui voit dans la chute du régime de Saddam Hussein le début de sa déchéance.Le jeune djihadiste est alors un disciple d’Abou Moussab al-Zarkaoui, un Jordanien qui avait prêté allégeance à Ben Laden et à son numéro deux, Al-Zawahiri, avant de s’aliéner les bonnes grâces de ses protecteurs en participant à des massacres de chiites. Un premier signe d’une tension croissante entre djihadistes afghans et irakiens qui connaît aujourd’hui son paroxysme avec le divorce entre les rebelles syriens du Front al-Nosra, soutenu par Al-Qaida, et l’Etat islamique en Irak et au Levant. En 2006, Al-Zarkaoui est tué mais les affrontements entre les deux principales confessions d’Irak continuent.
  • En février 2006, l’attentat contre le mausolée chiite de la ville de Samarra dont est issue la tribu d’Al-Baghdadi marque le début d’une vraie guerre confessionnelle en Irak, pays où, jusqu’en 2003, demander sa religion à quelqu’un était considéré comme une offense. Le djihad d’Al-Baghdadi est imprégné de cette haine du chiisme.
  • Début 2007, alors que les Américains convainquent des tribus sunnites de se soulever contre les djihadistes d’Al-Qaida, Al-Baghdadi est arrêté et jeté dans la prison du camp américain de Bucca, près d’Umm Kasr en Irak. Lorsqu’il en sort en avril 2010, il devient le chef de l’organisation rebaptisée « Etat islamique en Irak ».Au printemps 2011, la révolution éclate en Syrie. Devant cette montée des aspirations démocratiques, le clan Assad, issu de la minorité alaouite, une branche dissidente du chiisme, exploite les divisions confessionnelles et relâche des centaines de djihadistes détenus dans ses prisons. Le régime espère ainsi unir autour de lui les minorités syriennes terrorisées par la menace sunnite fondamentaliste. Et détourner l’Occident d’une rébellion qui risque d’aboutir à la création d’un califat au Proche-Orient.
  • Pour le groupe irakien, la lutte contre le régime de Bachar al-Assad est secondaire. Il s’agit surtout d’abolir les  » frontières Sykes-Picot  » qui découpent artificiellement le Proche-Orient et d’importer en Syrie une guerre confessionnelle qui fait rage depuis longtemps en Irak. Moqtada al-Sadr, Mohamed Baqer al-Hakim et Nouri al-Maliki, personnalités politiques ou religieuses chiites irakiennes, n’ont-ils pas chacun envoyé un contingent au secours du régime syrien ?Peu à peu, l’armée d’Al-Baghdadi s’empare des zones pétrolières et se concilie les bonnes grâces des tribus en leur cédant l’exploitation des puits. Désormais, à Deir ez-Zor, le ciel est obscurci par le raffinage du pétrole effectué sur des machines juchées sur de petits pick-up au pied des puits. L’argent du pétrole finance l’armée du nouveau califat transfrontalier.
  • La construction de l’Etat islamique est en route.En mars 2013, Al-Baghdadi se sent assez fort sur le terrain en Syrie pour lancer son OPA sur le Front al-Nosra. Il poste alors un discours audio sur internet. Incroyable document qui annonce l’offensive actuelle en Irak. Dans un arabe châtié et psalmodié selon les règles strictes du tajwid, qui montre que le sanguinaire chef de guerre est aussi un érudit de l’islam, Al-Baghdadi annonce la création de l’Etat islamique en Irak et au Levant.L’islam commande à ses fidèles de progresser, et le terrorisme des grottes n’a qu’un temps, dit-il. Il faut transformer l’essai. Créer un Etat, souligne-t-il. Salafiste sanguinaire certes, Al-Baghdadi se veut aussi bâtisseur moderne. Son discours en rimes le révèle : il est le fruit barbare d’un prédicateur médiéval et d’un télévangéliste du câble. D’ailleurs, il parle moins du paradis, des kamikazes et de leur rétribution en vierges que ses prédécesseurs en djihad, et plus du  » butin de guerre « , des biens terrestres que les nouveaux conquérants pourront acquérir en gagnant des terres.(1) « Al-Qaida dans le texte », dirigé par Gilles Kepel, PUF, 2008.
  • Mission accomplie : un peu plus d’un an après le faire-part de naissance de son califat, Al-Baghdadi est parvenu à acquérir un large territoire et à enrichir ses soldats. Il a réalisé le rêve de ses aînés en djihad : porter la guerre sainte  » à deux pas de l’Arabie Saoudite et de la terre de la mosquée d’Al-Aqsa (Jérusalem) « . Et du même coup, mis à la retraite le vieillard à barbe blanche d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri dont les imprécations se perdent dans le vent des montagnes du Pakistan.
  • C’est la fin de l’alliance de circonstance avec Al-Qaida. Le jeune fondamentaliste veut voler de ses propres ailes sans une tutelle encombrante. Il remercie ses parrains pour leur travail, comme s’il prononçait leur oraison funèbre.
  • La rupture avec Al-Qaida
  • Le 9 juin 2014, des militants de l’EIIL auraient traversé la frontière entre la province irakienne Ninive et la ville d’Al-Hasakah, d’après le compte twitter du djihadiste Al-Barakah.  (Twitter Al-Barakah/AFP)
  • En janvier 2012, le Front al-Nosra annonce sa création sous la direction d’Abou Mohamed al-Jolani, un Syrien formé en Irak. Tandis que Daesh, acronyme arabe de  » l’Etat islamique « , apparaît en Syrie début 2013. Très vite entre les djihadistes fondamentalistes, la guerre est déclarée. Car les deux groupes ne poursuivent pas les mêmes objectifs, comme l’expliquera à ses geôliers syriens le garde du corps d’Abou Iman al-Iraqi, le lieutenant irakien d’Al-Baghdadi arrêté il y a quelques semaines à la frontière syrienne.
  • Il multiplie alors les attentats sanglants comme celui de la cathédrale de Bagdad (46 morts). En décembre 2011, le départ des troupes américaines puis la politique sectaire du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki qui opprime les sunnites font le lit de l’organisation d’Al-Baghdadi. Le despotisme confessionnel du Premier ministre chiite explique pourquoi les soldats de l’Etat islamique, malgré leur barbarie, ont pu être accueillis en libérateurs lors de la récente prise de Mossoul.
  • Le chef de l’Etat islamique en Irak
  • Des personnes de confession chiite lèvent leurs armes et chantent contre l’Etat islamique de l’Irak et du Levant, dans le quartier de Shula au Nord Ouest de Baghdad, le 16 juin 2014. (AP/SIPA)
  • Tout comme Al-Baghdadi, Al-Zarkaoui profitait de la notoriété d’Al-Qaida, mais refusait de renoncer à sa croisade sanglante contre les chiites, comme le lui demandait l’organisation. Ainsi dans une lettre adressée aux chefs d’Al-Qaida, il décrivait l’ennemi chiite : « Un serpent à l’affût, un scorpion rusé et fourbe, un ennemi aux aguets, un poison mortel… une cinquième colonne qui parle en notre nom alors que son coeur est démoniaque. » (1)
  • Un traqueur 
  • Après la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, il aurait fait ses premières armes en attaquant les convois de l’armée américaine, au sein de groupuscules armés composés d’anciens militaires du régime, alors nombreux dans la région de l’Anbar. Il noue des contacts dans la zone frontalière qui lui serviront plus tard, lorsqu’il portera son combat en territoire syrien. A partir de la ville d’Al- Qaim, il organise le passage des djihadistes syriens que lui envoie Bachar al-Assad par cars entiers depuis Damas pour lutter contre l’occupation américaine.
  • Il y a deux semaines, le président syrien Bachar al-Assad a commandé un rapport à ses espions sur le groupe d’Al-Baghdadi. Ce document comporte des informations précises, comme les noms de 8 000 membres de l’Etat islamique en Irak et au Levant, et les interrogatoires de plusieurs djihadistes arrêtés. Il est en revanche assez pauvre sur la biographie de la nouvelle star du djihad mondial. C’est une compilation d’informations, parfois contradictoires et souvent anciennes, émanant notamment du renseignement américain ou irakien.
  • Deux jours plus tard, une dizaine d’hommes entassés dans un pick-up enlèvent le père Paolo dans la maison où il a trouvé refuge. Ils veulent le conduire auprès d’Abou Iman al-Iraqi, le lieutenant d’Al-Baghdadi. Un témoin raconte la scène. Devant le tribunal, des membres de l’armée de l’Etat islamique demandent aux accompagnateurs du jésuite de partir, l’un d’entre eux refuse, il est abattu. On ne discute pas les ordres de l’Etat islamique. « Quelqu’un d’autre veut rester ? », ironisent les miliciens. Le père Paolo est emmené, on ne le reverra plus.
  • Dans cette ancienne capitale du califat abbasside de Haroun al-Rachid, autrefois célèbre pour ses poètes et ses jardins, tout est proscrit, les cigarettes, la musique et même le football : une fatwa interdit aux habitants de regarder la Coupe du Monde. Une autre empêche carrément d’évoquer l’émir de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).
  • Il est le calife invisible, même ses plus proches lieutenants ne le voient qu’avec un foulard sur la tête. Il applique les leçons de son mentor, un certain Abou Moussab al-Souri, un des premiers théoriciens à s’être livrés à une critique argumentée de la stratégie de Ben Laden et à se moquer de son goût pour la publicité : « Notre frère a été contaminé par la maladie des écrans, des flashs, des fans et des applaudissements », écrivait-il en 1999. Mais rien de tel chez Al-Baghdadi. D’ailleurs, dans la ville de Syrie dont il a fait la capitale de son empire, Raqqa, personne n’ose prononcer son nom.
  • Incroyable tour de force qui laisse ses ennemis effarés devant l’audace de cette défaite éclair infligée par une si petite armée : Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien, celui qu’Al-Baghdadi surnomme « le Safavide haineux » en référence à sa confession chiite. Et surtout l’ancienne puissance d’occupation, les Etats-Unis, « peuple des protecteurs de la croix », humiliés par ce rebondissement de l’histoire venu leur rappeler les conséquences dramatiques de la guerre qu’ils avaient déclenchée en 2003 contre Saddam Hussein.
  • Sur les sites et les forums djihadistes, la liste des groupes armés qui font formellement allégeance à celui qui a ravi à Ben Laden le titre de « commandeur des croyants » s’allonge d’heure en heure. Ses émules tchétchènes, indonésiens ou français rêvent de rejoindre le plus grand djihad transnational jamais conduit. En attendant, ils embellissent la chanson de geste du nouveau chef de file des fondamentalistes dont l’audace militaire a relégué le fondateur d’Al-Qaida, tué à Abbottabad, au rang de terroriste de seconde zone.
  • Mais qui est Abou Bakr al-Baghdadi, ce prophète sanguinaire qui a entrepris de redessiner la carte du Moyen-Orient ?
  • Ce djihadiste de la nouvelle génération a conquis un territoire de la taille de la Jordanie, peuplé de 6 millions d’habitants. 500 kilomètres carrés gagnés à force de massacres, de crucifixions et d’enlèvements, qui s’étendent de la banlieue de Damas à celle de Bagdad, de la Jordanie à la Turquie. En fondant sur Bagdad, l’Attila du Levant a mis la main sur un arsenal : 4.000 mitrailleuses lourdes, 6 hélicoptères de combat black Hawk. Et sur un trésor : au moins 430 millions de dollars en liquide dérobés à la banque centrale de Mossoul, deuxième ville d’Irak.
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