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A Dakar, les Africains s’occupent de sécurité

by sur 17 décembre 2014

Mis à jour jeudi 18 décembre 2014 à 12h20

La sécurité des Africains est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des étrangers. Tout le monde est d’accord là-dessus.

Reste aux Africains à se prendre en charge dans ce domaine là également, sans quoi le développement restera à la porte.

Et aucun pays ne s’en sortira seul, d’où un appel à la mutualisation des moyens et à la coordination des stratégies.

Au sommet de Dakar, Le Drian superstar mais pris à partie

Par Sarah Diffalah – publié le 17-12-2014 à 20h02

Le président tchadien Idriss Deby a accusé les Occidentaux d’avoir créé eux-mêmes les désordres en Afrique et de ne pas avoir assuré « le service après-vente » en Libye.

« Je ne suis pas un ‘Africain’. Mon regard sur le continent est neuf », déclarait Jean-Yves Le Drian à l’hebdomadaire « Jeune Afrique », en juillet 2013, quelques mois après le déclenchement de l’opération Serval au Mali, quelques mois avant Sangaris en Centrafrique. Depuis, le ministre de la Défense s’est rattrapé. Dans son ministère, on note qu’il consacre 80 % de son temps à ce continent. Au sommet international sur la paix et la sécurité en Afrique, premier du genre, qui s’est déroulé à Dakar les 15 et 16 décembre, c’est avec tous les honneurs qu’il a été reçu, lui qu’on surnomme désormais « le grand ami de l’Afrique ». Il a pris la parole lors de la cérémonie d’ouverture, a participé à sa clôture… Et son hôte, le président sénégalais, Macky Sall, lui a donné, lors d’un discours, du « ministrissime de la Défense ».

Seules fausses notes lors de ce sommet qui réunissait acteurs politiques, chercheurs, militaires et société civile : la charge de son « ami » tchadien Idriss Deby, lors de la cérémonie de clôture, qui a accusé les Occidentaux d’avoir créé eux-mêmes les désordres en Afrique et de ne pas avoir assuré « le service après-vente » en Libye, lui valant une standing-ovation de la salle et celle du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, qui s’est élevé contre le paiement de rançons dans la libération des otages, visant implicitement la France.

Nos amis européens et occidentaux ne nous ont pas demandé quand ils ont attaqué la Libye. Non plus quand ils ont divisé le Soudan en deux (…) (En Libye) Le travail a été achevé ! L’assassinat de Kadhafi ! Ce qui n’a pas eu lieu, c’est le service-après vente ! L’Otan a créé le désordre, les Nations unis sont responsables aussi. Aucune armée africaine ne peut aller en Libye détruire les terroristes. Il n’y a que l’Otan qui a les moyens de les faire partir, comme elle a fait assassiné Kadhafi, » a ainsi déclamé le président tchadien, encouragé par le public.

Et d’atténuer son propos, sans craindre la contradiction : « La France ne peut continuellement être à nos côtés, nous ne pouvons pas être un poids pour nos partenaires, nous devons nous assumer ».

A chaque fois, Jean-Yves Le Drian s’est gardé de répondre ouvertement, répliquant tout de même à son allié tchadien que la responsabilité d’agir aujourd’hui lui revenait, en sa qualité de président du Conseil de sécurité de l’Union africaine.

Je vais être beaucoup plus modeste, je vais rester à ma place (…) Le Tchad vient de tracer une feuille de route, l’exécutif est là. Comme disait ma grand-mère : il n’y a plus qu’à faire. Oui la question libyenne est devant nous. Je ne vais pas vous dire aujourd’hui comment y répondre », a précisé le ministre français.

A chaque fois, le ministre a souhaité réaffirmer la volonté de la France de se désengager de ces multiples théâtres d’opération africains afin de laisser la place à la « réappropriation » par les Africains de leur propre sécurité. « Certains vont un peu loin dans la critique des Français et des Occidentaux, mais le plus important ici, c’est qu’on a jeté les bases d’une vision et d’une défense commune entre Africains », souligne un chercheur sénégalais qui a assisté à la légère passe d’armes entre Jean-Yves Le Drian et Idriss Deby.

Le Drian, superstar en Afrique ?

Si le continent africain n’a pas attendu la France pour parler de sa sécurité, les avis sont tout de même unanimes : sans les opérations militaires françaises, les djihadistes auraient foncé sur Bamako et auraient fait du Nord-Mali un sanctuaire terroriste. Et c’est le ministre de la Défense, au détriment du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui est applaudi et loué. Sa côte de popularité est rare auprès des chefs d’Etat de l’ancien pré-carré français qui savent très bien qu’il a l’oreille de François Hollande. Il a notamment l’écoute du tchadien Idriss Deby, allié indispensable de la lutte anti-terroriste dans le Sahel, bien que parfois encombrant.

Jean-Yves Le Drian, superstar des Africains ? Autour de Jean-Yves Le Drian, on admet volontiers que ces compliments touchent le ministre.

La France en première ligne

Le forum de Dakar,  impulsé lors du sommet de l’Elysée à Paris l’année dernière, n’est que la suite logique de la conduite de l’opération Barkhanedans le Sahel, elle-même n’étant qu’un levier vers plus de contributions interafricaines. « Barkhane n’est pas seulement un relais, c’est un changement de logique. C’est un levier pour accélérer le dynamisme de coopération de la région. C’est amorcer une coopération qui, il y a quelques années, était impensable », explique-t-on à la Défense, faisant référence à cette volonté de consolider l’idée d’un « G5 Sahel » qui réunit les cinq Etats concernés par le terrorisme dans la zone sahélienne : Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad.

« La France est le catalyseur d’un enjeu régional », ajoute-on encore. Pourtant, bon gré, mal gré, la France est en première ligne, et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian encore plus.

Difficile de n’être qu’en « appui »

Le sommet de l’Elysée, déjà, devait être le début d’un vaste programme pour aider l’Afrique à se doter elle-même de moyens de défense. A plusieurs reprises, la France a réaffirmé vouloir n’apparaître qu’en appui en passant par une aide à la formation et à la logistique des forces de l’Union africaine. Pour l’heure, ce n’est pas réaliste. Jusqu’à maintenant et pour encore quelques temps, la France est la seule à pouvoir agir sur certaines parties de l’Afrique. Elle a des avantages, par rapport à ses alliés occidentaux :

  • sa connaissance du continent ;
  • ses réseaux ;
  • ses points d’appui à Djibouti, à Libreville, en Côte d’Ivoire, auSénégal et désormais dans le Sahel.

Ces atouts lui donnent de la profondeur stratégique et servent par la même occasion l’Europe.

Au Mali, comme en Centrafrique, l’armée française ne fait pas de « support », elle est le fer de lance des opérations. Elle conduit, organise, et fait le coup de poing si besoin.

Quoi qu’on dise, les armées africaines sont globalement sous-équipées, sous-entraînées, divisées entre ethnies rivales et ont beaucoup de mal à être efficaces et fait aujourd’hui face à des groupes armées de plus en plus sophistiqués. Tout au long du forum, il a été question de développement qui irait de paire avec la sécurité, mais pour le général Grégoire de Saint-Quentin, commandant des opérations spéciales, « nous ne sommes pas sortis de la réponse militaire car nous avons perdu beaucoup de temps ».

Réponses africaines en attente

Les réponses africaines, bien que nombreuses, sont pour l’instant balbutiantes. L’Union Africaine a bien tenté de construire un dispositif global avec la création d’instruments :

  • la Force africaine en attente (FAA) consistant en des brigades régionales pré-dispositionnées capable d’être déployées sur un terrain de crise ;
  • la Capacité africaine de réaction immédiates aux crises (Caric), basée sur le volontariat.

Mais les limites financières ont eu raison de ces initiatives dont on attend encore les résultats.

 Cheick Tidiane Gadio sur la sécurité en Afrique : « Mutualiser(les efforts) ou périr »

Par Moussa CAMARA – 17/12/2014

Le premier responsable de l’Institut panafricain de stratégie du Sénégal en appelle à la nécessaire mutualisation des énergies africaines pour faire aux défis sécuritaires du continent.

Les rideaux sont tombés hier dans la capitale sénégalaise sur les travaux du forum sur la paix et la sécurité au Afrique. En marge de cette rencontre de haut niveau, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Chieck Tidiane Gadio, a donné ses impressions sur la question sécuritaire en Afrique. L’ancien ministre ne varie pas sur sa position d’une Afrique unie comme prêchée par des grands panafricanistes à l’instar de Kwamé N’Krumah. L’ex-chef de la diplomatie d’Abdoulaye Wade a insisté sur la nécessité pour les Etats africains de mutualiser leurs efforts, leurs moyens et leurs ressources. Et même leur intelligence ainsi que leur souveraineté. C’est la condition sine qua non, selon lui, pour le continent de pouvoir tenir tête aux défis qui l’assaillent et aller de l’avant. Il déplore qu’au nom de la souveraineté et de l’indépendance, les Etats africains mettent des obstacles dans leur politique.

« A quoi sert une indépendance et une souveraineté quand les djihadistes peuvent, au moyen des pick-ups, entrer dans n’importe quel pays ? On peut croire que c’est le Mali qui est vulnérable mais beaucoup de nos pays ont des problèmes de vulnérabilité», prévient-il. Car, explique Gadio, malgré l’organisation et le patriotisme de nos armées, le rapport de force leur est défavorable, les forces organisées à savoir les djihadistes ayant plus de ressources financières et de moyens ainsi qu’une meilleure organisation. D’où cette conviction du directeur de l’Institut panafricain de stratégique : « Ou on mutualise nos efforts, ou on périt individuellement … ».

L’exemple du Tchad

Quid de la force africaine de réaction rapide ? Il répond qu’il y a un début de mise en place de ce projet avec des pays africains qui commencent à envoyer déjà des troupes, des moyens et des ressources pour aller ensemble. La force africaine de réaction rapide pour être possible, de l’avis de Chieck Tidiane Gadio, dépend de l’abandon partiel de souveraineté des Etats sur certaines questions, mieux une mutualisation des concessions faites pour être mieux protégés défendus ensemble.7

« Le Tchad a joué un rôle extraordinaire au Mali. Tout le monde a applaudi. Est-ce que le Tchad a violé la souveraineté du Mali ? Pas du tout. Et c’est comme ça que mous voyons une mutualisation », enseigne l’intellectuel sénégalais.

Le chantre du panafricanisme va plus loin en proposant purement et simplement des bases militaires panafricaines. Il s’agira donc d’avoir par exemple dans la zone du Sahel une ou deux bases militaires panafricaines installées au Tchad, en Mauritanie, au Sénégal ou ailleurs. Et où nos soldats partageront la solidarité du même drapeau, c’est à dire qu’ils défendront les mêmes couleurs. Ils seront dans les mêmes campements et feront les mêmes entraînements du type forces spéciales.

L’homme préfère retourner à la communauté internationale la question relative au financement de ce dispositif. « Comment se fait-il que vous trouviez l’argent quand le conflit est ouvert avec des centaines ou des milliers de morts ? Cette logique de courir après les conflits et non de les anticiper doit changer », martèle-t-il.

Sécurité en Afrique : cinq choses à retenir du Forum de Dakar

Mis à jour le 17/12 à 9h00 par Vincent Duhem, envoyé spécial – Jeune Afrique

Impulsé par la France, le Forum sur la paix et la sécurité en Afrique s’est tenu à Dakar les 15 et 16 décembre. À l’heure du bilan, voici cinq points marquants qui ressortent des échanges entre les quelque 350 participants.

Les présidents Macky Sall (Sénégal), Idriss Déby Itno (Tchad) et Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), se sont rendus à Dakar, mardi 16 décembre dans l’après-midi, pour clôturer le Forum sur la paix et la sécurité en Afrique. Pendant deux jours, près de 350 participants auront débattu des solutions à apporter aux crises qui traversent le continent.

  • Une participation très francophone

Cette première édition du forum de Dakar est pour la France, qui l’a impulsée, un succès. Au ministère de la Défense, qui a accompagné sa création, sa construction puis son déroulement, on se félicite du nombre importants de participants et de la qualité des personnalités politiques, militaires, et académiques présentes. Il est vrai qu’avec 350 participants, le seuil espéré est largement dépassé.

Tous ont pu longuement échanger, soit lors des ateliers organisés soit lors des incessantes sessions bilatérales ou des entretiens informels qui ont eu lieu en marge du forum. « On ne construit pas une politique de sécurité sans une réflexion stratégique. Ce forum doit nous apporter une doctrine », explique un proche du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Cependant, l’essentiel des pays représentés à Dakar sont venus de l’Afrique francophone. Des États dont le rôle dans les crises majeures du continent est essentiel, comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria, étaient absents. Si les enjeux et les questions abordées sont globales, difficile de définir des réponses efficaces sans les principaux concernés…

  • La nécessité de s’adapter à une menace terroriste en pleine évolution

Au-delà de particularismes nationaux, les participants sont tous préoccupés par la même menace : celle du terrorisme. Le sujet n’a jamais été aussi brûlant sur le continent, dont les acteurs régionaux doivent adopter de nouvelles stratégies. Pas moins de treize groupes terroristes sont aujourd’hui actifs, au nord comme au sud du Sahara.

« La menace terroriste n’a plus de frontière, les acteurs se multiplient et profitent de la fragilité des espaces frontaliers », a résumé lundi Jean-Yves Le Drian. Pour Francesco Madeira, envoyé spécial du président de la Commission de l’Union africaine pour la coopération anti-terroriste, « l’Afrique est sur le point de devenir un lieu de transit du terrorisme. En Libye, des territoires sont occupés, des combattants de l’État islamique s’implantent et forment des cellules de recrutement ».

  • Prévenir les crises, une priorité

Si la menace évolue rapidement, les moyens de la combattre ne se sont pas vraiment renouvelés ces dix dernières années. Les vœux exprimés – régionalisation et mutualisation – restent pieux. Aujourd’hui, la réponse aux crises sécuritaires est d’abord militaire. « Elle permet de rattraper le temps perdu, d’en gagner pour ensuite s’occuper des problématiques socio-économiques », analyse un éminent général français.

Mais à Dakar, la grande majorité des intervenants, notamment africains, ont souhaité mettre l’accent sur la prévention. « Elle coûte moins chère en vie humaine », a déclaré Smaïl Cherghi, le commissaire Paix et sécurité de l’UA. Discours encore plus offensif de l’envoyée spéciale de l’ONU pour le Sahel, l’Éthiopienne Hiroute Gebre Selassie : « La hausse des dépenses sécuritaires se fait au détriment des besoins sociaux. C’est pourtant la précarité des développements sociaux qui pousse les jeunes à rejoindre les groupes armés. La situation de la jeunesse s’est aggravée. C’est l’une des causes profondes de l’instabilité dans le Sahel. »

« Il faut aller plus loin que l’approche sécuritaire si l’on veut combattre l’idéologie et proposer une alternative politique », poursuit Francesco Madeira.

  • La France, catalyseur de la coopération intra-africaine

Le Sénégal et son président, Macky Sall, ont joué un rôle central dans l’organisation du forum. Aux côtés des Sénégalais, la forte présence de hautes personnalités politiques est significative de l’intérêt suscité par le sommet. La co-organisation de l’événement par le ministère français de la Défense entre dans la logique, énoncée au sommet de l’Élysée en décembre 2013, d’appropriation par les Africains eux-mêmes des questions de sécurité collective.

Voulant s’ériger en catalyseur, « la France se tient présente à un moment où les initiatives régionales ont besoin de se concrétiser », a déclaré lundi Jean-Yves Le Drian. Il faut faire de la coopération la règle et non plus l’exception. » « L’approche régionale est la clef du succès », a renchéri l’envoyée spéciale de l’ONU au Sahel. Les deux jours de discussions auront eu le mérite de montrer le chemin qui reste à parcourir.

Car dans la pratique, les initiatives régionales (FAA, CARIC) sont pour la plupart dans les tiroirs. Les gouvernements africains rechignent, privilégiant l’approche bilatérale avec les États-Unis ou la France par exemple.

La rivalité entre certains pays frontaliers (entre le Cameroun et le Nigeria pour Boko Haram, entre l’Algérie et le Maroc pour la crise malienne) rendent cette coopération compliquée. Ces deux contentieux ont d’ailleurs été très présents tout au long des discussions de Dakar. Des échanges auxquels le ministre algérien des Affaires étrangères, Ratmane Lamamra, n’a finalement pas participé.

  • Les réticences de l’UA

L’UA était dès le début, très hostile à l’idée même de ce forum. Pour que celle-ci soit acceptée, « il a fallu de long mois de dialogue pour faire passer le message que nous ne voulions pas organiser un sommet qui concurrencerait sa retraite annuelle », explique-t-on au cabinet de Le Drian. Et si Smaïl Chergui a effectué, à contrecœur, le déplacement à Dakar, il a profité de son discours inaugural de lundi pour rappeler la position de l’UA et pour mettre en avant ses actions.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta à Dakar : LA SECURITE DANS LE SAHEL A CŒUR

L’Essor – Posté par FATOUMATA NAPHO le Mercredi 17 décembre 2014

En marge du forum sur la paix et la sécurité qui s’est ouvert lundi à Dakar, le président de la République Ibrahim Boubacar Keita a reçu en audience le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian, lui aussi venu participer à la rencontre et le président du Sénégal Macky Sall. Les deux audiences se sont déroulées successivement à l’hôtel King Fahd Palace où le chef de l’Etat a pris ses quartiers.

Au sortir de l’audience le ministre de la défense  Jean-Yves le Drian a indiqué que les deux personnalités ont parlé de plusieurs sujets, mais surtout de la  sécurité de la bande sahélo-sahélienne. Le responsable français a noté que c’est avec l’élection de Ibrahim Boubacar Keïta que le Mali a retrouvé le chemin de la démocratie. Parlant des pourparlers inter-maliens d’Alger dont le 4è round est prévu en janvier prochain,  le Drian a dit qu’il faut que ces négociations aboutissent.  « Nous sommes l’un et l’autre convaincus  que c’est par là qu’une paix durable sera conclue », a-t-il dit.

Quant au président sénégalais, il s’est dit fortement honoré de la participation de son homologue Ibrahim Boubacar Keita qui a déjà fait la preuve de son engagement pour la recherche de solutions aux problèmes sécuritaires en Afrique. « La bande sahélo-sahélienne ainsi que tous nos pays africains subissent les menaces des forces terroristes », a-t-il indiqué, avant d’ajouter que c’est dans une action concertée qu’il peut y avoir des réponses adéquates.

Le forum de Dakar sur la paix et la sécurité, a ajouté Macky Sall, a une la particularité : celle de réunir des chefs d’Etat africains, des responsables européens et américains, des représentants de la société civile.  Il s’est dit convaincu que les résultats qui en sortiront, seront très  utiles. Le forum pourrait être institutionnalisé. Ainsi, tous les ans, étant donné que les menaces varient,  ce sera l’occasion de revenir sur les stratégies et harmoniser les positions.

Le Drian à Dakar : l’Afrique doit «s’approprier sa sécurité»

THOMAS HOFNUNG ENVOYÉ SPÉCIAL À DAKAR (SÉNÉGAL) 16 DÉCEMBRE 2014 À 13:39

Terrorisme dans le Sahel, Libye, Boko Haram, Ebola… Les sujets ne manquaient pas au Forum international sur la paix et la sécurité.

Au rayon des vœux pieux dans les relations internationales, il y a l’Europe de la défense (qui reste dans les limbes depuis toujours), et il y a la sécurité en Afrique. Depuis des années, qui formeront bientôt des décennies, Paris en parle, Paris se mobilise, Paris met des moyens à disposition de ses partenaires sur le continent. Avec des résultats mitigés, comme le prouvent ses interventions directes au Mali et en Centrafrique au cours des derniers mois.

Alors le gouvernement français a décidé de remettre l’ouvrage sur le métier en commençant par le commencement : il veut désormais promouvoir une «culture de la sécurité» sur le continent, dit le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Autrement dit : que les Africains se parlent et agissent.

Organisé les 15 et 16 décembre à Dakar, au Sénégal, un Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique se donnait pour ambition de réunir ceux qu’on appelle un peu pompeusement les «acteurs de la sécurité» : militaires, politiques, experts.

Tout ce petit monde a participé, dans l’hôtel cinq étoiles King Fahd, à des conférences et des ateliers (en format plus réduit) sur une ribambelle de problématiques. Avec la menace terroriste persistante dans le Sahel, la descente aux enfers de la Libye, la montée en puissance de Boko Haram au Nigeria ou la gestion problématique de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, il est vrai que les sujets ne manquent pas.

En coulisse, des rencontres bilatérales ont également été discrètement organisées entre des gens qui ne se parlent pas toujours aisément. Beaucoup de francophones, quelques anglophones et des absents de marque, comme les Algériens ou les Nigériens.

MANŒUVRE DÉLICATE POUR PARIS

L’objectif affiché à Dakar était volontairement modeste, donc, mais la manœuvre n’en était pas moins délicate pour Paris. Car les Africains n’ont pas attendu l’ex-puissance coloniale pour parler entre eux des enjeux de sécurité, a rappelé à Dakar le patron de la commission Paix et Sécurité de l’Union africaine (UA), l’Algérien Smaïl Chergui : «Il faut des solutions africaines aux problèmes africains.»

Le problème, c’est que la belle architecture de paix et sécurité conçue par l’UA, qui devait se matérialiser par des brigades d’intervention dans chacune des grandes régions du continent, ne trouve pas de traduction concrète, pas plus que la force de réaction rapide envisagée par certains pays, comme l’Afrique du Sud, l’Ethiopie ou l’Ouganda. Outre la volonté politique, c’est l’argent qui manque le plus.

Certes, une force de l’Union africaine est déployée dans le Darfour, au Soudan. Certes, des bataillons ougandais et burundais, soutenus financièrement par les Européens, combattent – non sans efficacité – les shebab en Somalie. Certes, des forces locales ont été mobilisées avec des fortunes diverses au cours des derniers mois en Centrafrique et au Mali, avant d’être absorbées par des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Mais tout le monde a bien conscience des limites opérationnelles et financières de ces initiatives. «La France agit, parfois en avant-garde, comme au Mali et en Centrafrique, a reconnu Jean-Yves Le Drian à Dakar. Mais ce forum est une invitation à l’appropriation par les Africains de leur propre sécurité.»

Retour à la case départ ?

«NOUS AVONS VOULU CE FORUM»

Paris affirme désormais vouloir jouer un rôle de catalyseur, pour mieux passer un jour le flambeau aux Africains. «Les Français se demandent pourquoi ils doivent s’occuper de la sécurité de l’Afrique pendant que les Chinois et les Indiens font du business», confie un ancien ministre africain. Pour l’heure, malgré le coût financier de ces interventions, pas question de se désengager. «On n’a pas fait l’opération Serval au Mali pour laisser les terroristes se réinstaller dans le Nord, d’où l’opération Barkhane», souligne un responsable français. En Centrafrique, la France souhaite réduire ses effectifs, mais restera présente en nombre jusqu’aux élections planifiées désormais pour l’été 2015.

A quoi servira, en définitive, le Forum de Dakar ? Sera-t-il un coup d’épée dans l’eau de plus ? Paris espère que le Sénégal acceptera de donner une suite à cet exercice, dont il a organisé et pris en charge l’organisation. «On aurait tort de croire que la France a sous-traité cet événement au Sénégal, clame l’un de ses promoteurs, l’ex-ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidjane Gadio. Nous avons voulu ce forum. Lors de la prochaine édition que nous appelons de nos vœux, il y aura plus d’Afrique et moins de France.» Un responsable français présent à la réunion confie de son côté : «On n’attend pas de miracle de ce forum, mais il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : on part de pas grand-chose.»

 

Jean-Yves Le Drian : « Au Mali comme en Centrafrique, l’heure de vérité approche »

16/12/2014 à 08:44 Par Propos recueillis par F. Soudan et V. Duhem

Un an après le déclenchement de l’opération Sangaris, et deux ans après celui de l’opération Barkhane, le ministre français de la Défense affiche ses objectifs : des transitions politiques réussies et davantage de coopération régionale en matière de sécurité.

C’est un arc de cercle, qui va d’Atar en Mauritanie à Bangui en Centrafrique, sur la courbe duquel sont disséminés quelque cinq mille soldats français répartis en deux opérations distinctes, dont on marque en cette fin d’année le double anniversaire : Sangaris (un an) et Barkhane (ex-Serval, bientôt deux ans).

Sur le nom des fortins, des points d’appui, des massifs montagneux du far north malien, des oasis du Sahara nigérien et des gros villages de la savane centrafricaine, Jean-Yves Le Drian, 67 ans, qui ne connaissait presque rien à l’Afrique avant de devenir le ministre de la Défense de François Hollande, est désormais quasi infaillible.

Nécessité faisant loi, ce breton chaleureux, socialiste millésimé 74 et franc-maçon tendance « no comment » quand la question lui est posée, a beaucoup et vite appris, à commencer par la psychologie des chefs d’État de la région, qu’il tutoie volontiers et dont il se fait le discret porte-parole auprès de l’Élysée quand ils s’estiment incompris, voire maltraités – ce qui, il faut le reconnaître, est un peu le cas en ce moment.

Ces partenaires indispensables de la France en Afrique, Le Drian devait les revoir pour la plupart à Dakar, les 15 et 16 décembre, en marge du forum sur la sécurité, dans l’organisation duquel il s’est beaucoup impliqué. Quelques heures après être allé accueillir, aux côtés de François Hollande, le dernier otage français libéré, Serge Lazarevic, Jean-Yves Le Drian a reçu J.A. dans son bureau de la rue Saint-Dominique, à Paris. Enrhumé ce matin-là, mais toujours droit dans ses bottes.

Jeune afrique : Quels sont les objectifs du forum sur la paix et la sécurité en Afrique, que vous ­coorganisez à Dakar avec Macky Sall ?

JEAN-YVES LE DRIAN : C’est la concrétisation d’un engagement pris lors du sommet Afrique-France de l’Élysée, il y a un an. Ce sera l’occasion pour des acteurs différents de se rencontrer : des politiques, des autorités militaires, ainsi que des experts, des chercheurs, des responsables économiques et des ONG.

L’ambition est de créer une culture sécuritaire commune en Afrique. En vertu de ce principe, l’élaboration et l’animation du forum ont été confiées à un centre de recherche sénégalais, l’IPS, présidé par l’ancien ministre Cheikh Tidiane Gadio. Il était quand même surprenant qu’il n’y ait pas un lieu de réflexion sur ce que doit être la sécurité de ce continent alors qu’il est le théâtre d’interventions militaires significatives, de conflits violents et que les menaces sont persistantes.

Le but est donc d’en faire un rendez-vous régulier ?

L’impératif sécuritaire doit être considéré par les Africains comme une priorité. À moyen terme, l’objectif est de créer un continuum sécuritaire en Afrique.

Dans le cas de l’opération Sangaris comme dans celui de l’opération Serval rebaptisée Barkhane, nul ne doute qu’il fallait intervenir. Toutefois, la France donne l’impression de ne pas savoir comment en sortir… Ne pensez-vous pas que des progrès considérables ont été réalisés depuis notre intervention ?

Nous sommes allés en Centrafrique, à la demande de l’ONU, pour empêcher des massacres de masse, une aggravation des violences et du conflit interethnique. Les observateurs parlaient à l’époque d’une situation prégénocidaire.

S’il y avait eu un vide sécuritaire sur ce territoire, avec l’essor de Boko Haram, la situation dans le sud de la Libye et dans la Corne de l’Afrique, la Centrafrique aurait pu être le creuset d’autres mésaventures. Au Mali, nous sommes intervenus pour assurer l’intégrité d’un territoire, la sécurité des Français et des Européens. Si les groupes jihadistes voulaient fondre sur Bamako, c’était pour faire de cet État-là un État terroriste.

Y a-t-il une perspective de sortie de crise, en Centrafrique ?

Oui. Je considère qu’aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour aboutir à une solution politique. J’appelle les Centrafricains à prendre leur destin en main, à préparer la transition politique. Celle-ci passe par des élections présidentielle et législatives, qui doivent se tenir à la mi-2015. Je le répète avec force : qui doivent se tenir à la mi-2015 ! C’est de leur responsabilité.

Pourtant, l’ONU affirme qu’organiser des élections d’ici au mois d’août relèvera du défi…

Je maintiens cette position. C’est une nécessité, aux yeux de l’opinion internationale. Il faut engager le processus technique et politique, il y a les moyens pour cela. Chacun doit assumer ses responsabilités.

Les autorités centrafricaines doivent-elles en faire plus ?

Il faut que la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, accentue la pression pour que les rendez-vous soient respectés. C’est une question de crédibilité internationale.

Dans une tribune qu’il nous a fait parvenir, l’ancien président François Bozizé affirme qu’on ne pourra pas se passer de lui…

Ce n’est pas à la France de désigner qui doit participer au dialogue politique intercentrafricain, mais aux responsables politiques et au médiateur.

Vous avez annoncé un retrait progressif des effectifs de Sangaris. Un calendrier a-t-il été fixé ?

Grâce à l’intervention de la France en décembre 2013, une force africaine puis internationale de plus de 8 500 militaires a pu se déployer et sécuriser le pays. Les Européens, dans le cadre d’Eufor RCA, contribuent à la sécurité de Bangui. Ces forces peuvent désormais prendre le relais de la force française Sangaris. Notre objectif est d’arriver à 1 500 militaires à la mi-2015 contre 2 000 aujourd’hui. C’est un premier palier. Notre désengagement se poursuivra de manière responsable, au profit d’une force de réaction rapide plus mobile.

Pour ce qui concerne le Mali, la solution politique passe par les négociations d’Alger, qui reprendront en janvier. Sont-elles en bonne voie ?

Il faut que la feuille de route soit validée. Cela implique que, lors des négociations d’Alger, les groupes armés signataires soient représentés par leurs plus hauts responsables. Même chose du côté de Bamako. Tout le monde doit comprendre que l’heure de vérité approche.

On a tout de même l’impression que ces négociations sont prises en otage par la rivalité maroco-algérienne. Une partie du MNLA [Mouvement national de libération de l’Azawad] de Bilal Ag Cherif, très proche du Maroc, ne veut pas y participer. Bamako a été contraint de demander aux autorités américaines d’intervenir auprès de Rabat…

Il ne faut pas faire entrer cette rivalité dans le règlement de la situation au Mali. Les Maliens sont responsables de leur propre destin et ne doivent pas écouter tel ou tel.

L’Algérie joue-t-elle le jeu ?

Je trouve que oui. Les Algériens sont transparents. C’est dans leur intérêt. Nous avons de bons contacts avec les autorités algériennes, que j’ai rencontrées au plus haut niveau à Alger en mai dernier.

Avez-vous évoqué ce sujet avec le Maroc ?

Nous n’avons pas à avoir une discussion sur ce sujet avec tel ou tel. Il y a une médiation algérienne, nous l’appuyons.

L’objectif, c’est que les négociations aboutissent en janvier ?

La perspective, c’est janvier, et nous mettrons la pression nécessaire pour y parvenir. Pas uniquement en termes politiques. Il y a aussi une dimension économique, un développement nécessaire du Nord-Mali qui a souvent été oublié dans les choix. Il faut donc qu’il reprenne toute sa place. Rien que sa place.

La situation à Kidal vous inquiète-t-elle ?

C’est un abcès de fixation. Il faut le dédramatiser. Combien y a-t-il d’habitants à Kidal ? Trente mille, sur 17 millions au Mali.

À Dakar, le discours prononcé par François Hollande lors du sommet de la Francophonie n’est pas bien passé auprès de certains chefs d’État, comme le Congolais Denis Sassou Nguesso ou le Tchadien Idriss Déby Itno, sur lesquels la France s’appuie pour consolider son architecture sécuritaire. Était-il judicieux de leur donner une leçon de gouvernance ?

Il faut trouver un équilibre entre l’objectif démocratique et la nécessité sécuritaire dans le cadre d’un dialogue parfois tonique, mais nécessaire. Même si la priorité est aujourd’hui sécuritaire.

La sécurité est plus importante que l’alternance démocratique ?

Les deux sont fondamentales. Le discours du président Hollande à Dakar reflétait cette position. Nous avons nos principes, qui sont la démocratie, le chemin vers le progrès et le développement. Le dire à Dakar, dans un pays où la démocratie se porte bien, et après la crise au Burkina, qui a permis d’enclencher un nouveau processus démocratique, n’était pas anodin.

La situation du Burkina vous préoccupe-t-elle ?

Après tout, la France comptait beaucoup sur le rôle stabilisateur de Blaise Compaoré dans la région… Il n’y a pas eu la moindre tentative de déstabilisation ou de manifestations antifrançaises lors de ce transfert d’autorité.

Les forces spéciales resteront donc à Ouagadougou ?

Il n’y a pas de raison qu’elles n’y demeurent pas. Les nouvelles autorités n’ont fait aucune demande en ce sens.

Peut-on tirer un premier bilan de l’opération Barkhane ? Combien de jihadistes a-t-elle permis de neutraliser ?

Notre dispositif militaire est désormais arrivé à maturité. C’est une action régionalisée, avec des points d’appui avancés qui nous permettent de mener des actions efficaces de contre-terrorisme. Depuis le 1er août, nous avons pu neutraliser une soixantaine de jihadistes, essentiellement dans le nord du Niger et du Mali. Près de 200 ont été neutralisés en un an, et parmi eux des chefs importants. Encore la semaine dernière, Ahmed al-Tilemsi, un haut cadre d’Al-Mourabitoune, a été éliminé par nos forces spéciales.

Le Sud-Ouest libyen est un havre pour beaucoup de groupes terroristes. Faut-il y intervenir ?

J’ai alerté l’opinion internationale au mois de septembre, disant que j’observais une concentration de terroristes dans cette zone, que Mokhtar Belmokhtar s’y trouvait, que Iyad Ag Ghali y passait, et Abdelkrim Tergui aussi sans doute. Cette évolution se confirme. Il faudra que la communauté internationale prenne les dispositions nécessaires avec les pays concernés. Une prise de conscience est indispensable. J’en ai très récemment reparlé avec les présidents Sissi et Déby Itno, ainsi qu’avec les autorités algériennes. Mais la solution doit être politique.

Pas militaire ?

Elle sera d’abord politique. Ensuite, elle se traduira par une nécessaire pacification de l’ensemble de la Libye. Une plateforme informelle telle que le forum de Dakar peut être le lieu d’une telle discussion.

Une intervention de la France est-elle exclue ?

La Libye est un pays souverain. La réponse doit être internationale. Il ne faut pas rajouter du chaos au chaos.

Vous parliez de coopération régionale. Elle semble pourtant très difficile, voire impossible à établir entre les armées camerounaise, nigériane et tchadienne dans la lutte contre Boko Haram…

J’en suis conscient. Le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad ont choisi de diligenter chacun un bataillon pour former une force de réaction rapide, mais il reste encore beaucoup à faire pour concrétiser ce projet. Nous avons proposé la mise en place d’un comité de liaison pour améliorer les choses. La France sera partie prenante. Nous avons dépêché une dizaine d’officiers. C’est une avancée qui a été plébiscitée par les pays concernés.

Les dépenses d’armement des pays africains ont bondi de 8,3 % en 2013. L’Algérie, l’Angola et l’Afrique du Sud caracolent en tête. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

C’est à double tranchant. Il importe que les Africains assurent leur sécurité. Il leur faut les moyens d’assurer cette souveraineté, donc d’avoir des armées structurées au service des États, pas des armées de clans. Cet effort-là suppose un minimum d’armement. Mais d’autre part, s’il y a une hausse des achats d’armes, c’est aussi parce que les menaces et les risques sont plus importants.

Enjeux sécuritaires, l’Afrique veut se prendre en main

Par Augustin FODOU, envoyé spécial – 16/12/2014

La première édition du forum sur la paix et la sécurité en Afrique se tient depuis ce lundi à Dakar. On y réfléchit sur les stratégies à développer pour faire face aux défis communs

C’est le King Fahd Palace qui abrite les travaux de ce Forum qui se veut le pendant des autres régions de la planète qui harmonisent leur politique de sécurité. L’ouverture présidée par le Premier ministre sénégalais, représentant le président Macky Sall a été marquée par trois interventions.

Smaïl Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine a réaffirmé « la détermination des chefs d’Etat et de gouvernement de parvenir à prévenir, gérer et résoudre les situations de conflits et de crise de manière durable pour inscrire l’Afrique sur la trajectoire du renouveau et du développement pour qu’elle soit la locomotive de la croissance de l’économie mondiale « . Pour la sécurité du continent, M. Chergui a indiqué que les pays africains doivent « prendre leur part dans l’effort de financement », au côté des Européens.

« L’appropriation par l’Afrique de ses enjeux sécuritaires n’est pas un slogan ou une posture, c’est une réalité », a déclaré Jean Yves Le Drian, ministre français de la Défense. Pour ce dernier, le défi de ce forum est d’aller au-delà des premiers jalons posés lors du sommet de l’Elysée en décembre 2013. Pour y parvenir selon M. Le Drian, il y a deux défis à relever. Le premier est d’amplifier l’effort collectif en faveur de l’Afrique. « Les partenaires de l’Afrique ne manquent pas. Encore faut-il que nous travaillions ensemble dans la même direction, avec une même compréhension des enjeux, des menaces et des réponses que nous devons y apporter. Cela suppose que nous soyons prêts à tenir un discours de vérité et à sortir des sentiers battus » a estimé le ministre de la Défense.

Le second défi toujours selon M. Le Drian, est de « faire de la coopération la règle et non plus l’exception. (…) Une gestion strictement nationale des enjeux de sécurité est désormais une illusion. La menace terroriste n’a pas de frontières. Elle se nourrit justement de leur absence, de leur porosité, et prospère grâce à la fragilité des espaces transfrontaliers » a-t-il indiqué.

Panel de haut niveau ce mardi

Quant au chef de l’exécutif sénégalais, il a appelé à une « mobilisation de tous pour renverser les prévisions alarmistes du monde » car « la situation sur le continent demeure plus que jamais préoccupante ». M. Dionne a par ailleurs, relevé que « le meilleur remède aux crises en Afrique consiste à les prévenir en luttant notamment contre la pauvreté, la faim, les inégalités sociales, la mauvaise gouvernance, etc.

A la suite de l’ouverture officielle, deux plénières se sont tenues. La première a pour thème « paix et sécurité en Afrique : menaces partagées et visions communes, solutions africaines et réponses internationales » et la seconde, « Gestion des crises : pour une vision commune des menaces ». Les participants approfondissent les réflexions sur les différents défis dans les ateliers qui ont débuté dans l’après-midi du lundi et se poursuivront ce mardi avant un panel de haut niveau qui sera présidé par le président sénégalais Macky Sall suivi du discours de clôture en présence du président malien, Ibrahim Boubacar Keita.

Mali: Paix et Sécurité en Afrique : Le président IBK à Dakar depuis hier

Daba Balla KEITA – Nouvel Horizon – 16 décembre 2014

“Quelles priorités pour renforcer la paix et la sécurité en Afrique ?” , c’est le thème d’un forum international qui a débuté, hier à Dakar dans la capitale sénégalaise et qui prendra fin ce mardi 16 décembre 2014. Le président de la République du Mali, El Hadj Ibrahim Boubacar Kéita qui participe à cette rencontre entend plaider la cause de notre pays en proie et au coeur d’un terrorisme international dans sa partie nord.

Outre le président IBK, sont présents au coté de l’hôte de la rencontre, le président du Sénégal Macky Sall, les présidents du Tchad Idriss Déby Itno, du Niger Mahamadou Issoufou, le Ministre français de la Défense, Jean Yves Ledrian, etc… L’objectif principal de ce forum est la prise en main par les pays africains de leur propre sécurité, Paris n’ayant pas les moyens et n’entendant pas être le gendarme de l’Afrique.

LES PAYS DITS DU CHAMP

En prélude au forum de Dakar des 15 et 16 décembre, les experts africains s’étaient retrouvés à Oran en Algérie, le 11 décembre courant, pour baliser le terrain. Si le terrorisme est un phénomène international, il se joue dans certains pays dits du champ. Ces pays dits du champ sont : la Mauritanie, le Mali, le Niger, l’Algérie, la Libye, le Tchad et dans une moindre mesure le Soudan et l’Egypte. C’est ce qui a fait dire à la nouvelle secrétaire générale de la francophonie, la Canadienne Michelle Jean, lors de la conférence de presse clôturant le récent sommet de la francophonie, que “la crise n’est pas une crise malienne…”.

A dire vrai, le terrorisme n’a pas de frontière puisqu’il s’agit de crime transnational comme la prise d’otage, le trafic de drogue, d’armes, de blanchiment de capitaux, etc… Puisque le terrorisme et tout ce qui s’en suit comme le blanchiment des capitaux, les prises d’otage, les trafics de tous les genres sont des phénomènes mondiaux, les solutions doivent être transnationales et globales.

QUE FAUT-IL FAIRE ?

Les pays occidentaux ont un grand rôle à jouer dans la lutte contre le terrorisme. Le sommet d’Oran en Afrique, tout comme le forum international de Dakar invite les pays occidentaux à ne plus verser de rançons aux preneurs d’otages. Car, cet argent sert à organiser d’autres prises d’otages, à payer les armes avec ces mêmes occidentaux qui en sont les principaux fabricants. Une lutte implacable accrue avec plus de coordination entre les pays tarirait les sources de financement des réseaux criminels. Plus de justice sociale, d’équité, de démocratie, de bonne gouvernance, etc…. contribuerait efficacement à lutter contre le terrorisme, le blanchiment des capitaux et les trafics de tous genres.

Le président malien appelle l’ONU à trouver une solution au « guêpier » du sud libyen

AFP avec Maliactu – 16 décembre 2014           

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a appelé mardi la communauté internationale à mettre fin à l’instabilité dans le sud libyen, « guêpier » et « marché fabuleux d’armes à destination de nos pays », à Dakar au premier Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique.

« La source c’est là-bas, dans le sud libyen », a déclaré M. Keïta, évoquant les convois d’armes interceptés et se demandant « combien ont pu passer sans qu’on le sache et combien pourraient passer encore sans la vigilance quotidienne de Barkhane ? », le dispositif militaire français dans le Sahel. « Il faut que la communauté internationale se convainque qu’il y a un travail à achever dont nous sommes la victime collatérale », a-t-il ajouté.

Les mouvements islamistes armés de la région se sont regroupés dans le sud de la Libye depuis l’opération française Serval lancée contre les groupes jihadistes dans le nord du Mali en 2013, remplacée par Barkhane, à vocation plus régionale, en août 2014.

Le chef d’Etat malien a exhorté son homologue du Tchad, dont le pays siège au Conseil de sécurité, à saisir l’ONU du « guêpier » du sud libyen.

Le président tchadien Idriss Deby, présent au Forum, a lui aussi plaidé pour une intervention internationale en Libye, affirmant que « le Mali est une conséquence directe de la destruction de la Libye, tout comme Boko Haram », le groupe islamiste armé basé dans le nord du Nigeria qui déborde largement les frontières de ce pays.

Selon M. Deby, « si on veut résoudre le problème du Sahel (…) il faut s’occuper de la Libye ». « La solution n’est pas entre nos mains, c’est entre les mains de l’OTAN qui a créé le désordre », a-t-il dit, estimant qu’ « aucune armée africaine ne peut aller détruire en Libye les terroristes » mais que les pays du continent pourraient y contribuer.

Le président tchadien a plaidé pour une « mutualisation des efforts » face au « terrorisme, fléau qui n’a pas de visage, n’épargne aucun pays », estimant qu’il « ne peut y avoir des réponses nationales d’une part et des réponses continentales d’autre part ».

Le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall a de son côté qualifié la Libye de « poudrière ». « La Libye est un travail inachevé. Il faut que ceux qui l’ont commencé puissent le terminer. A cela s’ajoutent les influences venues d’Egypte, avec les Frères musulmans », a-t-il déclaré.

Tchadiens, Maliens et Sénégalais appellent à une intervention militaire en Libye

16 décembre 2014

Les présidents tchadien, malien et sénégalais ont exhorté mardi les Etats occidentaux à « achever le travail » en Libye en intervenant contre le sanctuaire jihadiste installé dans le sud du pays, qui menace tout le Sahel

« La Libye est devenue le terreau du terrorisme et de tous les malfaiteurs. Le Mali, c’est la conséquence directe de la destruction et du désordre libyen, Boko Haram aussi », a lancé le chef de l’Etat tchadien, Idriss Deby, en référence au groupe islamiste armé du nord du Nigeria qui déborde largement les frontières de ce pays.

En Libye, « l’objectif recherché était l’assassinat de Kadhafi mais pas autre chose. Ce qu’il n’y a pas eu, c’est le service après-vente », a-t-il martelé dans un discours très applaudi, volontiers sarcastique, en clôture du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

« La solution n’est pas entre nos mains, elle est entre les mains de l’Otan qui a créé le désordre et n’a qu’à ramener l’ordre. Les Nations unies qui ont donné le quitus (pour l’intervention de 2011) sont responsables aussi », a-t-il accusé.

« Aucune armée africaine ne peut aller détruire en Libye le terrorisme (…) Il n’y a que l’Otan qui en a les moyens », a-t-il souligné.

« Si on veut résoudre le problème du Sahel, il faut s’occuper de la Libye. Nous pourrons les accompagner », a insisté M. Deby, dont le pays, puissance régionale, est déjà intervenu aux côtés de l’armée française au Mali contre les jihadistes en 2013 lors de l’opération Serval.

Avant lui, les présidents malien Ibrahim Boubacar Keïta et sénégalais Macky Sall ont aussi insisté à la tribune sur la menace que constituent pour la région le jihadisme et les trafics transfrontaliers en tous genres en provenance du sud de la Libye, aux confins de l’Algérie, du Niger et du Tchad.

Une partie des jihadistes refoulés du Mali, dont l’Algérien Mokhtar Belmokhtar et le Malien touareg Iyad Ag Ghali, se sont retranchés dans cette région, devenu un véritable havre, par où transitent les trafics d’armes prélevées sur les gigantesques stocks du colonel Kahdafi.

« Ils y installent leurs familles, s’y approvisionnent, s’y reposent », souligne-t-on de source gouvernementale française en notant que Belmokhtar vient d’y avoir un nouveau fils.

-‘Pas y aller seuls’-

« Il faut que la communauté internationale se convainque qu’il y a un travail à achever dont nous sommes les victimes collatérales », a affirmé le président malien, qualifiant le sud de la Libye de « guêpier ».

« Il faut que ceux qui ont commencé le travail puissent nous aider à le terminer », a lancé Macky Sall.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian a concédé que la question restait entière. « Oui, la question libyenne est devant nous. Que cette préoccupation soit partagée me paraît une bonne chose », a-t-il dit.

Mais la France se refuse pour l’heure à toute option militaire sans un certain nombre d’appuis internationaux. Et plaide dans l’immédiat pour un règlement politique en Libye, où deux gouvernements rivaux se font face et où les islamistes radicaux gagnent toujours du terrain.

« On ne va pas refaire ce que le monde nous reproche, intervenir sans penser le coup d’après. On ne veut pas y aller seuls », souligne-t-on de source gouvernementale française.

Si certains pays comme l’Egypte sont favorables à une intervention collective rapide, l’Algérie craint en revanche de voir les jihadistes refluer vers son territoire.

« A ce stade, nous ne pouvons qu’attirer l’attention de la communauté internationale. Il n’y a pas d’option autre que diplomatique, un dialogue avec l’ensemble des pays de la région, plus de l’échange de renseignement et des capacités d’action rapide » via la force Barkhane, qui remplace depuis août l’opération Serval, ajoute-t-on.

Les Français viennent ainsi d’installer une base avancée à Madama, dans le nord du Niger, tout près de la frontière libyenne. « Si Mokhtar Belmokhtar franchit la passe de Salvador, on sera ravi de l’accueillir », ironise cette source.

Autre facteur d’inquiétude, « des islamistes commencent à se fédérer dans le nord libyen et ne vont pas tarder à concevoir des opérations ensemble », souligne-t-on de même source.

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One Comment
  1. warnez freddy permalink

    La hausse des dépenses sécuritaires et j’ajoute, comme antérieurement les détournements dus à la corruption (seulement antérieurement ?) se fait au détriment des besoins sociaux…ça fait un peu tard pour s’en apercevoir, car pour cette jeunesse en précarité, ce qui n’était qu’une fuite devient maintenant un projet, voire une fierté retrouvée avec EI.

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