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Un gouvernement face aux défis multiples

by sur 16 janvier 2015

Les réactions continuent après la formation du gouvernement de Modibo Keïta. Ce dernier, à l’autorité reconnue, a les moyens de s’imposer.

Les les défis sont nombreux et compliqués, mais l’homme a l’âge et l’expérience pour lui. De plus, il connaît parfaitement les dossiers et les arcanes de la diplomatie.

Et les ministres ont été sérieusement mis en garde.

Équipe Modibo Kéita : Un gouvernement de combat

YATTARA – Par L’Informateur – Date: 15 Janvier 2015 

Le Premier ministre Modibo Kéita a été prompt à mettre en place son gouvernement, le troisième de l’ère IBK. Il l’a fait deux jours seulement après sa nomination, ce qui laisse croire que l’essentiel était fait avant même la démission de son prédécesseur Moussa Mara.

C’est un gouvernement de 29 membres contre 31 dans le précédent. Deux ministères en l’occurrence l’Artisanat et le Tourisme ; la Jeunesse et la Construction citoyenne, sont rattachés à d’autres départements, la Culture pour le premier et l’Emploi pour le second.

C’est un gouvernement débarrassé de 8 membres dont les ministres à scandales. Les premiers sont cités dans les scandales liés à l’achat de l’avion présidentiel et les équipements militaires. Deux scandales qui avaient valu une rupture de relations entre notre pays et la communauté financière internationale notamment le FMI. Ces ministres cités sont : Mme Bouaré Fily Sissoko du ministère de l’Economie et des Finances ; Mahamadou Camara de l’Economie numérique de l’Information et de la Communication et Moustapha Ben Barka de l’Industrie et de la Promotion des investissements.

Ceux-ci ne sont pas les seuls à faire les frais du renouvellement de l’équipe gouvernementale. Ba N’Daou à peine arrivé à la tête du département de la Défense en remplacement de Soumeylou Boubèye Maïga, est débarqué. C’est l’une des surprises. Une autre surprise est l’éjection de Ousmane Sy qui était à la Décentralisation et de la Ville. Cet artisan de la décentralisation au Mali quitte le gouvernement au moment où on le croyait plus utile. Bamako est dans un processus de négociations avec les groupes armés autour d’une nouvelle gouvernance des territoires et en la matière, la « décentralisation poussée » est un concept qu’utilisent nos autorités.

Les trois autres éconduits ont pour noms : Mme Togola Jacqueline Marie Nana de l’Education nationale ; Bocar Moussa Diarra de la Fonction publique de la Réforme de l’Etat et des Relations avec les Institutions et Mme Berthé Aissata Bengaly de l’Artisanat et du Tourisme. Le départ de Togola Jacqueline Marie Nana peut s’expliquer par le scandale des fuites de sujets aux examens : le DEF et le Baccalauréat. Sa détermination à éradiquer le mal n’aura pas suffit aux yeux d’IBK. Bocar Moussa Diarra paye probablement le prix de la grève de 72 heures de la centrale syndicale l’UNTM alors que Berthé Aîssata Bengaly était à la tête d’un département peu important qui a d’ailleurs été rattaché à la Culture. Aussi, sa récente dispute avec la ministre de la Culture, N’Diaye Ramatoullaye Diallo, autour des prérogatives n’aurait pas contribué à arranger sa situation. Ironie du sort, Ramatoullaye a été renforcée avec le rattachement de l’Artisanat et du Tourisme à la Culture.

Les 6 ministres rentrants sont Mamadou Igor Diarra pour l’Economie et des Finances. Ce banquier avait été ministre des Mines de l’Energie et de l’Eau au temps d’ATT. Lui qui disait à cette époque à ses amis qu’on n’avait même pas encore exploité 6% de ses potentialités intellectuelles aura le temps de montrer ses preuves à la tête de ce département stratégique.

Dr. Choguel Kokalla Maïga, président du MPR, prend la tête du département de l’Economie numérique de l’Information et de la Communication pour la réalisation de la transition numérique.

L’ancien rebelle touareg, Mohamed Ag Erlaf reconverti depuis des lustres et plusieurs fois ministre au temps de Konaré, hérite du département de l’Environnement de l’Assainissement et du Développement durable.

Mme Diarra Raky Talla, peu connue du public, est bombardée ministre de la Fonction publique de la Réforme de l’Etat et des Relations avec les Institutions, alors que Kénékouo dit Barthélémy Togo, un cadre vieilli dans les sérails de l’Education, hérite de l’Education nationale et enfin… enfin  Dramane Dembélé, candidat malheureux de l’Adéma à la présidentielle de 2013 fait son entrée dans le gouvernement pour s’occuper de l’Urbanisme et de l’Habitat.

Cinq ministres changent de portefeuilles. Il s’agit de Mohamed Aly Bathily qui quitte la justice pour les Domaines de l’Etat et des Affaires foncières en remplacement de Tiéma Hubert Coulibaly qui récupère la Défense. Abdoulaye Idrissa Maïga abandonne l’Environnement l’Eau et l’Assainissement pour l’Administration territoriale et la Décentralisation. Mahamadou Diarra quitte l’Urbanisme et de l’Habitat pour la Justice alors que Mamadou Gaoussou Diarra devient le ministre de la Promotion des investissements et du Secteur privé.

Les autres ministres conservent leurs départements, certains intacts, d’autres plus renforcés ou délestés. Abdel Karim Konaté dit Empé du Commerce se renforce avec l’Industrie ; Mahamane Baby de l’Emploi est aussi renforcé avec la Construction citoyenne de même que Ramatoullaye de la Culture qui récupère l’Artisanat et le Tourisme. Frankaly Kéita retrouve l’Eau. Lui qui s’occupait uniquement de l’Energie. Par contre le général Sada Samaké est délesté de l’intérieur et garde désormais la Sécurité et de la Protection civile.

Cette équipe est qualifiée de gouvernement de combat. Le premier combat consistera à faire face à la situation sécuritaire du Nord avec l’aboutissement des négociations d’Alger. Il y a aussi les autres défis comme la lutte contre la corruption, le développement socio-économique etc.

 Modibo Keita, les raisons de la confiance

Le Journal du Mali – Par Lalla M – 14/01/2015

L’une des missions cruciales du nouveau Premier Ministre est de parvenir rapidement à un accord de Paix avec les groupes armés rebelles du nord. Modibo Keita sera t’il assez fédérateur pour y parvenir

Après l’émoi des premiers jours, la nomination des membres du gouvernement et le premier conseil des ministres ce 14 janvier, l’heure est « au combat ». Combat pour un gouvernement déterminé à sortir le Mali de la crise, et à enfin enregistrer une victoire. Celle de la sécurité nationale. Le contexte particulièrement sensible dans lequel est plongé le nord de notre pays, en proie aux attaques, aux milices, aux bandits armés qui y sèment la peur et la terreur met en exergue cette mission première. Parvenir à un accord de paix entre Bamako et les groupes armés du Nord. Pour y arriver, Modibo Keita dispose de plusieurs atouts :

Consensus politique…

Dans un premier temps, le nouveau chef du gouvernement, ne devrait pas être gêné dans son action par des querelles partisanes ou politiciennes. Sans coloration politique marquée, il a le respect des barons du RPM, le parti présidentiel et a plutôt bien été accueilli par l’opposition malienne, qui voit en lui un homme de consensus. Ayant rendu visite à presque tous les grosses formations politiques du Mali, Modibo Keita force le respect, et suscite un espoir immense, même si selon les propos de Soumaila Cissé, chef de file de l’opposition, le doute est permis quant à l’issue du combat dans lequel lui et son équipe sont engagés.

Deuxième atout : sa mission en tant que Haut représentant du Président de la République pour les pourparlers inter-maliens de paix, ces six derniers mois, l’a préparé à Alger. En tant que médiateur, Modibo Keita, qu’IBK mettait à l’épreuve, a eu le temps et l’opportunité d’appréhender les partis en présence et d’entrevoir des positions communes pour les protagonistes, sous l’égide de l’Algérie. Selon certains observateurs, il a réussi l’exploit de faire ré-asseoir à la table des négociations, des groupes rebelles comme le MNLA, échaudés par les propositions du Préaccord de Paix qui suscite encore des réserves. Modibo Keita devra convaincre certains sécessionnistes de la nécessité de l’unité nationale, en écartant toute idée de fédéralisme ou d’autonomie des régions du nord. Il en va de l’intérêt suprême, et face à des menaces transnationales.

Enfin, son âge et son expérience politique qui lui feront éviter des « erreurs » de jeunesse. En choisissant ce septuagénaire de 3 ans son aîné, IBK ne veut pas s’encombrer d’ambitions démesurées pour un homme en fin de carrière, mais surtout les erreurs de gouvernance, comme on a pu le constater chez le précédent Premier ministre. Si Tatam Ly était un technocrate, à qui la tâche n’a pas été rendue facile, Moussa Mara dont les qualités sont indéniables, aura montré un manque de recul face à certains évènements. Cependant, certains émettent des réserves. « Ne faut’il pas craindre une gouvernance trop classique de l’Etat avec Modibo Keita, alors que l’administration se modernise chaque jour davantage? ». La question mérite d’être posée. Et à chaque nouveau premier ministre, correspondent des enjeux.

Pour Modibo Keita, ce grand commis de l’Etat, combien de temps durera l’Etat de grâce ?

 

Modibo Kéïta : Le temps des interrogations

Sékou Tamboura –  L’Aube du 12 janvier 2015

La nomination de Modibo Kéïta comme Premier ministre, en remplacement de Moussa Mara, a été certes accueillie avec soulagement, pour sa forte personnalité et sa grande expérience de la gestion des affaires publiques.

Mais, ce come-back après un premier passage à la Primature en 2002 (18 mars-09 juin) n’en suscite pas moins d’interrogations sur la marge de manœuvre réelle du vieux briscard en face d’un IBK qui en impose jusque-là à ses PM.

Aura-t-il les coudées franches pour exécuter sa mission ? Ou bien sera-t-il un Premier ministre faire-valoir à l’image de ses deux prédécesseurs ?

PM entrant, Modibo Keita

Pour une fois, depuis l’arrivée du président Ibrahim Boubacar Kéïta à la tête de l’Etat en septembre 2013, un Premier ministre fait quasiment l’unanimité au sein de l’opinion tant nationale qu’internationale. Modibo Kéïta, nommé jeudi dernier pour succéder à Moussa Mara, est précédé d’une grande réputation pour sa connaissance des hommes et des grands dossiers. En plus, au plan socio humain, il est vu comme un homme pondéré et d’une grande humilité.

Contrairement au banquier Oumar Tatam Ly et à l’expert-comptable Moussa Mara (tous deux handicapés par leur inexpérience politique et, surtout, administrative), le nouveau chef du gouvernement (professeur de lettres à la retraite, sorti de l’Ensup en 1969) est un grand commis de l’Etat qui a occupé de nombreuses fonctions dans la haute administration : instituteur puis professeur d’enseignement secondaire pendant 16 ans ; ministre durant 8 ans ; Ambassadeur dans plusieurs pays européens et auprès des organisations du Système des Nations unies ; Premier ministre. Et depuis le 22 avril 2014 et ce, jusqu’à sa nomination comme jeudi comme Premier ministre, Modibo Kéïta était le Haut représentant du président de la République pour le dialogue inclusif inter-malien.

Outre cette force personnelle, Modibo Kéïta aura un allié de taille pour mener sa tâche à bien: le peuple. Depuis les rumeurs répétées sur la démission de Mara, son nom revenait régulièrement comme le potentiel successeur du président de Yelema. Ensuite, cette supposition virait en vœu, puis en réclamation, avant d’être confirmée par le chef de l’Etat. Comme pour trancher avec les nominations de Ly et Mara, aucun bourdonnement, aucun murmure, aucune contestation n’émanent des populations pour protester ou marquer leur désapprobation. C’est un bon signe.

Un troisième atout majeur pour le nouveau PM, c’est l’adhésion de la classe politique, de l’opposition et de la majorité, y compris le parti majoritaire. En attestent les messages de félicitations de partis politiques qui ont donné à l’arrivée les allures d’une caution.

Mieux, dès le lendemain de sa nomination, vendredi vers 10 heures, Modibo Kéïta aurait été reçu à sa demande par le Bpn du Rpm. Aux cadres du parti au pouvoir, le nouveau chef du gouvernement aurait tenu ce langage : « …Je n’ai pas encore fait la passation ; c’est cet après-midi… Je viens m’enquérir de votre position par rapport à ma nomination… ». Pour toute réponse, Modibo Kéïta aurait reçu des acclamations nourries (synonymes de feu vert ?).

Dans l’après-midi, il aurait eu une rencontre avec l’opposition, qui l’aurait félicité pour la confiance placée en lui par le chef de l’Etat.

C’est justement cette confiance du président IBK qui constitue le dernier acte favorable à Modibo. En effet, après avoir (sciemment ?) « bousillé » deux « cartouches », IBK sait qu’il n’a plus droit à l’erreur et qu’il lui faut le PM de son mandat. En jetant son dévolu sur Modibo Kéïta, il mise sur un collaborateur connu, si ce n’est un complice dans le très délicat dossier du dialogue inclusif inter-malien.

Tous ces éléments positifs incitent à l’espoir que le Premier ministre  Modibo Kéïta est bien parti pour affronter les grands défis qui l’attendent.

D’abord, le défi de la relance économique et financière dans un pays plongé dans le chaos depuis le 22 mars 2012. Crise de trésorerie, marasme économique, faible pouvoir d’achat, panier de la ménagère vide sont autant de fléaux qui caractérisent la vie nationale.

Ensuite, le défi de la réconciliation dans un pays où le tissu social reste toujours fissuré par l’occupation de 2012-2013 et son corollaire d’exactions de toutes sortes.

Le défi aussi d’un accord définitif entre le gouvernement et les groupes armés à l’issue de la dernière phase des pourparlers d’Alger. Le nouveau PM maîtrise bien ce dossier dans lequel il agissait jusque-là au nom exclusif du chef de l’Etat.

A tout cela s’ajoutent la gestion de dossiers brûlants hérités de Mara : le front social avec les négociations avec l’Untm, les revendications syndicales sectorielles ; les scandales de surfacturation dans l’achat de l’avion présidentiel et le contrat d’armement ; la consolidation des relations avec les institutions de Bretton Woods et les autres bailleurs de fonds, et avec les partenaires bi et multilatéraux.

Avec son bagage intellectuel, sa grande expérience professionnelle, sa forte personnalité, les atouts extérieurs énumérés plus haut, Modibo Kéïta semble assuré de réussir dans sa mission. A condition que certains facteurs défavorables ne viennent déjouer ses plans.

Son âge (73 ans) est avancé par plusieurs observateurs comme étant un grand handicap pour Modibo Keïta. Selon eux, les charges d’un Premier ministre confronté aux défis qui sont ceux du Mali d’aujourd’hui sont énormes pour un septuagénaire qui a bourlingué durant sa période d’activité. Il pourrait donc se voir rapidement dépassé par les événements.

Une seconde catégorie d’analystes invoque sa trop longue absence des sphères décisionnelles : du 09 juin 2002 au 21 avril 2014, soit douze longues années. A les en croire, Modibo Kéïta, aussi grand commis de l’Etat fut-il, est un Premier ministre rétrograde.

D’autres détracteurs du nouveau PM mettront en avant l’argument que l’homme est sans assise politique, bien qu’il fût connu comme militant Adéma.

Mais, ces trois supposés handicaps pèsent moins lourd face à d’autres pesanteurs qui pourraient s’avérer fatales pour l’ancien-nouveau Premier ministre.

Ces pesanteurs s’expriment en termes d’interrogations. Entre autres : Modibo Kéïta aura-t-il les coudées franches malgré sa forte personnalité ? IBK ne va-t-il pas lui en imposer comme il l’a fait avec Oumar Tatam Ly et Moussa Mara ? Sera-t-il un PM faire-valoir comme ceux-ci ? Sera-t-il en mesure de composer une équipe gouvernementale solide ? Le Rpm va-t-il réellement le laisser travailler ?

La réussite de Modibo Kéïta dans sa mission passe indubitablement par les réponses à ces questions.

Mali : Premier conseil de cabinet du nouveau gouvernement : Le PM punit les ministres retardataires

Harber  MAIGA   – Le Prétoire – 12 janvier 2015

Il s’agit du ministre des domaines de l’Etat Mohamed Aly Bathily, du tout nouveau ministre de la communication non moins porte parole du gouvernement, Choguel Kokala Maiga, du ministre des sports Housseini Amion  Guindo, le ministre de la promotion des investissements et du secteur privé Me Mamadou Gaoussou Diarra, et du tout puissant ministre de la défense, Tiéman Hubert Coulibaly.

Leur tort était de venir en retard au conseil de cabinet qui était prévu pour 14 heures. Alors que tous leurs collègues ont fait l’effort de quitter leur maison pour être à l’heure, nos ministres récalcitrants eux semblaient n’être pas encore descendus de leur piédestal sur lequel ils étaient suite à leur nomination.

Le PM même venu en retard s’est tout d’abord excusé auprès des uns et des autres , avant de demander à la sécurité de ne laisser personne entrer sous aucun prétexte.

Arrivés gaillardement, les bras ballants, les ministres Bathily et  Choguel étaient les premiers qui se sont vus fermer la porte au nez. Après avoir commencé à vociférer devant la nouvelle situation, ils furent approchés par le commandant Doucouré, aide de camp du Premier ministre, qui leur expliqua que se sont des instructions fermes du patron. Ainsi, nos trois ministres comme des inconnus, ont trouvé refuge aux cotés des journalistes qui squattaient les couloirs. L’anxiété et l’inquiétude se lisaient sur leurs visages, surtout pour les nouveaux arrivants.

Ce n’est qu’après les 1h30min qu’a duré le conseil que leurs camarades les découvrent avec beaucoup d’étonnement. Une chose est sûre, ils vont devoir s’expliquer devant le nouveau boss en espérant que le grand chef à Koulouba ne l’apprenne pas. C’est en tous cas une façon pour le nouveau patron de la cité administrative de leur dire que désormais plus rien ne sera comme avant. Certainement la prochaine fois, ils auront 30 minutes d’avance sur l’heure indiquée.

Comme le nouvel porte parole n’a pas eu accès à la salle, Mahamane Baby a joué l’intérimaire. Il a dévoilé à la presse les 3 grands axes du nouveau gouvernement qui sont : la protection des personnes et de leurs biens, la promotion du développement économique, social et culturel et une justice saine.

Aussi, a t’il affirmé que le nouveau Pm est formel que les nouveaux ministres vont avoir une grande marge de manœuvre mais que chacun serait comptable de ses actes.

 

A la loupe : Tandem gérontocratique

Par Le Prétoire – Cheick TANDINA – le 12 jan vier 2015

La composition du nouveau gouvernement a été rendue publique, tard dans la nuit du samedi. Elle n’avait rien d’un scoop et la rapidité avec laquelle le nouveau Premier ministre a formé son équipe a donné l’impression que l’affaire était ficelée depuis longtemps. Avec huit partants et six néo promus pour vingt-trois membres qui restent dans l’équipe, l’impression d’un remaniement à deux objectifs se renforce : se débarrasser de Moussa Mara et mettre au rebut les responsables impliqués dans les affaires douteuses.

Concernant le premier objectif, la confirmation n’a pas été longue à venir, le président Ibrahim Boubacar Kéita a accepté, depuis mercredi, jour de son dépôt, la lettre de démission de son Premier ministre Moussa Mara, de plus en plus contesté par plusieurs courants de la mouvance présidentielle. La disgrâce du président de Yelema a commencé, malgré le soutien de son président, en mai 2014, quand, quelques semaines seulement après sa nomination, il a effectué une visite controversée à Kidal pour y affirmer l’autorité et la souveraineté de l’Etat.

Même si la chose a été appréciée comme telle par le président de la République parce qu’il s’agissait également d’affirmer son autorité et sa souveraineté à lui dans une région qui échappe à son contrôle et à celui du Mali depuis quelques années, les détracteurs du Premier ministre ont interprété ce voyage comme un acte populiste et politicien tendant à donner à son auteur un appréciable capital politique.

En se rendant dans le pays profond pendant que son chef préférait se la couler douce à l’extérieur, Moussa Mara, en marge de ses voyages officiels, ne pouvait logiquement que s’employer à l’implantation de sa formation, Yelema, qui n’a jamais su sortir de son envergure de parti communal. N’importe quel responsable politique aurait agi exactement comme lui, et il ne pouvait pousser l’allégeance à IBK jusqu’à s’effacer de la scène politique sous prétexte d’une loyauté qui s’est toujours exercée quand même en maintes occasions. L’éviction de Moussa Mara du devant de la scène politique va-t-elle éteindre les ardeurs revendicatrices de ces cadres boulimiques du parti présidentiel qui ne veulent pas entendre parler d’un Premier ministre qui ne serait pas issu des rangs du RPM ?

Certainement pas vu que le nouveau chef du gouvernement n’est pas marqué partisan, mais ces cadres qui ont les yeux plus gros que le ventre vont certainement calmer leurs ardeurs sachant que le président de la République continue dans sa logique de ne pas être « trimballé », serait-ce par les membres du cercle restreint. Il continuera de faire de la résistance, conscient que ceux qui l’entourent et le courtisent n’ont pas la même ambition que lui pour le Mali, qu’ils sont, comme Moussa Mara, des politiciens qui ont des agendas politiques personnels.

S’agissant du deuxième objectif, le président a certainement raison : quand un membre est gangréné, il faut l’amputer et le considérer comme déchet médical. IBK, qui a fait de la fin de l’impunité et de l’injustice une de ses nombreuses promesses électorales non tenues, se doit en effet de montrer des preuves de sa volonté de restaurer « l’honneur du Mali » et de faire le « bonheur des Maliens ». Ainsi, les ministres impliqués dans les sulfureux dossiers de surfacturation dans des marchés publics, de fraudes aux sujets d’examens, d’excès de bavardage et de mauvaise communication, sont-ils débarqués.

Ces limogeages feront peut-être l’affaire des partenaires financiers mais pas celle de l’opposition et de la majorité des Maliens. Car le chef de l’Etat doit aller plus loin dans son entreprise de nettoyage des écuries de la République. En effet, lui-même est impliqué dans cette gestion et sa relation avec el capo tutti capi  corse de la mafia reste toujours une énigme. Comment un Malien Ibrahim Boubacar Kéita serait-il le frère d’un Français Michel Tomi, ou en quoi ces deux hommes seraient-ils des amis ?

Mais le président Kéita ne va certainement pas offrir aux Maliens cet inestimable cadeau de nouvel an en démissionnant. Lui-même septuagénaire, il vient de s’adjoindre les services d’un homme de 72 ans. Serait-on parti pour un régime gérontocratique ?

Peut-être, mais ce qui est sûr, ce que le nouveau Premier ministre, Modibo Kéita, va avec des préjugés favorables liés à son expérience et à sa très longue présence dans la sphère administrative publique et politique. Même s’il a été un des hommes du régime dictatorial du général Moussa Traoré, Premier ministre du système totalitaire d’Alpha Oumar Konaré, accusé d’avoir creusé la tombe de l’Adema au profit d’un candidat militaire et indépendant, Modibo Kéita est attendu sur deux terrains dont, logiquement, il a l’expertise : le problème du nord et la lutte contre la corruption. Deux questions pour la résolution desquelles le président IBK a été élu avec une large majorité.

En 2008, il avait été investi par le président Amadou Toumani Touré du rôle de préparer, au sein d’une commission très bien outillée, les états-généraux de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite. Six ans après, ces fléaux se sont exacerbés- institutionnalisés, selon les langues.

A sa nomination à la primature, Modibo Kéita était encore le haut représentant du président de la République, chargé du dialogue inclusif inter maliens en vue d’une paix définitive dans le Nord de notre pays. Nommé médiateur dans la crise du nord depuis avril dernier, le haut représentant, malgré l’appui d’un ministre de la réconciliation nationale et le soutien d’une très grande partie de la communauté internationale, ne parvient toujours pas, à défaut de l’unanimité, à faire le minimum de consensus autour du préaccord de paix.

Le Premier ministre Modibo Kéita va-t-il résoudre ces deux problèmes pour l’honneur de son cadet de président et le bonheur de la famille ?

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