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La femme malienne : présent et avenir

by sur 7 février 2015

Ceux qui connaissent l’engagement de Mme Adame Ba Konaré, épouse du premier président de la République du Mali élu démocratiquement en 1992 (Alpha Oumar Konaré, qui fut également président de la commission de l’Union Africaine) ne seront pas surpris à la lecture de l’essai que nous publions ci-dessous et dans lequel, après avoir analysé la situation de la femme malienne, invite l’Africaine « à réenchanter l’Afrique » pour participer à son développement.

Nous y joignons une étude danoise qui évalue le montant, colossal, de ce que coûte les atteintes physiques portées aux femmes, dans le monde, en Afrique et au Mali.

Un dernier article fait état des conclusions du forum contre l’excision et d’une revendication récurrente : le vote d’une loi par l’Assemblée Nationale… et son respect dans les faits.

Mali : Femme et développement : Réenchanter l’Afrique

Pr  Adame Ba Konaré –  Source : Le 26 Mars – 31 janvier 2015

Mme Adame Ba Konare

Pr Adame Ba Konaré

La mère est l’icône de la maison. Son premier rôle demeure l’éducation des enfants mais en réalité, elle régente la vie de l’ensemble de la communauté familiale, allant jusqu’à s’immiscer dans les relations de couple de ses fils.

C’est que dans le mental collectif, la réussite d’un homme dépend de sa mère : le nom, c’est le père mais la force, la baraka, c’est la mère, assène le dicton populaire.

Cette réussite, croit-on, découle surtout de sa souffrance. La souffrance devient ainsi une valeur positive, mieux, une valeur à sublimer puisque sa puissance est symétrique à celle de l’enfant. Plus elle est immense, plus la réussite de l’enfant est éclatante. Ainsi, tous les héros bâtisseurs d’empires sont salués à travers les noms et le martyre de leurs mères. Même si la mère d’un grand homme n’a pas souffert dans sa vie de couple, il faut la faire souffrir pour qu’elle cadre bien avec l’archétype de la mère d’un fils exceptionnel. Le père est gommé, il n’est que le géniteur.

Généralement, la souffrance voire la disparition physique préfigure la grandeur du fils. L’histoire de notre pays nous en offre des exemples édifiants.

Prenons la geste de Sunjata, la plus populaire. Le jour où le héros quitte le Méma pour voler au secours de son pays – nous sommes en 1235 – la conversation qu’il a avec sa mère, leurs adieux, résument la situation : « Djata, cours, pars vers le Manden, lui dit Sogolon, sa mère, un grand destin t’y attend. J’ai souffert, toute ma vie durant, dans ma chair de femme, méprisée, bafouée, humiliée, mais aujourd’hui je suis apaisée. Je suis venue sur cette terre, Djata, avec seule mission de te mettre au monde, toi le prédestiné, le Nankama. Toutefois, pour que ton destin s’accomplisse, il a été aussi tracé que je dois disparaître de ce monde. A l’aube, je ne serais plus en vie, je rendrai l’âme mais mon esprit continuera à te protéger. »

Une mère pour de vrai augmentera son pouvoir et son ascendant sur son fils et son entourage en cherchant à renforcer sa puissance protectrice. Elle recourt à des pratiques magiques, fréquente marabouts et devins, qui lui lisent l’avenir, la prévient des menaces qui planent sur elle et les siens, l’aident à conjurer le sort, à attirer la chance etc. Sur sa lancée, elle apprend elle-même versets, incantations, formules et potions magiques pour accroître ses dons, au point de devenir à son tour femme de savoir, qui n’est jamais prise de court par un mauvais évènement et qui, progressivement, se trouve dotée par la société d’une aura singulière.

Canonisée de son vivant, élevée sur un piédestal, elle inspire crainte et respect.

La mère est nourricière, saluée à ce titre. Elle est comparée à la vache aux pis intarissables, quand elle met cette qualité au service d’autres enfants. Une mère nourricière accomplie reçoit une autre épithète : la bonne mère, fleuve nourricier. Ainsi, la nature dote la femme/mère d’un apanage, assorti de valeurs pendantes : le don de soi, la générosité et la bonté.

L’image de la sœur et de la femme-épouse complète celle de la femme-mère. Appesantissons-nous sur la femme-épouse.

La femme-épouse :

L’idéal féminin de la femme-épouse fait d’elle un être fort psychologiquement, nantie, à cause de cet état de fait, d’une capacité de protection de son époux, l’homme, fort dans le corps, mais faible dans la tête. Un proverbe tamasheq enseigne par exemple que « la femme est le pantalon de l’homme » c’est à dire qu’elle le protège et cache ses forces et ses faiblesses. Les Bamanans disent : ka soutraSoutoura, voilà une autre valeur cardinale !

Partout, la socialisation de son époux lui est dévolue. Elle gère ses relations sociales, est sensée faire son bonheur et sa réussite, rien que par son intelligence, sa conduite et son savoir-faire, au point que l’adage populaire considère que lorsqu’un homme a la chance d’avoir une épouse cadrant avec les normes mentionnées, il surpassera en grandeur ses frères rivaux et tous ses semblables hommes. Cette responsabilité super protectrice est telle, qu’on va jusqu’à imputer à la femme les déviances de son mari, y compris les déviances extra conjugales. Si un homme, en effet, en arrive à tromper sa femme, croit-on, c’est parce qu’elle ne sait pas user de savoir-faire ou d’artifices pour le retenir à la maison. Allez savoir !

Sur l’échiquier du pouvoir, l’image de la femme-épouse, reflétée à travers les Premières dames, a recouvert celle de la reine-mère.

La soumission, comme arme de défense :

            Nonobstant ce rôle essentiel, primordial, ce rôle de la vie, la femme s’est laissée doublée sur sa gauche par l’homme qui l’a assujettie grâce à sa force brutale. Dans ce contexte de domination des hommes et de partage des responsabilités, la femme, pour se défendre, a imaginé des scénarios de résistance pacifique, d’auto-protection, pour plaire non seulement à son époux, mais également à ses parents et amis. Cette tactique, globalement, est taxée de soumission. 

La femme africaine a vite été qualifiée de femme soumise, surtout par la littérature occidentale, qui n’a retenu que la façade, l’aspect qui saute à l’œil. Le fait de soumission est devenu un acte répréhensible, la femme sujet de compassion.

En passant au peigne fin cette « soumission », on se rend compte qu’elle est une posture d’humilitémajigin ; elle est aussi une « ruse de guerre » et au bout du compte, elle tend à consolider la réputation et la position centrale de la femme. La femme dite soumise devient la personne incontournable auprès de laquelle il faut se référer pour avoir à manger, être blanchi. D’une disponibilité à toute épreuve, aucun étranger ni aucun parent venu du village ou d’ailleurs, ne peuvent se passer de ses services.

Quant à sa relation avec son propre mari, elle est faite de soumission apparente. Dans ce registre, elle aiguise sa féminité pour lui plaire : petits plats, artifices de beauté, techniques de séduction, attentions particulières etc. Elle affine cette arme au point de la transformer en comédie : la comédie de l’effacement.

L’effacement de la femme africaine, en voilà une autre image d’Epinal ! En réalité, il participe, le plus souvent, du même jeu de recherche de l’équilibre dans le foyer. Je ne puis m’empêcher d’évoquer ce proverbe sud africain, qu’il me plaît de citer chaque fois que j’en ai l’occasion. Ecoutez-le bien, parce que l’image est forte et suffisamment symbolique : « la poule sait que le jour s’est levé, mais elle laisse le coq chanter. » N’est ce pas qu’elle fait pâlir cette expression, désormais usée, qui dit que derrière tout grand homme se cache une grande dame ?

Mais revenons à la souffrance dans le silence.

La souffrance dans le silence :

L’autre valeur référencée par le code de bravoure de la femme est la souffrance dans le silence, l’ai-je déjà dit, la capacité de subir, de se résigner, d’accepter. Souffrir dans le silence, sans se plaindre ni surtout colporter ses malheurs, est une vertu dont la femme doit se parer dans la culture malienne; c’est sa marque de fabrique.

Dans ce domaine comme ailleurs, la femme s’est abritée derrière cette recommandation au point d’en faire une arme d’auto-protection, dans la mesure où ceux qui prêtent une oreille attentive aux récits de ses malheurs, ne sont pas forcément des amis, ni a fortiori, des protecteurs ; mais surtout, cette sublimation de la souffrance et son acceptation par la femme, lui permettent de contourner un rapport de force inégalitaire.  

L’abnégation, élevée au stade de dispositif transcendantal, de foi, parachève le code chevaleresque de la femme au point qu’une fille répudiée en pleine nuit par son mari est immédiatement chassée par sa famille qui refuse de lui ouvrir les portes de la maison et lui intime l’ordre de retourner dans son foyer, même si son mari doit la tuer.

La patience, la douceurl’endurance, la tolérance et l’abnégation, sont supposées venir à bout de la méchanceté, de l’injustice, de l’épreuve de force. Ainsi, nous sommes dans une régulation sociale opposant la vertu au vice et à la force brutale, dont la femme reste la victime expiatoire et le porte-étendard.

De tout cela il résulte que la femme, arrivée à ce stade de perfection, devient la gardienne et la personnification vivante de toutes les valeurs décrites. Mieux, elle se transforme en monument de vertus, forgé à la suite d’une longue épreuve dans laquelle elle s’est trouvée dans l’obligation de renégocier « son moi ».

Ce qui est sûr, c’est que la société joue un rôle majeur dans la marche de la femme vers les vertus. Elle est confortée par le savoir-faire, le poids des mots, véhiculés par ces orfèvres du verbe que sont les griots, à la fois régulateurs et catalyseurs sociaux.

Ce code d’honneur a subi des influences, nous l’avons déjà annoncé. Dirons-nous tans pis ou parlerons-nous de menaces ? Peut-être les deux à la fois.

Menaces sur le patrimoine immatériel des femmes :

La vague de revendication féministe qui a secoué le monde à partir des années mille neuf cent soixante dix, s’est attelée à courir derrière l’égalité des sexes, dans une espèce de challenge à relever. Et la femme s’est vue affublée d’attributs du genre « dame de fer » dès l’instant où elle bousculait l’homme sur le terrain de la fermeté, voire de la force musclée ou même de l’apparence physique, jusqu’à le reléguer dans l’arrière cour d’une émasculation pitoyable et de faire de son pouvoir un infra pouvoir.

Tous ces mouvements atteignirent l’Afrique à travers sa frange intellectuelle formée à l’école occidentale. Un coagulant unit désormais toutes les femmes : le combat pour la libération des chaînes de l’oppression du mâle, brutalement apparu sur la scène comme l’ennemi historique à abattre. Les différences sont gommées. La femme cesse d’être plurielle ; elle devient un être collectif planétaire ; elle est une partout dans le monde, parle le même langage de solidarité transfrontalière, transcontinentale, transculturelle. La femme africaine subit, sans s’en rendre compte, déjà les contrecoups de la mondialisation. Vive l’ouverture !

L’allègement des tâches domestiques est devenu un secteur de revendication. Le développement de la technologie, mettant à la disposition des femmes l’équipement moderne, a assurément été une révolution, contribuant à leur soulagement. L’effritement et l’atomisation des familles ont accusé cette tendance à l’allègement. Qui plus est, le féminisme a inscrit dans son agenda le partage des responsabilités domestiques avec les hommes qui voient ainsi leur rôle se déplacer.

Dans le domaine de l’éducation des enfants, en plus des crèches, garderies et jardins d’enfants, tout un arsenal para technologique vient aider les mères et créer un facteur de différenciation sociale : laits dits maternisés,  biberon, couches jetables, petits pots, landaus etc. Dans ce domaine-là également, l’éducation et la socialisation des enfants sont revues dans un cadre partenarial voire égalitaire avec l’homme.

De plus, les nounous, ou les « petites bonnes » des bébés, arrivent et élargissent le cercle familial ; elles travaillent elles aussi à plein temps tandis que Madame vaque à ses préoccupations orientées à remplir sa vie de femme épanouie entre bureaux et autres espaces de travail, salons de coiffure, ateliers de tailleurs, bijouteries, mariages, baptêmes sur les lieux desquels, la rivalité est sans pitié. C’est à qui paraitra le mieux, gratifiera le plus la cohorte des griots et griottes venues chanter les charmes, flatter les égo par le rappel des prestigieux arbres généalogiques. Vive l’allègement, que dis-je ? Vive la déresponsabilisation et la déresponsabilité !

Mais si l’intellectuelle africaine s’inscrit dans ce mouvement d’émancipation, la grande majorité de ses sœurs bénéficient peu de ces avancées technologiques.

Par ailleurs, toutes les valeurs dont se parait la femme africaine, se dressent désormais comme autant de facteurs aliénants pour cette nouvelle catégorie de femmes. Plus question de se soumettre au mari. Plus question de s’effacer. Au contraire, il faut démontrer, publiquement si besoin, qu’on le domine. Plus question de se taire, encore moins de souffrir dans le silence. Adieu, bonnes vertus de grand-mère ! Et vive l’Affranchissement!

Cette nouvelle génération de femmes refuse de jouer son rôle de forçat, de pilier et de poubelle. Du coup, elle se trouve dépossédée de son rôle d’épicentre du système social, qui glisse subrepticement vers la petite bonne de la maison. Les relations belle-mère/belle-fille prennent un autre tournant. Elles deviennent conflictuelles. Ennemie public numéro un, les démêlés avec la « méchante belle-mère » agrémentent  désormais les causeries de salon de la jeune femme émancipée, à telle enseigne que les relations belle-mère/belle-fille sont en train de devenir un cliché.

Face au bolide fait femme, les hommes résistent peu aux discours officiels mais se défendent tant qu’ils le peuvent, au sein de leurs foyers. La lutte des sexes se substitue à la lutte des classes. Beaucoup de couples se déchirent. Impréparés à un tel chamboulement, privés de vertus pour y faire face, les hommes perdent tout repère et certains croient trouver le correctif dans les remariages et la polygamie, pour corriger, prétendent-ils le plus souvent, leurs « méchantes femmes. » Mais les « méchantes femmes » s’accumulant, ils accumulent femme sur femme, soucis sur soucis, tracasseries sur tracasseries.

Le foyer conjugal se transforme en chaudron de soupe pimentée. L’impréparation des jeunes couples, qui ont dans la plupart des cas, décidé de se marier à la faveur d’une rencontre aux résonnances de coups de foudre, sans se connaître plus amplement, sans que leurs familles se connaissent, accuse l’instabilité familiale si tant est vrai que le mariage, furu, c’est d’abord une affaire de responsabilités et de contraintes sociales dont l’amour kanu, si puissant soit-il, ne peut faire bon marché s’il veut rester solide.

S’aimer à deux sans aimer la famille du mari et celle de son épouse, est difficilement gérable. Furu s’oppose bien à kanu dans leur essence.

Quid du rituel du mariage traditionnel, la retraite nuptiale de sept jours, avec le rôle important de la conseillère nuptiale, qui mérite  d’être revisité, en tant que vecteur d’éducation et de socialisation du jeune couple et qui a été largué au musée des usages désuets par le féminisme des années 1970 ?

Et pourtant les femmes peuvent ré enchanter le Mali, l’Afrique et le monde.

Les femmes peuvent ré enchanter l’Afrique :

Les discours modernes sur l’émancipation, redevables des systèmes de valeurs importées, ont opacifié le rôle moteur de la femme africaine. Ils ont souvent souffert du délit d’impertinence et de simplicité. Notamment, ils n’ont pas suffisamment pris en compte la réalité de la culture, qui nous le savons, a comme caractéristique majeur l’entêtement et la forte capacité de résistance.

Aujourd’hui, des courants de pensée néo-maternistes, germés aux Etas Unis d’Amérique, propagés ensuite un peu partout en Europe notamment dans les pays scandinaves, prônent le retour à l’image de la femme-mère, femme au foyer, responsable de tout et de tous. Mais c’est la nature que ces courants, d’essence écolo-morale, replacent au cœur de la responsabilité féminine.

La femme du XXIe siècle doit allaiter son bébé pendant de longs mois, travailler à temps partiel, rester à la maison, deux ans s’il le faut, pour couver, chouchouter, pouponner, pomponner, son rejeton. A bas le biberon ! Il existe même des hôpitaux dénommés « Hôpitaux amis du bébé » où l’on impose le « peau à peau ». On n’est pas l’amie de son bébé si on ne l’allaite pas.

Je pense que, face aux séismes qui nous secouent au point de nous ébranler dans nos certitudes les plus absolues, les femmes du Mali et d’Afrique peuvent ré enchanter en reconsidérant leur capital de vertus référencées. Je leur propose de le déterrer non pas dans un dessein de retour en arrière, mais de réappropriation.

Ensemble, avec la société entière, elles les reconsidéreront à l’aune des enjeux actuels car je crois à la fluctuation et à la relativité des valeurs en fonction des défis qui se posent à chaque génération d’hommes.

On a beau être fervent défenseur des traditions ancestrales, on ne peut pas clamer dans le contexte d’aujourd’hui que se taire, s’effacer, souffrir dans le silence sont salutaires pour les femmes. Au contraire, je souscris à tout ce qui est défense des droits de la femme, d’abord en en tant qu’Etre humain, ensuite en tant qu’être privé de droits liés à son sexe. Cependant, je dis qu’il y a un esprit en l’air ; on peut le capter, cet esprit, je le sens, dans les vertus du compromisde la patience, de la tolérance, de la souplesse, de l’humilité.

Il s’agit donc d’une ré appropriation, par les femmes, des valeurs qu’elles ont forgées au bout d’un long processus de socialisation forcé, devenu pli culturel au bout du souffle ; elles en tireront la quintessence, la sève salvatrice aussi bien pour elles-mêmes que pour l’ensemble de la communauté.

L’on ne devra pas perdre non plus de vue que nos sociétés sont traversées par des questions et des questionnements qui se posent ailleurs dans le monde. Connaître au mieux ces questions et les gérer sans mimétisme en tenant compte de nos propres réalités, là réside le défi.

Dores et déjà, nous savons que de nouveaux concepts, élaborés ou en cours d’élaboration, font désormais partie du dictionnaire de la problématique féminine et doivent être assimilés : le concept même de femme qui s’étend désormais à toute personne de sexe féminin, y compris la petite fille. Ce sont aussi, en plus de la promotion de la femme, des concepts d’équité, de parité, d’égalité des genres, d’approche selon le genre, ou encore, d’égalité, de participation, d’implication, de leader et son corollaire leadership, de discrimination positive ou d’autonomisation etc.

En retombant sur nos pieds maliens, le modèle féminin ne devrait-il pas être transfiguré en code de contribution à la renaissance de l’Afrique ? La femme ne devrait-elle pas réhabiliter le sein nourricier auquel tout le monde s’abreuve d’abord, pour apporter plus de bonté, plus de douceur, plus de compassion, plus de sagesse et reprendre en main le pouvoird’éducatrice, de socialisation de ses enfants qui était le sien et dont sa spoliation a engendré des effets pervers !

Aussi, en jouant avec des artifices qui ont longtemps été les siens, elles revisiteront leur autorité sur leurs enfants et leurs hommes, les propulseront dans un contexte plus pacifié, plus élargi, dépassant le cadre étriqué des familles pour s’ouvrir à la société et au monde.

En d’autres termes, le combat des femmes doit être redéfini dans une perspective démocratique qui n’a de but que de tendre vers la dignité et le bien-être de tous, femmes et hommes. Il contribuera, ce combat, à identifier les futurs possibles pour des initiatives citoyennes toujours plus probantes pour le devenir de notre destin collectif.

Pourquoi ne pas également injecter une dose de sacré dans la redéfinition de ce statut de la femme en tant que mère nourricière collective, généreuse ? L’un des effets collatéraux du triomphe de la raison a justement été le gommage du côté sacré qui régulait les relations humaines en Afrique. En effet, c’est parce que les mentalités étaient rituellement ancrées qu’elles ont été môle de résistance.

Par exemple, quand une jeune fille se mariait,  – c’est d’ailleurs toujours le cas – la femme de caste qui l’amenait dans son foyer conjugal était toujours chargée du message suivant adressé à la belle-mère et à toute la belle famille par les propres parents de la jeune femme : « nous vous confions cette enfant, nous vous demandons de la mettre entre votre chair et votre peau ; elle appartient désormais à votre famille. Nous ne voulons rien savoir la concernant ; toute sa gestion vous échoit, morte ou vivante.»

N’est-ce pas dans ce ressourcement réajusté que nous devrions éduquer nos filles, en insistant également sur les vertus du travail, valeur libératrice, valeur émancipatrice ?

Quant aux hommes, je voudrais leur faire passer le message comme quoi, une relation de couple doit se jouer comme une symphonie dans laquelle le dialogue, la communication occupent une place de choix.

Mali : la violence faite aux femmes coûte 6.2 mrds $ par an

Par Bjørn Lomborg* / Copenhagen Consensus – 06/02/2015

La planète paie chaque année un lourd tribut à la violence, avec un coût global avoisinant les 11% du PIB mondial. Au Mali, la violence faite aux femmes et aux enfants coûte 6.2 milliards $ par an.

Une lourde facture qui provient en majeure partie de violences cachées, et non des violences visibles qui occupent le devant de la scène médiatique. Les conflits armés sévissent depuis trop longtemps dans beaucoup trop de régions, comme la Syrie ou le Soudan, et sont dévastateurs pour les populations concernées.

Des économistes ont analysé les coûts des conflits armés, incluant le taux de décès dus aux guerres civiles, aux guerres régulières et au terrorisme, mais aussi le coût des réfugiés et l’impact négatif des conflits sur le long terme sur la croissance économique des pays concernés. Bien que ces coûts soient élevés dans les régions particulièrement sensibles, leur impact économique global est relativement faible – avec un coût total de 0.2% du PIB mondial.

Par contre, d’autres formes de violence engendrent des impacts plus conséquents et méritent à juste titre que la communauté internationale leur accorde plus d’attention. Tels sont les arguments avancés par James Fearon et Anke Hoeffler dans leur rapport sur les recherches qu’ils ont effectuées pour le Copenhagen Consensus.

Prenons en exemple la triste réalité de la criminalité : le taux de décès par homicide volontaire est 9 fois supérieur à celui d’un champ de bataille d’une guerre civile. Le coût total de la criminalité, incluant les homicides mais aussi les agressions et le sentiment d’insécurité qui en découle, s’élève à plus de 1.4% du PIB mondial.

En Afrique subsaharienne où le taux de criminalité est plus élevé, ce coût atteint presque 4% du PIB régional – soit environ 86 milliards de dollars. On notera que ce taux n’exprime pas une perte directe, il se réfère aux avantages économiques dont bénéficierait la région si ces actes criminelles pouvaient être éviter – avantages qui équivalent à une amélioration de 4% du niveau de vie des citoyens.

Cela étant, même la criminalité ne représente qu’une petite partie de la violence dans le monde. Les impacts les plus dévastateurs de la violence sont issus de deux problèmes souvent ignorés, auxquels nous devons consacrer plus d’attention comme le démontre cette analyse économique.

125 millions d’enfants en Afrique subsaharienne maltraités 

Le premier est la violence infligée aux enfants : un grand nombre d’enfants subissent des méthodes éducatives très violentes à travers le monde. Si plupart des parents appliquent des approches non-violentes comme l’explication des conséquences d’un mauvais comportement et la perte de privilèges, la prévalence des maltraitances qualifiées par l’ONU de châtiments corporels grave reste élevée – touchant chaque mois 15% des enfants dans le monde.

Ces maltraitances consistent à frapper l’enfant sur le visage, les oreilles ou la tête, voire à le battre avec force avec un outil et à plusieurs reprises pour 4% d’entre eux. 290 millions d’enfants, dont 125 millions en Afrique subsaharienne, subissent chaque mois ce type de maltraitance.

Cette analyse économique a montré que le coût global de ce type de maltraitance s’élève 3.5 billions de dollars par an – dont 4 milliards de dollars pour le Mali. Ces chiffres regroupent le coût des interventions des services de protection de l’enfance et la perte de gains professionnels futurs chez les enfants maltraités.

Pour autant, les coûts les plus importants en matière de violence proviennent des violences perpétrées sur les femmes – qui se manifestent sous plusieurs formes, y compris l’infanticide féminin, la mutilation génitale féminine (l’excision) et l’incitation des veuves au suicide.

Toutefois, le coût le plus important est dû à la violence conjugale qui se traduit par des gifles, des coups, des strangulations, des brutalités, des brûlures intentionnelles et des abus sexuels. Cette forme de violence a affectée l’an dernier plus de 28% des femmes subsahariennes.

6.2 milliards de dollars, coût social des violences domestiques au Mali 

Le coût global des violences faites aux femmes s’élève à 4.4 billions de dollars par an – dont 2.2 milliards rien que pour le Mali. Additionné au coût de la violence contre les enfants, cela porte le coût social des violences domestiques au Mali à 6.2 milliards de dollars par an.

Dans le but de déterminer les meilleures cibles sur lesquelles le monde doit concentrer ses efforts, l’ONU et la communauté internationale essaient de répondre à la question : Quel genre de monde souhaitez-vous pour 2030?

C’est pourquoi nous avions initié au sein de notre cellule de réflexion, le Copenhagen Consensus, avec le concours de nombreux économistes éminents, un étude sur les coûts et les bénéfices économiques, sociaux, et environnementaux des diverses cibles proposées, allant de la santé, l’alimentation et l’éducation à la question épineuse de la violence.

Ces études ont montré que nous pouvons réduire la prévalence des guerres civiles avec un déploiement plus effectif des forces de maintien de la paix. Malgré un coût relativement élevé, cela pourrait aider à la prévention de futures guerres civiles – et produire 2 à 7 dollars de bénéfices pour chaque dollar dépensé.

Toujours selon ces analyses, un changement des lois sur l’alcool pourrait réduire partiellement la prévalence des agressions : pour exemple, l’application en Grande Bretagne de tels changements a réduit le taux d’agressions à tel point que les bénéfices ont dépassé les coûts à raison de 17 dollars pour un dollar dépensé.

Renforcer les services sociaux 

Dans le but de réduire la violence contre les femmes et les filles, un programme appelé “SASA !” (“Maintenant !” en kiswahili) a été lancé en Ouganda pour sensibiliser la population sur le caractère inadmissible de la violence conjugale – ce qui a permis de réduire de moitié ce phénomène dans le pays. Bien que ce programme semble être une excellente idée, nous ne disposons pas pour l’instant de l’analyse permettant d’établir les bénéfices d’une telle initiative pour un dollar dépensé.

Autrement, le renforcement des services sociaux pourrait aider à la réduction de la violence contre les enfants. Des études menées dans l’état de Washington ont montré que les programmes de visites à domicile peuvent réduire le taux de maltraitance des enfants et par conséquent, réduire les dépenses liées aux services de protection de l’enfance et aux éventuels procès, mais aussi les coûts liés aux impacts de telles actes sur la santé physique et psychique des enfants, et leur qualité de vie. Ce genre d’initiative pourrait produire un bénéfice de 13 à 14 dollars pour chaque dollar dépensé.

Nous devons actuellement entamer des discussions sur les cibles que nous devons fixer pour la communauté mondiale. Connaître les coûts et les bénéfices de la lutte contre la violence constitue une pièce importante du puzzle.

 A savoir

  • Bjørn Lomborg est le directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School. Son dernier livre s’intitule : How to Spend $75 Billion to Make the World a Better Place…
  • Traduit par Ninah Rahobisoa

 

Mali: «Nous voulons une loi qui interdise l’excision»

Par RFI – Date: 06 Février 2015 

L’excision est une pratique coutumière et non islamique qui, contrairement à une idée répandue, n’est pas recommandée dans le Coran.

Le vendredi 6 février, c’est la journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales. Parmi ces mutilations, la plus répandue, notamment en Afrique, c’est l’excision, c’est-à-dire l’ablation du clitoris et, parfois, des petites lèvres. La plupart du temps, cette mutilation est réalisée sur les petites filles lorsqu’elles sont encore des bébés. Cette pratique qui relève de la mutilation peut avoir des conséquences dramatiques pour la santé des femmes excisées. Au Mali, 85 % des femmes sont excisées, jusqu’à 98 % dans certaines régions.

Aïssata Traoré a 18 ans. Lorsqu’elle était enfant, ses parents ne l’ont pas excisée. Il y a deux ans, c’est son petit ami qui exige qu’elle subisse l’excision, sans quoi il ne l’épousera pas.

« J’ai accepté. Nous sommes partis chez une vieille. On a fait ça. Cela me faisait énormément peur. Elle avait un couteau. Il y avait deux personnes qui tenaient mes mains, mes pieds. Ainsi, elle pouvait faire ça sans que je la dérange avec mes coups de poing. Après être excisée, j’ai eu des complications parce que le vagin était collé complètement. Je n’arrivais même pas à uriner », raconte Aïssata. Aujourd’hui, Aïssata a été opérée. Elle va bien et elle a un nouveau petit ami.

Au Mali, de nombreux acteurs sont mobilisés contre cette pratique. Il existe même un Programme national de lutte contre l’excision, avec lequel travaillent les ONG. Cependant, pour Siaka Traoré, président de l’association Sini Sanuman, ce n’est pas suffisant. « Nous voulons une loi spécifique contre la pratique de l’excision. Trop, c’est trop. L’Etat peut initier un projet de loi à partir du Programme national mais jusqu’à présent, cela n’a pas été fait. Je veux une loi qui interdise de façon rigoureuse la pratique de l’excision ; des sanctions contre des gens qui pratiquent et contre ceux qui vont même jusqu’à l’encourager », plaide-t-il.

L’excision est une pratique coutumière et non islamique qui, contrairement à une idée répandue, n’est pas recommandée dans le Coran.

 

Mali : Lutte contre l’excision : L’AMSOPT S’ENGAGE SANS RELÂCHE

Baya TRAORE – L’Essor – 2 février 2015

Selon les chiffres de 2012-2013, 69% des filles de 0 à 14 ans ont subi la pratique des MGF/E dans les 5 premières régions du Mali et dans le district de Bamako

Notre pays se prépare à célébrer le 6 février la Journée internationale de lutte contre l’excision. Dans le cadre de sa campagne de sensibilisation en faveur de l’abandon de la pratique de l’excision, l’Association, malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles (AMSOPT), en partenariat avec « Equality Now » et le

Programme national de lutte contre l’excision (PNLE), a organisé jeudi au centre Aoua Keïta, un colloque sur l’excision. La rencontre était présidée par Kéita Joséphine Traoré, la directrice du PNLE. Elle avait à ses côtés Mary Wandia, responsable de Programme à « Equality Now » et la présidente de l’AMSOPT, Mme Sidibé Kadidia Ahoudou.

On y notait aussi la présence de l’ensemble des acteurs intervenant dans la lutte pour l’abandon de la pratique de l’excision dans notre pays.

La campagne de sensibilisation vise à galvaniser les synergies nationales en faveur de l’abandon des mutilations génitales féminines/excision (MGF/E) dans notre pays. Il est aussi prévu l’organisation d’un forum sur les stratégies à adopter pour l’abandon de la pratique des MGF/E, y compris l’adoption d’une loi.

L’objectif du colloque, a expliqué la directrice de AMSOPT, est de lutter efficacement à doter cette année notre pays d’une loi interdisant l’excision. Mme Sidibé Kadidia Ahoudou table sur l’appui des autorités et des populations pour assurer ce qu’elle a qualifié de bien-être des femmes et des filles maliennes.

La responsable d’« Equality Now » a salué les efforts déployés par l’AMSOPT et son partenaire le PNLE, pour l’organisation de ce colloque. Les femmes et les filles maliennes comptent sur les partenaires pour arrêter l’excision qui constitue, selon Mary Wandia, une grave violation des droits de la gent féminine. Ces femmes et ces filles ont également besoin du soutien de tout le monde pour lutter contre les mariages précoces et forcés qui peuvent affecter leur santé et celle de leurs enfants.

Les travailleurs de la santé, les chefs religieux, les enseignants, les décideurs politiques, la justice, le parlement, les jeunes et les médias doivent s’investir pour protéger les droits des femmes et des filles, a préconisé Mary Wandia.

Ce colloque offre l’opportunité aux participants de discuter des expériences maliennes et africaines afin de définir des méthodes propres à accélérer le processus garantissant les droits de la couche féminine, a souligné la directrice du PNLE. Pour Kéita Joséphine, la MGF/E est une pratique coutumière qui débouche sur de nombreuses conséquences néfaste à la santé de la femme et de la fille et portant atteinte à leurs droits fondamentaux.

Selon les Enquêtes démographiques et de santé (EDSM) de 2012-2013, 69% des filles de 0 à 14 ans ont subi la pratique des MGF/E dans les 5 premières régions du Mali et dans le district de Bamako. Au regard de l’ampleur du phénomène et des nombreuses conséquences néfastes qui en découlent, les autorités ont fait de cette question une priorité nationale et un problème de santé publique. Les initiatives et les actions ne cessent ainsi de se multiplier aux niveaux national, sous-régional et international pour prôner la tolérance zéro envers les auteurs des MGF/E.

En 2012 et 2014, des résolutions ont été adoptées respectivement par l’Assemblée générale des Nations-unies et le Conseil des pratiques aux fins d’éliminer les MGF/E. Mme Kéita Joséphine Traoré a rappelé que notre pays a adopté un plan d’action national 2015-2019 pour l’abandon de la pratique de l’excision. Elle est aussi revenue sur les nombreux efforts déployés par l’ensemble des intervenants pour intensifier les actions de communication, afin de produire un changement de comportement positif en faveur de l’abandon des violences basées sur le genre, notamment les MGF/E et les mariages d’enfants.

L’AMSOPT figure parmi les cinq organisations de la première heure engagées contre l’excision des filles au début des années 1990. L’association, fondée en 1991 par des femmes engagées, a son siège à Bamako. L’Association malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles lutte contre l’excision autant que contre toute autre forme de violences envers les femmes et les enfants.

 

 

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