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Après le massacre : les hypothèses, les réactions

by sur 12 mars 2015

On lit de tout après l’attentat de la rue princesse qui a coûté la vie à trois Maliens, un Belge en mission et un  jeune Français amoureux du Mali.

Y compris qu’il serait l’oeuvre d’un commando très bien organisé… en lien avec la cache d’armes de Samanko ? Qui pourrait être un camp d’entraînement aux portes de la capitale ?

Attentat de Bamako: le scénario de l’attaque se dévoile

Par Boris Thiolay – Source: L’EXPRESS.FR – 11 mars 2015 à 15h30

Au moins cinq assaillants ont utilisé deux voitures et une moto pour mener l’opération qui a causé la mort de cinq personnes, dont un Français, samedi au Mali. Le tireur aurait fait un premier repérage sur la terrasse du restaurant juste avant de déclencher la tuerie. Révélations.

[EXCLUSIF] Le scénario de l’attaque terroriste qui a causé la mort de cinq personnes, dont un Français, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, à Bamako, se précise. C’est un commando d’au moins cinq assaillants qui a mené l’opération meurtrière contre « la Terrasse », un restaurant prisé par les expatriés, ainsi que dans la rue Princesse qui le borde.

Selon nos informations, ce samedi 7 mars, aux environs de minuit, le conducteur d’une moto jakarta (une petite cylindrée très populaire en Afrique de l’Ouest), dépose un homme à côté du restaurant. Le motard reste sur place, au guidon de sa machine, pour faire le guet. Pendant ce temps, son passager monte une première fois l’escalier extérieur qui mène à la terrasse du restaurant. Il n’est pas armé. « Il se comporte comme un client potentiel et effectue alors un repérage, explique à L’Express une source sécuritaire malienne. Après avoir constaté la présence de plusieurs expatriés, français et suisses, attablés, il redescend, sans se faire remarquer. »

Entretemps, une voiture blanche, vraisemblablement une Toyota de modèle RAV 4, se gare à proximité du restaurant. Un troisième homme descend du véhicule, qui repart presque aussitôt. Ce troisième homme -appelons-le « l’armurier »- remet un fusil d’assaut Kalachnikov de type AK-47 au « faux client ». Ce dernier remonte alors au restaurant, cagoulé cette fois. Il ouvre le feu sur la terrasse. Bilan de la tuerie: deux morts, dont le Français Fabien Guyomard, 30 ans, et huit blessés -deux soldats suisses et six maliens.

Contrôlé, le motard lance une grenade

Quasiment au même moment, le motard, toujours en faction dans la rue, attire l’attention d’une patrouille de police alertée par les détonations. Contrôle d’identité. L’homme, à la peau noire, tend aux policiers une attestation de vente concernant la moto, établie au nom de « Ahmadou Ould Mohamed ».

Un patronyme dont la consonance correspond plutôt à un malien d’origine arabe, du nord du pays. Détail d’autant plus étrange que le motard répond aux policiers en Bambara -la plus courante des langues parlées au Mali-, « sans aucun accent, comme quelqu’un originaire de la région de Bamako ». Toujours selon nos informations, lorsque les policiers lui intiment l’ordre d’ouvrir un grand sac noir qu’il porte sur sa moto, l’homme en sort une grenade qu’il jette à terre. Les policiers battent en retraite et, tandis que la grenade explose, le motard prend la fuite.

Un 4X4 noir pour prendre la fuite

C’est alors qu’un troisième véhicule entre en action. En fait, depuis le début de l’opération, « un 4X4 noir, aux vitres teintées, probablement de marque Ford, est garé tout près du restaurant », poursuit la même source sécuritaire malienne. Se repliant après la tuerie sur la terrasse, le tireur et l’ »armurier » s’engouffrent dans la voiture. Un conducteur et un passager s’y trouvent déjà.

Les quatre hommes démarrent en trombe et prennent la fuite, tout en continuant de semer la panique. Ils lancent plusieurs grenades, mais la plupart d’entre elles n’explosent pas. Ils tirent également à vue. Un véhicule de police, arrivé sur les lieux, est pris pour cible. Un policier, qui répond aux tirs des fuyards, est abattu. Un autre malien, le gardien d’un domicile privé voisin, est également mortellement atteint. De même qu’un ressortissant belge, qui tentait de se protéger derrière un véhicule en stationnement.

Selon l’un des témoignages recueillis sur place par les policiers maliens -ils sont épaulés depuis dimanche dernier par une dizaine d’enquêteurs français et des policiers belges- un deuxième membre du commando s’est, lui aussi, exprimé en Bambara au cours de l’opération. C’est « l’armurier ». Juste avant l’attaque, il aurait été abordé par une jeune femme, près du restaurant, et lui aurait répondu avec l’intonation « d’un habitant de la région ».

Un homme au « teint clair » aperçu près du restaurant

De multiples zones d’ombre persistent autour de l’attentat. Combien étaient exactement les membres du commando: cinq ou plus ? Le conducteur de la Toyota RAV 4 blanche connaissait-il les intentions meurtrières du groupe ? Par ailleurs, un homme, au « teint clair » (ce qui peut désigner un habitant arabe ou touareg originaire du nord du pays), portant un turban a, semble-t-il, été aperçu dans les environs, peu avant le déclenchement de la tuerie. Aurait-il un lien avec l’affaire ?

Samedi 7 mars, au soir, l’attentat a été revendiqué par Al-Mourabitoune, un groupe djihadiste dirigé par l’algérien Mokhtar Belmokhtar, dissident d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Ce vétéran du djihad a noué depuis les années 2000 de solides alliances dans le nord du Mali. Al-Mourabitoune a intégré des combattants maliens dans ses rangs. Belmokhtar, considéré comme l’un des hommes les plus dangereux du Sahel, a-t-il pu commanditer l’attentat et le faire exécuter par des relais locaux, comme ce fut le cas en janvier 2013, au Sahara algérien, puis en mai de la même année, dans le nord du Niger? C’est l’un des points essentiels que l’enquête devra tenter d’élucider.

L’attentat de la Terrasse dans la presse malienne

Pana 11/03/2015

Sécurité – Les journaux maliens se sont penchés, en ce début de semaine,  sur l’attentat de la ‘Terrasse’, un bar-restaurant situé dans un quartier de Bamako, perpétré dans la nuit de vendredi à samedi par deux individus cagoulés introuvables, faisant cinq morts : trois Maliens, un Français et un Belge.

Le quotidien national ‘L’Essor‘, sans commentaire, s’est contenté de narrer les faits et rendre publiques les différentes condamnations de cet attentat au plan national et international, revendiqué, selon le journal, par le mouvement islamiste Al-Murabitoune du jihadiste algérien Mocktar Belmocktar, le  borgne.

Le journal relate également l’attentat à la bombe samedi dans un commissariat de Gao (Nord-Mali) suivi du lynchage par les populations de deux jeunes gens brûlés vifs, parce que  supposés être les poseurs de bombe. Le quotidien national condamne également les tirs de roquettes et d’obus lors « d’une attaque complexe » dans un camp de la Minusma à Kidal (Extrême-nord) qui a coûté la vie à un soldat tchadien de la Mission et de deux enfants d’un campement touareg

Le journal exprime l’indignation du gouvernement malien qui condamne sans réserve cet acte terroriste et lâche qui ne vise qu’à saboter les efforts inlassables du Mali et de la communauté internationale dans la recherche de la paix dans ce pays en crise sécuritaire depuis 2012.

Le quotidien privé « L’Indépendant » condamne l’attentat de la « Terrasse », une première enregistrée dans la capitale malienne. Le journal s’interroge sur la fiabilité du dispositif sécuritaire mis en place pour protéger Bamako et ses habitants.

Même son de cloche pour le quotidien privé « Les Echos », qui pense que le plan d’urgence de sécurité est mis en cause. Le journal écrit que: « l’attentat de la Rue Princesse nous rappelle violemment que  la crise est toujours d’actualité, que les forces du mal sont toujours là, tapies, prêtes à frapper, qu’il nous faut rester vigilants ».

‘Les  Echos » révèlent des insuffisances au niveau des patrouilles. « Les patrouilles laissent à désirer et ne portent pas très souvent sur des points chauds, ou sont trop visibles », constate le journal.

Pendant que la bi-hebdomadaire ‘L’Aube’ fait le récit de l’attentat meurtrier, le « 26 Mars », autre bi-hebdomadaire, retrace la film de l’horreur…

« Les jihadistes investissent Bamako?’ se demande le quotidien privé ‘Le Républicain’,  qui rappelle la tentative d’assassinat du général Mohamed Ould Meydou, un officier arabe de l’armée malienne. Le journal pense que l’attentat du bar-restaurant la ‘Terrasse’ corrobore le fait que Bamako court le risque d’être pris en tenaille par les jihadistes.

‘Le Républicain’ est formel: « L’accord de paix, qui n’attend que sa signature, ne sera une réussite, que si on parvient à garder Bamako loin de la portée des jihadistes ».

« Que va faire Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien, après l’attentat terroriste à Bamako?’, s’interroge le quotidien privé ‘Info Matin’, qui écrit que: « le Mali n’a pas encore fini… »

Le journal rapporte les propos du président Keïta, lors de la célébration dimanche de la Journée internationale de la Femme, concernant l’attentat de Bamako: « Nous sommes débout, nous sommes sereins, nous ne sommes pas dans la peur. Il n’y a pas de psychose. Ils ont échoué et ils échoueront. Ils ne nous ferons pas peur. Ils ne pourront pas tuer tout le Mali par lâcheté, à coup de Kalash ou de grenade, non ! Nous disons non, non, non ».

Ce qui fait dire au quotidien « Nouvel Horizon » qu’IBK prend la situation en main après l’horreur au cœur de Bamako, un acte ignoble revendiqué par le groupe terroriste de Belmokhtar dont les lieutenants, selon le bi-hebdomadaire « Le Challenger », sont aujourd’hui recherchés.

 Mali : Charlie Hebdo à Bamako : «Il m’a épargnée parce que j’ai dit «La ilaha illalah» …Et il m’a dit de sauter… Alors, j’ai sauté !» (Une victime)

Rassemblés par B.S. Diarra – La Sentinelle – 10 mars 2015

Les polices scientifiques françaises et belges à Bamako … Aucune arrestation pour l’instant

Et pourtant, un véhicule suspect a été signalé la veille depuis Ségou en direction de Bamako

Visite chez les blessés…

Nous avions eu le douloureux privilège d’être présent au moment des faits. Voilà ce que nous avions vu et entendu sur le lieu du drame ce vendredi 06 mars sur la «Rue Princesse».

Il est zéro heure passée de quelques minutes sur la «Rue Blabla» également appelée «Rue Princesse» sise en commune II du District, ce vendredi 06 mars. Alertés à la toute première heure par un coup de fil ami, nous sommes précipités sur les lieux pendant que les pétarades des Kalachnikovs n’étaient pas encore loin…

L’espace en question, faut-il le rappeler, a la particularité d’être constamment animé surtout les week-ends, nuits de Vendredi et samedi en l’occurrence. D’une longueur d’environ 500 mètres, elle abrite exclusivement les espaces de loisirs appelés «maquis» pour la plupart tenus et fréquentés surtout par des ressortissants étrangers désormais très nombreux dans la capitale. Les jeunes nationaux non plus, ne dédaignent nullement le coin. Bref, le secteur est vraiment endiablé et les bars, night-clubs et restaurants ne ferment presque jamais leurs portes. Et même si certains gardiens du temple l’assimilent, à tort ou à raison à un lieu de débauche, l’endroit est d’un apport économique très important et permet surtout aux étrangers de passer de meilleurs moments à Bamako. Et l’afflux des organismes internationaux au pays a fortement contribué à son importance d’aujourd’hui. Et pour y donner une certaine impression de sécurité, la police du Commissariat de Police effectue souvent des rondes en prenant soin de ne pas importuner les usagers.

Mais rien n’était normal, cette nuit fatidique, à notre arrivée sur les lieux. L’endroit était inhabituellement bondé de monde et  le choc émotionnel très lisible sur les visages.  L’odeur du souffre était perceptible. C’est bien plus tard, que commencèrent à arriver les renforts de la Gendarmerie, de la Garde nationale et de la Police. Le mal était déjà fait. Les assaillants dorénavant loin. Seuls les services de secours (sapeurs-pompiers) avaient désormais du boulot à faire. D’abord apporter les soins immédiats aux blessés (au moins 5) et transporter les corps des malheureux dont un Français,  un Belge et Canadien lesquels, selon nos sources, travaillaient tous au compte de  l’UE, en plus de celui du policier malien répondant au nom de Cheick et d’un lave-garde.

Un commando tueur

C’est à chaud que nous avions recueilli les témoignages d’hommes, de femmes et même des enfants talibés qui fréquentent assidument le secteur à la recherche de leur pitance journalière. Et ils corroborent tous.

Tous se souviennent avoir aperçu un homme probablement de peau blanche et barbu) cagoulé et/ou enturbanné, (certains évoquent la présence d’un véhicule 4X4 dont l’occupant n’a pas été formellement identifié.

Arrivés au niveau du bar-restaurant «La Terrasse» l’homme à pied descendit et monta l’escalier menant à «La Terrasse». «Sur place, il ouvrit le feu, sans discernement» précise une rescapée. Selon toute évidence, ils étaient venus là pour tuer à l’image des ceux de «Charlie Hebdo». Signalons que cet endroit a la particularité d’accueillir surtout des ressortissants européens au regard de son confort, de sa discrétion entre autres avantages recherchés par cette clientèle.

Et l’homme ressortit quelques minutes plus tard. Il s’engouffra dans la rue adjacente où un probable complice était censé l’attendre. Dans sa fuite, il se met à lancer des grenades. Il prit pour cible en l’occurrence le véhicule de patrouille du commissariat de police du 3èmeArrondissement (un véhicule qui a une histoire – lire encadré). Le malheureux chauffeur répondant au nom de Cheick Dembélé ne survécut pas aux fragments de l’explosif. Le moteur du véhicule tournait encore à notre passage.

Encadré

«Il m’a dit de réciter la profession de foi en Islam… »

Une des filles eut la malchance de tomber nez-à-nez avec le tueur à l’étage. On imagine aisément sa frayeur. Nous l’avions rencontrée au CHU Gabriel Touré où elle bénéficie en ce moment de soins appropriés. Il ressort de son témoignage que le terroriste lui a demandé de réciter la profession de foi en Islam («Il n’y a pas de Dieu que Dieu et Mahomet –PSL- est son Prophète» en langue arabe). Elle obéit. Et il la laissa en vie mais à condition de sauter de l’étage d’environ 5 mètres de haut. Elle survécut, mais avec une fracture. Elle aurait quand même pu se faire tuer.

Refugiées dans les toilettes et…

Les toilettes sont généralement conçues pour recevoir les besoins intimes des usagers. Mais ce groupe de filles décida d’attribuer une double fonction aux lieux. D’abord elles l’utilisèrent comme refuge. Mais la peur se faisant souvent accompagner par des fuites et des relâchements, l’endroit recouvrit sa véritable fonction… Elles ne sont pas blâmables. Et dire qu’elles ignoraient être dans la partie réservée aux hommes ! Enfin, la fin justifie les moyens. En tout cas, terroriste ou pas, la soirée était bel et bien terminée pour elles !

La marque d’Ançar-dine ou de Mourabitoun ?

Il nous revient, de sources sécuritaires, que des tracts avaient été lancés quelques jours avant le drame. Ils étaient particulièrement dirigés contre les ressortissants européens et français en général. Les services de renseignement restent convaincus qu’ils émanent du groupe d’Ançar-dine d’Iyad Aghaly vivement recherché et par les services français et par les Américains.

Aussi, en invitant, voire en forçant la jeune fille à réciter la profession de foi, le tueur a bien laissé une marque islamiste. Rappelons que le groupe Ançar-dine a fait allégeance à AQMI et est farouchement opposé à la signature d’un accord de paix au Mali. Rappelons cependant que l’attentat a été revendiqué par le groupe Al Mourabitoun, proche de Morkat BelMoktar présumé tué par l’armée tchadienne. Ce groupe, en tout état de cause, est réputé proche d’AQMI qu’Ançar-dine

Aucune arrestation liée à l’attentat

Une folle rumeur a circulé au lendemain de l’attentat. Rumeur, selon laquelle deux suspects liés à l’attentat, auraient été arrêtés. Il y eut en effet, l’arrestation de deux individus armés d’armes automatiques de fabrication tchèque. Mais ces deux individus arrêtés par le Commissariat de police  du 6ème arrondissement et aux environs de la Maison des Artisans sont totalement étrangers au coup. Il s’agit de délinquants et de malfrats, mais pas les auteurs du coup de la «Rue Blabla». C’est, en tout, ce qu’ont révélé les premiers résultats de l’enquête.

Et pourtant, un véhicule suspect a été aperçu à Ségou en route vers Bamako

Le même jour (Vendredi 06 mars) aux environs de 16 heures, un véhicule 4X4, à son bord des hommes enturbannés est arrivé au niveau du poste de contrôle à Ségou, à la sortie vers Bamako. Les occupants se sont abstenus de descendre. Un policier en service a voulu en savoir plus. Et en jetant un regard à l’intérieur du véhicule, il aperçut des hommes lourdement armés qui lui intimèrent ordre d’ouvrir le barrage au risque de sa vie. Ce qu’il fit. Et le véhicule démarra en trombe.

Naturellement, le policier signala l’incident à sa hiérarchie régionale laquelle à son tour informa Bamako. La seule décision prise ici fut, non d’intercepter les suspects à mi-chemin comme cela se devrait, mais de les attendre tranquillement au poste de Samaya. Ils n’arrivèrent jamais, du moins pas de ce côté. Ils sont actuellement perdus dans la nature. Leur présence dans la capitale serait-elle liée à l’attentat de la «Rue Blabla» ? Seul Dieu le sait. En tout état de cause, il y a eu manifestement faut grave voire une complicité (nous y reviendrons).

Les polices scientifiques françaises et Belges à Bamako

La police locale dut remettre le dispositif en place en place suite à l’arrivée d’experts de la police et de  la Gendarmerie française et Belges. D’autres experts étaient attendus.

Et ce ne sont pas les journalistes de la presse internationale qui manquent à l’appel. Ils viennent quasiment de tous les pays ayant envoyé des contingents sur place. Et ça bouillonne.

 

Attentat de Bamako: Qui sont les victimes?

Par Célia d’ALMEIDA – 09/03/2015

Ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. L’attentat terroriste du vendredi dernier a causé la mort de 5 personnes et envoyé 8 personnes sérieusement blessées à l’hôpital.

Deux occidentaux et trois maliens ont perdu la vie dans l’attaque contre le restaurant La Terrasse, situé en plein cœur de Bamako. Venus s’amuser, tombés dans la rue, ils ont été victimes de la barbarie d’un groupe islamiste qui prétend ainsi « venger le Prophète ». En haut, sur la terrasse où des jeunes gens partageaient un bon moment en mangeant et dansant, deux personnes sont mortes.

Fabien Guyomard, « Monsieur Tolo », comme il aimait qu’on l’appelle. Ce trentenaire plein de vie s’était complètement intégré au Mali et se disait Dogon. Responsable d’une société américaine spécialisée dans la construction de luxe, il vivait au Mali depuis 2007. Membre fondateur du Rotary Club de Titibougou, il s’impliquait dans la vie locale et avait de nombreux amis. C’est l’un d’entre eux, avec qui il était le vendredi soir, Zakaria Maïga, qui a eu le devoir douloureux de procéder à son identification. Fabien sera rapatrié ce lundi soir en France.

Mariam Camara avait elle aussi toute sa vie devant elle. Elle a succombé à ses blessures avec à ses côtés son époux, un canadien installé à Bamako, avec qui elle passait une bonne soirée jusqu’à ce que le tueur ne monte les escaliers. Le mari en a réchappé. La famille Camara, domiciliée à Korofina est inconsolable, partagée entre la douleur et la stupeur de perdre sa fille dans de pareilles circonstances.

En ressortant, le (ou les tireurs, les versions divergent sur ce point) a tiré dans la rue, touchant un gardien, en poste devant une famille voisine. Il meurt sur le coup. Un peu plus loin, un autre européen, belge, est touché. Il s’agit du Lieutenant Colonel Ronny Piens, qui assurait la sécurité de la délégation européenne au Mali. Parachutiste de formation, il était originaire du deuxième bataillon des Commandos de Flawinne. Il travaillait depuis 43 mois pour l’Union européenne et était en poste à Bamako depuis trois mois. L’homme avait travaillé auparavant pour la Défense belge pendant plus de 25 ans.

La cinquième et dernière victime est un jeune policier. Cheick Oumar Dembélé, alias « Commando » était en patrouille avec ses collègues du 3ème arrondissement. Fils d’un policier décédé l’an dernier, le jeune homme était âgé de 28 ans et avait intégré les corps habillés en 2009. « C’était une bonne personne, toujours prêt à rendre service, témoigne un de ses amis. Il aimait son boulot et n’hésitait jamais à servir ». C’est cet engagement qui l’a mené à lever son arme contre les assaillants dans la nuit du vendredi. Ces derniers ont tiré sur le véhicule de patrouille avec qui ils s’étaient retrouvés nez à nez. Échange de coup de feu et jet de grenade contre la voiture de police. A l’issue de la fusillade, les camarades de Cheick se rendent compte qu’il est grièvement blessé. Il rendra l’âme à l’hôpital. Le jeune homme se préparait pour son prochain mariage.

Que leurs âmes reposent en paix.

 « Il y a un certain ressentiment anti-français au Mali »

09/03/2015 à 16:45 Par Pierre-François Naudé

Jean, retraité français, vit à Bamako depuis trois ans. Il habite dans le quartier où a eu lieu l’attentat du 6 mars contre le bar La Terrasse, qui a fait 5 morts : trois Maliens, un Belge et un Français. Témoignage.

Jeune Afrique : Que faisiez-vous le soir de l’attentat ?

Jean : Ce soir là, par chance, j’étais au lit chez moi quand j’ai été réveillé par une explosion très puissante. Puis il y a eu deux séries de rafales d’arme automatique. Les gardiens des habitations voisines se sont rassemblés, se demandant ce qui se passait.

Dix minutes après environ, j’ai reçu un SMS du consulat indiquant qu’un attentat terroriste avait visé un établissement bamakois et conseillant aux ressortissants français de ne pas sortir…

La « rue Princesse » de Bamako concentre de nombreux bars très fréquentés par les expatriés occidentaux. Faisait-elle l’objet d’une surveillance particulière des forces de sécurité maliennes ou internationales ?

Non, pas du tout. Je la prends environ dix fois par jour et je n’ai jamais constaté de présence policière particulière, du moins en uniforme. Il est possible qu’il y ait eu une surveillance de la part d’agents en civils, mais je ne l’ai jamais remarquée. Par ailleurs, s’il y avait des patrouilles de la Minusma (mission de l’ONU au Mali), il n’est pas sûr qu’elles soient bien vues par les Maliens pour des raisons de souveraineté nationale…

Une source sécuritaire citée par l’AFP dit qu’un des agresseurs a crié « Mort aux Blancs ». Cela vous a-t-il été confirmé ?

Non, je n’ai entendu personne parler de ça.

Quelle est l’ambiance à Bamako ? Votre vie quotidienne va-t-elle changer après l’attentat ?

L’ambiance n’est bien sûr pas terrible. Je suis resté chez moi samedi, et ne suis sorti qu’à partir de dimanche. La vie continue même si je vais prendre quelques précautions. Rester prudent la nuit, éviter d’aller trop souvent dans les endroits fréquentés par des Européens.

Mais bon, il est évident que cela ne va durer qu’un temps, quinze jours ou un mois peut-être. Après on oubliera et la vie reprendra comme avant : il n’y a pas de réelle psychose. L’insécurité existe souvent, on doit faire avec. Dans d’autres pays c’est parfois pire : Centrafrique, Nigeria…

Avez-vous perçu des événements pouvant être interprétés – même rétrospectivement – comme des signes avant-coureurs d’attentat ?

Non, aucun. Même si on sait que la situation politique est tendue et que le Nord du Mali est une zone risquée, la vie à Bamako est plutôt paisible. Il n’y a pas de haine palpable contre les Européens.

Le 31 janvier dernier, nous avons reçu un SMS du consulat nous prévenant d’un risque d’attentat à Bamako, mais c’était le seul du genre. Auparavant ce sont plutôt des mises en garde qui nous parvenaient, nous invitant à ne pas se rendre dans des zones où des manifestations politiques étaient organisées.

Après l’opération Serval, début 2011, il y a eu une poussée de francophilie qui n’a pas duré. Comment sont perçus les Français au Mali actuellement ?

Oui, la francophilie post-Serval est vite retombée. Il y a maintenant un certain ressentiment anti-français de plus en plus perceptible. « Si les jihadistes sont encore au Mali, c’est de la faute des Français qui n’ont pas laissé l’armée malienne se redéployer au Nord » ; « Les Français soutiennent l’Azawad », etc : ce sont des propos qu’on entend très souvent, dans la bouche d’amis maliens ou même de chauffeurs de taxi. Et puis, il y a aussi des rumeurs qui vont bon train…

Par exemple ?

On dit notamment que des militaires français se déguisent en Touaregs pour tirer sur les militaires maliens, et qu’on peut les reconnaître parce qu’ils ont la peau très blanche !

Evidemment tout cela n’a aucun fondement crédible. Bref, il vaut mieux éviter les sujets politiques concernant le Nord quand on est Français, c’est très sensible en ce moment…

 

Attentat terroriste au bar-restaurant La Terrasse : Bamako désormais dans l’œil du cyclone?

Ramata Diaouré – Le 22 Septembre – 9 mars 2015

Au moins deux individus lourdement armés, cagoulés et gantés ont perpétré, pour la première fois à Bamako, un attentat sanglant, très tôt le matin du samedi 7 mars 2015. A l’heure ou nous mettions sous presse, le macabre bilan n’était pas encore définitif, mais on déplorait déjà les décès de 3 Occidentaux (dont un Français et un Belge) et de 3 Maliens (un policier, un gardien de nuit et une jeune dame qui était sur les lieux avec son époux étranger).

Les Bamakois se sont réveillés avec l’étrange sensation d’avoir vécu une première des plus inquiétantes, surtout lorsque l’on déroule le film des évènements. En effet, selon de nombreuses sources, dont des rescapés de l’attentat, c’est vers une heure du matin, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, qu’un homme armé a monté l’escalier qui mène au bar – restaurant La Terrasse, adresse très courue de la Rue dite Princesse à l’Hippodrome.

En ce début de week end, l’endroit était bondé et l’ambiance musicale à son summum. Après avoir dégoupillé une ou deux grenades, une au moins ayant explosé, le terroriste a poursuivi en balayant l’assistance de rafales de mitraillette ou de fusil automatique. Chacun a cherché à se protéger, en plongeant au sol pour la plupart des clients, mais cela n’a hélas pas été salutaire pour tout le monde, d’où les décès et les blessures graves.

Sa macabre opération terminée, l’assassin a quitté les lieux pour s’engouffrer dans un véhicule conduit par un complice. En tournant dans la rue 218, en direction de l’Est, pour s’échapper, les terroristes tomberont nez à nez avec une patrouille de la Police qui effectuait une rafle. Là encore, les armes ont parlé, faisant deux victimes, un policier et un gardien de nuit.

Si l’on en croit certaines sources policières, deux suspects auraient été appréhendés, mais, dans la foule de badauds du voisinage qui était sur les lieux dans la matinée de samedi, les tueurs auraient pu s’enfuir sans être inquiétés.

Une chose est certaine, l’endroit avait été ciblé, car regroupant tous les week end nombre d’expatriés venus de tous les continents, qui aimaient y boire un verre, y manger un plat et y danser sur différents genres de musique ou au son d’un orchestre. L’exploitant de La Terrasse est un Libanais blanchi sous le harnais au Mali, assisté de son fils et d’employés dévoués.

C’est dire que la volonté d’assassiner des étrangers était manifeste et que l’on ne peut qualifier ces actes abominables que comme du terrorisme pur et dur. L’habillement du tireur plaide également en ce sens, puisqu’il était cagoulé, portait des gants, et était très déterminé, quasi professionnel. Désormais, Bamako est donc dans l’œil du cyclone, car des fous de Dieu, ce que semblent être ces tueurs, ont manifestement décidé de reproduire chez nous des attentats vus ailleurs ou sur Internet.

Leur objectif est clairement de terroriser la population, toute la population, ou du moins de tenter de le faire. Mais, s’ils espèrent avoir «tué» l’ambiance et les commerces de la rue Amilcar Cabral, véritable nom de la Rue Princesse de l’Hippodrome, qu’ils sachent que cela ne durera qu’un temps et que la vie reprendra ses droits.

Si, en outre, Moktar Belmoktar et ses sbires pensent avoir agi en «bons jihadistes», avoir donné une leçon à certains ou en avoir vengé d’autres, qu’ils inventent, puisqu’ils se croient omniscients, la sourate qui lavera le sang qu’ils ont sur les mains, parce qu’elle n’existe dans aucun Livre Saint.

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