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La violence décuplée au Mali

by sur 30 mars 2015

 

Mis à jour le 31 mars à 6h (heure française) : un mort dans l’attaque d’ convoi du CICR près de Gao.

Entre les harcèlements et attentats qui n’ont jamais cessé, les préparatifs de guerre des groupes armés refusant de signer les accords d’Alger, et la propagande des djihadistes dans les camps de réfugiés, le Mali a bien des défi à relever.

D’autant que le recrutement d’enfants soldats est une réalité qui, comme le terrorisme, prospère dans le terreau de la pauvreté, du sous-emploi et de l’incapacité politique à résoudre les difficultés au quotidien.

Pas de leçon à donner au Mali pour une France qui laisse près de 2 millions de jeunes au bord de la route, traînant leur oisiveté dans des banlieues à l’abandon, là aussi sous le regard impuissants des politiques.

Sur ce terreau-là chez nous, seuls l’abstention et le Front National prospèrent. Et la violence couve comme le feu sous la cendre…

enfants soldats camps de réfugiés

Je ne tire aucune conclusion de cette photo non signée, parue pour illustrer un article du site Dune-voices info; ce n’est sans doute que jeux d’enfants, mais son réalisme m’a frappé.

Nord du Mali: le CICR condamne l’attaque qui a coûté la vie à un de ses collaborateurs

Par CICR – le 30 mars 2015

Genève / Bamako (CICR) – Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est consterné par la mort d’un de ses collaborateurs au Mali. L’attaque du camion d’aide du CICR qu’il conduisait a eu lieu ce matin près de Gao, tuant ce collaborateur et blessant un membre de la Croix-Rouge malienne.

Le CICR condamne avec la plus grande fermeté cette attaque et en appelle à toutes les parties au conflit pour qu’elles respectent et protègent les travailleurs humanitaires.

« Nous avons été très choqués d’apprendre la mort de notre collègue et ami Hamadoun, a déclaré Yasmine Praz Dessimoz, chef des opérations du CICR en Afrique du Nord et de l’Ouest. Il était parti de Gao au volant du camion qu’il conduisait jusqu’à Niamey, au Niger voisin, d’où il devait rapporter du matériel médical pour l’hôpital de Gao, qui en manque cruellement. Sa mort n’est pas seulement une tragédie pour sa famille et pour le CICR. Elle va avoir un impact sur la vie et la santé de dizaines de milliers de personnes. »

Au moment de l’attaque, Hamadoun était accompagné d’un membre de la Croix-Rouge malienne. Ce dernier a été blessé mais ses jours ne sont pas en danger. Les circonstances exactes de l’attaque ne sont pas clairement connues au stade actuel, mais le camion était clairement marqué de l’emblème du CICR.

« La situation humanitaire dans le nord du Mali est préoccupante, affirme Yasmine Praz Dessimoz. Nos équipes mettent tout en œuvre pour soutenir les communautés locales touchées mais le CICR est préoccupé par la violence croissante qui est exercée contre les travailleurs humanitaires et les empêche de venir en aide à des personnes et des communautés complètement démunies. »

Le CICR demande à tous ceux qui participent au conflit de protéger la population civile et de laisser les humanitaires faire leur travail. Il rappelle que l’emblème de la croix rouge doit être respecté.

Le CICR adresse ses condoléances les plus sincères à l’épouse d’Hamadoun et à ses quatre enfants, ainsi qu’à toute sa famille et ses amis.

Informations complémentaires :

Valery Mbaoh Nana, CICR Bamako, tél. : +223 20 29 72 14 / 15 ou +223 76 99 63 75
Claire Kaplun, CICR Genève, tél.: +41 22 730 3149 ou +41 79 244 64 05

 

«Au Mali, le niveau de violence va en décuplant»

De passage à Genève, le ministre malien de la Justice a exhorté la communauté internationale à ne pas relâcher la pression sur les groupes islamistes.

La situation au Mali est loin d’être stabilisée. Il y a quelques jours, un Malien soupçonné de jouer les informateurs pour le compte des militaires français de la force Barkhane a été tué par balle puis décapité par les hommes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). L’exécution publique s’est produite sur un marché de Tichift, au nord du pays. Un phénomène nouveau. Les experts en terrorisme redoutent que les groupes islamistes qui opèrent dans le Sahel ne s’inspirent de Daech pour faire régner la terreur dans la région.

A cette menace s’ajoute la percée des tueurs sanguinaires de la secte Boko Haram, qui promettent de remonter vers le Mali pour faire couler le sang. Pour Mahamadou Diarra, le ministre malien de la Justice et des droits de l’homme, c’est l’illustration du travail qui reste à faire pour ramener la paix et la stabilité dans la région. De passage à Genève, il a multiplié les rencontres en marge du Conseil des droits de l’homme pour sensibiliser les Occidentaux et les inciter à assumer leurs responsabilités. La dégradation de la situation sécuritaire dans la région étant selon lui «une conséquence de la chute du colonel Kadhafi qu’ils ont eux-mêmes favorisée».

Risque d’embrasement

«Entre les bombes artisanales, les attaques de convois, les attentats sur les marchés et dans les localités, il y a comme un embrasement qui ne dit pas son nom», prévient le ministre, qui déplore l’aveuglement ayant conduit à cette situation. Mahamadou Diarra fait référence à la «complaisance et aux soutiens dont ont bénéficié les Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA)» auprès des élites européennes et même suisses ces dernières années.

«Les gens ont péché par méconnaissance. On voit le résultat. Le MNLA, qui se prétendait être un mouvement laïque combattant pour l’indépendance, cautionne aujourd’hui la mise en place d’une police islamique qui ampute, exécute et oblige les femmes à se voiler. Officiellement, Kidal se trouve sous le contrôle de la rébellion MNLA, mais en réalité c’est Ansar Eddine, le mouvement djihadiste antilaïque, qui dirige tout», affirme Mahamadou Diarra.

Le ministre malien s’étonne que les Américains n’aient encore rien fait pour éliminer le chef d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali. «C’est lui le maître du jeu et on sait où il est. Pourquoi personne n’agit ?» interroge-t-il. Sous la pression de la communauté internationale, tout au long de la crise, le Mali a veillé à respecter les valeurs et les principes de l’ONU en matière de respect des droits de l’homme, en allant parfois à l’encontre de son opinion publique. Ce qui semble nourrir quelques regrets.

Un défi énorme

«On a empêché l’armée malienne d’entrer à Kidal quand il y a eu la libération. Je pense que cette action est à la base de la poursuite de la rébellion et du retour des mouvements djihadistes et des narcotrafiquants au Mali», déplore Mahamadou Diarra.

«Aujourd’hui, ces groupes disposent d’un armement ultramoderne et sophistiqué dont n’est pas dotée notre armée. Tout cela contribue à alimenter un banditisme rampant qui prospère grâce au business des prises d’otages et des rançons», ajoute-t-il.

Le ministre malien de la Justice souhaite que la communauté internationale exerce la même pression que celle que son pays a subie sur les groupes qui refusent encore d’entrer dans le processus de réconciliation. S’il loue le travail de médiation de l’Algérie, de la France, des Etats-Unis, de l’Union africaine, de la CDAO… il en déplore les limites. Il aurait aimé une action plus forte et plus radicale de la Minusma (Mission des Nations Unies au Mali).

«Aujourd’hui, nous souhaitons que la communauté internationale soit à la hauteur de ses devoirs. De plus en plus, rébellion et djihadistes se confondent et le niveau de violence est décuplé chaque mois», explique Mahamadou Diarra. Pour le Mali, le défi à venir est énorme et pas seulement sécuritaire. «Maintenant, il va falloir déconstruire les idées qu’ont propagées les islamistes. Cela veut dire s’attaquer au problème de l’éducation et de l’emploi des jeunes», affirme-t-il.

Mauritanie, Camp Mberra : les mouvements islamistes recrutent des enfants soldats parmi les réfugiés maliens

Par Dune-voices.info – 29 mars 2015

Dune Voices – Les enfants maliens réfugiés au camp de M’berra perdent leur vie pour que les groupes islamistes au Nord Mali combattent les gouvernements des pays limitrophes. Ils sont recrutés par les groupes armés actifs dans le Nord du Mali. Ils sont tués dans leurs combats et attentats.

Mohammed est un ancien soldat d’Al Qaïda dans le Maghreb Islamique (AQMI). Il a adhéré à cette organisation à l’âge de 15 ans, avec 16 autres adolescents maliens. Ils ont été entraînés à Aghabob, au Nord Mali. D’autres jeunes du même âge, algériens notamment, auraient été entraînés avec eux.

Selon Mohammed«Les groupes islamistes recrutent aux frontières entre le Mali et la Mauritanie, des jeunes comme moi pour commettre différents types d’opérations au nom de l’Islam. Ils les exploitent également à des fins militaires, surtout pour l’espionnage aux frontières entre le Mali et le Niger, entre le Mali et la Mauritanie et avec l’Algérie

Pire: ils les envoient perpétrer des attentats. Dans plusieurs régions, notamment à In Khalil, sur les frontières entre le Mali et l’Algérie, les enfants sont orientés vers la mendicité pour camoufler leur mission réelle qui est l’espionnage pour le compte de ces groupes,» explique-t-il.

L’histoire d’ Abderahmane n’est pas très différente. Il est ex-combattant à Ansar’dine au Nord-Mali. Il a aujourd’hui 17 ans. Il y a 2 ans, il a volé le fusil de son père qui était soldat à l’armée malienne. Par crainte de la punition du père, il a joint l’organisation extrémiste.

«La formation militaire a duré 6 mois. Elle s’est déroulée dans la région de Taghar Gharine (Adrar Tigharghar). Elle m’a permis d’apprendre l’usage de plusieurs types d’armes: Kalachnikov, Dushka, RPG 14,5… Après la formation, j’ai appelé mon père dans l’objectif de retourner chez moi. Mon père m’a menacé. Il a dit qu’il va me jeter à jamais en prison s’il réussit à mettre la main sur moi. 

Je suis devenu alors plus déterminé à rester au sein d’Ansar’dine. J’étais convaincu que je faisais le djihad pour le sanctuaire d’Allah. Je souhaitais la mort chaque jour pour avoir accès au paradis et me débarrasser des souffrances de la vie» a déclaré Abderahmane. Selon lui, près de 30 jeunes de 10 ans prenaient part à cette formation militaire.

Youssouf a connu un sort similaire. Il était combattant au Mouvement de Macéna d’obédience peule née du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad dans l’Afrique de l’Ouest (MUJAO). Il a 16 ans. Il raconte: «J’ai participé à 15 combats, dont le plus récent est l’attaque du Mouvement peul Macéna contre l’armée malienne à Nampala, près des frontières entre le Mali et la Mauritanie, le 16 janvier 2015» a-t-il déclaré. «Mais, précise-t-il, je ne sais pas combien de personnes j’ai tuées dans les 15 combats auxquels j’ai pris part».

Le MUJAO recrute, lui aussi, des soldats parmi les enfants et adolescents. Youssouf est un jeune de 17 ans. Il raconte: «A l’âge de 12 ans, je rêve déjà de porter les armes. Quand la révolution de l’Azawad est déclenchée en 2012, j’ai rejoint le Mouvement national pour la Libération de l’Azawad (MNLA). Mais, comme il n’avait pas assez de moyens, je l’ai quitté pour le Mouvement pour l’Unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest(MUJAO). Celui-ci me payait mensuellement 50.000 FCFA (75 €)»«Je cherche depuis mon enfance à me venger du gouvernement malien qui a assassiné mon père» argumente le jeune.

Mourad aurait affiché son opposition aux attentats du MUJAO. Il aurait refusé de combattre les autres mouvements armés du Nord-Mali. Son seul ennemi aurait été le gouvernement du Mali. Pour ces raisons, les leaders du mouvement lui sont devenus hostiles. D’où sa décision de fuir le MUJAO.

Il précise: «le mouvement préparait les enfants pour perpétrer des attentats. Nous sommes rassemblés pour choisir parmi nous un candidat. J’étais opposé au principe d’attentat. Du coup, j’ai pris la poudre d’escampette. J’ai marché à pied pendant deux jours, aux montagnes de N’beeg, pour échapper au groupe de recherche qui me suivait.

Ce groupe avait reçu des instructions fermes de me liquider dès que j’apparais au grand jour. Mais, des éleveurs m’ont prévenu et m’ont aidé à me cacher et me sécuriser» déclare-t-il. Aujourd’hui, Ibrahim n’a qu’un seul souhait: retourner en classe et laisser derrière lui ces deux années qu’il a passées au rang du MUJAO.

Nabila est mère d’un enfant soldat de 14 ans. Son fils a été tué lors des attaques françaises contre les mouvements islamistes à Tombouctou. Selon elle «les mouvements djihadistes n’imposaient pas aux enfants de les joindre ; mais, ils les incitent avec le paiement de quelques petites sommes.

Ils ‘sensibilisent’ les enfants et jeunes des villages et campements sur la lutte contre la gabegie et contre les corrompus à travers l’application de la charia». «Ces campagnes de sensibilisation ont conduit au recrutement de 300 enfants soldats entre novembre 2012 et début 2013» a-t-elle précisé.

Nabila affirme que beaucoup d’enfants soldats ont regagné les siens après l’intervention de l’armée française, mais «ils adoptent une idéologie djihadiste». Elle précise: «j’ai vu un ancien enfant soldat expliquer à ses collègues comment utiliser professionnellement une arme». 

Mohamed Mahmoud Aboulmaâli, spécialiste des mouvements islamistes dans le Sahel, estime que «ces groupes exploitent la pauvreté, l’analphabétisme et l’inactivité des familles de ces enfants. Ils promettent alors aux enfants le paradis qui les attend aussitôt après leur mort dans des combats. Il leur paie également des sommes colossales contre leur adhésion».

 

 

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