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Le Mali, encore et toujours

by sur 21 avril 2015

Robert Chaudenson est un linguiste qui a quelques idées sur le Mali; j’ai été amené à fréquenter son blog sur Mediapart parallèlement aux textes du Professeur Bruno-Jailly que nous avons également publié ces derniers jours.

Ceux qui, connaissent bien le Mali ne trouveront pas dans ces deux textes (parus les 20 et 21 avril 2015 et reprenant pour partie des éléments publiés en septembre 2013) de grandes révélations, mais leur conviction en sortira renforcée que le Mali n’est pas sorti d’affaire; et qu’il n’en prend pas forcément le chemin sous la houlette des exigences de la communauté internationale.

Et que le gouvernement français à tort de se réjouir trop vite des « progrès » réalisés dans la lutte contre le terrorisme.

Nous avons déjà eu l’occasion d’écrire, après et avec bien d’autres, que la solution militaire ne réglera rien sans la mise en oeuvre d’une solution politique négociée, en toute transparence, entre les acteurs maliens eux-mêmes.

Encore et toujours le Mali.

20 AVRIL 2015 |  PAR ROBERT CHAUDENSON (blog sur Mediapart) – né en 1937, linguiste, universitaire (La Réunion, Provence), directeur de collections, spécialiste du créole.

Décidément ce pauvre Monsieur Hollande n’a pas plus de chance avec l’Afrique qu’avec le chômage ! Ses espoirs de gloire, extra-hexagonale et postcoloniale, s’envolent les uns après les autres. La Libye est devenue le point de départ de multiples et abondants  trafics humains dont quelques-uns s’achèvent au fond de la Méditerranée, au point qu’on envisage désormais de bombarder, dans les ports libyens, les rafiots, vides on l’espère, avant qu’on les charge de migrants, utilisés cette fois en guise de boucliers humains.

Quant au Mali, comme prévu par tous ceux qui le connaissent et ont un peu de bon sens,  rien n’y est fini en dépit des rodomontades diplomatiques ; nous ne sommes pas,  de toute évidence,  sortis de l’auberge sahélienne et les attentats gagnent désormais Bamako. C’est d’autant plus grave que maintenant des voisins, aux visées un peu incertaines, comme l’Algérie et le Niger, s’en mêlent ouvertement, compliquant encore les affaires de ce pauvre Etat.

Sous le titre facile de « Honni soit qui au Mali pense !», j’ai écrit plusieurs blogs où je faisais état des modestes expérience et connaissance que j’aies ce pays ; je viens par ailleurs de lire quelques articles récents sur le sujet et surtout j’ai découvert par hasard, parmi les blogs de Mediapart, celui de mon vieil ami Joseph Brunet-Jailly, parfait connaisseur du Mali et qui a longtemps suivi les affaires maliennes pour l’Institut de Recherches sur le Développement, l’IRD (ex-ORSTOM, une fois ce dernier débarrassé de son infâmant appendice caudal ultramarin !).

Les textes, parfaitement informés bien entendu, de Brunet-Jailly (économiste de la santé au départ) mettent tout au clair mais m’ont surtout rappelé le bon vieux temps du programme « Langues et développement » et les séjours comme les travaux que nous avons faits ensemble dans Sahel surtout avec quelques autres collègues français et ou africains dont je garde toujours l’agréable souvenir.

De nombreux ouvrages ont été publiés au cours de ce programme soutenu par le Ministère français de la coopération et du développement, dont en particulier, pour ce qui concerne le Mali, Langues et métiers modernes et modernisés au Mali (1992) et L’alphabétisation fonctionnelle en bambara dans une perspective de développement (1992).

Il est évident que la plupart des erreurs reposent sur une méconnaissance fondamentale des réalités du pays et de l’absurdité du tracé de ses frontières qui éclatent aux yeux de tous ceux qui connaissent tant soit peu cette zone, mais que nombre de politiques locaux n’ont pas manqué d’exploiter à leur profit !

Tout cela m’a rappelé un blog que j’avais publié dans Mediapart le 14 juillet 2013 à la suite de la revue du 14 juillet à Paris qui avait été, à mes yeux, tout à fait symbolique de la situation locale au moment où la France et François Hollande semblaient venir de triompher dans le règlement des problèmes politiques du Mali. Je n’hésite donc pas à le reprendre ici tant il me paraît symbolique et éclairant, en y ajoutant sans doute quelques mots de commentaires.

« En ce jour de 14 juillet 2013, j’ai appris, faute d’avoir regardé le spectacle lui-même, que les soixante militaires maliens invités à Paris avaient défilé, comme prévu, en tête de l’armée française sur les Champs-Élysées. Je ne doute pas que le spectacle ait été réussi, même si l’information à leur propos était un peu floue, comme toujours dans nos médias.

On annonçait, en effet, en tête du cortège, « le lieutenant Élisée Jean Dao » (avait-il été choisi pour son prénom ?), affecté à Kidal, alors que l’image que j’ai pu voir, un peu par hasard dans « Maliactu. Net » faisait apparaître, sans le moindre doute, que Monsieur Élisée Dao, à en juger par son embonpoint et ses galons (qui me paraissent être les mêmes que dans l’armée française) était colonel et non pas lieutenant !

Je ne doute pas que, surtout s’ils venaient effectivement de Kidal où on ne les aime guère, ces braves militaires maliens aient apprécié leur séjour parisien ; j’espère toutefois que, compte tenu de la modicité de leur solde locale et des tarifs des professionnelles parisiennes, on avait prévu pour eux des « bons de saillie » (comme on disait autrefois dans nos chambrées) gratuits car payés d’avance !

Bref, il était bien naturel qu’on fît défiler aux côtés des soldats français, ces militaires maliens, puisque les deux ministres français compétents et concernés (affaires étrangères et défense) avaient été décorés eux-mêmes par leurs homologues maliens dès le samedi, à l’Hôtel Meurice s’il vous plaît, des croix de Grand Officier de l’Ordre National du Mali (une pour chacun bien entendu !), tandis que des généraux et colonels français devaient, en ce même lieu, se contenter du grade de Chevalier ainsi qu’une piétaille de civils français dont on n’a pas jugé bon de préciser les noms. J’espère que les choses se passeront tout aussi bien le lundi 15 juillet puisque notre Président de la République, et c’est bien normal, doit recevoir les insignes de Grand-Croix de l’Ordre National du Mali des mains de Monsieur Dioncounda Traoré.

J’espère toutefois qu’à Kidal, et plus généralement dans le Nord du Mali, ces échanges amicaux franco-maliens ont été appréciés à leur juste valeur et que les fourbes Tamasheq n’ont pas profité de l’absence de ces braves militaires pour causer des troubles, hélas prévisibles vu la situation générale, surtout à l’approche des élections présidentielles

J’observe à cet égard qu’en dehors de ces festivités d’avant et après 14 juillet, la presse française a fort peu évoqué les événements du Mali et les élections du 28 juillet ; le Président de la République lui-même s’est montré fort discret et des plus vagues sur le Mali dans son intervention de l’Élysée.

La chose est d’autant plus inquiétante que l’on a pu constater, durant la semaine, que si le gouverneur de la zone nord s’était bien enfin rendu à Kidal en vue de la préparation de ces élections, il ne s’y était guère attardé et que son aller-retour depuis Bamako avait été des plus rapides.

Tout cela n’est pas de très bon augure et je ne partage pas l’optimisme du chef d’état-major de nos armées, l’amiral Édouard Guillaud qui voit un succès dans « la reprise en main de Kidal » ; cela me paraît une approximation, certes fâcheuse mais bien explicable, de la part d’un amiral s’exprimant imprudemment sur le Nord Mali où l’on ne navigue guère !

En fait, si l’on examine les seules sources un peu fiables où le Mali est évoqué et qui sont constituées par les rares infos de RFI, qui n’est pourtant pas aux mains du MNLA, on y fait état de nombre de tensions et d’incidents qui se cristallisent autour du camp militaire situé à l’ouest de la ville et qui se marquent aussi dans de nombreuses manifestations des divers défenseurs de l’Azawad (le Nord Mali) contre la présence de l’armée malienne (sudiste !).

On s’est pourtant obstiné, suite à l’accord de paix de Ouagadougou, laborieusement signé le 18 juin entre l’État malien et le MLNA, à maintenir, contre tout bon sens, la tenue et la date des élections le 28 juillet alors, de l’avis général, c’est évidemment impossible pour de multiples raisons dont chacune est suffisante seule.

Les choses ne s’étaient pas sensiblement arrangées, loin de là, avec l’entrée du contingent malien dans la zone de Kidal le 5 juillet 2013. Le MLNA prétend d’ailleurs que les termes de l’accord de Ouagadougou ne sont pas respectés, en particulier au plan de la représentation dans les troupes maliennes de soldats originaires du Sud et du Nord et surtout en raison de la présence de nombreux partisans du fameux colonel Gamou, suspecté d’exactions multiples contre les « peaux claires » (les Tamasheq du Nord) et récusé par les représentants du MLNA.

Tout cela n’est donc pas très favorable à la tenue d’élections, surtout si l’on ajoute ces incidents à l’absence de listes électorales fiables comme à la question de la distribution des cartes électorales dans toute la zone.

Dans de telles conditions, la seule solution raisonnable aurait été le report de cette élection où l’on ne sait même plus le nombre de candidats (28 ou 36 ?), mais l’engagement irrévocable de Paris comme de Bamako sur cette date a été tel que ce serait perdre la face que de s’y résigner.

Comme toujours, je m’avise que je suis déjà bien long et je reporte donc à demain la suite que je voulais apporter à ce texte et qui reprendra, hélas malheureusement en partie, des propos que j’ai déjà tenus car les rapports entre  qui durent depuis mille ans entre le Nord et le Sud Mali n’ont évidemment pas beaucoup évolué.

Honni soit qui au Mali pense (suite et sans doute pas fin… hélas !)

21 AVRIL 2015 |  PAR ROBERT CHAUDENSON (Blog sur Mediapart)

Ce blog, à quelque détails près, date du 23 septembre 2013 mais je n’ai en rien ni changé de sentiment ni modifié l’essentiel de ce texte !

Je persiste d’autant plus que j’ai entendu sinon écouté, hier 20 avril 2015, sur le sujet de la politique extérieure de la France en Afrique, Monsieur Guéant (sur je ne sais quelle télé d’info continue), préfet plus familier de la Bretagne et des Hautes Alpes que du Mali, dont il ne connaît sans doute que le salon VIP de l’aéroport de Bamako.

Il est vrai que nous sommes en période de vacances scolaires parisiennes et que nous devons donc fatalement nous contenter, au mieux, de « redifs » comme des troisièmes couteaux du PAF et de la politique !

Je ne voudrais toutefois pas, à bon compte et sans trop de mal,  me flatter d’avoir prévu le cours ultérieur des événements maliens, tant il était évident, quand on connaît, tant soit peu et même de loin, l’histoire des peuples que la colonisation a bizarrement réunis dans cet Etat, comme celle des relations qui ont été les leurs au cours de l’histoire antérieure et aussi celle de la politique qui y a été menée depuis l’indépendance.

Curieusement, quoique les deux sujets soient souvent rapprochés par ces prétendus « experts », nul d’entre eux ne semble voir que le problème de la Libye post-coloniale, qui réunit trois pays (la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan) traditionnellement antagoniques, au delà même des oppositions tribales. Comment ne pas voir que, dès mars 2012, on a proclamé l’autonomie de la Cyrénaïque à Benghazi ! Cette proclamation a été confirmée en juin 2013 par le Conseil de Cyrénaïque. Sans commentaire !

François Hollande, à sa dernière visite au Mali, a été bien inspiré de se rendre à Bamako (Sud) plutôt qu’à Kidal (Nord) ; s’il a été accueilli dans la capitale du Mali par une foule enthousiaste, à laquelle on avait pris soin de distribuer des drapeaux tricolores et des T-shirts à l’effigie présidentielle et s’il a pu enfin, après des jours d’épreuves et de déconvenues syriennes, faire applaudir un discours triomphaliste, il en était tout autrement, au même moment, à Kidal où sa visite dans la capitale n’a pas été du tout saluée dans les mêmes termes et avec le même enthousiasme.

On pouvait aisément le prévoir, vu que le climat politique malien n’a cessé de se détériorer depuis l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita, menée contre tout bon sens et au pas de charge ; elle a conduit à des affrontements violents dont on a donné diverses explications, mais dont l’important est surtout qu’ils aient pu avoir lieu.

Quand on voit en outre le nom même de celui qui a été chargé de la réconciliation entre le Nord et Sud, de façon spécifique et ciblée, on constate qu’il n’est en rien d’origine tamasheq, ce qui aurait été sage voire prudent (il s’appelle Maïga !) ; je n’ai pas vu, autour d’IBK, beaucoup de personnalités politiques porteuses de la coiffure traditionnelle du Nord dont étaient, en revanche, pourvus, pour le grand plaisir des photographes, les représentants du Nord lors de la conférence de Ouagadougou. Le pittoresque de la tenue des hommes bleus fait pourtant toujours recette dans la presse comme au cinéma.

Il est intéressant de voir que, dans les projets immédiats d’Ibrahim Boubacar Keita, on a distingué deux volets majeurs fort différents : l’un consiste dans la formation de cinq cents imams en coopération avec le Maroc ; l’autre réside dans l’annonce du  sempiternel et mythique développement du Nord qui, depuis un demi-siècle, a des allures de déjà vu dix ou vingt fois.

« L’urgence absolue dans le Nord, c’est le désenclavement. » tonitrue IBK ! Un de ses proches précise  « Signer un accord de paix sans permettre au Nord d’être relié au Sud ne servirait à rien. Pour deux raisons : le développement économique ne sera pas possible sans ces routes, et c’est le seul moyen de mettre fin aux trafics entre Kidal, Gao et l’Algérie ».

Ce dernier argument est quelque peu fallacieux pour deux raisons au moins ; d’une part cette route pourrait aussi, bien au contraire, favoriser ces trafics, si l’on s’assure, par la corruption,  la complicité  de ceux qui sont chargés de la surveillance de cette voie ; d’autre part, une bonne partie de ce trafic (pour la drogue surtout) se fait par voie aérienne comme l’a naguère montré l’affaire du boeing dans le désert !

Le désenclavement du Nord est toutefois une nécessité forte, reconnue par l’Union européenne (UE) mais surtout financée en partie par elle ; l’UE veut relancer la construction d’un autre tronçon stratégique Niono-Tombouctou (500 kilomètres !). Les 160 millions d’euros octroyés par l’UE ont permis le démarrage du projet en janvier 2012, mais la guerre l’a interrompu aussitôt.

Attendons de voir si ces projets routiers ne seront pas, comme désormais souvent, un peu partout en Afrique, confiés aux « moins disant » chinois qui cassent tous les prix ; un tel choix obligera à  refaire ces routes dans cinq ou dix ans au plus, durée de vie maximale des routes construites en Afrique par les Chinois, alors que les routes « normales » pouvaient durer, en moyenne, une cinquantaine d’années, selon le témoignage autorisé d’un spécialiste européen  des Travaux publics que j’ai rencontré il y a trois ans à Niamey.

On nous ressort, une fois de plus, la vieille tarte à la crème du développement du Nord-Mali : « Demain, on développera gratis! ». On l’a entendue à de multiples reprises depuis une bonne trentaine d’années, avec les résultats qu’on peut y constater. Je ne rappellerai ici qu’un des plus beaux éléphants blancs (ou roses ?) de cette politique.

Il a consisté dans un effort, certes opportun et même très louable, de créer, au Nord du Mali, des « centres de protection maternelle et infantile » et des dispensaires, mais en y envoyant, par la force des choses, des infirmiers du Sud qui ne parlaient naturellement que le bambara (pardon le bamanankan!), alors que les femmes qui venaient y conduire leurs enfants et s’y faire soigner elles-mêmes ne parlaient évidemment que le tamasheq (langue tamazigh sans rapport avec le bambara) ; elles repartaient donc aussitôt, à leur première visite, car, en outre, leur culture propre leur interdisait de se faire soigner par des hommes!

Dois-je préciser que tous ces constats ont été faits après coup naturellement !

Il est évident que l’opposition traditionnelle entre le Nord et Sud, c’est-à-dire entre les « peaux rouges » du Nord et « noires » du Sud, ne sera pas levée par quelques déclarations de pure forme ou de vagues aménagements pseudos ethno-politiques ; elle demeurera, dans la mesure où elle dure depuis un millénaire au moins et où la haine réciproque entre ces deux peuples est quasiment inscrite dans les gênes ; les populations du Nord, qui venaient autrefois razzier leurs esclaves dans le Sud, se sentent désormais spoliées, en tout et non sans quelque raisons, par les populations noires et les autorités politiques méridionales qui monopolisent toutes les aides.

Loin de moi l’idée de dire, en aucune façon, que les choses sont simples et faciles à régler et il vaut mieux lire les textes détaillés et parfaitement informés de J. Brunet-Jailly que mes impressions sommaires ; pour ce qui me concerne et tout en approuvant ses points de vue, je juge la situation quasi ingérable dans les contextes africains, sauf à évoluer vers une forme de vrai fédéralisme dont ne veulent, pour des raisons différente ni Bamako ni Paris et dont les bénéficiaires principaux, ne seront, de toute évidence ni l’un ni l’autre.

Comme je l’ai dit et répété sans grand mérite, la France est très loin d’être sortie de l’auberge sahélienne en dépit des rodomontades de nos ministres qui feraient bien de se montrer moins optimistes et surtout plus discrets, quelles que soient leurs intentions, si toutefois ils en ont.

 

 

 

 

 

 

 

 

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