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Trois ans après la crise de 2012

by sur 5 mai 2015

Médiapart propose un instantané politique du Mali trois ans après la crise de 2012.

Entre une situation au Nord qui ne s’améliore pas, une classe politique au sud qui ne convainc pas, un Etat trop souvent aux abonnés absents, une « communauté internationale » de plus en plus pressée de se désengager, et une société civile islamique qui s’impose chaque jour davantage, la situation de la démocratie malienne n’est décidément pas brillante.

Analyse à rapprocher des publications du Professeur Brunet-Jailly publiées dans cette revue de presse en avril.

Instantané politique malien, trois ans après la crise de 2012

Médiapart – 04 MAI 2015 |  PAR VIRGINIE BAUDAIS ETIENNE DARLES

Trois ans après le début d’une quatrième rébellion et la réussite d’un médiocre coup d’Etat, le Mali ne parvient que difficilement à relever la tête. Ni la tenue d’élections nationales crédibles et l’installation d’un pouvoir légitime en 2013, ni l’assistance considérable de la communauté internationale n’ont jusqu’à présent permis la stabilisation du pays.

Pire, la situation s’est même, par certains aspects, significativement détériorée. La succession d’affaires au sommet de l’Etat, les critiques virulentes qui entourent la signature – toujours hypothétique – d’un accord (a minima) de paix, l’attentat du 6 mars dernier perpétré dans un restaurant de Bamako ou les attaques meurtrières (et quasi-quotidiennes) dans le Nord – y compris venant de groupes impliqués dans le dialogue inter-malien – constituent autant de signaux inquiétants.

D’Etat démocratique courtisé dans les années 90 à l’Etat effondré de 2012 gangréné par la corruption et fracturé géographiquement, le Mali ne parvient pas à restaurer la paix dans le Nord. Le septentrion reste une zone de trafics où les réseaux djihadistes et les narcotrafiquants prospèrent en toute impunité. L’image d’ « homme fort » qu’IBK s’est forgé durant ses années à la primature (1994-2000) a sans aucun doute joué un rôle déterminant dans le choix des Maliens lors de l’élection présidentielle de 2013.

Or, après les immenses espoirs portés par son élection, les populations s’étonnent aujourd’hui de découvrir au contraire un chef de l’Etat absent des grands dossiers et sans grandes ambitions réformatrices. Cette mise en retrait fait le lit des associations (politico) religieuses dont le rôle social et économique s’affirme à la mesure du non-investissement de l’Etat dans l’ensemble du pays.

Au Nord, rien de nouveau?

Après la signature de l’accord de Ouagadougou le 18 juin 2013 qui a permis, sous médiation Burkinabé, la tenue d’élections présidentielle et législatives, il a ensuite fallu attendre le 16 juillet 2014 pour que le dialogue inter-malien ne s’engage concrètement sous médiation algérienne.

Ni un premier échec diplomatique (initiatives de janvier 2014), ni le passif algérien dans la zone, médiateur des précédents accords, ne sont venus remettre en question le bien-fondé d’une nouvelle l’initiative algérienne et le soutien sans faille des médiateurs et facilitateurs internationaux.

Au terme d’un cinquième « round » de négociations, l’accord n’a été paraphé, le 1er mars 2015, que par les groupes proches de Bamako, la Plateforme, (comprenant le GATIA, le MAA-Bamako et la CM-FPR) et le gouvernement malien. La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA qui regroupe les mouvements armés actifs au cours de la crise de 2012, dont le MNLA, HCUA et MAA-dissident) a, de son côté, demandé un délai pour consulter sa base. Après plusieurs reports, le gouvernement malien et l’équipe internationale de médiation espèrent désormais la signature d’un accord le 15 mai prochain, IBK considérant que « le train va avancer sans eux et huit mois de négociations suffisent[1] ».

Au plan strictement sécuritaire, les villes du nord-Mali ne sont aujourd’hui plus directement occupées par les groupes armés et les organisations terroristes mais des affrontements continuent toujours d’opposer certains mouvements (sur fond, le plus souvent, de contrôle des flux illicites transfrontaliers).

L’alliance conjoncturelle entre groupes djihadistes et touareg a désormais vécu et l’attentat de Bamako, revendiqué par le groupe terroriste d’Al-Murabitune de l’Algérien Moktar Belmoktar, est venu rappeler que le conflit du nord-Mali ne pouvait être réduit à la seule dimension touarègue.

Si le gouvernement malien se doit de rétablir la paix avec le Nord et de restaurer l’intégrité territoriale du pays, la lutte contre les réseaux terroristes dépasse en revanche le seul cadre territorial malien. En dépit de l’ampleur des aides internationales liées aux programmes de lutte contre le terrorisme, Etats-Unis en tête, de la présence de casques bleus et de soldats français de l’opération antiterroriste Barkhane dans le Nord, les capacités financières et militaires de ces réseaux restent fortes[2]. Parmi les pays membres du G5 Sahel (Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso et Mali) qui fondent leur action sur la coordination régionale des politiques de développement et de sécurité, seuls le Niger et le Tchad sont cependant investis – politiquement et militairement – au Mali, comme principaux contributeurs de contingents à la MINUSMA, et plus largement dans la sous-région, dans la lutte contre Boko Haram.

Après la déroute de Kidal en mai 2014, l’armée malienne avait été contrainte de se retirer de pans entiers de son territoire dans le Nord. Dans l’espoir de prévenir sa marginalisation définitive des régions septentrionales, le gouvernement a néanmoins choisi d’intervenir en armant des milices locales (le GATIA principalement). Cette stratégie s’inscrit dans la lignée des schémas suivis depuis l’indépendance (1960) par les dirigeants maliens afin de diviser les groupes du Nord et éviter l’émergence d’acteurs trop influents sur zone.

Au-delà d’entretenir le conflit et instrumentaliser les divisions entre communautés, cette stratégie du “diviser pour mieux régner” a essentiellement contribué à donner à cette crise une tournure tribale inquiétante. D’autres groupes ont depuis suivi l’“exemple” du GATIA, à l’instar de certains représentants peuls de la région du Macina (350 km au Nord de Bamako) qui, depuis janvier 2015, ont créé un Front de Libération du Macina et fait allégeance à Ansar Eddine, sur fond de référence à la dina, Etat islamique fondé dans le Macina par Cheikou Amadou au XIXème siècle

C’est finalement un Président diplomatiquement isolé dans la sous-région, qui a laissé son intransigeant Premier ministre Moussa Mara (remplacé ce début d’année par Modibo Keita) et son Ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, prendre l’initiative dans le déroulement des pourparlers d’Alger. Peu d’observateurs cependant attendent aujourd’hui d’une nouvelle ‘Pax Algeria’ des résultats concrets sur le terrain. Les risques de désolidarisation des groupes sont élevés et le report des questions les plus litigieuses – toujours discutées dans les accords précédents mais rarement mises en œuvre comme le désarmement, l’intégration des ex-combattants ou le développement – font peser des menaces graves sur l’ensemble du processus.

La CMA, au terme de consultations des populations du Nord tenues du 12 au 15 mars dernier, a réaffirmé son opposition à un texte qui ne reprendrait pas leurs principales aspirations tout en soutenant, dans le même temps, sa volonté de poursuivre le processus de paix sous l’égide de la communauté internationale.

Le MNLA, le HCUA et le MAA réclament toujours la reconnaissance officielle de l’Azawad comme Etat fédéré, membre de la fédération du Mali, tandis que le gouvernement malien, s’il admet la dénomination Azawad pour qualifier une « réalité socio-culturelle, mémorielle et symbolique partagée par différentes populations du Nord du Mali » ne veut toujours pas parler d’autonomie du Nord et encore moins de fédéralisme.

 Au Sud, l’opposition politique ne convainc pas

Depuis son élection en juillet-août 2013 avec plus de 77% des voix (mais seulement 39% lors du premier tour), Ibrahim Boubacar Keïta peine à convaincre ses partenaires et ses populations. Le clientélisme et la multiplication des affaires (avion présidentiel notamment), qui ont entraîné la suspension temporaire des relations avec les institutions financières internationales, ont entamé la confiance des soutiens du chef de l’Etat.

En l’absence toutefois d’alternative politique crédible, la position du chef de l’Etat n’apparait pour le moment pas structurellement fragilisée. La politique de cooptation menée jusqu’à présent assure au Président une confortable majorité (66 députés sur 147 élus sous la bannière RPM en 2013, auxquels s’ajoutent les députés du MPR, ADEMA, UMRDA, CDS, tous membres de la coalition présidentielle).

Du côté de l’opposition, le nouveau chef de file, Soumaila Cissé, concurrent d’IBK au second tour de l’élection présidentielle au nom de l’URD, ne bénéficie pour le moment ni du charisme ni des réseaux de son concurrent. D’une façon générale, l’opposition ne parvient pas à mobiliser dans la durée ni à proposer des projets alternatifs susceptibles d’en faire à moyen terme un partenaire crédible des partenaires internationaux.

L’adoption récente (4 mars 2015) du statut de l’opposition, qui était déjà en discussion sous ATT, en attribuant au chef de l’opposition des prérogatives importantes (rang de ministre), des avantages (cabinet, voiture) et des financements étatiques, paraît davantage en achever la neutralisation que la transformer en véritable contre-pouvoir.

Aussi, malgré une absence flagrante de résultats depuis son élection, IBK ne parait pour le moment confronté à aucune contestation politique sérieuse. Ni le népotisme affiché des premiers mois, ni les ambitions décomplexées de ses partenaires de coalition, comme l’ex-Premier ministre Moussa Mara, ni les erreurs stratégiques commises dans les régions Nord (offensive militaire de Kidal), ni les mises en cause des institutions financières internationales n’ont à ce-jour réussi à ébranler la position du chef de l’Etat.

Un Etat absent, contourné par des prestataires de plus en plus puissants

Depuis 2009 et le succès remporté contre l’Etat en faisant réviser le code de la famille après son adoption par l’Assemblée nationale, les mouvements religieux occupent dans le pays une place centrale.

Profondément divisés entre courants salafiste (environ 15% de la population mais 29 sièges sur 31 au HCIM[3]) et soufi, ces acteurs tendent à s’imposer de plus en plus sérieusement dans le jeu politique.

La création en 2012 d’un Ministère des affaires religieuses et du culte a représenté un indéniable succès, confirmé depuis par la pérennisation de ce portefeuille par le président Keita. Ces acteurs religieux assurent des fonctions socio-politiques centrales de redistribution dans le pays et tendent à s’imposer comme des prestataires essentiels de services “publics” auprès des populations.

Dispensateurs de biens et de services sociaux et éducatifs de base, les associations religieuses sont devenues en quelques années des acteurs de premier plan. Dépassant les anciennes figures “animistes”, ils s’imposent aussi comme des déterminants essentiels du vote et des interlocuteurs choyés de la société politique.

Capable d’utiliser la religion comme ressource symbolique et électorale, le candidat IBK était depuis plusieurs années soutenu par ces mouvements. C’est cependant après la crise de 2012, lorsque le secrétaire général du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) a été élu président de la Commission électorale nationale indépendante, et qu’IBK eut officiellement reçu le soutien du chérif de Nioro du Sahel (2013) et de son mouvement politique SABATI 2012, que “l’islam” a pleinement intégré le jeu politique sous la forme de mouvements et d’associations, la création de partis confessionnels étant interdite par la charte des partis politiques.

S’il réussit pour le moment à capitaliser sur le soutien des principaux leaders religieux (le Chérif de Nioro, le président d’Ansar Dine, Ousmane Madani Haidara, et le président du HCIM, Mahmoud Dicko), plusieurs n’ont pas hésité à le critiquer publiquement[4]. S’ils n’envisagent probablement pas à court terme de se rapprocher d’autres acteurs politiques, ils pourraient en revanche choisir, à plus longue échéance, de susciter des candidatures dans leurs rangs.

Le rejet d’un Etat incapable d’améliorer les conditions de vie de ses citoyens suscite aussi la cristallisation d’un sentiment de nostalgie, non seulement à l’égard des régimes précédents, pourtant profondément critiqués voire honnis, mais aussi parfois de l’occupation islamique des villes du nord-Mali.

L’importante influence des organisations religieuses dans la vie quotidienne des populations à travers l’éducation, les prêches, la télévision, les actions caritatives, soutiens financiers, etc. semblent de nature à mobiliser massivement les citoyens et les détourner plus encore des partis politiques traditionnels.

En devenant le réceptacle essentiel des frustrations économiques, sociales et politiques, l’islam devient aujourd’hui une valeur politique refuge pour les populations maliennes, particulièrement les couches les plus vulnérables, les jeunes déclassés notamment.

Si les déterminants de la crise malienne de 2012 étaient depuis longtemps connus (corruption, complicité avec certains groupes de trafiquants, ingérences étrangères), le nouveau pouvoir ne semble pour le moment pas avoir pris pleinement la mesure des défis, immenses, posés par le processus de stabilisation, ni tout à fait déterminé à mettre en œuvre les réformes indispensables au développement.

La paix au Nord est toujours suspendue après le rejet du texte par la CMA et les hésitations des médiateurs sur l’opportunité ou non de reprendre des négociations déjà fort coûteuses, sans gain politique réel. Les rebelles touareg pourraient aussi manquer l’opportunité d’obtenir une réelle autonomie du Nord, se coupant alors de leurs soutiens parmi les populations, et être définitivement marginalisés par les autres groupes djihadistes et terroristes.

A terme, et en l’absence d’améliorations significatives du côté du pouvoir et sous réserve d’un rapprochement ad hoc entre groupes religieux, plusieurs hypothèses sont envisageables:

–  D’abord, comme en 2009, les acteurs religieux pourraient s’imposer plus avant dans le champ politique et exiger une meilleure prise en compte de leurs doléances au niveau central (débats sur la place des femmes, la réforme de la justice, les relations avec les pays du Proche et Moyen Orient);

–   Ensuite, et dans la perspective d’une perte de crédibilité continue des acteurs politiques, les mouvements religieux pourraient choisir d’appuyer des candidatures « organiques » et renouveler l’expérience du Mouvement citoyen des musulmans du Mali (Sabati 2012) qui, en 2013, a joué un rôle politique actif au cours de la campagne;

–   Enfin, une « religiosité » plus affirmée des acteurs politiques pourrait permettre une répartition davantage formelle des rôles avec les mouvements religieux : les premiers servant de paravent démocratique pour les partenaires internationaux, abandonnant aux religieux l’“encadrement” des populations et leur laissant, le cas échéant, le soin d’agiter le spectre d’une menace islamiste pour imposer le pays comme un bénéficiaire plus important de l’aide internationale.

La crise de 2012 n’a pour le moment trouvé aucun règlement pérenne. Ni les questions de sécurité, toujours (en partie) suspendue aux discussions d’Alger, ni les perspectives d’une reprise économique sérieuse n’ont à ce stade permis d’asseoir politiquement le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta.

Au contraire, la communautarisation du conflit au Nord (milices) et la multiplication des scandales économiques à Bamako ont sensiblement écorné l’image du Mali et épuisé la patience des partenaires internationaux. A terme, le pays pourrait rester le « mauvais élève » qui, en 2012, a précipité à son chevet les pays de la communauté internationale, qui ne peut laisser cependant le Mali devenir une autre zone de terrorisme.

[1] http://www.maliweb.net/la-situation-politique-et-securitaire-au-nord/ibk-annonce-la-signature-dun-accord-de-paix-avec-les-groupes-du-nord-le-15-mai-a-bamako-919372.html

[2] A titre d’illustration, le groupe terroriste AQMI aurait perçu depuis 2008 plus de 68 millions d’euros du « commerce » des otages.

[3] Entretien avec l’Imam Mahamadou Diallo, Président de l’Association malienne pour la paix et le Salut, Bamako, le 14 mars 2015.

[4] Voir notamment http://malijet.com/a_la_une_du_mali/123616-casus-belli-entre-les-musulmans-et-ibk-s%E2%80%99il-le-faut,-ils-choisir.html (texte repris ci-dessous)

Casus Belli entre les musulmans et Ibk : S’il le faut, ils choisiront Dieu et le Mali contre le président de la république

Oumar Coulibaly Le Guido – 19 Février 2015

Il y a désormais de très gros nuages dans les relations entre le président Ibrahim Boubacar Kéïta, le chantre du Mali d’Abord et ses soutiens inconditionnels, très actifs pendant la campagne présidentielle et lors des législatives dans lesquelles ils contribuèrent à aider le parti présidentiel, le RPM, à l’élire et à conquérir une majorité confortable à l’Assemblée Nationale

Après le Chérif de Nioro et ses ouailles, les leaders de Sabati 2012, du Haut Conseil Islamique et de l’Amupi se disent déçus et trahis par IBK qui n’a comblé ni leurs attentes, ni celles du peuple. Ils lui lancent un solennel avertissement avant que l’orage ne gronde.

La menace était à peine voilée, faite pour être perceptible. Elle n’est donc pas passée inaperçue lors du forum du 7 février 2015 au CICB dans les propos de Boubacar Bah, président du Mouvement politico-religieux Sabati 2012 organisateur de l’événement et de Mahamoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique, des soutiens de première heure d’Ibrahim Boubacar Kéïta, quand il briguait la magistrature suprême en 2013. Le premier a déclaré le peuple, acteur de son plébiscite, pour lequel le président de la république n’a désormais aucune considération, déçu de sa gestion.

« Il faut que cela change », a-t-il lancé, avant de l’inviter à écouter cette voix souveraine. Quant au second, mettant au pilori avec amertume la gestion de la crise du nord et politique d’IBK, il a déclaré qu’il ne le suivra jamais dans ses dérives d’une gouvernance marquée par la corruption et la délinquance financière.

En terminant ses propos par cette mise en garde : « La responsabilité pour qu’il n’y ait pas de chaos incombe en premier lieu au chef de l’Etat. Aujourd’hui, le peuple malien nous fait confiance et cette confiance doit être restaurée ».

De la lune de miel aux désillusions

Après une période euphorique de lune de miel, celle de l’après présidentielle et législatives où les accords étaient constants entre IBK et les associations musulmanes d’une manière générale, qui ont soutenu son projet de société, les choses ont commencé à se détériorer d’abord avec le Chérif de Nioro qui n’avait pas été content du sort fait au général Amadou HAYA SANOGO, le chef de file du coup d’Etat de mars 2012 contre le président ATT et ses compagnons « qui avaient débarrassé le pays d’un régime corrompu et sans considération de l’Islam ».

D’où l’ire un très influent homme de Dieu qui a ainsi pris ses distances avec le Kankélétigui qui avait trahi sa promesse. Ces liens distendus n’allaient plus jamais se raffermir tout à fait. La famille du Chérif, le patriarche et son fils ainé Oumar Haïdara dit le Mollah Oumar, avait ensuite pris sous son aile protectrice le ministre de la justice, garde des Sceaux dont la croisade contre la corruption de la justice et la délinquance financière l’avait séduite. Ce dernier avait eu un sursis malgré la levée de boucliers contre lui des syndicats de la magistrature qui finiront par avoir raison de lui avec leur pression continuelle exercée sur Koulouba.

Avant, il y a eu le cas Mara alors Premier ministre, très proche des musulmans, surtout les wahhabites, à cause disait-on de sa piété et de l’attention constante qu’il accordait aux affaires islamiques et à la communauté des fidèles musulmans. Les marches de soutien des jeunes et femmes des associations islamiques pour les actes qu’il a posées à la tête de la Primature et le lobbying des leaders religieux musulmans n’ont pas suffi. Il a été remercié par le président Ibrahim Boubacar Kéïta de manière très peu diplomatique. Ce qui a ajouté au contentieux.

Les siens viennent de reconnaitre l’ex premier ministre le 8 février dernier à travers un trophée que les femmes musulmanes de la commune VI lui ont décerné. En l’occasion, ces femmes ont salué « sa piété, son patriotisme et l’immense travail qu’il a abattu au cours de son séjour à la primature ».

Faut-il parler de l’intermède de l’élection du bureau du Haut Conseil Islamique dans lequel IBK s’était immixtié en soutenant de manière maladroite Mahmoud Dicko contre une fronde de leaders opposés à sa réélection qu’il avait publiquement humiliés par des propos très cavaliers ?

A la suite de ce grave incident, le HCI a failli éclater. La création d’une institution bis avait même été envisagée par les dissidents. Il a fallu beaucoup de médiations pour refaire l’unité du monde musulman.

Un deal avec les musulmans expressément notifié jamais respecté

Malgré ces couacs, IBK ne privait pas de demander régulièrement à ces leaders et à toute la communauté musulmane des prières et des bénédictions pour surmonter les problèmes et l’accompagner dans la sortie de crise.

Mais il avait feint d’oublier qu’il avait promis de consulter régulièrement les leaders religieux, pas seulement musulmans, sur les sujets de préoccupations de l’heure qui engagent le devenir du pays et de la nation malienne, pour recueillir et prendre en compte leurs avis éclairés. Le deal avait été expressément notifié dans un mémorandum entre lui et le Mouvement Sabati 2012 avant la présidentielle de 2913. Ce document important contenait des recommandations et accords sur la justice, la crise du nord, la sécurité, la santé, la religion, les valeurs éthiques et morales, l’enseignement et la formation, l’agriculture et enfin la gouvernance.

En ce qui concerne ces dispositions la plupart n’ont pas été prises en compte, notamment la punition des infractions commises par certains responsables politiques dans l’exercice de leur fonction ; de même en ce qui concerne la crise du nord le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés afin d’éviter toute frustration sociale et renforcer le processus de réconciliation nationale en évitant toute forme d’impunité. Au titre de la sécurité,contrairement aux engagements formalisés, la présence des forces armées républicaines sur toute l’étendue du territoire national et particulièrement dans les cercles des régions du nord du Mali n’ont pas été maintenues et renforcées.

Passons sur les valeurs éthiques et morales plus que jamais bafouées pour nous intéresser à la gouvernance d’une manière générale. Le quotidien des ménages n’a pas été assuré par une large accessibilité aux denrées de première nécessité comme promis, nos valeurs socioculturelles n’ont pas été intégrées dans les politiques de gouvernance et l’application des états généraux du foncier est devenu un leurre face à une explosion sans précédent de la spéculation foncière et l’impunité des prédateurs fonciers qui narguent quotidiennement leurs victimes.

IBK devenu Charlie ?

La marche du président de la république à Paris bras dessus bras dessous avec le Premier ministre  israélien bourreau du peuple palestinien et le président François Hollande pour soutenir l’hebdomadaire Charlie qui a commis le crime imprescriptible de..Blasphémer le prophète de l’Islam Mahomet (PSL) avec des caricatures insultantes a provoqué l’ire de toutes les associations musulmanes et de l’Umma, la communauté musulmane exprimée par des manifestations à Bamako et à travers le pays.

Contrairement à IBK, cette communauté de plus en plus ulcérée ne se reconnait pas en Charlie. Elle met désormais, à travers ses représentants et porte paroles, les leaders religieux, la balle dans le camp du président Ibrahim Boubacar Kéïta. Et c’est Mahamoud Dicko, l’ami personnel d’IBK qui a porté l’estocade en dénonçant sans porter de gant, publiquement, IBK et son régime en ces termes : « Aujourd’hui, aucun des problèmes du Mali ne connait un début de solution. Pis, la  situation du nord se dégrade de plus en plus, la corruption et la délinquance financière atteignent des proportions inquiétantes. Le pays est très mal géré. Le responsable de cette mauvaise gestion n’est autre que le premier responsable du pays en la personne d’Ibrahim Boubacar Kéïta » En allant plus loin, il a déclaré avec gravité : « Et bien qu’il reste mon ami, je ne le suivrai jamais dans cette voie au détriment du peuple et de ma religion ».

Ce singulier est un pluriel qui englobe toutes les institutions musulmanes, leurs leaders, les imams, prêcheurs et la majorité musulmane qui, par la voix de Mahamoud Dicko, recommandent  à IBK de « se ressaisir très vite pour le bonheur de la nation ».

Un dernier bras de fer en date oppose le régime d’IBK aux musulmans à travers la loi proposée par le RPM et la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale sur la promotion du genre dans les postes nominatifs et électifs.

L’Amupi s’y oppose catégoriquement, à l’instar de beaucoup d’autres associations musulmanes très peu enclines à accepter la gouvernance des femmes. Encore une grosse épine dans les pieds du président Ibrahim Boubacar Kéïta, qui n’en finira jamais avec les musulmans, en face desquels il a eu l’imprudence de faire des promesses qui valent à leurs yeux paroles du Saint Coran.

 


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