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Un remaniement pour quoi faire ?

by sur 1 juin 2015

Les rumeurs d’un remaniement gouvernemental bruissaient déjà avant la signature de l’accord le 15 mai; elles annonçaient un réaménagement pour mettre l’accord en musique, ce qu’il y a effectivement urgence à faire.

Mais certains vont plus loin, en prédisant un réaménagement constitutionnel et l’avènement d’une quatrième république…

En tous les cas, si IBK procède à la nomination d’un  quatrième gouvernement en deux ans, il faudra que celui-ci réponde à des critères précis pour retrouver grâce aux yeux des Maliens de plus en plus fatigués, voire excédés par le constat que rien ne s’améliore dans leurs vies quotidienne.

Remaniement ministériel : les six critères qui s’imposent pour le futur Gouvernement de « Mali Kura »

Youssouf Sissoko – Info@Sept – 2015-06-01

Modibo-keita-1

Modibo Keita, premier ministre malien

Après la signature le 15 Mai 2015 de l’accord de Bamako pour la paix et la réconciliation, nombreux sont les observateurs qui s’attendent aujourd’hui à un remaniement. Et cela pour non seulement permettre aux groupes armés signataires d’intégrer la République mais aussi et surtout permettre à IBK de mettre en place une équipe restreinte d’hommes et de femmes qualifiés, capables de relever les multiples défis auxquels le Mali Kura d’après signature sera confronté.

Ce gouvernement que tout le monde souhaite être le dernier du premier quinquennat d’IBK doit tenir compte de six critères : qui vont, entre autres, de la compétence à  l’intégrité morale en passant par l’engagement et le patriotisme. Voici à la loupe les six critères de choix du futur gouvernement post-crise que nous proposons.

Nous ne nous lasserons jamais de rappeler que le président IBK a été élu sur le bénéfice du doute qu’il était le mieux indiqué pour résoudre les deux crises qui restent le talon d’Achille du Mali à savoir la crise au nord et la corruption endémique.

Après vingt mois de gouvernance soit le 1/3 du parcours de son quinquennat, le constat reste amer.

La corruption est devenue structurelle, pratiquée aujourd’hui à ciel ouvert comme en atteste les rapports de 2013 et de 2014 du Bureau du Vegal.

A cela s’ajoute, la sempiternelle crise au nord qui est toujours sans solution durable. Le problème s’est surtout aggravé après le « retrait stratégique » des FAMA le 21 Mai 2014 à Kidal.  Il a fallu l’effort de tout le monde pour arriver au 15 Mai 2015 à la signature de l’accord de Bamako pour la paix et la  réconciliation. Après cette signature historique, il n y a aucun doute que la mise en œuvre de l’Accord accouchera d’un nouveau Mali.  Quelles doivent être les  réformes attendues de la part du Président de la République ?

L’application de cet accord nécessite non seulement des reformes profondes, mais aussi  et surtout une véritable adhésion populaire pour que la solution ne devienne pas le problème. C’est pourquoi un gouvernement de combat, plus restreint, plus efficace et plus responsable est souhaité pour mener à bien ces reformes. Et pour le futur gouvernement, il est essentiel qu’il incarne les valeurs que chaque membre de l’équipe doit avoir.

En voici six critères qui doivent servir de boussole au 1er gouvernement d’après signature :

L’intégrité morale, premier critère : Les Ministres doivent être soumis avant leur nomination à une véritable enquête de moralité sur leur passé et leur présent. De façon à éviter que l’on ne choisisse des Cadres au passé sulfureux dont la présence au gouvernement n’inspirerait pas confiance quant à leur capacité de mener le combat contre les maux dont ils sont eux-mêmes l’incarnation.

La compétence intellectuelle, deuxième critère : les candidats au gouvernement doivent être soumis à un test oral pour confirmer leur niveau intellectuel et leur capacité d’analyse et de discernement des défis de la construction du Mali Kura. Une culture générale qui leur permette d’appréhender les enjeux géopolitiques et stratégiques dont le Mali est la convoitise.

L’expertise technique, troisième critère : les candidats aux différents postes ministériels doivent avoir une expertise avérée et une connaissance approfondie et claire des domaines de compétence de leur département. Cela de façon à éviter qu’ils ne soient les otages de leurs conseillers techniques dont ils ne pourront rien contester parce que n’étant pas eux-mêmes du domaine et n’ayant aucune connaissance autre que politique.   Dans l’équipe de Mali Kura, comme dans une équipe nationale de Football, on ne vient pas  pour apprendre à jouer, mais on vient pour prouver son talent et faire gagner l’équipe.

L’engagement patriotique, quatrième critère : en rapport avec l’enquête de moralité, ce point est très capital surtout pour un pays qui sort d’une crise aussi grave que celle que nous connaissons. Aimer le Mali suppose que l’on ne vienne pas au gouvernement pour se servir, mais pour servir sa patrie. Les agents de l’Etat qui amassent des milliards sur le dos des pauvres citoyens ne doivent pas être associés à la gestion de Mali Kura, ils doivent d’ailleurs répondre de leur enrichissement illicite.

Le respect de l’équilibre régional et ethnique, cinquième critère : même si ce sont des choses non dites et non écrites, il faut dans la mise en place du gouvernement respecter l’équilibre régional et ethnique. Contrairement à ce que semble proposer les Accords de Bamako, en demandant de « favoriser une plus grande représentativité des populations des régions du nord au sein des institutions nationales » au détriment de toutes autres compétences. Toute chose qui viole le principe républicain de l’égalité de chances d’accès aux fonctions publiques de l’Etat.

Le respect du fait majoritaire, sixième critère : dans une démocratie qui marche sur ses pieds, le choix du président en ce qui concerne le chef de l’équipe gouvernementale doit toujours respecter la volonté politique du peuple telle qu’exprimée par le suffrage des urnes. Une intelligence de choix qui éviterait les risques de cohabitation et de motion de censure pour un pays déjà fragilisé.

En définitive, il convient de rappeler que la principale tâche du futur gouvernement sera la mise en œuvre de l’Accord de paix de Bamako. Il devra s’attaquer, en priorité, aux grandes réformes constitutionnelles, institutionnelles et politiques.

De l’avis des constitutionnalistes, ces mesures appellent à la naissance d’une nouvelle République, la quatrième depuis notre indépendance après la première République de Modibo Keïta de 1960 à 1968, la deuxième République avec Moussa Traoré de 1978 à 1991 et la troisième République de 1992  à nos jours.

Il faut préciser que le passage à une quatrième République ne saurait signifier le rejet total, pur et simple de la Constitution historique du 25 février 1992. Cette Constitution qui, de l’avis de tous, est l’une des meilleures de l’Afrique contemporaine peut-être maintenue dans son arsenal juste en amendant ses articles éprouvés par 20 ans d’exercice démocratique.

C’est en cela qu’il faut prendre en compte les pertinentes conclusions du rapport de la Commission Daba Diawara qui, bien que perfectible, n’est pas moins un excellent outil de travail de la naissance du Mali Kura. En cela, nous pouvons bien nous référer au modèle constitutionnel américain qui, tout en gardant sa première constitution, n’y procède que par amendements pour intégrer les évolutions politiques et institutionnelles.

 

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