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Les dégâts du mariage précoce

by sur 14 juillet 2015

La région de Kayes détient la palme du mariage précoce des jeunes filles. Regard cur sur les dégâts causés par le mariage précoce.

Mariage précoce : pervers et inhumain

Ousmane THIÉNY KONATÉ – Maliactu – 14 juillet 2015

 

Les spécialistes l’ont dit à plusieurs reprises à la télévision, dans les journaux et dans les rencontres avec les populations urbaines et rurales : le mariage précoce, le mariage de la jeune fille avant 18 ans, est une aberration.

Mais au Mali, certaines populations – particulièrement dans la région de Kayes – continuent de marier leurs filles à un âge où elles ne pensent qu’aux jeux de l’enfance que sont la marelle, le Kofoli, le saut à la corde etc.

Et, curieusement, ce sont des responsables religieux musulmans qui se sont fait remarquer en obligeant le Président ATT à renoncer à la promulgation de la première mouture du Code de la famille qui était, depuis l’exigence du consentement de la jeune fille dans le mariage, sous la première République, une des avancées les plus importantes dans la volonté d’émanciper la femme malienne.

Ce fut l’un des plus grands scandales politiques qui vit notre Assemblée nationale adopter en l’espace de quelques mois deux textes qui s’opposaient sur tout. Les islamistes maliens avaient réussi à faire adopter un texte qui abaissait de 18 à 16 ans, l’âge du mariage de la jeune fille.

C’était la porte ouverte à tous les abus car le mariage précoce était largement répandu dans certaines sociétés maliennes. Si l’Etat acceptait le mariage à 16 ans pourquoi ne le ferait-on pas un peu moins, se sont dit les populations, d’autant plus que la mollesse du président de l’époque était largement connue.

Mais l’horreur est passée hier, lundi 13 juillet 2015, à la télévision nationale où les téléspectateurs ont pu voir les images d’une fillette, qui avait été mariée à 12 ans, et s’est retrouvée enceinte à 13 ans. Mon Dieu ! Qui sont ces hommes qui osent marier leur enfant, une innocente, à cet âge ? Sait-on qu’à cet âge la fillette n’a aucun plaisir à faire l’amour ? Comment un homme peut-il accepter de se dénuder devant une si frêle personne à plus forte raison d’avoir des rapports sexuels avec elle ?

Il faut croire la sage-femme qui a recueilli la fille en détresse : non seulement celle-ci a eu des traumatismes physiques mais il n’est pas exclu qu’elle ait de graves traumatismes psychologiques qui peuvent lui faire dégoûter, à l’avenir et l’acte sexuel et les hommes en général.

Les autorités ont tout vu. Il reste maintenant à rechercher ceux qui ont permis un tel crime et les sanctionner. Ce ne sera pas difficile car les images sont là et le personnel médical est témoin. C’est la seule façon de faire comprendre à des gens pour qui la femme n’est qu’une machine à enfanter, que la loi doit être respectée dans toute sa rigueur. Ce ne sont pas seulement les parents de la fillette qui sont concernés. Il y a aussi ceux de l’époux et surtout l’imam qui a béni ce mariage au mépris des règles prescrites dans le saint Coran.

Les lois sont faites pour être appliquées. Aussi longtemps que, chez nous, on sera laxiste, les citoyens se croiront tout permis. Le mariage de cette enfant n’est qu’un cas parmi des millions. L’ORTM était là au bon moment pour témoigner.

Combien de fillettes mariées précocement sont mortes dans l’anonymat au moment d’enfanter ? Dieu seul le sait. Si les responsables religieux se rendent complices de tels actes, il appartient aux autorités judiciaires de faire leur travail en appliquant la loi dans toute sa rigueur. Tous ceux qui sont engagés dans la lutte pour la défense des droits des enfants et en particulier de la fillette doivent redoubler de vigilance et dénoncer à la justice tous les cas de mariages précoces qui sont des atteintes à l’intégrité physique de la jeune fille et des crimes contre l’enfance.

Mariage précoce : LA PALME A LA REGION DE KAYES

M.A. Traoré – L’Essor – 2 juillet 2015

Elle comptabilise 27% des femmes mariées avant leurs 15 ans et 74% des femmes mariées avant d’atteindre 18 ans, soit un taux global de prévalence de 73,60% contre 60,80% au niveau national

Notre pays a fêté, mardi (le 30 juin 2015), la Journée de l’enfant africain célébrée le 16 juin de chaque année depuis 1990 pour commémorer le massacre des enfants de Soweto en 1976 par le régime sud-africain.

L’Unicef, en collaboration avec la direction régionale de la promotion de la femme de Kayes, a initié plusieurs activités dans le cercle de Nioro du Sahel. Il s’agit, entre autres, de la célébration de la journée phare et d’une caravane médiatique pour informer et sensibiliser la population sur les conséquences du mariage précoce.

L’édition de cette année a pour thème régional : « 25 ans après l’adoption de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant : accélérons les efforts collectifs pour mettre fin aux mariages des enfants en Afrique ».

Notre pays a ainsi décliné ce thème pour cette 24è édition : « Ensemble pour des mesures urgentes pour mettre fin au mariage précoce ». Notre pays entend, à l’évidence, poser des jalons pour réduire la prévalence du phénomène. Les mariages d’enfants demeurent, en effet, une réalité dans notre pays.

Ce drame silencieux frappe, selon l’enquête démographique et de santé (EDSM-V), 50% des femmes. Celles-ci avaient entre 19 et 49 ans au moment de l’enquête et étaient déjà mariées avant l’âge de 18 ans. 20% de ces enfants étaient déjà en union avant d’atteindre l’âge de 15 ans.

Dans la région de Kayes le mariage précoce est l’une des pratiques traditionnelles néfastes les plus observées. Selon l’enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS) de 2010, le mariage précoce est plus fréquent dans la région de Kayes avec 27% des femmes mariées avant leurs 15 ans et 74% des femmes mariées avant d’atteindre 18 ans, soit un taux global de prévalence de 73,60% (60,80% au niveau national).

Les données placent Kayes en 1ère position devant Gao (73,20%), Koulikoro (71,70 %) et Tombouctou (67,70%).

L’EDSMV de 2012-2013 vient confirmer cette tendance en situant à 17,2 ans, l’âge médian de la première union des femmes de 20 à 49 ans et à 17,7 ans celui des femmes de 25 à 49 ans dans la région de Kayes. L’appartenance ethnique constitue l’un des éléments majeurs de détermination du taux de mariage précoce avec un fort taux chez les peuls (72%).

Nioro du Sahel excelle donc dans la pratique courante des mariages des filles avant l’âge de 15 ans. D’où le choix de cette localité pour y célébrer la Journée de l’enfant africain.

Selon la directrice régionale de la promotion de la femme de Kayes, Nioro est la localité qui enregistre le plus de cas. Mme Bagayoko Mariam Coulibaly citera le cas de cette jeune fille de 12 ans qui a subi un accouchement difficile au mois de mai dernier et dont la situation sanitaire pose encore problème. Bref, de nombreuses filles sont mariées entre 11 et 12 ans dans le cercle et portent des grossesses à risque.

C’est pour stopper ce drame silencieux que les différentes activités citées plus haut ont été initiées avec le concours de l’Unicef pour informer sur les conséquences désastreuses de cette pratique sur la santé et la vie de la jeune fille. Cette activité va s’attacher à mettre en vitrine le rôle des acteurs dans la riposte pour endiguer le phénomène du mariage précoce, annonce Mme Bagayoko Mariam Coulibaly.

Ces mariages, explique la directrice régionale de la Promotion de la femme de Kayes, hypothèquent l’avenir des victimes en les privant de leurs droits à l’éducation, à une bonne santé, aux loisirs, à la protection contre toutes les formes de violence. Aussi bien le gouvernement, les leaders communautaires, la société civile que les organismes internationaux sont d’accord sur le large consensus communautaire et la forte mobilisation sociale qu’exige la lutte contre le phénomène. Mme Bagayoko Mariam Coulibaly a aussi plaidé pour la création d’une plate-forme régionale pour l’élimination de la pratique.

Le représentant du bureau de l’Unicef de Kayes a rappelé que le thème de l’édition actuelle de la Journée de l’enfant africain coïncide avec le 25è anniversaire  de l’adoption de la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant. C’est, selon lui, une invite adressée aux Etats ayant ratifié plusieurs conventions protégeant l’enfant, dont la convention relative aux droits de l’enfant (CEDE).

Ely Bandjougou Samaké a rappelé que les Premières Dames des Etats de l’Union africaine, ont, en janvier, souligné leur rôle de leadership et se sont engagées à prendre des mesures concrètes pour mettre fin au mariage précoce sous toutes ses formes et manifestations. 10 recommandations ont ainsi été faites pour mettre fin aux mariages précoces en Afrique.

Le vice-président du Parlement des enfants de Kayes, Issouf Magassa, a demandé aux autorités administratives et politiques, leaders communautaires et parents de Kayes et du cercle de Nioro, de s’engager résolument dans la lutte contre le mariage précoce en engageant des actions visant à promulguer et appliquer une législation nationale fixant l’âge minimum légal pour le mariage des filles et garçons à au moins 18 ans.

Il préconise également de prévenir la pratique en autonomisant les filles à risque grâce à un accès amélioré à un enseignement primaire et secondaire de qualité, au soutien à l’éducation informelle et à la promotion de la formation professionnelle. Issouf Magassa a invité à protéger les filles déjà mariées en veillant qu’elles accèdent également à ces services et opportunités comme à des services adaptés à leurs besoins spécifiques en matière de santé. Il faudra aussi veiller que la prévention et la réduction du mariage des enfants soient intégrées dans les stratégies et programmes, a-t-il recommandé.

Le sous-préfet central de Nioro, Moustapha Kanté, a noté que depuis la ratification de plusieurs conventions visant à promouvoir les droits des enfants, des efforts ont été menés au fil des années pour améliorer les indicateurs de protection de l’enfant. Cet engagement, souligne-t-il, a été sanctionné par la création d’un département en charge de l’enfant et de la famille, à laquelle il faut adjoindre l’adoption d’une politique nationale et d’un code de protection des enfants. Toutefois, reconnaît-il, il reste beaucoup à faire aux plans individuel et communautaire.

En dehors de la problématique du mariage de l’enfant, Moustapha Kanté citera d’autres défis comme le non enregistrement de l’enfant à l’état-civil, la non conformité du cadre législatif aux conventions auxquelles notre pays a souscrit. S’y ajoutent les lois coutumières ou religieuses. Le mariage précoce est l’une des premières causes de la déscolarisation et de la non scolarisation des jeunes filles surtout en milieu rural.

 

 

 

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