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Rokia et le passeport malien

by sur 14 juillet 2015

Il y a quelques semaines, une interpellation des députés à l’assemblée nationale, avait permis au ministre de la sécurité, le général Sada Samaké de démentir les rumeurs concernant la difficulté d’obtenir des papiers d’identité au Mali.

Il avait également  récusé les accusations de corruption lancées contre des agents de son ministère, en mentionnant qu’il pouvait y avoir des brebis galeuses, mais qu’elles seraient débusquées; et que le Mali disposait de toutes les réserves nécessaires pour délivrer passeports et cartes d’identité.

Hélas ! les faits sont têtus et de nouvelles informations infirment les propos du ministre. Une vingtaine d’enfants n’ont pu être évacués pour subir des soins à l’étranger faute de papiers d’identité; et l’artiste Rokia Traoré, tout dernièrement membre du jury du festival de Cannes y va de son témoignage… pas piqué des vers !

La réaction de l’artiste Rokia Traore au sujet du passeport malien

Rokia Traore – Malijet du 13 juillet 2015

Rokia Traoré-afpRokia Traore

« Je remercie les agents de police Koné, Kanté, Diarra et tous les autres à l’intérieur de la direction nationale de la police de l’immigration du Mali à Hamdalaye ACI à Bamako. Je les remercie de leur amabilité et la diligence dans leur travail qui va me permettre, finalement, de faire le mien après avoir enfin réussi à déposer une demande de passeport malien.

Cependant j’aimerais poser une question à un système, donc à ceux qui l’ont mis en place. Après le parcours du combattant que j’ai dû entreprendre pour arriver aujourd’hui 13 juillet 2015 à déposer simplement une demande de passeport que j’obtiendrai le 10 août 2015 normalement, je me demande quel est le but de cette réorganisation qui crée une situation de crise?

– Est-ce de lutter contre la corruption ?

Dans ce cas c’est déjà un échec. Aujourd’hui dans Bamako les familles de malades en situation de nécessité d’évacuation médicale et les opérateurs dans le besoin de voyager se voient demander par des personnes douteuses entre 500 000 et 800 000 CFA (cinq cent mille et huit cent mille CFA ) pour pouvoir simplement déposer une demande de passeport. Autre fois avec 100 000 CFA de pot-de-vin il était possible de faire accélérer la procédure et obtenir le passeport en une semaine, mais il n’était pas question de déjà payer autant d’argent en dehors des frais officiels (50 000 CFA) pour pouvoir déposer la demande.

– Le but est-ce de mettre en place un système où les demandeurs de passeports sont correctement répertoriés dans les données de l’état afin de contrôler d’une meilleure façon l’attribution du passeport malien ?

Dans ce cas pour quelles raisons est ce qu’on ne peut même pas accéder au bâtiment de la police de l’immigration ? Pour arriver à accéder à n’importe quelle section de ce service publique, il faut rester dans la rue et appeler une connaissance à l’intérieur, afin qu’il vienne vous chercher et vous fasse entrer. 

Pourquoi est ce qu’il n’est pas possible d’appeler un standard téléphonique pour fixer un rendez-vous pour entreprendre une démarche spécifique ?

Le résultat, pour le moment, de cette réorganisation du système de dépôt de demande de passeport à Bamako (au Mali) est une file d’attente de trois cent mètres environ, dans laquelle attendent (sans possibilité de s’asseoir) des personnes qui arrivent là à 4 h00 du matin pour avoir une chance de déposer leurs demandes avant l’arrêt du dépôt des dossiers de demande de passeport à 8 h00 du matin.

Mesdames et Messieurs les protagonistes de ce nouveau système de demande de passeport malien, les décisionnaires concernant l’arrêt de la possibilité de se faire délivrer un visa d’entrée au Mali à l’arrivée à l’aéroport de Bamako Sénou, par ce qu’il ne s’agit pas que de ma petite personne je vous passe le détail des complications que j’ai du surmonter pour déposer une demande de passeport.

Je vous prie, au nom de tous les opérateurs culturels et économiques du Mali, au nom de toutes les familles de malades en attente d’évacuation médicale, de reconsidérer les dispositions mises en place.

Je suis consciente que de vos bureaux vous n’avez pas une vision claire de la situation de crise et de blocage conséquence de ces nouvelles dispositions. Malienne lambda que je suis, je me permets de vous apprendre qu’il est simplement un enfer aujourd’hui d’introduire une demande de passeport.

Ce jour lundi 13 juillet devant la police de l’immigration lorsque je suis arrivée à 7 h20 du matin, j’ai appris par des agents au bout de la rue (impossible d’entrer dans la rue de la police des frontières et de l’immigration : direction de la police nationale) qu’il aurait fallut que j’arrive à 5 :00 du matin pour faire la queue afin de pouvoir éventuellement déposer une demande de passeport avant 8 :00. 

Nous maliens qui avons besoin de voyager pour nos métiers, nous méritons que vous travailliez au plus vite à l’amélioration de vos nouvelles mesures. D’une part nous nous retrouvons dans l’impossibilité  dans certains cas de voyager pour nos métiers, d’autre part nous sommes confrontés à des problèmes supplémentaires  pour faire entrer nos partenaires professionnels dans le pays une fois que nous avons réussi à les convaincre que tout va bien au Mali, que leurs vies ne sont pas en danger.

Nous sommes nombreux à avoir pris la décision de nous battre et continuer à croire en l’avenir de ce pays afin de remonter la malheureuse pente descendante qu’il a connu.

Leaders de ce pays, pour le Mali aidez nous, laissez nous vous aider. Ne soyez pas une entrave à notre élan de citoyenneté. »

Au Mali, obtenir un passeport relève du parcours du combattant

Par RFI – Publié le 13-07-2015 Modifié le 13-07-2015 à 10:02

Malgré les assurances données par les services concernés, de nombreux Maliens n’arrivent pas obtenir le précieux document. Et la colère gronde.

La presse locale de ce week-end rapporte que faute de passeport pour leur évacuation sanitaire en France, une vingtaine d’enfants malades du cœur risquent actuellement de mourir.

Les délais de délivrance ne sont pas toujours respectés, et de véritables grappes humaines prennent d’assaut très tôt, chaque jour, le bâtiment du service qui délivre les passeports à Bamako, la capitale.

Un député malien de la majorité présidentielle a même récemment mis les pieds dans le plat. Le docteur Oumar Mariko a parlé de « magouilles », de « pots-de-vin » à payer avant d’obtenir le passeport. Le ministre malien de l’Intérieur avait tenu à lui répondre en défendant son administration tout en reconnaissant que des « brebis galeuses » existent partout. Mais hélas ici, des Maliens continuent de souffrir.

« Le passeport coûte 50 000 francs CFA [76 euros], il faut donner des dessous de table parfois jusqu’à 150 000 francs CFA [228 euros] », a-t-on entendu. Certains dénoncent le manque de passeports alors que d’autres Maliens accusent des responsables du service qui délivre les documents en donnant des noms.

Faute de passeports pour leur évacuation sanitaire en France : 20 enfants malades du cœur risquent la mort à l’Hôpital Mère-Enfant “Le Luxembourg”

Mamadou FOFANA – L’Indépendant du 9 Juillet 2015

Déjà 2 décès d’enfants enregistrés, plusieurs rendez-vous manqués pour l’obtention du visa français

Voici, en effet, une nouvelle qui donne froid au dos. Dans un pays où les dirigeants eux-mêmes n’éprouvent aucune difficulté pour aller, qui en Suisse, qui au Canada ou en Turquie, faire leur check-up, le plus souvent au frais de l’Etat, voilà que de pauvres enfants malades du cœur ou de la gorge sont obligés de partir avec leurs parents, faire la queue, dès 2 heures du matin, devant les locaux des services de police en charge de l’immigration. Cela pour l’obtention d’un passeport leur permettant de voyager sur la France en vue de la prise en charge de ces malades dans les hôpitaux spécialisés.

Pour les plus chanceux d’entre eux, qui arrivent à s’inscrire sur la longue liste des demandeurs de passeports, il faudra ensuite attendre un à deux mois pour recevoir le précieux document. Ce qui signifie, pour ces enfants, la fin de l’espoir de recevoir cette année des soins, de surcroit gratuits, indispensables à leur survie. Car d’ici là, leurs médecins traitants seront déjà en vacances.

N’ayant pu être évacués par manque de passeports, deux enfants malades du cœur ont déjà succombé. Les autres risquant le même sort, si jamais le Général Sada Samaké et ses hommes continuent à ignorer leur cas. Ayant nié l’évidence de la non disponibilité des passeports devant des « députés applaudisseurs », plutôt que contrôleurs de l’action gouvernementale, le ministre de la sécurité va-t-il maintenant démissionner ?

Au cours de ses multiples sorties devant les députés, le ministre chargé de de la sécurité et donc de la délivrance des passeports, le Général Sada Samaké n’a de cesse répéter qu’il n’y aucune difficulté à obtenir un passeport au Mali ; qu’il fallait, pour cela, passer seulement par la voie normale et légale. Quand il réitérait ces propos devant l’Assemblée Nationale, le citoyen lambda était déjà réveillé pour faire la queue dès 4 heures du matin afin de pouvoir s’inscrire sur la longue liste des demandeurs de passeports.

Parmi ceux-ci, des personnes âgées, des opérateurs économiques, des étudiants et, bien évidemment, des malades en voie d’évacuation sur des hôpitaux à l’étranger. Ce qui fait que la devanture des services qui délivrent les passeports et autres titres de voyage ressemble davantage à une immense foire qu’à un service de l’administration. Où se mêlent aussi des démarcheurs de tout poil. Il y a de cela quelques jours seulement, qu’une personne âgée malade est morte dans la queue devant les services de l’immigration, sis à l’ACI 2000.

Malgré cette situation dramatique, le ministre Sada Samaké, dans ses envoilées pro domo, continue de nier l’évidence devant des » députés applaudisseurs « face à la souffrance des populations. En tout cas, la triste réalité que vivent présentement les enfants malades du cœur l’interpelle à cause de son inaction face à une situation dramatique.

Les médecins devant les opérer iront en vacances à la fin de ce mois

Présentement à l’hôpital Mère-Enfant « Le Luxembourg » situé dans le quartier populaire de Hamdallaye, ils sont une vingtaine d’enfants, dont l’âge varie entre 0 et 13 ans, dans l’attente d’un passeport qu’ils n’auront peut-être jamais. Deux d’entre eux sont déjà décédés, des rendez-vous au consulat de France pour le visa sont en train d’être annulés, l’un après l’autre, à cause du fait que les enfants n’ont pu avoir leurs passeports auprès des services de l’immigration.

Auparavant, c’est le personnel de l’hôpital même qui se chargeait de l’obtention, auprès desdits services, des passeports pour les enfants malades du cœur en vue de leur évacuation sur la France. Cela a toujours marché avant que les parents ne soient maintenant obligés par les services concernés de se présenter physiquement avec leurs enfants malades pour le dépôt du dossier de demande de passeports. C’est ainsi que ceux-ci se voient maintenant contraints de se présenter, dès 2 heures du matin, devant les locaux des services en charge de l’immigration afin de pouvoir s’inscrire sur la longue liste des demandeurs de passeports. Ceux qui arriveront à s’inscrire devront en plus, selon des sources concordantes, attendre 1 à 2 mois pour être en possession du document.

Cette situation a déjà conduit à l’annulation de plusieurs rendez-vous auprès des hôpitaux français. C’est dans cette attente que deux enfants ont succombé, plusieurs autres étant présentement dans un état critique. En plus d’autres dossiers d’enfants malades continuent d’affluer et de s’entasser en attendant leur prise en charge par l’hôpital et ses partenaires.

Devant être opérée de la gorge, elle attend depuis un mois son passeport

Venue de Niafunké avec son père, une adolescente de 13 ans attend, depuis un mois, son passeport en vue de son évacuation sur la France. Ayant avalé de la soude caustique, elle doit subir rapidement une opération de la gorge dans un hôpital parisien. N’ayant pu voyager par manque de passeport, elle court désormais le risque de contracter un cancer si jamais cette situation perdure. Et dire qu’au même moment, le passeport se négocie entre 200-250 000F CFA et cela au su et au vu de tous devant les locaux mêmes des services d’immigration.

Rappelons que c’est la troisième fois que le départ de ces enfants pour l’Hexagone, à cause de l’indisponibilité de passeports, est reporté. Une situation qui interpelle fortement les plus hautes autorités du pays. C’est dire aussi combien le cas de ces enfants malades, qui ne peuvent compter que sur la solidarité internationale, doit être traité avec la plus grande diligence.

D’autre part, ce sont là des faits vérifiables qui viennent contredire les affirmations du ministre de la Sécurité, Sada Samaké, devant les députés par rapport à la disponibilité supposée du passeport.

 

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