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Sambé, sambé, bonne fête !

by sur 17 juillet 2015

Les temps sont durs et la fête de la fin du ramadan subit aussi le contre coup des années de crise. Mais qu’importe, il faut fêter, alors Sambé, sambé et bonne fête !

Aïd el-Fitr : La fête malgré tout

Par Moussa MAGASSA, Modibo FOFANA et Makhtar DIOP – 16/07/2015

À quelques jours de la fête, les chefs de famille ne savent plus à quel saint se vouer. En ces périodes de vaches maigres, vouloir contenter tout le monde devient un casse–tête.

C’est demain l’Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du mois de jeûne. Durant trente jours, les musulmans du monde entier ont observé une période de renoncement et de sacrifice. Au bout du parcours, une célébration qui se veut à la fois spirituelle, familiale et festive. Grande prière, repas en famille et visites aux parents, échange de vœux, marquent cette journée que l’on appelle communément la « fête de Ramadan ». On est pourtant bien loin de l’effervescence que l’on ressent habituellement à l’occasion de cette célébration. Coût de la vie, insécurité, les Maliens dans leur grande majorité avouent ne pas vraiment avoir le cœur à la fête.

L’affluence dans les marchés n’est pas moindre que l’an dernier. Les étals sont bien achalandés et les embouteillages dans la zone commerciale ne démentent pas le fait que les Bamakois se préparent pour la fête. Mais au marché, dans les ateliers de couture, chez les coiffeuses, dans les boutiques, commerçants et clients se plaignent : il n’y a pas d’argent.

Plus l’échéance du vendredi 17 juillet approche, « plus le stress des chefs de famille augmente », témoigne Dra Sidibé, employé de bureau. « Après les dépenses du mois de carême, nous sommes essoufflés. Or, il y a les dépenses de la fête qu’il faut impérativement gérer » poursuit-il.

Ne pas offrir le minimum à la famille à la fin de ce mois de carême est tout simplement impensable pour les chefs de famille qui cherchent toutes les solutions possibles pour clore en beauté cette période de privation et de sacrifice tant spirituels que financiers.

Certains chefs de famille se tournent ainsi vers les prêts bancaires. « Je prends prêt sur prêt. Là j’ai empoché 500 000 francs de ma banque pour faire face aux dépenses, afin d’éviter d’être la risée des miens. Je vis dans une grande cour. Si je n’achète pas un mouton, les habits de madame et des enfants, alors j’aurai des problèmes. Quel que soit notre niveau d’instruction, les pesanteurs sociales nous rattrapent», explique Simon Ouattara, responsable commercial dans une cimenterie de la place.

D’autres, en revanche, n’ont pas trouvé de source financière de secours et se livrent volontiers, histoire de se décharger un tant soit peu du poids du stress. « Les temps sont durs mais que faire ? Il faut faire face !» s’exclame M. Diawara, fonctionnaire de son état. Les lunettes sur la tête, le quadragénaire joue avec la calculette de son téléphone. Il doit acheter des bazins pour ses épouses, les enfants et un oncle. Pas question de donner dans le haut de gamme, « j’ai choisi un bazin deuxième choix à trois mille francs le mètre car arrivé à la maison il faudra donner le prix de la couture, de la coiffure et des chaussures», avoue avec dépit ce polygame qui se contentera lui-même «de redoubler », c’est-à-dire de mettre un habit ancien le jour de la fête.

Dans les méandres du grand marché de Bamako, chaque acheteur jongle avec la bourse. Draméra Bassidy, vendeur de tissus comprend la situation et assure que tout est fait pour faciliter la tâche des chefs de famille. « Les priorités s’amoncellent, alors nous les commerçants proposons plusieurs alternatives aux clients. Nous avons des bazins à 2 000 francs, 6 000 francs et à 10 000 francs le mètre. Mais cette année il y a une floraison de pagnes Wax à 3 500 francs, sans compter les tissus légers et les saris hindous », explique-t-il.

Solidarité active

Pour rendre les coûts supportables, en particulier le prix du bœuf, « l’union fait la force ». «Nous cotisons 15 000 francs chacun pour l’achat d’un taureau en vue de la fête. Les moutons à la foire de Kati, coutent 45 000 francs minimum. Nous nous partageons la viande et ainsi chacun s’en sort », explique Mohamed Cissé, rencontré à Niamana.

Mandataire de ses collègues pharmaciens, Cissé n’a pas le cœur à la fête et peste volontiers contre toutes ces dépenses : «mieux vaut redevenir célibataire ! Sucre du ramadan et bazin par-ci, sollicitations imprévues par-là, c’est intenable !» Pareil pour Zoumana, chômeur célibataire, qui rejoindra le vendredi des amis avec qui il partagera un repas, histoire de ne pas « rester seul à broyer du noir ».

Dans de nombreuses familles maliennes, en ce jour de fête, les esprits seront tournés vers les absents. En poste à Gao, Senou Koné, agent de police, passera cette journée loin des siens. Il avoue que « la grande retrouvaille à Koulikoro va beaucoup lui manquer, mais nous n’avons pas pu obtenir de permission pour rentrer à la maison ». Amadou Dagnogo, caporal-chef à Diabali, est lui aussi loin de chez lui.

Dans les camps de réfugiés, de Mbera en Mauritanie où vivent quelques 70 000 Maliens, « personne n’a la tête à la fête » a lancé Assetou Maïga, ressortissante de Gao et mère de deux enfants. « Ici nous espérons juste survivre car la situation, bien qu’oubliée des autorités maliennes est toujours préoccupante », a ajouté une autre refugiée. Selon le Dr. Gbane Mahama de Médecins Sans Frontières, « le mois dernier, la ration de riz par personne a été réduite de plus de la moitié dans le camp», une difficulté de plus pour les réfugiés maliens.

À eux s’ajoutent les marginaux dans la rue, les malades qui passeront cette journée sur leur lit d’hôpital ou encore les prisonniers. Tous, pourtant, malgré la dureté de la vie ou de leur situation, veulent garder l’espoir en des lendemains meilleurs. « Le jour de la fête, nous allons prier pour que les choses aillent mieux pour notre pays. Il faut que la paix revienne pour que nous puissions vivre correctement. Comme avant », conclut Dra Sidibé.

Préparatifs des fêtes de ramadan à Bamako : «Vivement le retour à la stabilité financière des fonctionnaires» dixit les revendeurs du grand marché

Khadydiatou SANOGO – Le Prétoire du 17 juillet 2015

Les  différentes crises vécues par le pays  n’ont  épargné aucun secteur ! Et ses nombreuses conséquences  sur les bourses des citoyens maliens semblent avoir  largement affecté la vie du grand  marché  de Bamako. Qui se démarque aujourd’hui par une morosité flagrante en cette veille des fêtes de Ramadan. Aussi, les revendeurs réclament de tout cœur un retour à la stabilité des fonctionnaires, leurs plus grands clients.

Par  respect  pour  la tradition, ils étaient présents : sons de tam-tam, bousculades, tohu-bohu comme pour rappeler que nous sommes à la veille d’une fête. Mais pour quelqu’un qui n’en est pas à sa première virée au « SUKUBA » (grand marché de Bamako) en une veille de fête de Ramadan,  le constat s’installe vite pour signifier qu’elle est bien loin cette frénésie caractéristique des préparatifs des grandes fêtes religieuses au Mali.  Et les revendeurs sur place ne disent pas le contraire : « Nous sommes seulement à 3 jours de la fête de Ramadan, c’est seulement aujourd’hui que nous avons commencé à enregistrer une faible affluence des clients ! Alors que les autres années déjà à 20 ou 10 jours avant les fêtes, le marché reste bondé de monde », s’est lamenté Ousmane N’diaye, devant l’étalage de chaussures de femmes et d’enfants qu’il tient dans la rue longeant la grande Cathédrale à l’intérieur du marché.

D’une voix encourageante,  Ousmane N’diaye,  de son mieux, essayait de convaincre les quelques personnes qui s’étaient arrêtées devant son étalage. Durant la trentaine de minutes que nous avons passée avec lui, sur la dizaine de clientes  (pour la plupart ) qui lui demandaient le prix de ses marchandises, seulement une jeune dame avait effectué un achat d’une valeur de  4000F Cfa pour une paires de sandales.

Ousmane, diligenté par  ses paires pour nous parler, a expliqué la lenteur de leur vente en cette aurore de fête par la conjoncture monétaire désormais  incrustée dans la vie des Maliens, singulièrement chez  les fonctionnaires. Qui de plus en plus peinant à joindre les deux bouts ont déserté le chemin des achats d’articles ne rentrant pas dans le cadre alimentaire. «  Ce sont les fonctionnaires qui sont nos plus grands clients, ce sont leurs femmes et enfants qui viennent faire les achats. Avec la situation actuelle du pays, l’argent ne circule plus, c’est quand eux ils ont l’argent que nous aussi nous pouvons espérer en avoir. Aujourd’hui, ça ne va pas, nous le savons,  le pire sont les jours fériés pour nous, c’est des moments morts  pour notre marché  », a continué de se plaindre notre revendeur M. N’Diaye pour expliquer leur situation actuelle de mévente.

Un avis largement partagé par cette propriétaire de boutique de prêt-à-porter de Bazin et de pagnes Wax  sise à Hamdallaye ACI 2000 dont les articles varient entre 50 000FCFA et 150 000F. Mme X, pour respecter son souhait de garder l’anonymat, nous a déclaré qu’elle en est à sa pire vente à une veille de fête. «  Depuis que ce régime s’est installé, nous ne pouvons pas faire de vente, ils gardent tout à leur niveau ! L’argent ne circule pas dans le pays, c’est ce qui provoque cette situation.  Mes gros clients sont des fonctionnaires mais actuellement ils n’ont rien, donc ils ne font plus d’achats. D’habitude, je place mes articles dans les différents  services, mes plus gros clients sont des douaniers chez  qui je plaçais  mes boubous Bazin cousus à Dakar, et ils me payaient à peine deux jours après. De nos jours, mon commerce ne  marche plus, même ces douaniers, quand ils me prennent des habits, c’est à peine qu’ils parviennent à me régler, ce sont  des chefs de famille, ils ont d’autres priorités comme le prix de leurs condiments…. », s’est révoltée X, une dame d’une grande allure rencontrée dans une boutique de Bazin où elle était venue s’acquitter avec peine d’une partie de sa dette chez son grossiste de Bazin.

Les propriétaires de boutique de Bazin de la place déclarent également  n’être point épargnés par la morosité du marché. « On ne vend pas, on est juste assis là, il n’y a point de marché cette année », témoigne  un autre propriétaire de grande boutique de Bazin de la place.

De la bousculade en dépit des jérémiades :

Seul le marché de coiffures et de poses de faux cils et ongles nous a semblé tenir face à l’actuelle  difficulté financière que connaissent les populations. En effet, l’accès aux coiffeuses professionnelles du grand marché était difficile en ce mardi 14 juillet. De nombreuses jeunes dames se bousculaient pour se coiffer, se faire poser des cils ou se faire la manucure. Les kiosques contenant les mèches étaient noirs de monde. Même si, aux dires des quelques coiffeuses  approchées,  le marché de la coiffure a enregistré une faible affluence cette année, on pouvait constater la grande affluence des clientes pressées de payer des mèches ou se faire poser des cils et ongles.

D’un constat général, l’engouement autour des  préparatifs des festivités de l’Aïd El Fîtr de cette année a été freiné par les difficultés financières que connaissent bon nombre de citoyens, seuls les enfants sont restés prioritaires dans l’obtention d’habits et de chaussures  pour la  fête  comme en ont témoigné les femmes rencontrées sur place au grand marché.  Les articles d’enfants varient entre 500f, 25 00F 4000F et 10000FCfa ou plus.

 

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