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Islam en Afrique et islam africain

by sur 21 juillet 2015

Une contribution qui, à mon avis, élargit la réflexion sur un sujet d’actualité.

Islam en Afrique et Islam africain

14 JUILLET 2015 |  PAR ROBERT CHAUDENSON

Dans l’indifférence générale des « politiques »,  due surtout à leur ignorance des réalités de terrains dont ils ne connaissent que les hôtels de luxe, les ambassades et les salons VIP des aéroports, je pose, depuis vingt ans, les problème de l’Islam africain, pour avoir constaté l’évolution des choses en Afrique continentale même, mais aussi à l’Ile Maurice et aux Comores par exemple.

Khadafi d’abord, puis les Emirats ont essayé, depuis longtemps, d’y prendre pied, en particulier en « payant » les conversions à l’Islam comme en rémunérant les porteuses de voile ou en offrant de créer, à leurs frais, des  université islamiques locales.

Aux Comores, ce projet a été contré, mais pour combien de temps, par la création en 2003-2004 d’une université comorienne mixte dont le premier président fut mon ami l’anthropologue Damir Ben Ali qui vient de quitter cette fonction ; elle accueillait à ses débuts un gros millier d’étudiants dont 43% de filles ; en 2011-2012, 6500 étudiants y sont inscrits, mais je n’ai pas d’informations plus récentes.

L’islamisation radicale ou plus précisément la « wahabisation » du Sahel est un processus engagé, sournoisement ici, ouvertement là, depuis longtemps en tout cas ; depuis ces époques, les événements de Tunisie, d’Egypte et de Lybie, si prématurément et imprudemment qualifiés de « printemps arabes », quand ils ont plutôt parfois des couleurs et des parfums d’automnes, ont conduit, entre autres, aux situations, certes diverses mais toutes inquiétantes, du Nord-Mali, du Nigéria, du Niger et de la RCA sans même parler du Soudan.

L’évolution, le plus souvent ignorée, a commencé depuis bien longtemps ; cela allait du paiement des conversions à l’Islam (stratégie inattendue chère, de façon plus inattendue encore, à Khadafi, qui, dans son rêve de panarabisme à son profit, à une époque, offrait des tarifs spéciaux pour les chefs d’Etat qui se convertissaient à l’Islam (un million de $!), comme Albert-Bernard Bongo qui en a bénéficié en devenant Omar, ou les Premiers ministres dont le tarif de conversion était moindre (500.000$).

À la même époque, le Colonel lybien avait lancé, selon les mêmes principes mais à des tarifs plus modestes, une offensive sur l’Ile Maurice d’où les Lybiens ont fini par se faire expulser par le gouvernement ; ces stratégies sont allées jusqu’au versement de sommes très modestes à des femmes africaines (au Burkina Faso par exemple), qui consentaient, pour trois sous, à se voiler complètement, en passant par le développement d’un enseignement islamique intégriste (avec, à la clé, des bourses pour les universités du Golfe). Tout cela est évidemment financé à coup de pétro- et de gazo-dollars!

Cet enseignement islamique intégriste d’importation, surtout au niveau de l’enseignement coranique de base, est naturellement un concurrent redoutable pour l’école musulmane traditionnelle de l’Afrique, vu les moyens, quasi-infinis, dont il dispose (argent et bourses). L’islam traditionnel africain, infiniment plus libéral, ne peut résister à une pareille concurrence aux ressources financières inépuisables !

S’ajoutent même à ces stratégies, comme au Tchad et au Niger, des projets d’enseignement prétendument bilingues (français et arabe), dans lesquels, en réalité, la partie arabe du programme est exclusivement religieuse, seul l’enseignement général, en portion congrue, étant donné en français.

De tels projets sont soutenus, à coups de milliards de dollars, par la Banque Islamique de Développement, ce qui est normal, mais aussi acceptés, de façon plus inattendue, sans doute inconsciente mais assurément funeste, par l’UNESCO et même, semble-t-il, par la Francophonie, à travers l’OIF !

Ces constats m’ont conduit, non seulement à tenter (en vain) d’alerter sur cette situation (quoiqu’elle ne me concerne en rien de façon directe) et m’ont amené aussi, en raison, d’une certaine expérience de ces terrains, à proposer des mesures qui pourraient être mises en oeuvre pour contrer de telles stratégies puisqu’on ne veut décidément rien faire d’autre que pleurnicher une fois que le mal est fait !

Ces constats m’ont amené à des remarques et, au delà, à des suggestions qui ont souvent paru étranges voire provocantes aux hiérarques du Quai d’Orsay ou du Boulevard Saint Germain comme des institutions internationales, quand ils ont eu la rarissime curiosité de prendre connaissance de mes écrits sur ces questions.

En effet, tout cela se passe à l’insu bien sûr, ou en tout cas, dans le silence prudent des responsables de la politique française et francophone dans ces zones, dans la mesure où il y en a une. Ces derniers, en effet, sont comme les petits singes de la sagesse orientale, qui se cachent les yeux, les oreilles et la bouche pour ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire… du moins pendant les trois ou quatre années, confortables et fort rémunératrices, qu’ils passent en fonction diplomatique dans ces Etats.

Bien sûr, finissent par survenir, en des lieux de plus en plus nombreux et sous des formes de plus en plus radicales, des événements sur lesquels on ne peut plus continuer à fermer les yeux mais qu’on peut toujours utiliser pour pleurer, comme dit le bon peuple !

Comme je l’ai dit et répété depuis vingt ans et pour faire court, l’Afrique n’a que trois atouts qui pourraient permettre de résister à la redoutable invasion de cet islam wahabite, si on en avait le désir.

Allons en bonne rhétorique classique, du moins important au plus important.

1.Le premier est, de façon un peu étonnante, l’école coranique traditionnelle, la « médersa » (ou les diverses variantes de ce mot, médrasa, etc.). En effet, elle perpétue la tradition séculaire d’un Islam africain ouvert et libéral.

Paradoxalement, on devrait donc aider les médersas traditionnelles pour leur permettre de résister à la concurrence et à l’influence des riches et nouvelles écoles d’un Islam intégriste conquérant et qui ne cesse de progresser au détriment de la religion africaine traditionnelle.

L’illustration la plus évidente et la moins discutable a été la destruction des monuments comme des documents religieux séculaires de Tombouctou!

  1. Lesfemmes. Chacun sait le traitement que leur réserve l’intégrisme musulman. Or, en Afrique, elles constituent un moyen puissant de résistance à ces minorations voire à ces brimades, par le statut et la place qu’elles tiennent dans les sociétés comme dans les cultures sahéliennes africaines (tant au plan économique que sociétal) et qui n’ont rien à voir avec ceux des pays de l’Islam moyen oriental et des sociétés arabes.

L’éducation des filles est donc naturellement un objectif majeur , ce que chacun répète d’ailleurs à satiété depuis des décennies, sans que grand chose se passe. Dans les rues de Niamey, je l’ai à nouveau constaté lors de mon dernier séjour au Niger, aux heures scolaires, on voit bien plus de filles que de garçons!

  1. La bière. Ce dernier élément est sans doute, lui aussi, un peu inattendu, mais c’est peut-être le plus fort, à court terme, car je vois mal comment un Islam, même radical et conquérant, pourrait éradiquer des moeurs africaines cette boisson qui constitue assurément le transfert de technologie européen le plus réussi.

 

14/07/2015, 18:39 | PAR MICHEL TESSIER

C’est en effet l’Afrique – et pas l’Europe – le vrai terrain de développement possible du wahhabisme…Souvent la forme de groupes para-militaires à la bourse bien garnie. ce qui leur permet d’acheter une jeunesse en grande expansion et sans perspective économique. Je ne suis pas spécialiste, mais de nombreux témoignages convergent, là-dessus.

 

 

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