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« Nous sommes en alerte maximale »

by sur 31 juillet 2015

Tieman Hubert Coulibaly, ministre de la défense, a donné récemment un long interview au journal du Mali. Il traite les questions de défense, de terrorisme et d’insécurité sur le fond.

Il considère aussi les sites d’orpaillage comme l’un des éléments de déstabilisation du pays en raison de l’absence de contrôles et de l’énorme brassage de populations qu’ils génèrent. 

Il tacle également l’ancien premier ministre Moussa Mara sur « l’aventure de Kidal », en jurant que l’armée ne se laissera jamais plus piéger de la sorte…

Tiéman H. Coulibaly : «Nous sommes en alerte maximale»

Par Célia d’ALMEIDA -Le journal du Mali – 24/07/2015

Tieman Hubert Coulibaly Min Défense

Le ministre de la Défense nous explique sa vision des nouvelles menaces djihadistes et fait le point de l’état de l’appareil de défense et de la coopération sur le terrain avec les partenaires du Mali

Journal du Mali: Des opérations anti-terroristes sont en cours depuis quelques jours au Mali. Pourriez-vous nous dire ce qui se passe exactement sur le terrain ?

Tiéman Hubert Coulibaly : Il y a des opérations anti-terroristes qui se déroulent effectivement dans le sud depuis quelques temps, suite à l’attaque de la localité de Misseni. Nous avons dépêché non seulement des renforts, mais aussi déployé une opération sur la base d’un concept bien étudié.

Ces opérations sont conduites par le Chef d’État-Major Général des Armées, dont l’adjoint s’est rendu immédiatement sur zone afin de réorganiser les troupes et donner une réponse adéquate à la menace qui s’est clairement exprimée là-bas. Aujourd’hui, il y a des acquis en terme opérationnel. Nous avons pu mettre un coup d’arrêt aux ambitions de ce groupe.

D’ailleurs, du matériel, non seulement roulant mais aussi des armes et divers objets, a pu être récupéré dans la forêt de Sama, suite à une offensive qui nous a permis de démanteler un camp refuge dans cette forêt de 13 500 hectares qui est très dense, sachant que la pluie a rendu le terrain difficile. Mais je pense que les acquis, au moment où je vous parle, sont positifs.

Cela dit, il faut bien lire la situation. Le développement de cette menace dans le sud du Mali touche aussi le nord de la Côte d’Ivoire, certainement l’est de la Guinée, et peut-être l’ouest du Burkina Faso.

Il faut dire clairement que le projet politique de ces groupes-là est de s’opposer à notre mode de vie démocratique, tolérant, moderne, ouvert sur le monde, et que pour cela, ils sont prêts à déstabiliser tous nos États.

Je me suis rendu en Côte d’Ivoire afin de mettre en place une plate-forme de coopération permettant d’optimiser l’articulation de nos forces à nos frontières. Bientôt je me rendrai en Guinée parce qu’une menace s’était profilée à Yanfolila qui est un peu la ville jumelle de Mandiana en Guinée.

Nous avons dépêché une compagnie d’intervention rapide de la Garde nationale, en collaboration avec nos frères et partenaires de la Guinée, pour circonscrire les velléités qui voulaient s’exprimer dans cette partie du Mali. Donc au final, nous sommes en alerte maximale, partout sur le territoire national.

Quel est l’objectif de ces groupes terroristes que vous traquez ?

Les développements au sud doivent être lus comme une suite du projet terroriste qui s’était adressé à la ville de Konna en 2013 et qui a été arrêté. Ces groupes n’ont pas démordu et entendent opposer leur volonté politique, au moyen de la violence, à la nôtre.

Nous sommes l’État, nous sommes l’armée, nous seuls avons sur notre territoire, le monopole de la violence. C’est l’État qui peut déployer une violence légitime et légale et c’est à cela que nous sommes appelés face à ces groupes-là. Cela demande beaucoup de cohésion, une meilleure organisation de nos forces de défense et de sécurité, qui doivent intégrer l’élément terroriste dans les pratiques quotidiennes de gouvernance.

Cela demande une conscience aigüe des populations qui doivent collaborer avec les forces de défense et de sécurité, pour que nous soyons non seulement en symbiose avec nos populations, mais aussi qu’elles nous aident au moyen de renseignements immédiats, de coopération sur le terrain et d’accueil de nos forces. Évidemment cela demande aussi que ces forces aient un comportement irréprochable vis-à-vis des populations pour que cette guerre aboutisse à une victoire pour le Mali.

Quel accueil font les populations aux militaires ? Elles qui n’étaient pas habituées à ce genre de situation de menace et d’activités djihadistes.

Aujourd’hui, ça se passe très bien. Les populations, nous le constatons, ont une confiance renouvelée en leur armée et nous voyons l’appréciation positive qui est faite de l’engagement clair de nos forces de défense et de sécurité à, non seulement faire face aux attaques et à les traiter convenablement, mais aussi à engager par moment des poursuites pour traquer et détruire le dispositif terroriste. Nous voyons que les populations, partout sur le territoire, manifestent un soutien à nos forces armées.

© Journaldumali.com

Vous évoquez les groupes djihadistes qui menacent le Mali. Quels sont-ils ?

Vous savez, Ansar Dine, MUJAO, Boko Haram, Ansar Al Charia, GSPC dans le temps, AQMI, Daesh… c’est du terrorisme, prenant pour prétexte l’islam. Je vous ai dit que dans le fond, ils veulent s’opposer à une manière de vivre. Alors quelque soit leur nom ou l’enseigne devant leur crémerie, le principe est le même : s’attaquer à un État légitime, faire peur à des populations afin de leur imposer leur volonté.

Et pour certains, leur volonté est non seulement d’asservir le peuple, mais aussi d’avoir un territoire à leur disposition de manière à répondre favorablement et efficacement aux sollicitations de leurs complices narcotrafiquants.

Je vous inviterais à analyser les zones d’activité de ces terroristes, que ce soit au nord du Mali, au sud de la Libye, en Egypte et dans cet axe dans le sud du Mali. Ma thèse est qu’un nouvel arc de fragilité de nos États est en train de se tracer sur cette ligne qui part de la Guinée à l’est, en passant le Mali au sud, la Côte d’Ivoire au nord, le Burkina à l’ouest, et jusqu’au Niger sur toute la zone qui concerne Niamey et la zone frontalière avec la Libye.

Dans la partie qui concerne le Mali, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée, et on peut pousser jusqu’au Sénégal oriental, il y a un élément intéressant qui est lié à l’activité d’orpaillage. Si nous essayons de rapprocher les sites où nous avons identifié ou soupçonné un passage de ces groupes terroristes, nous nous rendons compte que cela correspond à des sites d’orpaillage. Donc, il faut que nous y fassions très attention.

Je prétends que ces sites d’orpaillage sont en train de devenir des sources de financement pour des activités terroristes. Autrement dit, ils se servent dans notre sous-sol, ils prennent notre or alluvionnaire et se financent là-dessus. Ce n’est plus uniquement les activités de trafic de drogue ou les prises d’otage qui aujourd’hui financent ce grand terrorisme-là. Les sites d’orpaillage sont donc des éléments à surveiller de très près.

Il apparait que plusieurs de ces djihadistes sont des Maliens, des gens qui se sont radicalisés au sein de leurs communautés. Comment l’armée malienne gère-t-elle cela ?

Nous aurons les mêmes modes opératoires que tous les autres pays. La difficulté du terrorisme, c’est bien cela. Il ne s’agit pas d’une armée qui vient d’ailleurs et nous attaque à nos frontières. Il s’agit d’un ennemi qui est parmi nous et qui peut s’exprimer n’importe où et à n’importe quel moment. Cette expression violente sur base confessionnelle a été nourrie patiemment dans beaucoup de nos pays. Les adhérents à ces thèses radicales et excluantes sont au Mali depuis très longtemps, depuis l’époque de l’administration coloniale. Il y a eu des épisodes où des membres de certaines confréries ont du se cacher dans des puits parce qu’ils étaient traqués par l’administration coloniale.

Donc il y a eu une sédimentation pendant toutes ces années, et un contexte international favorable à leur éclosion, avec ce qui s’est passé en Libye et ses conséquences. Il y aussi les faiblesses internes de nos États post-coloniaux et leurs difficultés à prendre en charge nos problèmes.

C’est un ensemble de choses qui font qu’aujourd’hui, nous devons changer de posture. En matière de gouvernance, de règles de gestion publique, en matière de comportement social y compris de la classe dirigeante, et sur ce point-là j’adhère totalement aux positions prises de manière claire par le président de la République, par rapport à l’orthodoxie dans la gestion. Tout cela fait partie de l’arsenal pour faire face au terrorisme et à la déstabilisation intérieure.

Qui sont les quinze individus arrêtés la semaine dernière à la frontière avec la Côte d’Ivoire ? 

Ce sont des membres de la Dawa, une organisation à propos de laquelle nous nous posons de plus en plus de questions. Il y a des Maliens, des Franco-maliens, des Français, des Mauritaniens. C’est un dossier qui est pris en charge par des services spécialisés. Ce que je peux vous dire, c’est qu’ils étaient en Côte d’Ivoire et qu’ils ont passé la frontière parce que les prêches, qui étaient de plus en plus violents, ont été interdits là-bas.

À quand une telle mesure au Mali ?

Cela est du ressort du ministre de l’Administration territoriale, et de manière collatérale de celui de la Sécurité. Nous, à la Défense, nous pensons que les décisions administratives qui doivent être prises de manière à circonscrire et à réduire les opportunités d’initiatives pour les terroristes et mettre un frein à la prospérité de leur idéologie, sont bonnes à prendre.

© EUTM L’armée malienne, mieux formée, enregistre plusieurs succès sur le terrain

Vous avez évoqué les récentes actions que nos FAMa ont menées avec succès. Peut-on aujourd’hui dire que l’armée se porte mieux ?

Vous savez, une armée est souvent le reflet, l’image de sa société. Nous faisons beaucoup d’efforts, en demandant aux chefs de corps de veiller au comportement individuel de chaque soldat. Bien entendu, cela ne peut avoir de résonance crédible que si la haute hiérarchie militaire et politique a elle aussi un comportement irréprochable dans son action de tous les jours et vis-à-vis de la troupe. La troupe entendra le message de manière claire si elle aussi a l’impression que ses problèmes sont pris en charge de manière résolue par la hiérarchie. Elle nous écoutera attentivement si elle a l’impression que nous nous soucions d’elle. C’est le cas aujourd’hui.

Nous nous soucions des soldats, de leurs conditions de vie, de celles de leurs familles, de leurs carrières dans l’armée, et éventuellement de la continuation de leur vie de citoyen après l’armée. La Loi d’Orientation et de Programmation Militaire (LOPM) donne sur une période de cinq ans un certain nombre de moyens, de manière à améliorer les conditions de vie du soldat malien, ses capacités opérationnelles, les relations entre le commandement et la troupe en renforçant les formations, y compris pour les responsables, en matière d’éthique, de comportement, en matière de renforcement de la chaine de commandement et du pouvoir positif des chefs sur la troupe.

Bref, tout un environnement qui fera que la confiance sera renforcée au niveau du soldat. Je pense qu’il y a aujourd’hui un état d’esprit positif. Car nous nous battons pour le niveau d’équipement, les capacités de se mouvoir sur terre et dans les airs, à travers des solutions pour améliorer l’aéromobilité de notre armée. Tout cela est important.

Mais le plus important, c’est l’état d’esprit. Nous nous battons pour le drapeau. Est-ce que les chefs qui nous dirigent sont des chefs en qui nous avons une confiance claire ? C’est tout cela qui fait que l’armée devient un tout cohérent mais surtout un tout efficace. Le travail a commencé et je crois que les résultats que nous avons eu sur le terrain prouvent qu’il y a l’amorce d’un mieux-être.

À propos des moyens aériens, des annonces ont été faites il y a quelques semaines. Où en est-on ? 

Avec la société brésilienne Embraer, nous avons signé un contrat pour l’acquisition d’un certain nombre d’aéronefs. Ce sont des avions d’attaque légers qui ont des capacités de feu et de surveillance. Nous avons besoin de surveiller le territoire, qui est vaste, avec des lignes de frontière très longues, et en matière d’opérations, nous avons de très importantes élongations : par exemple, 1 200km d’un point de surveillance à un autre.

Pouvez-vous nous dire quand ils seront livrés ?

Très bientôt. La procédure n’est pas totalement bouclée. Le Mali n’a pas beaucoup de moyens et ces équipements coûtent cher. Ce que je peux vous dire, c’est que le contrat est signé mais il y a encore des étapes à boucler afin de le rendre totalement opérationnel. Nous espérons finir cela rapidement afin que l’armée de l’air puisse remplir son contrat opérationnel dans les mois à venir.

De combien d’hommes l’armée malienne est-elle composée ?

Beaucoup et pas assez. Beaucoup, parce que le pays a peu de moyens. Mais pas assez, parce que le territoire est vaste et qu’il nous faut davantage d’hommes pour en assurer la sécurité.

Nous avons un plan de recrutement qui va commencer dans quelques jours pour la gendarmerie, l’armée de terre, l’armée de l’air, pour laquelle il faut de l’expertise, mais aussi pour la Garde nationale qui est une arme extrêmement importante dans notre dispositif de défense des frontières. Un gros contingent va être recruté cette année.

En l’état actuel de la situation, je ne souhaite pas vous donner de chiffres car un travail est en cours sur ce thème. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Quelles sont les dispositions que prévoit l‘accord de paix concernant les ex-combattants des groupes armés ?

D’abord, permettez-moi de dire que je me réjouis de la signature de cet accord de Bamako, préparé à Alger mais signé à Bamako. Je vous confirme que dans sa mise en œuvre, le ministère de la Défense est en première ligne. Déjà pour faire en sorte que la cessation des hostilités et le cessez-le-feu deviennent une constante. Deuxièmement, pour contribuer à ce que les éléments qui ont été faits prisonniers de part et d’autre soient libérés pour ceux d’entre eux qui sont libérables. Et troisièmement, pour faire fonctionner les différents outils, comité de suivi et comité technique sur le terrain, pour que la sécurité dans toutes les zones qui ont été soumises au conflit et celles où un potentiel d’insécurité ou de violence résiduelle pourraient s’exprimer, puissent bénéficier d’une protection par les forces armées maliennes mais aussi par les éléments des groupes armés qui aujourd’hui adhèrent sincèrement à l’accord.

Parce que bien souvent, il s’agit d’éléments ressortissants de ces zones, qui eux-mêmes ont intérêt à ce que leurs familles et leur entourage bénéficient du maximum de protection pour faciliter le retour à la vie normale, le retour des réfugiés. Et là peut commencer une fraternité d’armes renouvelée.

Alors, au bout de ce genre de crise, d’épisodes violents, il y a le processus communément désigné par l’acronyme DDR (Démobilisation Désarmement Réinsertion). C’est le cœur du mécanisme de mise en œuvre de l’accord, et à mon avis, l’adjuvant principal pour atteindre la paix. Il faut réussir ce processus, pour éviter une rechute, pour éviter la production de nouveaux éléments « crisogènes ».

C’est ainsi que le ministère de la Défense a travaillé en interne pendant plusieurs mois sur sa conception et sa vision du processus DDR. Nous avons fini la semaine dernière et j’ai écrit au Premier ministre pour lui transmettre notre vision sur la manière dont devrait se dérouler ce processus pour que les chances de réussite soient optimisées. Cela nécessite beaucoup de moyens.

Il faut commencer par les sites de cantonnement, pour identifier qui est qui, qui est combattant, de quelle obédience, qui veut faire quoi pour la suite, dans la mesure où nous avons décidé de mettre fin à toutes les violences. Qui veut devenir soldat dans l’armée malienne pour servir le Mali, qui veut devenir cordonnier, maçon, ingénieur etc…Et puis, il y a le filtre sanitaire. Il faut impérativement que tous ces combattants soient évalués sur le plan sanitaire pour ensuite voir comment les orienter vers une vie coupée de la violence.

Certains vont être intégrés, voire réintégrés dans l’armée. Ne craignez-vous pas que cela passe mal au niveau des troupes ?

C’est un processus qui peut évidemment, comporter des volets difficiles, psychologiquement douloureux. Le président de la République a donné un exemple à chacun d’entre nous, quand le 15 mai l’accord a été signé et quand le 20 juin il a été complété par les autres signataires. Vous avez vu des images où des hommes sont tombés dans les bras les uns des autres, alors que juste avant, ils avaient du mal à se serrer la main. Ils ont partagé un repas.

Aujourd’hui, nous enregistrons la présence à Bamako des chefs de groupes armés qui, il n’y a pas si longtemps, étaient en rupture totale avec l’État du Mali. Donc, la paix, nous devons l’accepter et la reconnaître, nécessite de nous un effort d’oubli de soi, un effort d’accepter celui qui, il y a peu, était considéré comme un irréductible ennemi. Ces aspects psychologiques douloureux qui s’adressent au premier chef à la troupe, doivent être pris en charge.

D’abord par le ministre de la Défense, qui est l’autorité politique de premier plan, puis par la hiérarchie militaire et tout l’environnement gouvernemental pour que ceux dont nous partageons définitivement la douleur d’avoir perdu des frères d’armes dans des conditions particulièrement traumatisantes, soient accompagnés de manière àce que ces épisodes puissent être surmontés. Ces efforts, nous devons les faire. Et nous ferons en sorte que cela ne devienne pas un élément de rupture ou de perturbation de la construction de notre armée.

Il est normal que dans un tel processus il y ait des craintes, une peur de rechute et même des phénomènes de refus. Mais notre rôle est de les traiter. Est-ce que la paix dans notre pays vaut la peine que nous engagions ce travail y compris au niveau de la troupe? Je pense que oui ! Je pense que les jeunes qui aujourd’hui défendent notre pays dans les rangs de l’armée ont des ressources psychologiques et civiques assez poussées pour comprendre que pour que l’essentiel demeure, il faut souvent que quelque chose change.

Il y a des groupes armés indépendantistes et ceux dits loyalistes. Ces derniers auraient des liens de connivence avec le gouvernement malien. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’avoir sous-traité la guerre ?

Ni le Mali, encore moins l’armée, n’a de connivence avec qui que ce soit ! Si les groupes armés ont décidé d’exister et de se ranger du côté de la patrie, c’est eux qui le disent. Ce n’est pas le gouvernement qui les a créé et le gouvernement n’a initié aucune opération ni pris aucune décision en ce qui concerne la création de ces groupes.

De la même manière que certains ont pris les armes contre l’État malien, ces groupes qui se disent patriotes ont été créés. Pourquoi fait-on un procès au gouvernement du Mali ? A-t-on fait un procès à ceux qui pourraient être les parrains ou les soutiens des groupes qui attaquaient le Mali ? Ce débat est terminé et les DDR concernent tous les combattants, y compris ceux des groupes armés dits patriotes.

Beaucoup de Maliens pointent du doigt la présence de troupes étrangères, MINUSMA et Barkhane, sur le territoire malien. Comment se passe aujourd’hui la coopération avec les FAMa ?

Notre pays est un grand pays, et un terrain difficile. Les réalités géographiques, les aspects de relief et même climatiques sont très différentes. Et cela a une influence sur les modes opératoires, les postures à prendre dans telle ou telle partie du pays. Il n’est pas toujours évident pour des intervenants extérieurs de s’adapter au terrain malien.

La Force Barkhane est une force issue d’une armée qui connait cette zone, pour avoir été une armée coloniale il y a quelques années. Il y a une tradition méhariste, etc… Ce n’est pas forcément le cas pour les autres. Barkhane est installée là où vous savez, a la mission qui est la sienne, et qui consiste à tout faire pour réduire les forces terroristes dans cette partie de l’Afrique et pas seulement au Mali. Et, à mon avis, elle fait très bien son travail. Notre collaboration se passe bien en tous points de vue. C’est une coopération opérationnelle, qui nous amène à faire des missions conjointes de surveillance, de patrouille et nous apprenons beaucoup des amis de Barkhane.

Bien entendu, il y a des aspects techniques, opérationnels, politiques et de coopération qui peuvent s’améliorer chemin faisant, rien n’est facile. Il faut toujours travailler afin que tout se passe bien.

Et qu’avez-vous à dire sur l’action de la MINUSMA ?

En ce qui concerne la MINUSMA, nous avons vu les conditions dans lesquelles cette force a été créée et déployée dans le cadre de la stabilisation du Mali. Dans une autre vie, j’ai été un peu proche du dossier, ça n’a pas été un déploiement facile. La génération des forces a été difficile. Les pays contributeurs dans le cadre des Nations unies, agissent souvent suivant des réalités détachées du terrain.

Cela dit, la MINUSMA paie un lourd tribut au Mali. Il y a quelques jours, nous avons été particulièrement bouleversés par l’assassinat lâche de six de ces soldats de la paix qui étaient originaires du pays frère du Burkina Faso. Je pense que rarement l’émotion et la colère nous ont autant étreints qu’au cours de cette cérémonie d’adieu à ces jeunes. Alors il faut saluer toutes les composantes de l’outil de construction de paix, de sécurisation et de stabilisation de notre pays, Barkhane et la MINUSMA.

Mais alors comment améliorer la coopération pour éviter cela ?

Maintenant, au quotidien, nous devons faire beaucoup d’efforts avec la MINUSMA, pour la sécurisation, notamment des convois. Entre Douentza et Gao, Douentza et Tombouctou, aujourd’hui ce sont les FAMa qui le font. N

ous pensons que nous arrivons à un moment où il faut avoir des dispositifs de sécurisation, soit conjoints ou mixtes, des convois humanitaires, d’approvisionnement de ces villes-là et même d’approvisionnement des troupes de la MINUSMA.

Vous savez, la construction de la paix et la stabilisation comportent des éléments qui sont d’un point de vue technique, extrêmement difficiles. C’est la lutte contre tous les dispositifs explosifs qui jalonnent notre territoire, je veux parler des mines. Nous allons devoir engager une grande opération de déminage. Sinon, pendant que nous sommes engagés à mettre en œuvre l’accord, nous allons continuer à perdre des soldats mais aussi et surtout des citoyens parmi lesquels il y aura des enfants. J’ai l’intention de solliciter nos amis de la MINUSMA et les autres, pour qu’en marge de la mise en œuvre de l’accord, nous puissions garantir la sécurité des populations de ces zones qui sont aujourd’hui truffées de ces engins explosifs.

Ménaka a été un point névralgique ces derniers temps. Quelle est la situation là-bas, et qui assure la sécurité des habitants de la ville aujourd’hui ?

On a voulu faire de Ménaka un point névralgique. Il ne s’est rien passé à Ménaka. Évidemment, il y a eu l’attaque de la Plateforme contre la CMA, mais il y en a eu sur d’autres points du territoire, il faut le dire. On a voulu en faire un élément de blocage de l’avancée vers la paix et ce n’est pas le fait des groupes armés, c’est le fait d’autres acteurs.

On parle du retour de l’armée malienne à Ménaka, mais l’armée malienne n’a jamais quitté Ménaka ! C’est une fausse information, délibérément mise en avant pour brouiller la compréhension de l’opinion que de dire que l’armée malienne est retournée à Ménaka, qui plus est, trop vite. C’est vraiment une manipulation de la réalité.

Suite aux évènements de Kidal, l’armée s’est auto-cantonnée pour donner un maximum de chances aux efforts des amis du Mali, et plus particulièrement à ceux du président mauritanien Abdel Aziz qui, à l’époque, était le président en exercice de l’Union africaine. Il a mis de son temps, de son énergie pour obtenir un arrêt des hostilités.

À ce jour, l’armée malienne a observé avec une stricte rigueur les dispositions de cet accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités. Cela n’a pas été le cas pour tous les acteurs.

Voudriez-vous que j’évoque Agouni, dont le maire fut chassé et un drapeau autre que celui du Mali planté ?

Faut-il que je parle de ce qui s’est passé à Nampala, à Léré, à Diabali, et aux environs de Ménaka, Tin Fadimata, etc ?

Le cessez-le-feu a été violé depuis sa signature peut-être une trentaine de fois. Pourquoi a-t-on voulu faire un cas de Ménaka ? L’armée s’est auto-cantonnée pour donner du poids à ce que le chef d’État d’un pays frère et ami était venu construire dans notre pays. Et quand l’accord a été signé, l’armée, seule force autorisée à porter des armes et à déployer la violence légitime sur le territoire, s’est redéployée avec l’accord de nos partenaires.

Donc, aujourd’hui, Ménaka est sécurisée par nos forces et la MINUSMA.

L’accord de coopération militaire avec la France a fait couler beaucoup d’encre. Certains reprochent aux autorités d’avoir cédé une partie de la souveraineté militaire du Mali, voire certaines de ses bases, à l’ancienne puissance coloniale ?
Ce n’est pas exact. Aucune base malienne n’est utilisée ni occupée par la France. Vous savez, les mots ont leur sens et ont un retentissement particulier au sein de l’opinion. Donc il faut que nous soyons justes.

Le camp Barkhane de Gao a fait l’objet de l’attribution d’une cinquantaine d’hectares. Il a été construit de tentes et de matériels précaires. Le camp de l‘armée malienne est occupé par l’armée malienne. J’y étais il y a quelques jours, croyez donc les assertions de celui qui a vu.

Tessalit, je n’ai pas encore pu y aller pour des raisons évidentes. Il fallait éviter de rééditer un certain épisode. Mais j’irai bientôt car nous y avons un détachement qui occupe sa position. Nous y avions également du matériel qui est en train de redescendre à la faveur de l’accord. Comment pensez-vous, qu’un pays étranger, fut-il l’ami le plus proche, puisse venir occuper un camp ? Cela peut se faire dans le cadre d’un accord, mais ce n’est pas parce que nous recevons des amis dans nos camps que ceux-ci vont être réputés comme étant occupés par ces amis-là.

Il y a des fonctionnaires de l’armée française qui sont coopérants ici, mais est-ce que Jean-Yves Le Drian est ministre de la Défense du Mali ? Non, c’est moi qui suis le ministre de la Défense du Mali. Ce n’est pas parce que j’ai un ami qui me donne de la ressource humaine pour les nécessités de notre amitié qu’il devient forcément chef de ma famille !

Mais que dites-vous du sentiment de souveraineté bafouée et de retour en arrière ?

On parle de retour en arrière… Était-ce un retour en arrière quand l’offensive djihadiste a été arrêtée à Konna ? Est-ce que nous allons nous débarrasser du complexe de colonisés ? Moi je parle avec mon homologue, de ministre à ministre. Nous avons eu besoin qu’un ami vienne nous aider, de la même manière que nos ancêtres sont allés les aider lors de la Grande Guerre puis lors de la Seconde Guerre mondiale.

En 2012, nous avons eu besoin que ce pays vienne nous aider parce que nous n’étions pas en position et en situation de contrer ceux qui voulaient transformer définitivement le destin de notre pays. Est-ce que ce jour-là nous avons parlé de retour en arrière ?

Moi, je n’ai pas de complexe. Le Mali a ses amis, et le Mali a ses intérêts.

Il y a plus d’un an, l’armée a connu une défaite malheureuse à Kidal. Une commission d’enquête parlementaire a travaillé sur ce sujet. Que savez-vous de ses conclusions et quelle est votre appréciation de ces évènements ?

Vous me permettrez de laisser au Parlement ses prérogatives. La commission d’enquête fait un travail dans le cadre d’attributions qui ne sont pas celles du gouvernement. Donc je ne m’exprimerai pas sur ce rapport que je n’ai pas vu, du reste.

Sur le plan opérationnel qui peut nous concerner, vous avez reconnu que ce qui s’est passé à Kidal s’est mal passé pour nous. C’est regrettable. Il y a eu des pertes en vies humaines, au-delà de ce qui pouvait être accepté dans le cadre d’une opération militaire, parce que dans les opérations, malheureusement le fait de perdre des hommes fait partie des données.

Mais, à Kidal, ont été assassinés de manière cruelle, inhumaine, des fonctionnaires, des civils. Aucun soldat malien, aujourd’hui encore, ne peut s’empêcher de vivre mal la mort de ces fonctionnaires. Pour le reste, l’opération militaire, montée dans les conditions dans lesquelles elle a été montée, a été un échec. Nous avons perdu des hommes, du matériel.

Cet échec a encore aujourd’hui un retentissement terrible dans nos têtes, dans notre quotidien. À tel point que plus jamais l’armée ne se mettra dans une telle situation.

 

Gouvernance et gestion de la situation sécuritaire à Kidal : IBK et son ministre de la Défense, Tiéman H. Coulibaly, réhabilitent Boubèye et taclent l’ancien Premier ministre Mara

Bruno D SEGBEDJI – L’Indépendant – 28 Juillet 2015

A propos des tragiques événements de Kidal du 21 mai 2014, consécutifs à l’aventureuse visite effectuée dans cette ville par l’ex-Premier ministre Moussa Mara, le ministre de la Défense et des anciens combattants, Tiéman Hubert Coulibaly, exprime les regrets de l’Etat malien. « C’était un échec… Plus jamais l’armée ne se mettra dans une telle situation « , martèle-t-il ; alors que Moussa Mara osait récemment encore un audacieux » si c’était à refaire, je le referai… « . Et dire que IBK n’est pas dans cette posture.

Sur la gestion de la crise sécuritaire, notamment de la situation de ni paix ni guerre à Kidal, les gouvernants n’ont pas la même approche de solution.

Dans une récente interview accordée à notre confrère Journal du Mali, le ministre de la Défense et des anciens combattants, Tiéman Hubert Coulibaly, lève un coin du voile sur la lecture que le président de la République et le gouvernement font du suicidaire déplacement que l’ancien locataire de la primature, Moussa Mara, avait effectué à Kidal le 17 mai 2014. Interrogé sur les conclusions et l’appréciation qu’il fait de cette visite mouvementée de Mara à Kidal, Tiéman Hubert Coulibaly a déclaré ceci : « …Sur le plan opérationnel qui peut nous concerner, vous avez reconnu que ce qui s’est passé à Kidal s’est mal passé pour nous.

C’est regrettable. Il y a eu des pertes en vies humaines, au-delà de ce qui pouvait être accepté dans le cadre d’une opération militaire… « . Comme pour dire que le chef du gouvernement d’alors, qui a été vainement dissuadé d’effectuer ce déplacement, avait simplement conduit les forces de défense du Mali à l’abattoir.

Tiéman prend Mara à contre-pied

Faut-il rappeler que Moussa Mara tenait à prouver aux yeux des Maliens que Kidal fait partie du territoire national et qu’il fallait qu’il y aille même si les menaces sécuritaires étaient réelles ? Il voulait, selon certains responsables politiques, » faire le héros en bravant le bellicisme des désormais ex-rebelles qui avaient le contrôle total de la ville ; et se faire accueillir à son retour à Bamako comme le plus patriote des Premiers ministres, celui qui a pu poser ses pieds à Kidal « .

Le ministre de la Défense, Tiéman Hubert Coulibaly, a, lui, déploré cette tragédie consécutive à la hâtive » déclaration de guerre » que le Premier ministre Mara avait lancée depuis Kidal, sur les ondes de RFI (c’est le président de la République qui a, constitutionnellement, cette prérogative). « L’opération militaire, montée dans les conditions dans lesquelles elle a été montée, a été échec. Nous avons perdu des hommes, du matériel « , a-t-il souligné. Prenant le contre-pied du fils de Joseph Mara, qui assurait, récemment encore, que si cette aventure était à refaire, il n’hésiterait pas à le faire.

Pendant ce temps, Tiéman Coulibaly estime que « cet échec a encore aujourd’hui un retentissement terrible dans nos têtes, dans notre quotidien « . Avant de promettre que « plus jamais l’armée ne se mettra dans une telle situation ».

Cette prise de position du ministre de la Défense est sûrement la conviction du président de la République, chef suprême des armées, Ibrahim Boubacar Kéita. Ce qui constitue un cinglant désaveu pour l’ancien locataire du palais de la Cité administrative.

Un désaveu tardif, car l’on se demande pourquoi IBK n’avait-il pas révélé cette position en limogeant Moussa Mara au lendemain de cette tragédie kidaloise, considérée comme la plus grande humiliation pour l’Etat malien. Au lieu de cela, le chef de l’Etat avait plutôt limogé (ou accepté la démission de) son ministre de la Défense d’alors, Soumeylou Boubèye Maïga, devenu pour la circonstance, l’agneau sacrificiel de Mara ! Boubèye avait, faut-il le rappeler, prétexté un mal de dos de dernière minute pour boycotter ce déplacement périlleux du chef du Gouvernement dans l’Adrar des Ifoghas.

Mara désavoué par IBK ?

Ce désaveu, IBK en donnait un écho assez audible récemment lors de la cérémonie de présentation des vœux du Ramadan à Koulouba. Félicitant l’actuel Premier ministre Modibo Kéita d’être « loyal » et pour son « sens des responsabilités« , le chef de l’Etat martelait : « Vous n’avez pas un agenda caché ! Vous n’avez pas un agenda personnel ! « . Pique à peine voilée en direction du prédécesseur de Modibo Kéita, Moussa Mara dont l’ambition pour Koulouba n’est un secret pour personne. Au point de challenger IBK.

Rappelons que ces trois personnalités, Moussa Mara, Tiéman Hubert Coulibaly et Soumeylou Boubèye Maïga sont tous des leaders de formations politiques membres de la majorité présidentielle. Si YELEMA de l’ex-Premier ministre et l’UDD de Tiéman ne comptent, chacun, qu’un seul député à l’Assemblée nationale, l’ASMA-CFP de Boubèye est représentée par cinq députés à l’Hémicycle.

 

 

 

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