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Un accord difficile à mettre en oeuvre

by sur 1 août 2015

Personne ne se faisait d’illusion : l’application de l’accord de paix serait difficile. Mais, dés le départ, c’est sa mise en oeuvre qui pose problème.

Et ça traîne…

 

Pourquoi l’application de l’accord d’Alger traîne en longueur

Jeune Afrique – Mis à jour le 31 juillet 2015 à 18h07 Par Baba Ahmed – à Bamako

L’accord de paix d’Alger pour le Nord du Mali est entré dans sa phase d’application. Mais plus d’un mois après la signature du texte à Bamako, certains groupes armés retardent la formation du comité de suivi, mettant en péril l’ensemble du processus. Explications.

Le Comité de suivi de l’accord (CSA) de paix issu du processus d’Alger peine à s’installer. Depuis la signature (partielle) de l’accord, le 15 mai à Alger, le CSA s’est déjà réuni trois fois sans parvenir à mettre en place tous ses mécanismes opérationnels. Si le règlement intérieur, le financement et le calendrier de mise en œuvre de l’accord ont été adoptés le 21 juillet dernier, c’est surtout la composition définitive de ses membres qui pose problème.

En cause : le « forcing » de quatre groupes armés non reconnus ni par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) ni par la Plateforme des mouvements républicains du 14 juin 2014 (pro-gouvernementale), tous deux signataires de l’accord avec Bamako.

Au premier rang figure le Front populaire de l’Azawad (FPA), de Hassan Ag el-Mehdi alias « Jimmy le rebelle », un ex-colonel de la Douane malienne. « Je suis à la tête de 2 000 hommes armés, dont 60% sont d’ex-militaires maliens basés dans la région de Gao et de Tombouctou », affirme ce dernier, un dissident du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion).

Le second groupe est le Mouvement patriotique pour le salut du peuple de l’Azawad (MPSA), composé d’environ 300 hommes stationnés à la frontière entre le Mali et la Mauritanie et qui est, lui, une dissidence de la Plateforme.

« Réputation de trahison »

Les deux autres groupes constituent un cas différent. Il s’agit de la Coalition du peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des mouvements des forces patriotiques 2 (CMFP2).

Pour avoir signé l’accord de paix le 15 mai dernier à Alger contre la volonté de CMA (qui n’a définitivement signé le texte que le 20 juin à Bamako), ces deux mouvements ont été exclus de la coordination des mouvements rebelles.

Conséquence : « Les membres du CSA (Plateforme et CMA) mettent leur veto à l’application de l’accord, et ne veulent pas intégrer au processus ces quatre groupes qui, selon eux, traînent une réputation de trahison », analyse une source au cœur de la médiation.

Pour Jimmy Rebelle, « il faut faire signer l’accord de paix aux deux mouvements non-signataires (FPA et MPSA), puis les intégrer au sein de la CMA ou de la Plateforme ». Une solution qui a les faveurs de la médiation internationale. « Il faut absolument intégrer ces quatre mouvements pour que l’espoir renaisse.

Aux dernières nouvelles, la CMA a accepté la CMFP2. Pour le FPA et le MPSA, il ne doit pas y avoir trop de problème. Le cas le plus préoccupant est celui de CPA. Aucun regroupement ne veut l’accepter », explique la même source au cœur des négociations.

 

Mongi Hamdi (Minusma) : « Certains vont essayer de faire dérailler le processus de paix » au Mali

Jeune Afrique – Publié le 03 juillet 2015 à 17h00 Par Benjamin Roger

Mongi Hamdi, chef de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), analyse la situation dans le pays au lendemain de la signature de l’accord d’Alger par les mouvements rebelles du Nord. Interview.

JEUNE AFRIQUE : Maintenant qu’un accord a été trouvé, peut-on dire que la paix est de retour dans le Nord-Mali ?

MONGI HAMDI : C’est un grand pas en avant, mais ce n’est que la première étape d’un long processus de paix et de réconciliation, et la mise en œuvre de l’accord ne sera pas facile. Il y a beaucoup de forces négatives dans le Nord qui ne veulent pas de la paix parce que cela n’est pas bon pour leurs affaires.

Comment cet accord va-t-il être mis en œuvre ?

La première mesure sera de redéployer l’armée malienne sur tout le territoire. Quant aux rebelles, ils seront intégrés dans les Forces armées maliennes chargées d’assurer la sécurité et la défense du nord du pays.

Le Gatia est-il une milice directement contrôlée par le gouvernement malien ?

C’est ce que tout le monde disait au début mais, franchement, la manière dont se comporte ce groupe armé depuis quelques semaines me fait penser que le gouvernement n’a pas de contrôle sur lui. L’occupation de Ménaka par le Gatia n’a pas été approuvée par le gouvernement. Le président IBK m’a affirmé qu’il la désapprouvait. Le Premier ministre m’a dit la même chose, tout comme la plupart des ministres avec qui j’ai parlé.

En quoi le texte qui vient d’être signé est-il différent de ceux qui ont déjà été paraphés à Tamanrasset en 1991 ou à Alger en 2006 ?

Les précédents accords ne concernaient que l’Algérie, le gouvernement malien et les rebelles. Aujourd’hui, l’Algérie, l’ONU, la communauté internationale et tous les voisins du Mali sont derrière cet accord. Nous sommes tous là pour accompagner les Maliens. La différence est très claire.

La Minusma est-elle suffisamment soutenue par Bamako ?

C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’attaques médiatiques contre la Minusma. C’est en partie notre faute : nous n’avons pas su expliquer notre rôle et notre mandat à la population. J’ajouterais que nous n’avons pas besoin d’être soutenus par les autorités maliennes. Nous sommes là pour les aider. Le soutien dont nous avons besoin, c’est celui du Conseil de sécurité.

N’avez-vous pas été attaqués par des membres du gouvernement ?

Nous avons été pointés du doigt par toutes les parties maliennes. Si nous sommes accusés de partialité par toutes les parties, c’est que nous sommes en quelque sorte au milieu et que nous faisons notre travail comme il faut.

La Minusma a-t-elle les moyens techniques et humains pour mener à bien sa mission ?

Nous disposons de moyens robustes, mais le Mali est un vaste pays. Nous avons besoin de davantage de soutien logistique et militaire. Nous entrons dans une phase critique. Beaucoup d’éléments vont essayer de nous attaquer et de faire dérailler le processus. Nous devons être bien équipés pour défendre la cause de la paix.

 

Sidi Brahim Ould Sidati : « Nous voulons des portefeuilles-clés » au sein du gouvernement

Jeune Afrique – Mis à jour le 01 juillet 2015 à 11h05 Par Baba Ahmed – À Bamako

Le 20 juin à Bamako, Sidi Ibrahim Ould Sidatti signait au nom de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) l’accord de paix et de réconciliation d’Alger avec le gouvernement malien. Celui qui est par ailleurs secrétaire général du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) a rencontré « Jeune Afrique » dans sa suite de l’hôtel Radisson, où il tient de nombreuses consultations, pour évoquer l’avenir. Interview.

Jeune Afrique : Après la signature de l’accord d’Alger à Bamako, le 20 juin, la confiance est-elle de retour entre les parties ?

Sidi Brahim Ould Sidati : Notre problème majeur, c’est le manque de confiance les uns envers les autres. Or les séquelles de tous les accords passés sont telles qu’il n’y a plus de confiance. Les acteurs doivent désormais rassurer la population en respectant toutes les closes de l’accord.

Certains de vos membres, sur le terrain et en Europe, ont manifesté leur opposition à la signature de l’accord…

Normal ! L’accord en tant que tel ne prend pas en compte toute nos revendications. Mais je pense qu’il y a un compromis intéressant, surtout au sujet des derniers amendements signés [qui concernent les « arrangements sécuritaires », avec notamment le retrait du Gatia de Menaka, NDLR]. Il y a eu des efforts de part et d’autre afin que cet accord soit acceptable par tous. S’il est appliqué à la lettre, je suis convaincu que ceux qui y sont opposés aujourd’hui nous rejoindront.

Et si l’accord n’est pas « appliqué à la lettre » ?…

Dans ce cas, les rangs des contestataires vont certainement s’étoffer et cela peut même compromettre l’application de l’accord. Par exemple, il ressort des arrangements sécuritaires que la sécurisation de la ville de Ménaka revient à l’ONU. Mais les Équipes mixtes d’observation et de vérification (Emov) qui étaient censées aller vérifier ce qui se passe là-bas ne sont toujours pas parties. Il faut rapidement trouver une solution.

À Bamako, des rumeurs font état d’un éventuel remaniement ministériel ouvert à la CMA…

C’est prévu par l’accord, notamment dans les arrangements sécuritaires signés à Alger. Nous tenons à ce que les choses soient transparentes, dans le cadre d’un partage réel du pouvoir et cela à tous les niveaux. Nous voulons des portefeuilles-clés comme ceux de la Sécurité intérieure, de la Défense, ou encore des Finances et des Affaires étrangères. Nous attendons aussi l’ouverture de postes au sein des services nationaux et régionaux ou encore des représentations diplomatiques à l’étranger.

Certains membres importants au sein de la CMA disent en off que l’Algérie n’est pas vraiment neutre comme chef de file de la médiation. Qu’en pensez-vous ?

Des erreurs ont été commises, comme par exemple le fait de parapher l’accord avant même que toutes les parties en conflit n’acceptent le document final, cela a été source de tensions. Mais en général, les décisions prises dans le cadre de la médiation ont été consensuelles. Donc le fait d’accuser l’Algérie ou un autre membre de la médiation, c’est de la dramatisation inutile.

L’ouverture de la médiation aux États-Unis a-t-elle été déterminante ?

La hausse de l’insécurité, la prolifération des groupes jihadistes et la peur de l’échec du processus d’Alger ont amené les États-Unis à rejoindre les membres de la médiation. C’est clair que cette arrivée sur la scène politique a donné beaucoup de confiance aux parties en discussion. Ça montre aussi que les choses seront plus sérieuses que par le passé. C’est la première fois que nous avions une médiation élargie à la France et aux États-Unis.

Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, a déclaré que la France allait aider le Mali à la mise en œuvre de l’accord. Il a même effectué une visite au Mali après la signature de l’accord…

À la CMA on voit cette visite sous deux angles. Le premier est politique, car la France veut que les uns et les autres avancent dans l’application de l’accord. Le second est pratique. La France a beaucoup de soldats sur le terrain, et ses forces peuvent constituer un élément de pression pour que chacun respecte ses engagements. La force française sur le terrain pourra aussi couper le souffle aux opposants à l’application de l’accord de paix, qu’ils soient terroristes ou non.

À la suite de votre demande, le gouvernement malien a levé les mandats d’arrêt contre certains de vos leaders, parmi lesquels vous-même. Cela a été condamné par des ONG de défense des droits de l’homme comme HRW ou encore la FIDH…

La CMA avait demandé à ce que la signature de l’accord se fasse à Tombouctou. Finalement, c’est Bamako qui a été choisi. Nous avons dit que dans ce cas, on ne se sentirait pas en sécurité à cause des mandats d’arrêt en cours. La liste que nous avons donnée ne concerne que les membres de la CMA, le nom d’Iyad Ag Ghali n’y était pas. Je rassure les ONG : au cours de l’application de l’accord, la justice travaillera sur les droits de l’homme et si un membre de la CMA se trouve concerné, il répondra devant la justice, dans un cadre légal et transparent.

 

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