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Conflits ethniques ou d’intérêts ?

by sur 23 août 2015

Ce qui s’est passé dans le village de Mondoro (cercle de Douentza) illustre parfaitement la manière dont peuvent être interprétés des événements tragiques : s’agit-il d’une simple dispute entre éleveurs et agriculteurs ? Et il s’agit alors d’un conflit vieux comme l’empire du Mali.

Ce conflit est-il exacerbé par des origines ethniques (peuls contre dogons) ce qui irait à l’encontre de dizaines d’années de cohabitation consensuelle et d’arrangements séculaires sur l’occupation des terres ?

Ou assiste-t-on à des interprétations divergentes de la religion  ? Et alors il ne faut effectivement pas écarter la possibilité d’un simple conflit exacerbé par des groupes armés et des chef de village convertis au salafisme le plus violent…

Insécurité au Nord du Mali : lumière sur les tueries de Mondoro dans le cercle de Douentza

Abdoulaye Kéné – Source: Delta News – 22 aout 2015

Le 18 juillet 2015 a eu lieu dans un hameau de culture du village de Niangassadiou et à Kobou, Commune rurale de Mondoro, cercle de Douentza, un massacre de paisibles paysans  dogons. Les peulhs qui ont commis ce véritable carnage courent toujours. Une délégation venue de Mondoro et composée des parents des victimes,  du représentant du chef de village, du maire de Mondoro et accompagnée du député Amadou Maïga, élu à  Douentza, a été reçue le mercredi 12 août 2015 par le ministre de la Sécurité, Sada  Samaké. L’audience avait pour but d’exposer au ministre la situation sécuritaire de la zone et les attentes des populations.

En marge de cette rencontre, nous avons rencontré les membres de la délégation pour en savoir plus. Dans cet entretien, le représentant du chef de village, Alou Ongoïba, nous a retracé non seulement le film des événements, mais aussi donné la teneur de la rencontre avec le général Sada Samaké. Avant, la date noire du 18 juillet 2015, il y’a eu un antécédent.

Cet antécédent a vu le jour 11 jours avant, c’est-à-dire le 7 juillet.  Ce jour-là, dans un hameau de culture du village de Niangassadiou, 2 membres d’une famille, tous des dogons viennent demander aux éleveurs peuhls venus du Niger de quitter leur champs pour raison de hivernage. Il faut noter que  depuis des siècles, un partenariat gagnant-gagnant existe entre les agriculteurs et les éleveurs  dans toute cette localité. Ce partenariat consiste après chaque récolte, à laisser les bergers peulhs occuper leurs champs avec leur bétail. Ainsi, cela permet aux agriculteurs de voir leurs champs enrichis par la bouse bovine et le bétail d’avoir de quoi s’engraisser.

Au début de chaque saison hivernale, les bergers peulhs quittent les champs. C’est dans ce cadre que le 7 juillet, il a été demandé aux bergers de quitter les champs conformément à la tradition.  Surprise ! Ils refusent en déclarant que la terre appartient à Dieu. Sur ce, les jeunes dogons s’énervent et déclarent aux peuhls qu’ils devraient bénéficier d’un délai, mais suite à leur propos, ils sont invités à quitter immédiatement les lieux. Une altercation s’en suit entre les 2 jeunes dogons et 2 bergers peulhs.  Un 3e berger se trouvant sous une tente et  voyant ses frères  terrassés, surgit avec un fusil mitrailleur, tire sur les jeunes Dogons. Ceux-ci arrivent à se refugier derrière un chameau appartenant aux peuhls. Le chameau reçoit les balles et s’écroule et meurt raide. Ayant entendu les coups de feu, un vieux peuhl intervient et calme tout le monde. Après avoir écouté les deux parties, le vieux peuhl tranche en faveur des dogons. Le chef de village de Niangassadiou informé de l’incident, informe à son tour le maire de la Commune rurale de Mondoro, Idrissa Ongoïba.

Celui-ci informe les éléments de la garde nationale postés à Mondoro. Avant de faire le déplacement sur les lieux de l’incident, les gardes demandent à être ravitaillés en carburant. Les villageois cotisent 70.000 FCFA équivalant au prix de 90 litres de carburant dans la zone, pour les 3 véhicules de la mission. A mi – chemin du hameau où, a eu lieu l’incident, les éléments de la garde décident de ne plus continuer la route. Ils ont fait venir les jeunes dogons qui avaient été des acteurs de la rixe et les ont interrogés. Finalement, c’est le lendemain que la garde se rend sur les lieux de l’incident.

Entre temps, les peulhs ayant appris que la garde nationale faisait mouvement vers la zone de l’incident, décampent rapidement. Les gardes refusent de les poursuivre et retournent à leur poste à Mondoro. Pensant que l’incident était clos, les habitants du hameau vaguaient paisiblement à leur occupation. La plupart des localités de cette zone ont célébré la fête de Ramadan, le samedi 18 juillet, c’est-à-dire un jour après la date nationale. C’est cette journée du samedi 18 juillet, jour de fête dans la zone qu’ont choisi les criminels pour accomplir leur forfait.

Ce jour-là, 7 peuhls repartis sur 4 motos arrivent dans le village de Kobou situé sur l’axe qui conduit au hameau, où, avait eu lieu l’incident. Dans ce village (Kobou) majoritairement peuhls, vivent 5 familles dogons dont les chefs sont des commerçants. Ils font escale dans ce village. Arrivés devant une boutique, les assaillants tiennent en respect avec leur arme, tous ceux qui y étaient présents.

Après avoir identifié parmi ce petit monde le seul dogon Hady Ongoïba, propriétaire de l’échoppe, ils l’abattent et vident sa boutique. Ensuite, ils sillonnent le village à la recherche d’autres boutiquiers Dogons. Les assaillants arrivent devant une seconde boutique et abattent son occupant. Quant aux trois autres commerçants dogons, ils auront la vie sauve, car l’un a pu s’en fuir, l’autre a pu se cacher chez une vielle femme et le 3e était absent du village au moment des faits. Donc, sur les 5 dogons, chefs de famille, vivant à Kobou, tous commerçants, 2 ont été tués.

Jusque-là, personne n’avait fait le lien entre les incidents du 7 juillet dans le hameau de culture de Niangassadiou et les tueries de Kobou. Après Kobou, les assaillants se sont dirigés vers le hameau où avait eu lieu l’incident du 7 juillet. A la lisière du hameau, ils tombent sur les 2 frères acteurs dans la rixe du 7 juillet. Ils tirent sur le premier qui reçoit une balle à la mâchoire et s’écroule. Le second qui s’enfuyait est rattrapé et abattu de 9 balles. Lorsqu’ils reviennent pour achever le premier qui avait reçu la balle à la mâchoire, ils trouvent que son épouse avait  recouvert le corps de son mari.

Elle supplia les malfrats. Ils acceptèrent les prières de la dame et laissèrent la vie sauve au blessé pour témoignage, ont-ils dit. Ensuite, ils ont encerclé le hameau. Ils ont retrouvé l’un des principaux acteurs de l’altercation du 7 juillet. A celui-ci, ils ont dit qu’il  les avait chassés de ses champs et qu’ils sont venus régler son compte. Voulant s’expliquer, il est froidement abattu d’une balle dans la tète.  Ses 2 frères présents dans la concession sont eux aussi froidement abattus. Après leur forfait, ils fouillent les maisons de fond en comble et quittent le village avec leur butin. Immédiatement, les survivants informent la Garde nationale de Mondoro, au moment où les habitants de Kobou avaient informé une patrouille de l’armée présente dans le village de Boulikessi.

Si à Kobou, l’armée n’est venue que le lendemain pour constater les dégâts, à Mondoro, la Garde nationale jusqu’au moment où nous mettions sur presse cet article n’a pas encore mis les pieds sur les lieux de la tuerie. Plus grave, aucune autorité ne s’est présentée aux obsèques des défunts, ni présenté ses condoléances aux familles des victimes. Le bilan est de 6 morts et 1 blessé qui se remet de sa blessure.

Entretien avec le ministre de la sécurité

Aujourd’hui, la psychose s’est installée dans la contrée, les agriculteurs de peur de se faire tuer, ont tous abandonné leurs champs dans ce hameau. Sentant le spectre de la famine planer sur leur tête suite à cette situation d’insécurité, les  populations avec en tête leur député Amadou Maiga ont décidé de rencontrer  le ministre de la Sécurité.

C’est ainsi que le mercredi 12 août, une délégation composée  des parents des victimes,  du représentant du chef de village, Alou Ongoïba ; du maire de Mondoro, Idrissa Ongoïba et du député Amadou Maiga, élu à Douentza, a été reçue par le ministre Sada Samaké. Après avoir exposé au  ministre le film de la journée  noire, ils ont souhaité bénéficier  plus de sécurité dans la zone pour favoriser le retour des paysans dans leurs champs. Pour  plus de sécurité, ils y attendent des patrouilles de l’armée et la Garde nationales qui restent dans la plupart du temps cantonnées dans leurs camps.

Pour les notables de la Commune Rurale de Mondoro, les patrouilles peuvent avoir un effet dissuasif sur les bandits. Le ministre dans son  intervention dira qu’au-delà de Mondoro, c’est tout le pays qui est confronté à ce problème d’insécurité. Le ministre de la  Sécurité dira ne pas avoir de solution miracle pour Mondoro. Pour lui, la solution passe par l’implication du chef de village, du maire, du sous – préfet et des populations.  Comme pour dire débrouillez- vous. Le représentant du chef de village a dit être resté sur sa faim, car la Commune de Mondoro voulait voir le ministre donner la consigne de patrouilles. « Les forces de sécurité sont déjà présentent dans la localité, il faut les obliger à patrouiller. C’est ce que nous attendons des autorités », a ajouté le cœur meurtri Alou Ongoïba.

Alou Ongoïba a tenu à rappeler que la tuerie contrairement à ce qui se dit  n’est pas due à conflit intercommunautaires. Selon, lui, il n’y a jamais eu de conflits entre les communautés vivant à Mondoro. « Des hommes sans foi, ni loi sont venus exterminer tout un hameau pour satisfaire leur orgueil », a martelé Ongoïba.

La piste Mujao à ne pas écarter

Dans la tuerie de Mondoro, la piste du groupe islamiste Mujao n’est pas à écarter. En effet, après l’incident, les peulhs n’ayant jamais eu de problème avec les populations de Mondoro ont cette fois-ci voulu se venger. Dans cette vengeance, ils auraient bénéficié des services de leurs frères, membres du Mujao qui a un camp près de la frontière Mali-Burkina Faso.

La sauvagerie avec laquelle la tuerie a eu lieu montre la marque du Mujao. Que dire des armes utilisées par les assaillants. Ils avaient des fusils mitrailleurs utilisés en général par l’armée et les jihadistes. Par ailleurs, le comportement du chef de village de Kobou, Boura Mody Diallo confirme cette thèse.

En effet, selon nos informations, le chef de village au cours de 2 réunions secrètes tenues à deux jours du carnage, avait déclaré qu’il fallait tout faire pour empêcher la culture cette année afin qu’on puisse paitre les animaux durant toute l’année. Dans cette zone, le soutien de ce chef de village au Mujao n’est secret pour personne. Pendant l’occupation des régions nord par les groupes jihadistes, le chef de village de Kobou a toujours détenu le drapeau noir du Mujao et a toujours menacé les populations de représailles si, elles ne se soumettaient pas aux terroristes. Que dire de ses fils, neveux et protégés, tous combattants du Mujao, et qui sont tombés sous les balles des soldats de l’opération Serval pendant la guerre de libération du Nord ?

Donc, l’attaque avait été préparée et le chef de village de Kobou en sait quelque chose.  Pour ses accointances avec le Mujao, le chef de village de Kobou doit faire l’objet d’une enquête, arrêté et jugé s’il s’avère qu’il est impliqué dans tout ce qui se passe dans cette localité. Sans oublier que ce chef de village agit en toute impunité parce qu’il aurait des soutiens de taille à Bamako.

 

…à suivre

 

 

 

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