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Complot international ou nonchalance locale ?

by sur 25 août 2015

Entendre dire que le Mali est victime d’un complot international alors qu’une conférence mondiale a mobilisé pour le pays plus d’argent que pour aucun autre en  Afrique devient lassant.

Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas naïf et je sais que la phrase tantôt attribuée à Churchill, tantôt à De Gaulle, a cours sous tous les cieux: « un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts ».

Mais lire à temps et à contre temps que la communauté internationale n’est au Mali que parce qu’elle lorgne sur les richesses de son sous-sol, et que tout est fait pour empêcher le Mali d’en sortir  m’apparaît être un argument commode pour détourner l’oeil des responsabilités locales.

Je me suis quelque peu énervé des propos tenus par le Président Ibrahim Boubacar Keïta devant les troupes maliennes au camp Tiéba Traoré de Sikasso : « On a tout fait pour m’empêcher de vous équiper mais vous serez équipés inchallah”. 

Il faut en finir avec cette démagogie qui laisse penser que l’armée malienne était moralement armée pour combattre mais souffrait d’abord d’un manque d’équipement.

Mal équipée, elle l’était sans doute et davantage encore mal entraînée ; mais sa volonté de combattre (sauf pour quelques-uns, morts au combat hélas !) était amoindrie parce qu’elle avait fait du gras et que « le poisson était pourri par la tête » (phrase du général Didier Dacko à propos de l’état major malien).

Juste une parenthèse : le groupe Gatia a défait les groupes armés à Anéfis; et si on le laissait faire, il aurait déjà investi Kidal, parce qu’il se bat avec les mêmes armes que les groupes armés-djihadistes-rebelles-indépendantistes-islamistes : la volonté de vaincre.

Quant au  « Inchallah » présidentiel en fin de phrase, cela ne me plaît guère non plus : Allah n’a rien à avoir là-dedans; c’est la volonté politique qui compte.

Avant de mettre en avant complot et embargo international pour justifier ses propres insuffisances, c’est à la nonchalance malienne qu’il faut s’attaquer.

Et c’est possible quand on voit la manière dont le ministre de la santé a limité la casse de l’effroyable virus Ebola pourtant aux frontières du pays; quand on mesure le courage d’hommes et de femmes qui se battent dans des ONG, sans moyens, mais au service des plus démunis.

J’en étais là de mes réflexions quand j’ai pris connaissance de deux articles sur le blog « malistrategique.overblog.com ».

Et je les publie en me disant qu’ils se passaient parfaitement de mes commentaires.

Sauf un dernier, cette phrase du président Alpha Oumar Konaré lors d’un échange à propos des jumelages coopérations : « On ne vous demande pas de marcher à notre place, juste de nous aider à nous mettre debout ».

MALI : ALORS, EMBARGO OU PAS EMBARGO ?

1 Août 2015 – rédigé par Kamast – Publié dans DEFENSE ET SECURITE sur malistrategique.overblog.com Avion super-tucano

Avion Tucanos

Modèle de l’avion de combat brésilien Super Tucano récemment commandé pour 6 exemplaires par le Mali.

Si quelqu’un m’avait dit en avril 2012 qu’en Août 2015, le Mali n’aurait pas un seul avion de combat ni hélicoptères d’attaque aptes à voler, je l’aurai sûrement pris pour un fou, tant il me paraissait évident que la lacune matérielle fondamentale des forces armées maliennes était le manque de vecteur aérien efficace et que le Gouvernement malien y consacrerait nécessairement un effort prioritaire de rééquipement.

Et pourtant, aujourd’hui, c’est bien la situation dans laquelle nous nous retrouvons.

Car si commande de 6 super tucano il y a bien eu au salon aéronautique du Bourget de Juin 2015, ceux-ci ne seront livrés au mieux qu’après plusieurs mois et au pire qu’après plusieurs années.

Mieux vaut tard que jamais me direz vous, et surtout pourquoi revenir sur un tel sujet alors qu’une dynamique de paix vient d’être enclenché à travers la signature de l’accord ou du désaccord d’Alger selon l’opinion qu’on s’en fait ?

Eh bien! en premier lieu, parce que sur n’importe quel sujet, nous devrions pouvoir exercer un droit d’inventaire afin de pouvoir tirer les conclusions sur d’éventuels manquements ou éléments à améliorer.

Secundo parce que le sujet reste d’actualité et que les conséquences sur le terrain continuent à être importantes pour les forces armées maliennes qui font face désormais aux attaques « jihadiistes ».

Tierco, parce que nous avons entendu un bon nombre de théories au sujet de la problématique des armements aériens pour le Mali, le serviteur qui vous écrit avait fini par se convaincre lui même de l’existence d’un embargo caché qui ne disait pas son nom contre notre faso.

Car ma logique était toute simple, comment un Pays qui avait failli disparaître en 2012 puis en 2013 pouvait-il se priver volontairement de son « équipement de survie » ?

Je me disais comme beaucoup, impossible, il y’a une raison que la raison ignore, un empêchement, un quelque chose qui bloque, forcément, disons le un embargo.

Pourtant, j’eus beau recherché, à part quelques rares articles de presse de la place qui accusaient ouvertement la France de bloquer la livraison de tout avion de combat au Mali, rien n’indiquait qu’un quelconque blocus eut été mis en place contre notre pays, et ce, de façon officielle ou officieuse.

Car en effet, en la matière, les choses sont assez claires, soit un pays est placé par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sous embargo international (cas de la Somalie ou de la Côte d’Ivoire par exemple). Soit un Pays subit de la part d’un certain nombre d’Etats un embargo de fait pour des considérations qui leur sont propres (exemple du refus des pays occidentaux à exporter certains types d’armes vers la Chine).

Hors dans le contexte international, difficile d’imaginer qu’un tel embargo ait pu se mettre en place de manière officieuse contre le Mali.

1°) Parce que notre pays jouit d’une véritable sympathie et solidarité internationale.

2°) Parce que des Pays comme la Russie et la Chine au vu des tensions existantes avec le camp occidental (au sujet de l’Ukraine et de la Syrie), ne se seraient jamais laissés embarqués dans une telle posture, bien que les Grandes Puissances partagent depuis le début de la crise un point de vue quasi similaire sur la nécessité d’arriver par le dialogue à une situation apaisée au Nord de notre pays.

Par contre, il est envisageable d’imaginer qu’un pays comme la France ne soit pas trop « déçu » de pouvoir évoluer seul dans les cieux maliens en choisissant ainsi seul « les cibles à traiter », ce qui a eu pour conséquence que les groupes indépendantistes dits « ‘maliens » n’ont jamais été inquiétés et pouvaient ainsi évoluer tranquillement dans le grand Nord, multipliant les attaques et embuscades contre les FAMAS.

Du côté français donc, que des bâtons aient pu être mis dans les roues maliennes est fort plausible car le tropisme pro-touareg des autorités militaires françaises est bien connu et l’on sait que Paris poussait pour des négociations.

De même, on peut penser qu’au sein de la MINUSMA, certains partageaient ce désir de voir l’armée malienne demeurer sans force aérienne le plus longtemps possible, officieusement afin d’éviter tout risque de « débordement ou d’utilisation abusive de la force ».

Hors tout ceci est de bonne guerre pour ne pas faire de jeux de mots, c’est un cas d’école du principe qui veuille que « chaque Etat défende ses intérêts ». La question doit plutôt être ici, les intérêts du Mali ont-ils été défendus à juste hauteur ?

Malheureusement on ne peut qu’en douter. Car si dans la conscience populaire, le malien lambda est persuadé que son pays n’a pas les moyens d’acquérir de telles capacités. La réalité est bien différente. Mais cela le peuple à majorité analphabète l’ignore, convaincu que le Mali ne peut pas et ne sait pas faire.

Sur les réseaux sociaux maliens, certains sont même allés jusqu’à affirmer que « de toute façon les rebelles n’avaient eux aussi pas d’avions », sic …. et que c’était une question d’hommes et partant de la lâcheté des militaires maliens.

A ceux-ci, il est aisé de rétorquer que la grande armée française que l’on a vu à l’oeuvre lors de l’opération SERVAL, bien que n’étant pas connu pour sa propension à fuir l’ennemi, a d’abord littéralement et copieusement tapissé le nord malien de bombes largués par ses Rafales et autres Mirages avant d’entreprendre son offensive terrestre éclair.

Car en effet, s’il est juste d’affirmer qu’une guerre ne se gagne pas par les airs, sur un terrain aussi désertique que le Nord du Mali, la force aérienne est un élément décisif pour détruire les colonnes de pick up et ce n’est certainement pas SERVAL qui nous démentira.

Comment dès lors comprendre que notre pays soit resté plus de 3 ans après le début de cette crise sans aviation de combat ? Car certes la priorité était au réarmement moral des troupes maliennes qui ne devaient plus fuir à la moindre escarmouche, cependant, aucune reconquête n’était envisageable sans appui aérien. Et cela a pu se vérifier en mai 2014 à Kidal mais bien avant en 2012 et 2013. Nul besoin de sortir de WESTPOINT ou de l’école militaire de Paris pour arriver à une telle conclusion.

Alors, quels sont les autres raisons fréquemment évoquées ?

Sur le manque de moyens financiers.

Sans vouloir rentrer dans la polémique, à titre d’exemple, la valeur de la commande des 6 super tucano passée par le Mali en Juin 2015 se monte à 60 million de dollars (soit environ 30 milliards de FCFA), le Boeing 737 de la discorde a lui coûté environ 20 milliards et les « contrats d’armement Kagnassy » 69 milliards. Donc, sauf à dire que nos plus hautes autorités n’avaient aucun souci de la mise en condition opérationnelle des FAMAS, l’excuse du manque de moyens financiers n’est tout simplement pas recevable.

D’autant plus que le contenu des fournitures portant contrats d’armement dit Kagnassy est douteux voir scandaleux (sacs de couchage, chaussettes, tenues…), mais ceci, la presse et le vérificateur général ont eu à se prononcer dessus. Ainsi pour résumer, ni un embargo, ni un manque de moyen financier ne sont à l’origine de l’absence d’acquisition de moyens aériens pour les FAMAS.

Le Mali n’a pas de pilotes

Cet argument simpliste pourrait être rétorqué à tout novice en la matière, hors il ne résiste pas à l’analyse, car l’armée de l’air du Mali est un vieil acquis initié par les pères fondateurs dès les premières années de l’indépendance. De surcroît, des pays qui n’avaient jamais eu d’aviation ont commandé le Super Tucano bien avant le Mali comme si ce fut eux sous la menace ou en état de guerre, citons :

– Le Burkina Faso en automne 2011

– La Mauritanie en Octobre 2012

– Ou le Sénégal en Avril 2013

Le Mali en Juin 2015 vient donc en queue de peloton, et ce n’est pas un manque de personnel qui l’explique, car les trois pays que nous venons de citer n’avaient pas plus d’expertise que le nôtre en la matière. D’autant plus que les contrats passés avec la société brésilienne Embraer prévoient tous un package de formation avant et après la livraison des appareils Super Tucano.

C’aurait donc été une formalité que de reformer en quelques mois les pilotes maliens de MIG, de MI 24 ou de Tetras sur les nouveaux appareils.

Qu’est-ce qui peut donc expliquer cette inertie malienne ?

Je ne vois qu’une explication acceptable, c’est ce qu’on pourrait qualifier de nonchalance malienne doublée d’une naïveté sans nom. En effet, sur beaucoup de sujets notamment le Nord, l’Homme malien se caractérise par un fatalisme permanent agrémenté d’une parcelle de complot étranger saupoudré d’une naïveté puérile. Hors dans ce monde où la compétition est roi, aucune chose n’est due, il faut se battre pour obtenir un droit de citer.

Qui peut empêcher la Turquie de punir par des frappes aériennes les rebelles du PKK qu’elle considère comme terroriste ? Personne, car ce pays a su développer des capacités militaires propres en renforçant considérablement ses forces armées bien que membre de l’OTAN.

Au Mali, sans aucun doute, les plus hautes autorités avaient bien conscience du déficit en forces aériennes mais ont cru au doux confort de pouvoir reposer sur les forces internationales qui les appuieraient en cas de besoin (les avions amis ennemis hassidis franci de Barkhane sont là en dernier ressort, « on peut dormir tranquille »….).

Ce faisant, l’équipement des FAMAS pouvait attendre et viendrait en son temps Inch Allah. Et c’est précisément cela, la nonchalance malienne, des délais infinis, des chronogrammes jamais respectés, des inversement de priorités et tout ceci dans l’acceptation générale sans scandale ni aucune contestation.

Cette nonchalance au plus haut sommet de l’Etat est des plus condamnables, mais qu’en serait t-il, si par pure recherche de confort personnel (Boeing 737, résidences de luxes, limousines …) nos plus hautes autorités avaient volontairement négligé l’appui aérien des FAMAS ? Et bien ceci serait abominable, un acte de haute trahison, car combien de nos frères sont morts les armes à la main dans ces casernes isolées de Niafunké, Nampala, Goundam ou Diabali alors que leurs assaillants se repliaient tranquillement vers leurs bases avec la certitude de ne pas être frappé par un appareil malien ?

Nous nous souvenons tous du capitaine Bad à Aguelock, de ses multiples autres frères d’armes tombés lors de la malheureuse tentative de récupération de Kidal en mai 2014. Au nom de tous ceux-ci et de leurs familles, je me refuse de croire qu’IBK élu pour l’honneur du Mali eut négligé leur vie.

Pour notre pays le Mali, l’absence de forces de frappe aérienne a ceci pour conséquence que jamais les rebelles ne se sont sentis en position de faiblesse.

Et ceci doit être tenu pour dit, nulle part dans le monde, bien que tout conflit se termine inévitablement sur la table de négociations, rarement, un Gouvernement n’accepte de venir négocier en position de faiblesse, le malien doit comprendre que pour être respecté, il faut que l’armée malienne ait cette « capacité de punir » qui mette en insécurité permanente les fauteurs de troubles et notamment les chefs de groupes armées, pour qui, jusqu’à maintenant, la guerre suivie d’une amnistie demeure le moyen d’enrichissement le plus rapide.

Mais le jour où la probabilité pour eux de perdre la vie au cours d’une frappe aérienne des FAMAS sera devenue élevée, ce jour là, le Mali aura la paix, la véritable paix.

En attendant, faute d’avoir acquis cette capacité avant, le Mali doit s’attacher à mettre en oeuvre un accord d’Alger plein de périls pour l’avenir de notre Nation.

Voilà chers lecteurs notre vision des faits, pour ma part si j’avais été le Président Malien, embargo ou pas, j’aurais eut mis toute mon énergie à acquérir par tous les moyens cette force aérienne, et ce, dès mon entrée en fonction.

Mali : Alors, embargo ou pas embargo ? Suite

Amadou KA « malistrategique.overblog.com » pour Mali Actu du 24 août 2015

Avion Suhkoi MaliAvion hélicoptère MI 8

Mali is reported to be on the verge of receiving its 1st Sukhoi Su-25 attack aircraft

Histoire de ces livraisons avortées et de ces rendez-vous manqués avec l’Histoire

A la suite de notre premier étude, nous en avions conclu que jusqu’à preuve du contraire, il n’existait aucune preuve de l’existence d’un embargo « caché » contre le Mali.

Car malgré la sortie récente du Chef de l’Etat, IBK, affirmant que « tout a été fait par certaines puissances pour empêcher l’équipement de l’armée malienne », les faits sont têtus comme dirait l’autre et nous amènent plutôt à penser que tout n’a pas été fait par nos plus hautes autorités pour assurer l’équipement de survie de l’armée Malienne.

Et loin de nous l’intention de s’en prendre qu’au Président actuel en disant cela, car la problématique est bien antérieure à sa prise de fonction.

Ainsi, sur la première image en haut à gauche reprise d’un article intitulé « Mali is reported to be on the verge of receiving its 1st Sukhoi Su-25 attack aircraft », nous apprenons que ces deux Sukhoi 25 commandés par le Mali étaient prévus pour livraison en Juillet 2012. Et pourtant, mystérieusement, ils ne l’ont jamais été, sans aucune annonce officielle de la part des autorités maliennes.

La première explication, on la retrouve à travers un article de l’hebdomadaire Jeune Afrique intitulé « Le Niger déploie ses premiers avions à réactions, deux Sukhoy Su-25 », un papier de Janvier 2013, où l’on nous relate qu’au dernier moment, le Niger a été l’heureux réceptionnaire des ces 2 redoutables appareils de combats, grâce dit-on, au défaut de paiement des autorités maliennes, « Dans un premier temps commandés par le Mali, ceux-ci étaient annoncés à l’aéroport de Bamako-Sénou pour le mois de juillet 2012.

Cependant, faute d’argent et de capacité à les absorber au sein de forces armées en plein désarroi, le Mali jeta l’éponge » (http://www.jeuneafrique.com/171029/politique/le-niger-d-ploie-ses-premiers-avions-r-actions-deux-sukhoy-su-25/)

Ainsi donc, nulle question d’embargo ici mais plutôt d’un abandon pure et simple de la part des autorités de l’époque, pour qui, il faut le penser, quelques avions pour l’armée n’étaient nullement la priorité (mal en a pris pour le Mali et ses soldats au front).

Mais revenons tout de même à ce fameux sujet d’embargo car il ne manque pas de revenir chez les maliens (y compris chez le premier d’entre eux visiblement) ainsi que chez certains lecteurs de notre premier article qui persistent et signent à dire que c’est un embargo masqué qui, jusqu’à présent, a empêché le Mali d’acquérir des avions et autres hélicoptères.

A ceux-ci, j’aurai une seule question, lorsqu’ils voyagent pour rentrer au pays à travers un vol direct sur Bamako, leur avion est-il contraint de se poser à Dakar port ou Abidjan port ? Je dis cela car leur argumentation principale repose sur le fait de dire, que le Mali étant un pays enclavé sans accès à la mer, il subit la loi de ses voisins ; or pour leur information, qu’ils sachent que pour ce type de contrat, les livraisons se font généralement par voie aérienne, et c’était précisément ce qui était prévu pour les sukhoi 25 ukrainien, « 2 Su-25s were expected to arrive to Bamako in July (2012). The aircraft are apparently to be transported to Bamako airport aboard at least 1 Ilyushin Il-76 or Antonov An-124, chartered in Ukraine. The attack jets will be delivered together with spare parts & weapons, with Ukraine being the probable source. » (ci-dessous photos illustrant des livraisons d’avions de combat et hélicoptères d’attaque par Antonov et Illyouchine).
Avion Antonov livrant hélicoptère

Avion Antonov livrant un Mig

Livraison d’un hélicoptère russe MI-35 (sans doute au Nigeria) et d’un chasseur russe

Ainsi donc, la question de l’empêchement physique est tout simplement fallacieux à moins qu’on veuille nous dire que l’aéroport de Bamako n’est plus sous contrôle malien.

En outre, de vous à moi, est-ce que vous penser sérieusement, qu’au moment où la France (puisque c’est elle dont nous parlons secrètement) et ses alliés occidentaux imposent un embargo à la Russie (refusant de lui livrer les fameux navires Mistral) pourrait aller chuchoter aux oreilles de V. Poutine de ne pas armer le Mali ?

Pensez-vous que la Russie de Poutine serait d’humeur à suivre les directives parisiennes ? Pour ma part je ne le crois pas.

Quant à la Chine, penser qu’une quelconque « puissance » puisse contraindre ce pays en quoi que ce soit sur sa politique étrangère relève de la méprise totale.

Encore une fois, que « certaines puissances » aient pu œuvrer en coulisse pour empêcher des achats est fort plausible, mais ne constitue pas en soit, une explication suffisante du zéro équipement de l’armée de l’air malienne, et ce, près de 4 ans après le début de cette crise.

En revanche, il est vrai que pour les équipements classiques et terrestres, un pays enclavé comme le Mali demeure très dépendant de la bonne collaboration de ses voisins. L’épisode du blocus imposé par la CEDEAO au moment du coup d’Etat en Avril 2012, reste dans toutes les mémoires au Mali.

Et c’est d’ailleurs une des raisons qui crée cet amalgame sur un prétendu embargo qui nous serait imposé, mais comme nous venons de le démontrer, cette thèse n’est pas pertinente pour ce qui concerne le vecteur aérien. Et l’analyse des événements nous prouve que la priorité fut sans doute ailleurs y compris sous la Présidence IBK dont nous entamons l’étude.

Ainsi, alors que plusieurs sources reprenaient en Avril 2013, l’intention des autorités maliennes à commander des chars, hélicoptères et avions à la Russie, rien ne fut suivi de concret. Défense : le Mali veut acheter des chars, des hélicoptères et des avions… à la Russie. Source La Tribune 02/04/2013. Le Mali demande des avions de combat à la Russie. Source Libération 02/04/2013) « Le Mali veut « des hélicoptères Mi-35 et Mi-17, des avions cargo et des avions de combat, des véhicules blindés BTR-80, des systèmes radar de défense antiaérienne, ainsi que des armes légères et des munitions», a indiqué une source au sein de l’agence publique russe d’exportation d’armements Rosoboronexport ».

A titre d’exemple, pour ceux qui ne le sauraient pas, un MI-17 (image en haut à droite) est un hélicoptère qui sert au transport de troupes. Autant vous dire qu’il aurait eu toute son utilité pour évacuer les nombreux blessés de ces derniers mois chez les Famas, victimes de nombreux attentats, attaques ou autres lâches embuscades.

Mais non que neni, le soldat malien déployé au front n’entend pour seul vrombissement que les hélicoptères de Barkhane et de la Minsuma, et qui ne viennent à leurs secours qu’au bon vouloir de Paris et New York.

Et ceci n’est dû qu’à l’irresponsabilité de nos autorités, qui ont cru pouvoir avec les vieilles recettes du passé, redonner sa force de frappe aux Famas. Car en effet, en ne comptant uniquement que sur des jeeps montées de mitrailleuses ainsi que sur des blindés et autres BTR, nos dirigeants ont montré qu’ils n’avaient rien appris des pertes et échecs de 2012 et 2013.

Quelqu’un aurait même dit, « les armes dont nous disposons nous permettent de faire de Kidal ce que nous voulons ». Très instructif lorsque l’on sait qu’à l’époque et aujourd’hui encore, le Mali n’avait pas un seul avion de combat ou hélicoptère d’attaque.

Et ce n’est pas le seul paradoxe, car en effet, à travers un autre article de Jeune Afrique traitant du scandale des contrats d’armement KAGNASSY, et intitulé « Pourquoi le Mali s’est fait épingler par le FMI pour des fournitures militaires » du 17/07/2014, on y apprend que pour équiper les nouveaux GTIA formés par la mission européenne, le Gouvernement avait décidé « de n’acheter qu’à la France ».

Un peu en guise de renvoi d’ascenseur, Paris ayant permis au Mali d’échapper au pire en lançant l’opération Serval. Une seule question donc au théoricien de l’embargo mondial « franci », pourquoi se jeter dans la gueule du loup, pour ensuite crier au loup. Alors que la Russie vous tend les bras pour vous livrer toutes sortes d’armes, et parmi les plus sophistiqués comme l’hélicoptère d’attaque MI 35 ?

Le Ministre de la Défense de l’époque, et dit fin stratège Soumeylou Boubeye MAIGA, pourra peut-être nous édifier, car pour moi, un renvoi d’ascenseur ne doit pas signifier un sacrifice en terme de fournitures stratégiques, surtout qu’elles auraient pu sauver de nombreuses vies civils et militaires. Chacun ses intérêts n’est ce pas ?

Et la suite des événements conforte notre analyse du peu d’empressement des autorités maliennes à prendre livraison d’appareils aériens offensifs. Pour preuve, c’est en Juin 2014 qu’apparaissent les premiers articles parlant du projet d’acquisition de trois hélicoptères Gazelles « retroliftés » ou modernisés par la France mais payés par le Qatar. (« Mali : projet d’acquisition d’hélicoptères français payés par le Qatar ». Source: apanews)

On nous précise même que « L’acquisition de ces matériels va permettre à l’armée malienne de se doter d’un outil indispensable pour l’accomplissement de sa mission de défense et de préservation de l’unité et de l’intégration territoriale », les autorités maliennes ne comprenant pas par contre, pourquoi on les poussait ainsi dans les bras du Qatar ?

Cette histoire de vieilles gazelles françaises reprise par le député Karim Keita n’est donc pas nouvelle pour le Mali et ses militaires. Il est donc curieux que l’intérêt en soit relancé si tard, qu’après la visite d’un salon en Avril 2015, soit-il des forces spéciales françaises. Pour notre part, nous n’aurions pas eu besoin d’un salon pour savoir que des hélicoptères d’attaques seraient utiles aux Famas. Ici encore, il est plus question d’argent que d’embargo, une gazelle ne coûtant que 3 mds selon les dires du Président de la Commission défense.

Pour résumer, s’agissant des Sukhoi 25, des équipements militaires russes ou encore des Gazelles, à chaque fois, c’est le manque de moyens financiers qui est invoqué et mis en avant.

Hors, lorsqu’un Etat est capable de s’acheter cash un Boeing 737 présidentiel, à 17, 18 ou 20 milliards de Fcfa, qu’on ne vienne pas nous dire que le Mali n’a pas les moyens de s’équiper d’un MI-35 évalué à 8 mds fcfa l’unité ou d’un MI-17 estimé à 4 mds de fcfa l’unité. Et sans vouloir polémiquer, c’est comme si on tentait absolument de nous faire croire que le Mali était un pays sans le sous et à la merci d’un impitoyable complot international.

Pourtant, il est difficile de le croire, car lorsqu’un Etat s’assume, il doit être capable de faire face et mettre en place des stratégies afin de contourner toutes mesures contraires à ses intérêts. Et je prendrai seulement deux exemples, le Nigeria et l’Egypte.

Lorsque le Nigeria a voulu renforcer sa force de frappe aérienne par l’acquisition de nouveaux moyens à moindre coût, à travers des hélicoptères d’attaque « COBRA » d’occasion, les Etats-Unis se sont officiellement opposés à la transaction, empêchant Israël de livrer ces appareils de fabrication américaine aux nigérians (pour des considérations droit de l’hommistes).

Est ce que vous pensez que les nigérians sont restés à pleurer sur leur sort ? Que non ! Tout en dénonçant l’attitude de leur « allié » américain, ils ont multiplié les achats en provenance de différents pays et fournisseurs: gazelles françaises, MI-35 et 17 russes ou même drones d’attaques CH-3 chinois sont les dernières acquisitions de ce pays en lutte contre Boko Haram. (https://beegeagle.wordpress.com/2015/01/28/special-focus-on-the-nigerian-militarys-new-chinese-built-ch-3-unmanned-air-combat-vehicles-armed-drones/)

Concernant l’Egypte, suite au putsch du dictateur Sissi, les Etats-Unis avaient décidé de ne plus livrer d’armes lourdes à ce pays, et bien que je n’ai aucune sympathie pour ce régime, il faut reconnaître que les Égyptiens ont du répondant, ils ont immédiatement commandé des Rafales français, provoquant du même coup la réaction américaine, qui, par peur de perdre le marché de ce fidèle allié a repris la livraison de ses F16(http://www.usinenouvelle.com/article/contrainte-par-l-embargo-americain-l-egypte-achete-24-rafale-a-la-france.)

Ainsi donc au Mali, non seulement nos autorités n’ont pas le courage de dénoncer clairement les instigateurs de « l’embargo masqué » si tant qu’il ait réellement existé un jour, mais bien plus, elles semblent n’avoir mise en oeuvre aucune autre stratégie viable et intelligente pour se départir de toutes contraintes.

Hors ceci est très grave, car ces livraisons avortées et autres rendez-vous manqués avec l’Histoire ont eut pour conséquence de ne jamais pouvoir inverser le rapport de force sur le terrain, avant de signer cet énième accord dit de paix.

Aujourd’hui, les derniers événements d’Anéfis et la leçon du GATIA nous démontrent que la prétendue invincibilité des rebelles apatrides de la CMA n’étaient qu’une fable savamment entretenu par certains, dont la France, pour imposer une solution négociée largement en défaveur du Mali.

Et il est désormais évident pour tout le monde, qu’avec un soutien aérien, nos FAMAS (qui font désormais courageusement face à l’ennemi) n’auraient aucune difficulté à reconquérir Kidal et autres Aguel Hoc.

La faute politique de ce non équipement est donc majeure et demeure pour nous une énigme, que pourra peut-être démêler les intrépides, ou les deux seuls véritables questionneurs de notre Assemblée Nationale, Mamadou Hawa Gassama et Oumar Mariko.

Mais qu’ils prennent garde qu’on ne leur oppose le « secret défense », car au Mali, cette notion très large va de la simple chaussette au missile en passant par les véhicules 4×4 tout terrain.

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One Comment
  1. jacques champaud permalink

    j’approuve complètement l’éditorial d’Hubert Ledoux dans son dernier envoi. Je suis excédé de lire un certain nombre de réflexions de Maliens sur le thème des interventions constantes de la France qui n’aurait d’autre visée que l’accaparement des ressources du sous sol du pays…. Bon courage et merci encore pour cette passionnante revue de presse. jacques Champaud

    >

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