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Nord Mali : la drogue en fond d’écran

by sur 16 septembre 2015

Nous avons eu l’occasion à différente reprise, de publier des réflexions de personnalités maliennes estimant que la situation du Mali résultait aussi de l’implantation du grand banditisme dans le Nord du pays, particulièrement dans le domaine des trafics en tous genre, la drogue n’étant pas le moindre.

Les sommes en jeu sont colossales et servent également au financement du terrorisme; enfin, le rétablissement d’un minimum d’ordre, d’Etat et de sécurité dans le Nord ne ferait pas non plus l’affaire des trafiquants.

Il apparaît ainsi que l’occupation d’Anéfis par des milices favorables au gouvernement après avoir chassé la Coordination des groupes armés, fasse également partie du puzzle : Anéfis est au carrefour des routes empruntées par les trafics de tous acabits.

Et c’est pourquoi la bataille pour son contrôle est si rude…

Mali: le trafic de drogue, facteur d’instabilité au Nord

Par RFI Publié le 14-09-2015 Modifié le 14-09-2015 à 12:07

Terre de rébellions, d’affrontements intercommunautaires, le nord du Mali est également connu, selon plusieurs experts, pour être un lieu important de transit de la drogue. Ce qui explique en partie des violations répétées des cessez-le-feu et la présence de trafiquants célèbres au sein de certains groupes armés. Le contrôle des routes de ce trafic reste aujourd’hui encore un enjeu important.

Si de puissants trafiquants ont infiltré ou gèrent même des mouvements armés du Nord du Mali, c’est parce qu’ils veulent contrôler certaines localités, certains axes du Nord connus pour être des lieux de transit de la drogue. C’est ce qui expliquerait en partie, selon des experts, des affrontements documentés dans le passé ou la tension actuellement perceptible sur le terrain.

L’itinéraire des stupéfiants est connu. Des avions viennent jeter la marchandise dans le Nord du Mali et sur place des relais récupèrent les colis pour les envoyer ensuite vers deux destinations prisées : l’Europe via le Maghreb ou via d’autres déserts africains.

Il y a quelques années, l’atterrissage dans le désert malien d’un avion bourré de cocaïne a permis de connaître davantage les personnes impliquées dans ce trafic. La charge utile de l’avion était de 10 tonnes, soit à l’époque environ 300 millions d’euros empochés par les trafiquants. Des chefs de tribus, les bandes armées, porteurs d’uniforme, des élus et deux hommes politiques ont été fortement soupçonnés d’être impliqués dans l’affaire.

De nos jours, le trafic se poursuit, selon différentes sources, avec une préférence pour la cocaïne. Cette préférence s’explique en termes de gains puisqu’un véhicule chargé de cocaïne équivaut à 40 véhicules chargés de cannabis.

Laurent Bigot: «Les routes de la drogue sont un enjeu évident»

Source: RFI – Posted by Dav Keita on 12/09/2015 

Laurent Bigot est l’ancien «Monsieur Afrique de l’Ouest» au Quai d’Orsay. Il dirige aujourd’hui le cabinet de conseil Gaskiya qui veut dire «Vérité» en langue haoussa. Il vient parler ce soir de la bataille pour le contrôle de la localité d’Anefis, au nord du Mali, après les affrontements qui ont eu lieu dans la région de Menaka il y a quelques semaines entre les groupes signataires de l’accord d’Alger le 20 juin 2015. Les événements d’Anefis confirment aux yeux de certains experts qu’un des enjeux sur le terrain est toujours le contrôle des routes empruntées par les trafiquants de drogue et que la signature de l’accord de paix d’Alger n’a rien changé à cela. Laurent Bigot répond aux questions de Marie-Pierre Olphand.

« Les routes de la drogue sont un enjeu évident. Les questions politiques sont au second plan et les enjeux liés au trafic sont bien plus importants dans la sous-région. C’est ce qui cause toutes ces violences parce que ça génère des sommes et des montants qui sont assez astronomiques. On peut parler de milliards d’euros. Dans des régions aussi pauvres, cela a un impact dévastateur… ».

Mali : Plateforme, CMA et trafic de drogue

Jeune Afrique – Publié le 09 septembre 2015 à 09h54

Quand les troubles politiques du nord du Mali s’aggravent à cause du trafic de drogue…

Selon des sources diplomatiques et sécuritaires, l’offensive déclenchée à la mi-août à Anéfis, dans le Nord-Mali, par les groupes armés progouvernementaux de la Plateforme contre leurs rivaux de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) était largement liée… au trafic de la cocaïne.

Les responsables de la Plateforme souhaitent en effet arracher à leurs adversaires le contrôle de ce carrefour stratégique sur la route de la poudre blanche avant l’application des mesures de cantonnement prévues par l’accord de paix d’Alger. « Au sein de la Plateforme, certains veulent remettre la main sur ce juteux trafic », confirme l’une de nos sources.

Le 30 août, une dizaine de dirigeants de la Plateforme se sont rendus de Bamako à Gao à bord d’un avion de la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, afin de trouver un accord sur la situation à Anéfis. Dans leurs rangs, un nom retient l’attention, celui de Hanoun Ould Ali. Proche du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), cet influent commerçant arabe de la région de Gao (par ailleurs gendre de Mohamed El Moctar, l’ex-ministre de la Culture d’Amadou Toumani Touré) est en effet considéré comme l’un des parrains locaux du trafic de drogue.

Le nord du Mali dans tous ses états

Par Serge Daniel Publié le 31-08-2015 Modifié le 01-09-2015 à 06:05

Après la signature, le 15 juin 2015, de l’accord de paix et de réconciliation d’Alger par la rébellion de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), le monde s’est divisé en deux camps : ceux qui ont estimé que le processus de paix était enfin solidement sur les rails et ceux qui disent « ça va recommencer ». Quasiment deux mois, jour pour jour, après la signature de l’accord de paix, on assiste à une forte poussée de fièvre sur le terrain. Des groupes armés progouvernementaux ont repris des mains des rebelles, une localité stratégique du nord du Mali. Pour comprendre la complexité de la crise, nous vous proposons ce décryptage.

Anéfis. La localité est située à une centaine de kilomètres au sud de Kidal. A la mi-août, des combattants touaregs et arabes alliés du gouvernement malien reprennent militairement le contrôle de la ville, en chassant des lieux les rebelles. Après ce gros coup de canif dans le processus de paix, très rapidement, la mission de l’ONU au Mali a tapé du poing sur la table.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta est à son tour monté au créneau. Il a demandé dans un premier temps, selon son entourage, un rapport détaillé de la situation sur le terrain aux services de renseignement maliens. La copie tombée, il a convoqué les têtes pensantes des groupes armés loyalistes, pour demander « sans condition » leur départ d’Anéfis. Dimanche 30 août 2015, un début de départ timide des hommes armés d’Anéfis était acté.

Rivalités tribales

Pour comprendre la situation évolutive actuelle dans le Nord, il est utile d’évoquer les rivalités tribales. Au Mali, les Touaregs vivent dans les trois régions administratives du nord du Mali : Gao, Kidal et Tombouctou. Ils possèdent leur langue (le tamasheq), et leur propre alphabet (le tifinagh).

Les principales tribus du Nord sont : les Iforas, les Imghads, les Idnanes, les Imouchars, les Kel Essouks et les Daoussak. Mais il existe une multitude de fractions gravitant autour de ces dernières avec des accointances et des alliances plus ou moins marquées.

Festival de chameaux dans la ville de Tessalit, située sur une piste transsaharienne, dans le nord-est du Mali. De magnifiques montures, cou tendu, inondent une place. Les propriétaires des bêtes sont là. Ils sont tous Touaregs, parlent la même langue. Mais pour nous expliquer la complexité du monde touareg, un ami touareg nous décrit les différentes tribus présentes par leurs turbans. On ne rencontre jamais un Touareg dans son milieu naturel sans son turban, et à la manière dont il le noue, il est possible de savoir d’où il vient.

Ainsi, à notre gauche, voilà un dignitaire de Ménaka. Son taguelmoust est un double turban bicolore constitué d’une base noire surmontée d’un blanc lumineux. Un peu plus loin, un Touareg plutôt chétif porte le plus gros turban du nord du Mali. Il vient de Kidal. Mais dans le nord du Mali, on peut être de la même ville, sans être de la même tribu. Le plus gros turban du Nord enveloppe la tête des Touaregs de la tribu des Iforas. Ils sont connus pour être de redoubles stratèges. Grâce aux jeux d’alliances, ils ont toujours la tête hors de l’eau. Difficile de les noyer, de les vaincre. A Kidal, ils ont au moins deux tribus parentes et alliées : les Idnanes et les Taghatmallat.

Mais à Kidal et dans sa région, on retrouve aussi et surtout les Touaregs de la tribu des Imghads. Les relations ne sont pas bonnes avec les Iforas. Entre eux, ce n’est pas une cohabitation, mais une « cohabi-tension ». A une autre époque, certains criaient sur tous les toits que les Imghads étaient les vassaux des Iforas. Aujourd’hui, ça se murmure plutôt. Les temps ont bien changé. Les Imghads constituent la tribu majoritaire. Le principe de « one man, one vote » (« un homme, un vote ») fait d’eux des incontournables dans le système démocratique.

Pour maints observateurs, l’accord de paix d’Alger (qui comporte sept titres, vingt chapitres, et soixante-douze articles) est loin de résoudre les problèmes de rivalités tribales. Mme Assory Aïcha Belco Maïga, députée à l’Assemblée nationale et élue de la localité de Tessalit (nord-est) n’hésite pas à parler aujourd’hui de « risque de guerre civile ». Elle a parfaitement raison, d’autant plus que la communauté arabe (autre composante des populations du nord du Mali) est également divisée. Des tribus arabes combattent aux côtés des rebelles, d’autres aux côtés des groupes armés progouvernementaux. Ambiance…

Relations entre les groupes armés du Nord et l’Etat malien

En 2012, lorsque les groupes armés composés d’indépendantistes et de jihadistes ont pris le contrôle du nord du Mali, un officier de l’armée malienne, Aladji Gamou, Touareg de la tribu des Imghads, a dû précipitamment quitter la ville de Kidal dont il tenait avec sa milice pour se retirer au Niger voisin. Son porte-parole à l’époque, qui appelait timidement la presse pour vanter ses « mérites », s’appelle Fahad Ag Almahmoud. Aujourd’hui, cet homme au visage poupin est le secrétaire général du Gatia (Groupe d’autodéfense touareg imghad et alliés). Donc, dire que Aladji Gamou est pro-Gatia n’est pas un mensonge. Dire également que le Gatia est un groupe allié au gouvernement malien est pure vérité. Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a même un jour qualifié de « patriotes » les combattants du Gatia.

Cependant, considérer le Gatia comme une simple milice au service exclusif du gouvernement malien est réducteur. Le calcul du Gatia est également tribal. Ce groupe s’est constitué pour défendre également une tribu, pour contrôler des espaces, un territoire, pour compter dans les négociations dans la manne qui sera ouverte pour le développement du Nord.

En prenant avec une relative facilité le contrôle de la localité stratégique d’Anéfis, le Gatia a également déclenché « la bataille du cantonnement ». Explications : dès que le mécanisme du DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion) aura commencé dans le cadre de l’application de l’accord d’Alger, les différents groupes armés seront cantonnés sur les positions qu’ils occupent actuellement. Or, le Gatia n’occupe pas, aujourd’hui, un mètre carré de territoire au sud de Kidal, endroit stratégique. Il fallait alors grignoter un peu de terrain.

Parmi les groupes armés progouvernementaux, il faut également compter la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance (CMFPR). Composé de sédentaires, ce groupe ne représente pas une redoutable force militaire sur le terrain.

En face, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, rébellion) est essentiellement composée, de son côté également, de combattants touaregs et arabes qui représentent la seconde branche du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA). L’épine dorsale de la CMA est composée des Touaregs de la région de Kidal, regroupés au sein du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA). Le fameux Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui en a bluffé certains au début de la crise en 2012 (et à qui certains en France et en Suisse avaient promis l’indépendance), est plus présent dans les médias que sur le terrain militaire.

Le HCUA (dont plusieurs responsables étaient membres d’un mouvement armé ouvertement islamiste) est opposé militairement au gouvernement de Bamako, mais est paradoxalement proche politiquement du président malien IBK : les quatre députés de la région de Kidal ont à l’Assemblée nationale l’étiquette du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Dans le nord du Mali, sur le terrain, Touaregs et Arabes rebelles font donc face à des Touaregs et Arabes loyalistes qui soutiennent ouvertement l’Etat malien, mais qui se battent aussi pour leur tribu.

Les trafics illicites également au centre de la crise

Bogota, un avion décolle. Charge utile de l’appareil ? Au moins dix tonnes. Quelques semaines plus tard, après deux ou trois escales prolongées, l’appareil pose son ventre dans le désert malien, sur une piste de fortune. Lorsque quelques jours après l’atterrissage de l’avion, nous nous sommes rendus sur les lieux, en novembre 2009, seul un morceau de la carcasse du Boeing 727 était visible. Une fois la cocaïne débarquée, l’avion a été brûlé. Valeur estimée de la drogue : 300 millions d’euros. La mafia, qui utilise la bande sahélo-sahélienne dans sa partie la plus désertique comme lieu essentiel de passage de la drogue, a encore sévi.

La crise du septentrion malien perdure également parce que le trafic de drogue prospère dans cette région. Plusieurs sources sécuritaires de la région affirment que plus récemment encore (en juin 2015), de petits avions ont « jeté », dans le désert malien, d’importantes quantités de drogue, qui sont récupérées par des complices, parmi lesquels on retrouve des combattants armés.

Pour que le trafic prospère, il faut pouvoir contrôler des territoires. Des services de renseignement de la région avancent que la dernière poussée de fièvre dans la localité d’Anéfis s’explique également par la volonté des groupes armés de maîtriser « la route sûre de la drogue » du moment, Anéfis. La paix est l’ennemie intime des trafics. Et actuellement sur le terrain, au cœur de certains groupes armés, on retrouve des trafiquants de drogue avérés.

Mafia spécialisée dans les stupéfiants, mafia de trafiquants d’armes, mafia drapée aussi pour le pire dans le drap religieux, certains parleront de vernis religieux.

  1. Malgré l’intervention militaire française deux ans plus tôt dans le nord du Mali, les groupes islamistes sont toujours sur le terrain, posent des mines, utilisent la guérilla comme mode d’action. Ils compliquent la donne et ne favorisent pas le retour durable de la paix.

Trafics de drogue, d’armes, mais aussi de cigarettes. Aujourd’hui, les contrebandiers gagnent énormément d’argent en réactivant leurs réseaux.

Pour financer et encourager l’instabilité dans le nord du Mali, il y a également la méthode dite « du Qatar » : de « généreux » fournisseurs achètent des conteneurs de cigarettes contrefaits à Dubaï, où il y a au moins dix usines de trafiquants, selon plusieurs sources sécuritaires régionales. La marchandise est livrée à des trafiquants dans le Sahara, qui se chargent de la revente. C’est une manière de financer, sans laisser de trace, une guerre et de plomber les activités de la Société nationale des tabacs (Sonatam).

L’irrédentisme touareg au cœur de la crise

Cependant, le mauvais règlement de la question de l’irrédentisme touareg depuis les indépendances est aussi important pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

A Gao, principale ville du Nord, nous montons dans le véhicule conduit par « un homme bleu », c’est-à-dire un Touareg (leur voile traditionnel de couleur indigo, qui déteignait sur leur peau, leur a valu ce surnom).

Douze heures de trajet avec le chauffeur. Il en profite pour raconter l’histoire de sa région depuis les indépendances. Son français est impeccable. Trois ans après les indépendances, premières ruptures. Une rébellion éclate dans la région de Kidal, foyer incandescent de toutes les rébellions touaregues. La région est soumise à une brutale et lourde administration militaire. Une expression voit le jour : « envoyez-le à Kidal » pour dire « envoyez-le en enfer ». 1973, les Touaregs fuient en masse la sécheresse. La Libye devient le point de chute de nombreux Touaregs. Formation militaire pour certains. La Légion étrangère de Kadhafi est née. Combats au Tchad, en Palestine, au Liban notamment. Parmi les combattants, certains reviennent participer aux rébellions contre le Niger et le Mali, leurs pays d’origine. Nouvelle rébellion, accords de paix. Nouvelle rébellion, accords de paix, rebelote. C’est le mythe de Sisyphe.

« Nous voulons seulement avoir le droit de vivre chez nous. C’est tout ce que nous  demandons », termine notre interlocuteur. L’argent est le nerf de la guerre, mais aussi le nerf de la paix. Les milliards de francs CFA, mobilisés par la communauté internationale après chaque rébellion, n’ont souvent pas été utilisés à bon escient. Une partie de ces sommes colossales a pris d’autres directions. On ne règle donc par les problèmes de fond, mais on les déplace, et ils resurgissent. Enfin, il faut repenser le développement dans ces zones désertiques où le mode de vie est différent au Sud.

Les véritables dessous de la bataille d’Anefis : L’interception d’une importante quantité de drogues à l’origine de la montée de l’adrénaline

Abdoulaye DIARRA – L’Indépendant- 27 aout2015

Cela ne fait aucun doute qu’Anefis a toujours été considérée comme une chasse gardée des narcotrafiquants qui y font passer l’essentiel de leur cargaison. La CMA, qui l’occupait en a été chassée le jour même où elle devait convoyer une cargaison de drogues vers sa destination finale. La perte de cette précieuse marchandise (qui constitue une véritable source de revenu) alimente aujourd’hui l’animosité entre le GATIA (Plateforme) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Après les  échanges de tirs entre le GATIA et la CMA   dans la vallée d’Amassine à 80 km de Kidal,  le samedi 15 août, les hostilités ont à nouveau repris  entre ces deux groupes rivaux signataires de l’accord pour la paix  et la réconciliation au Mali,  le lundi 17 août  à Anéfis. La violence de cette bataille avec  usage d’armes lourdes de part et d’autres (20 morts du côté de la CMA dont un chef rebelle)  s’explique  par le désir de contrôler ANEFIS, une zone fortement stratégique  dans l’acheminement  des cargaisons de drogues et autres  trafics en tout genre et qui était occupée pendant plus d’un an  par la Coordination des mouvements de l’Azawad  suite aux évènements sanglants du  21 mai 2014 à Kidal.

Les affrontements du lundi 17 août  ont coïncidé avec le passage  d’une cargaison de drogues que la CMA devait convoyer à partir d’Anefis jusqu’à sa  destination finale. Les éléments du GATIA,  établis à Tabankort,  non loin d’Anefis,  informés de la transaction autour de  cette importante marchandise estimée à plusieurs dizaines de millions de  FCFA, ont lancé l’assaut contre les  narcotrafiquants. Les éléments de la CMA ont jeté toute leur force dans cette bataille dont la perte pourrait sonner le glas pour ce mouvement qui tire l’essentiel de ses ressources de ces précieuses marchandises. C’est ce qui explique du reste l’entrée en guerre, le lundi 17 août,  de certains chefs rebelles du mouvement arabe de l’Azawad (MAA dissident) et du HCUA.   Il nous revient qu’au cours des combats, la CMA a perdu une partie de cette cargaison. Mais elle a pu emporter  une importante quantité à Kidal, son fief. Aussi la décision de la CMA de suspendre sa participation au Comité de suivi ne vise qu’à récupérer  Anefis qui lui a échappé. Elle est prête à tout entreprendre pour l’occuper à nouveau.

Le contentieux autour d’Anefis  rappelle celui de Ménaka lorsque le GATIA a chassé le MNLA et alliés,  courant avril,  de cette ville, une autre zone stratégique.   L’imposition d’une zone de sécurité autour de cette ville et le retour de l’armée sur ses positions a finalement conduit le GATIA à se retirer de Ménaka.

La Plateforme s’est dite prête à se retirer d’Anefis  à condition que l’armée malienne s’y déploie. Cette proposition n’est pas pour l’instant partagée par la CMA,  plus que jamais déterminée à contrôler le trafic de la drogue.

Menaka, Tabankort, Anefis : chemin de la drogue, de trafics en tout genre et des armes

C’est le lieu d’indiquer que certaines localités ont toujours fait l’objet de vives convoitises dans la crise  sécuritaire du  nord. L’enjeu étant le contrôle des axes stratégiques qui constituent de véritables sources de revenus pour les groupes armés. Si Ménaka est convoité pour le passage des armes et marchandises, Tabankort et Anefis ont la réputation d’être de véritables plaques tournantes pour le passage de la drogue (cocaïne).

Selon des sources sécuritaires, des petits appareils se posent dans ces zones et vident leur contenu (cocaïne) avant de disparaitre. Ces marchandises sont ensuite acheminées à bord de véhicules 4×4 lourdement sécurisés.  Selon un observateur : “Ce n’est pas surprenant que  les endroits stratégiques ont toujours fait l’objet de batailles rangées entre les différents groupes armés du nord. Ces groupes se connaissent bien et savent ce qui peut affaiblir l’autre. C’est ce à quoi nous assistons actuellement. Car celui qui gagne la bataille pour le contrôle des axes majeurs affaibli l’autre et gagne la guerre “.

 

 

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