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Le trimestre des éclaircissements

by sur 7 octobre 2015

Gaoussou Drabo est l’une des plumes journalistiques maliennes reconnue.

Ancien rédacteur en chef de l’Essor, il en demeure l’éditorialiste et ses analyses, souvent pertinentes, vont au fond des choses en remontant l’Histoire pour y traquer les faits.

A propos des trois derniers mois de 2015 dans l’avenir politique du Mali, il parle du « trimestre des éclaircissements ».

L’avenir politique au Mali : LE TRIMESTRE DES ÉCLAIRCISSEMENTS

Gaoussou DRABO – L’Essor – 6 octobre 2015 3:04 AM 

Des frémissements se font sentir sur certaines questions sensibles. Il reste à les convertir en acquis. Il en coûte de le reconnaître. Mais l’imprévisibilité semble aujourd’hui dominer le proche avenir de trop de populations africaines. Sur les territoires de notre continent, les dangers se répandent en cohortes serrées et sous des formes souvent révoltantes.

Le terrorisme est venu endeuiller le quotidien de nombreux citoyens et envelopper d’une chape de peur villes et villages aussi bien en Afrique de l’ouest et du centre que dans certaines nations du Maghreb. Les conflits internes, que ce soit en Libye, en République centrafricaine, au Sud Soudan ou au Burundi, paraissent destinés à se radicaliser, les détenteurs de la force armée n’accordant aucune espèce d’importance aux négociations dont ils espèrent plier l’issue à leurs intérêts.

Les élections servent de détonateurs à des contentieux mal évacués et font craindre le retour des jours troublés. Une sourde protestation monte de foules très longtemps inertes, mais dont les violents soubresauts montrent qu’elles supportent de moins en moins que leur avenir se définisse au terme de montages politiques n’impliquant que les initiés.

L’heure est donc aux agendas remaniés et aux calendriers bousculés. Ces dernières années ont vu la remise en cause de tendances que l’on pensait consolidées et ont imposé des développements inattendus. Il arrive cependant que l’imprévisibilité aille dans le sens du meilleur, comme cela s’est tout récemment produit au Burkina Faso. Mais le cas du Pays des hommes intègres a valeur tout à la fois de réconfort et de mise en garde. De réconfort en démontrant que la réussite des coups d’Etat n’est pas une fatalité dans une région ouest africaine qui détient le triste record des putschs sur notre continent. De mise en garde, car les événements ont mis en relief l’exceptionnelle conjonction des éléments positifs à réunir pour s’opposer aux desseins de ceux qui croient à l’infaillibilité de l’argument de la force.

La volatilité des situations a donc appris aux analystes à interpréter avec prudence les indices et à manier avec précaution les conclusions. Notre pays n’échappe pas lui non plus à l’obligation d’interrogations sur son proche avenir. Il a pu se construire des motifs d’espoir avec l’Accord pour la paix et la réconciliation, mais il a très vite expérimenté, au cours des semaines qui ont suivi la signature même du document, tout le poids des inconnues qui subsistent.

Que cela soit dans les dividendes institutionnels aussitôt réclamés par la Coordination des mouvements de l’Azawad ; dans le déclenchement d’une bataille de la représentation au sein du Comité de suivi ; dans les tentatives de reconfiguration des rapports de force sur le terrain entreprises par les différents groupes armés ; dans les répliques violentes déclenchées par les groupes terroristes ; ou encore dans la persistance des actes de banditisme.

Autant d’événements et de phénomènes qui sont venus ébranler le moral renaissant des populations et auxquels il reste encore à donner les réponses les mieux appropriées.

UNE MANIÈRE DE « REALPOLITIK ». Confronté à cette accumulation de situations à éclaircir, le quatrième trimestre de 2015 échappera certainement à la règle générale de la vie publique qui fait des derniers mois de l’année une période plus propice aux bilans qu’aux projets ; qui laisse le bouclage des dossiers surclasser la prise d’initiatives ; qui donne l’opportunité d’une ultime séquence de rattrapage pour les retardataires ; et qui offre à ceux qui ont déjà le vent en poupe l’occasion de se préparer un démarrage moins laborieux pour l’année suivante.

Personne n’imagine raisonnablement des schémas aussi tranquilles avoir cours d’ici le 31 décembre prochain. D’autant que le trimestre a été précédé de deux événements qui vont imprimer la cadence de son déroulement : le retrait d’Anéfis opéré par les éléments de la Plateforme et le report des élections communales et régionales.

Le départ du GATIA s’est fait au grand désappointement d’une opinion publique qui ne concevait ce mouvement qu’en synchronisation avec la sécurisation de la localité par les FAMas. Pourtant, au-delà des appréciations absolument divergentes auxquelles il a donné lieu, l’événement marque une double évolution dont les éléments constitutifs interagissent les uns sur les autres. Le premier fait, et le plus notable à nos yeux, est la montée en première ligne des autorités maliennes. Le président de la République s’est personnellement impliqué pour obtenir de la Plateforme (peu sensible aux mises en garde de la Médiation et de la MINUSMA) que celle-ci abandonne une position dont l’importance pour elle était non seulement stratégique, mais aussi symbolique.

L’adresse présidentielle ne fut pas reçue sans difficulté, le GATIA ayant manifesté son peu d’enthousiasme en se hâtant avec lenteur pour organiser son départ. Mais l’essentiel était que l’insistance présidentielle ait payé et ait évité que la situation n’échappe à tout contrôle.

Ibrahim Boubacar Keïta a accentué sa montée en première ligne en recevant en audience des représentants des groupes armés auprès de qui il a fait passer le message d’une indispensable pondération. Le gouvernement a pris le relais dans la logique de concertation en rencontrant à Anéfis des délégations de la Plateforme et de la Coordination. Puis en procédant en milieu de semaine dernière à un échange de prisonniers, concernant 31 éléments de la CMA et 16 hommes des FAMas.

La deuxième composante de l’évolution constatée est la décrispation constatée entre les deux regroupements rebelles. Comme le faisait remarquer non sans malice un des responsables du MAA, la Coordination a considérablement évolué dans ses positions puisque durant toutes les négociations d’Alger, elle avait refusé de s’asseoir à la même table que la Plateforme à qui elle avait dénié le statut de belligérant.

Il est à noter que les deux regroupements armés avaient pratiqué à leur manière la « realpolitik » en négociant en juillet dernier une forme de cohabitation sur le territoire kidalois. Mais le modus vivendi ainsi instauré avait volé en éclats à la suite d’une série d’accrochages qui s’étaient conclus sur la prise d’Anéfis.

Le choix de la concertation et du compromis mutuel vers lequel le gouvernement tente de rallier les mouvements armés ne s’est pas encore définitivement imposé. Pour le moment, la seule action commune qu’aient initiée elles-mêmes la CMA et la Plateforme reste le front du refus érigé à l’intérieur du Comité de suivi pour bloquer l’inclusion de la coalition COMPIS 15 formée par les mouvements armés non intégrés dans les deux grands regroupements.

DANS LA PRÉCARITÉ ET L’ANXIÉTÉ. Ces derniers iront-ils plus loin qu’une alliance de circonstance pour la défense d’intérêts tactiques ? Pour le moment, il faut se limiter à espérer qu’ils améliorent la qualité de leurs échanges entre eux et avec le gouvernement.

Il faut aussi s’atteler à poser de nouveaux jalons extrêmement importants. Comme l’organisation des patrouilles mixtes ou la réouverture des classes à Kidal. La première opération enregistre un premier progrès puisqu’elle a été déjà examinée le 1er octobre dernier par la Commission technique de sécurité (CTS) que dirige le général Michael Lollesgaard de la MINUSMA.

Elle pourrait prendre une forme plus précise après-demain avec la réunion à Gao du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC). La CTS enregistrera également une avancée intéressante lorsque la CMA proposera ses six sites de cantonnement comme l’a déjà fait la Plate-forme. Sur ces deux points, les choses peuvent avancer à une bonne cadence si la bonne foi reste un principe de travail partagé.

Par contre, la reprise des cours dans la capitale de la 8ème Région représente un challenge d’une complexité différente, mais extrême. La ville, d’où l’école est absente depuis quatre ans, impose à l’habitant lambda une insurmontable difficulté à vivre. Il n’est pas étonnant qu’au fil des mois ont quitté Kidal tous ceux qui avaient la possibilité de se faire accueillir ailleurs et qui n’en pouvaient plus de vivre dans la précarité et dans l’anxiété.

Réussir la réouverture des écoles dans la zone grise qu’est aujourd’hui la ville pose une série de problèmes de taille au gouvernement et testera de manière décisive l’aptitude à la coopération de la Coordination. Le premier affronte notamment les handicaps cumulés du non redéploiement de l’Administration dans la capitale régionale et dans les chefs-lieux de préfecture, la dispersion du personnel enseignant, le délabrement avancé des infrastructures scolaires et le casse-tête de la sécurisation des agents publics.

Même si ces obstacles étaient levés, l’administration ne pourra se soustraire à l’obligation d’une collaboration très poussée avec la CMA. Celle-ci se verra impliquée par la force des choses dans la sécurité des enseignants et dans le bon déroulement des cours. Or, il n’est pas inutile de rappeler les multiples immixtions extérieures enregistrées dans un passé proche au niveau des écoles situées dans les localités occupées par la rébellion. Les perturbations provenaient de responsables zélés qui estimaient trop « malien » le contenu de certains enseignements dispensés et se donnaient donc le droit de les censurer.

Mais quelque soient les réaménagements qu’il fera dans ses intentions initiales, le gouvernement n’à d’autre choix que de rester en position d’initiative. L’Accord lui impute clairement une responsabilité décisive dans la réussite des actions programmées en faveur de la paix et de la réconciliation. Et les résultats qu’il obtiendra en ce sens serviront de baromètre à la communauté internationale pour évaluer les progrès accomplis par notre pays dans la voie de sa reconstruction.

PLUS D’INTERACTION AVEC LES POPULATIONS. C’est d’ailleurs ce qu’a fait comprendre la réunion consultative ministérielle sur le processus de paix malien qui s’est tenue le 1er octobre dernier à New York au siège des Nations unies. Au-delà des recommandations assez prévisibles, le plus intéressant dans les conclusions est que celles-ci expriment un certain nombre de remarques critiques par rapport au fonctionnement de la MINUSMA.

La réunion a certes insisté sur l’urgence de faire atteindre « sans tarder » à la Mission sa pleine capacité opérationnelle. Mais en attendant qu’arrivent des moyens supplémentaires, elle a incité cette dernière – ainsi que cela lui a été notifié dans la résolution 2227 CS du Conseil de sécurité – « de prendre toutes les mesures nécessaires pour s’acquitter de son mandat dans les limites de ses capacités et de ses zones de déploiement, y compris en soutien aux autorités maliennes ».

La réunion a aussi suggéré à la Mission d’améliorer « son interaction avec les populations » et « de communiquer avec les forces de défense et de sécurité maliennes pour mieux faire connaître et comprendre son mandat et ses activités ». Ces remarques rejoignent en creux celles des autorités maliennes et les griefs de l’opinion publique. En certaines circonstances, la Mission onusienne a donné la nette impression de rester en deçà de ce que lui permettait sa capacité d’intervention. En d’autres, elle s’est aventurée dans des domaines qui relevaient des prérogatives de l’Etat. Dans un troisième type de situations, elle a laissé planer une sensation de partialité dans ses décisions.

La marche de protestation organisée le week-end dernier par la Coordination des organisations du mouvement démocratique (COMODE) n’est malheureusement que la confirmation d’un malentendu qui ne se résorbe guère.

Le quatrième trimestre 2015 nous permettra aussi d’étalonner l’effort fait pour réduire l’insécurité dans notre pays. Une insécurité qui a été à la base du report des élections communales et régionales. Les faits objectifs et le ressenti des citoyens se sont alliés pour inciter le gouvernement à une décision qui respecte un principe élémentaire : le droit de tout citoyen malien d’exercer sans crainte, ni danger son devoir de citoyen en n’importe quel lieu du territoire national.

C’est ce droit dont il faut rétablir aussi vite que possible l’exercice en circonscrivant plusieurs menaces. Le péril d’une extension des actions terroristes vers le Sud, qui était d’une préoccupante actualité il y a quelques mois, paraît considérablement atténué. Par contre, les attaques sporadiques et meurtrières ainsi que le travail d’intimidation des populations menés au centre de notre pays montrent bien que la volonté des terroristes de réussir une implantation forte et durable n’est guère entamée. Et qu’elle vient accentuer le péril venant du Septentrion.

La conjoncture actuelle incite à être volontariste et à prendre le pari que le quatrième trimestre 2015 pourrait marquer un tournant dans la réduction de l’imprévisibilité pour notre pays. Cela nécessite que vision, constance et lucidité continuent à marquer la démarche du gouvernement. Cela ne vaut que si les mouvements politico-militaires acceptent les compromis qu’appelle la reconstruction d’un avenir commun. Cela impose que les populations se reconnaissent dans les avancées acquises et amplifient celles-ci par leur implication. Cette dernière conditionnalité pèse d’un poids décisif, car elle consacre la réussite des deux premières.

 

 

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