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Les enjeux d’une « visite d’Etat »

by sur 19 octobre 2015

D’accord, il y a le faste, les rencontres,  les échanges, le souvenir et le business.

Mais l’Histoire s’invite aussi au rendez-vous parisien d’IBK le malien.

Et on se souvient que les relations (y compris les plus récentes) entre l’ancien pays colonisé et l’ancien pays colonisateur, ont parfois laissé des traces amères.

Petit(s) retour(s) en arrière

IBK A PARIS : Les sujets qui fâchent en filigrane

HAROUNA TRAORE – Les échos – 19 octobre 2015 

Des écoutes téléphones dans l’affaire Tomi à la complicité entre la France et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en passant par l’accord de défense entre les deux pays, le président de la République n’aura que l’embarras du choix lors de son périple français de la semaine prochaine, à moins qu’il ne décide de s’en tenir à son agenda officiel.

 Le président de la République sera en visite officielle en France à partir du mardi 20 octobre prochain. Pendant trois jours, Ibrahim Boubacar Kéita et son homologue français passeront en revue les grands axes de la coopération franco-malienne. Le dirigeant malien aura l’occasion de remettre sur la table les sujets d’intérêt commun et les points qui fâchent. Ceux-ci ne manquent pas aujourd’hui quand on sait que les relations entre les deux pays ont pris une autre envergure depuis l’éclatement de la crise multidimensionnelle du Mali en 2012.

En tant que partenaire stratégique, la France n’est pas restée en marge de ce que vit notre pays. Elle y a renforcé sa présence en intervenant dans plusieurs domaines. Mais, ses interventions ont laissé un sentiment mitigé chez les Maliens, y compris les gouvernants actuels. Tantôt l’ex-puissance coloniale est vue comme un « sauveur », tantôt on lui prête le manteau d’un « impérialiste » aux desseins inavoués.

Maintes fois, IBK ne s’est pas fait prier pour égratigner son « ami » Hollande soit dans la presse française ou lors de cérémonies publiques devant le corps diplomatique. Il devra donc saisir cette aubaine pour dire au chef de l’Etat français ce que le Mali attend de la France et ce que celle-ci pourrait attendre de notre nation. IBK aura ainsi balisé le terrain pour une coopération sincère et efficace.

La France est indexée dans la crise du Nord-Mali. Bien qu’elle ait significativement contribué à débarrasser le septentrion des jihadistes, à travers l’opération Serval devenue Barkhane, la France s’est pris les pieds dans le tapis. Elle est aujourd’hui sous les feux des critiques.

L’opinion publique ne comprend toujours pas la complicité entre l’ex-puissance coloniale et les séparatistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Se basant sur des raisons obscures, les soldats français avaient empêché le redéploiement de l’armée malienne à Kidal, au lendemain de la libération de cette dernière localité. Depuis lors, les sécessionnistes et les forces françaises se côtoient à Kidal, où les symboles de l’Etat ont été saccagés.

Affaire et accord

Aussi, des sévices corporels sont infligés aux populations dénuées du minimum vital. Après plusieurs années de fermeture, les écoles sont sur le point de rouvrir, conformément au souhait de l’ambassadeur de France à Bamako, Gilles Huberson. « Je souhaite que la rentrée scolaire puisse être effective à Kidal avant la rencontre du 22 octobre 2015 (Ndlr la rencontre des donateurs à Paris). Ça sera une excellente chose. J’invite toutes les parties à travailler à cela », vient de déclarer le diplomate français.

L’influence de la France dans la zone est incontestable. Et il paraît de plus en plus clair qu’elle tire les ficelles, surtout après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation. Par conséquent, IBK devra, lors de sa visite, assener ses vérités à Hollande en réitérant notamment certains propos qu’il avait tenus dans la presse française à la veille du sommet de l’Elysée en décembre 2013. Ce ne serait pas trop demander à un président en quête de rachat et dont le pays se trouve dos au mur.

Un flou artistique entoure aussi l’accord de défense franco-malien. Signé le 16 juillet 2014 entre la France et le Mali, le deal contient beaucoup de volets dont on ne voit pas les effets sur le terrain aujourd’hui. Par exemple, dans le document, il est clairement dit que « par le présent traité et dans le respect de leurs engagements internationaux, les parties s’engagent dans une coopération en matière de défense afin de concourir à une paix et une sécurité durables sur leur territoire, notamment par la sécurisation des espaces frontaliers et la lutte contre le terrorisme, ainsi que dans leur environnement régional respectif ».

L’existence du MNLA contredit certainement cette partie de l’accord de défense. Beaucoup de dirigeants de ce mouvement armé ont des liens avec les narcotrafiquants, qui sont presqu’indissociables des groupes terroristes opérant dans le septentrion malien. Or, les forces françaises ont collaboré avec le MNLA avant que Barkhane ne prenne la relève. IBK aura la lourde responsabilité de rappeler à son ami Hollande que certains aspects de l’accord de défense doivent être appliqués.

Que dire des écoutes téléphoniques ordonnées par la justice française dans le cadre de l’affaire Tomi ? Les révélations du journal « Le Monde » ont suscité colère et indignation au Mali. Nos compatriotes étaient furieux d’apprendre que la première institution du pays qu’est le président de la République avait été incidemment écoutée par la justice française pendant plus d’un an. Et les conversations ont été publiées dans divers medias.

L’ombre de ces révélations planera aussi sur les échanges entre IBK et Hollande. Il reste à voir si le locataire de Koulouba aura le courage de revenir sur ce « scandale » avec son homologue français. Il y a intérêt, car cette affaire a non seulement écorné son image mais surtout celle de l’institution qu’il représente. A l’époque des divulgations, le président avait insinué un complot ourdi contre sa personne. Aujourd’hui, il doit préserver l’honneur de son pays, même si cela nécessite un message aux autorités françaises.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

 

IBK impose le respect du grand Mali à la France de François hollande : Pour la première fois en 55 ans de coopération bilatérale, un Président Malien s’y rend en visite d’Etat

Ahmed M. Thiam le 18 octobre 2015

Contrairement à ce que bon nombre de nos compatriotes pouvaient s’imaginer, c’est demain mardi que  pour la première fois de notre histoire contemporaine, qu’un président de la République du Mali effectuera une visite d’Etat en France. Du 20 au 24 octobre 2O15 date historique à retenir dans nos annales diplomatiques, les Champs-Elysées seront parés aux couleurs nationales du Mali avec tout le protocole qui va avec. Durant son séjour, le président IBK coprésidera avec son homologue français le Sommet de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui se penchera sur le développement du nord  Mali. Après 55 ans de coopération bilatérale, la France vient de désigner le président malien le plus francophile de son histoire. Cet honneur n’a pas échu au Père de la Nation, premier président du Mali indépendant, Modibo Keita, ni au Général Moussa Traoré pourtant connu comme l’homme de la France du coup d’Etat du 19 novembre 1968, ni au premier président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré, ni à ATT, le grand ami de Chirac, ni au président de la Transition Dioncounda Traoré qui fit vivre pourtant à François Hollande « la journée la plus importante de sa vie politique ». Retour sur cinquante-cinq ans de coopération bilatérale Mali-France.

 

La visite d’IBK en France prouve à suffisance que, plus de 55 ans après l’indépendance du Mali, le pays n’arrive toujours pas à s’affranchir de la tutelle française. Certes, le séjour du président de la République en France sera, à coups sûrs bénéfique pour le pays. Mais, il est au-delà des faits, des signes qui ne trompent point. Pourquoi ce sommet ne s’organise-t-il pas au Mali ? Pourquoi François Hollande se propose-t-il de coprésider ce sommet dédié au cas spécifique du Mali ? Dans les lignes qui suivent nous tenterons autant que possible de brosser une analyse des plus objectives possibles des relations bilatérales entre le Mali et la France, de l’indépendance à nos jours.

Le Mali de Modibo Keita de 1960 à 1968 : S’affranchir de la tutelle française

Aux premières heures de l’indépendance, le père de la Nation, le président Modibo Keita, soucieux de jeter les bases d’un véritable Etat-Nation, a œuvré pour se débarrasser de l’influence de l’ex puissance colonisatrice sur le Mali. Pionnier avec le Ghana et la Guinée dans la lutte pour l’émancipation des peuples africains, le Mali se tourna vers le bloc bolchévique alors que des pays frontaliers continuaient à entretenir des relations étroites avec la France. Le président Modibo Keita, fier et altier de ses origines mandingue et de l’histoire du jeune Etat malien qu’il voulait grand à l’image des empires qui se sont succédé sur cette terre africaine, ne pouvait s’allier à la France colonisatrice auteure de plusieurs crimes et exactions sur les populations autochtones ainsi que du pillage systématique de nos ressources.

La politique d’affranchissement et d’émancipation progressive du Mali menée par le président Keita ne plaisait évidemment pas à l’Hexagone.

Le Mali de Moussa Traoré de 1968 à 1991 : l’apogée de la France-Afrique au Mali

Ainsi, le 19 novembre 1968, le lieutenant Moussa Traoré ancien élément de la légion étrangère de l’Armée française avec le soutien de Jacques Foccart renversa le pouvoir du président Modibo Keita. La main invisible de la France derrière ce coup d’Etat militaire destiné à mettre fin à un régime qui courageusement osa affronter la toute puissance impériale de la France colonisatrice fut sans équivoque. La dictature du Général Moussa Traoré durera 23 ans. Au Mali, le régime est désormais beaucoup plus tourné vers Paris. Toutes les violations des droits de l’Homme passent sous silence. C’est le coût de la complicité entre Koulouba et l’Elysée. En 1991 à la conférence de la Baule, le président socialiste français François Mitterrand prit le sens de l’Histoire en  « imposant »  la Démocratie aux Chefs d’Etats africains. Dans les relations bilatérales entre la France et ses anciennes colonies, la Démocratie devenait ainsi « l’évidence absolue » en matière de gouvernance. Mitterrand subordonnera même l’aide publique de la France à l’accès des populations à la Démocratie : “il est évident que cette aide sera plus tiède devant des régimes autoritaires et enthousiaste vers ceux qui franchiront ce pas“.

Comble de l’Histoire, l’homme de la France, Moussa Traoré y affirmait de manière sarcastique que “si le peuple désire le parti unique, c’est une forme de démocratie pour nous”. Il déclara aussi que la Démocratie ne saurait être une camisole de force, que la République du Mali ne saurait recevoir de leçon de Démocratie de quiconque. La suite, on la connait.

Avec l’avènement de la Démocratie, les relations franco-maliennes sans être au beau fixe, furent moins tendues, de Alpha Oumar Konaré à ATT. Mais c’est véritablement en 2012 avec l’occupation des 2/3 du territoire national par des forces obscurantistes, que la France soumettra finalement le Mali dans son giron.

Le Mali d’IBK : plus que jamais « pacifié » et parrainé par la France    

En janvier 2013, pour ouvrir cette nouvelle page de l’Histoire diplomatique entre le Mali et la France, la conjonction d’une série de facteurs offrira l’occasion à la France de revenir en force dans un pays qui ne lui avait jamais été acquis auparavant. Le sentiment « anti français » des maliens céda la place à une francophilie sans précédent grâce à l’opération Serval qui intervint pour mettre fin à l’avancée des groupuscules terroristes armés vers le sud du pays. En quelques jours, la capacité de nuisance d’Ansar Dine, d’Aqmi, du Mujao et compagnie est fortement réduite. Le Mali recouvre en grande partie son intégrité territoriale sauf Kidal verrouillé aux forces régulières par les désirs hégémoniques de l’Etat français. Le 2 février 2013, le président Hollande est accueilli par une foule en liesse à Tombouctou où il est fait citoyen d’honneur et déclarer par les médias le 334 saints de la ville.

Les faces cachées de cette opération seront révélées par l’un des anciens présidents français  Valérie-Giscard d’Estaing qui déclara à cette occasion à France 2 que l’opération Serval comportait « une évolution de type néocolonialiste». Par la suite, Serval fera sa mue en juillet 2014 en devenant Barkhane avec un champ d’opération étendu à tout le Sahel.

Si l’opération Serval a été plus que salutaire pour le Mali et au-delà pour tous les pays de la sous-région, il est la preuve incontestable de l’échec de l’appareil étatique. Le fait que la France parraine toujours le Mali devant la Communauté internationale n’est que la résultante de la faillite de la Gouvernance au Mali. Pour rappel, c’est François Hollande, le 27 septembre 2012, qui lança un appel d’aide au Conseil de Sécurité de l’ONU pour la mise en place d’une force internationale pour le nord malien. Une autre initiative de la France, la Conférence des donateurs de Bruxelles tenue le 15 mai 2013 où près de 3 milliards d‘euros d’engagement d’aides ont été promis pour le développement du Mali. Et c’est encore, grâce à l’appui de la France que  se tiendra demain à Paris un Sommet de l’OCDE consacré au Mali. Autant dire que la main du parrain français est toujours présente auprès de son camarade malien IBK.

Le rêve d’un Mali indépendant économiquement fort et politiquement audible du président Modibo Keita est pourtant toujours à portée de main

Ce n’est pas parce que la chose est difficile que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas que la  chose est difficile, dit un dicton. Certes, un pays très peu développé comme le Mali ne peut prétendre à une souveraineté pleine et entière quand sa puissance économique ne lui permet pas dans un contexte international où les Etats sont classés par rapport à leur développement socio-économique respectif. En droit international, le respect se mérite et ne s’impose pas. Il ne dépend pas forcement de la puissance militaire ou économique de l’Etat mais de la bonne gouvernance dont le pays fait montre. Des exemples comme celui du Rwanda nous montrent à suffisance que la grandeur d’un pays ne se mesure pas à l’aune de sa superficie et de ses ressources énergétiques. La puissance des Etats est fonction de la qualité de ses ressources humaines. Et c’est en travaillant sur l’homme malien en mettant son éducation et sa formation au centre de toutes nos politiques publiques que le Mali de Modibo Keita fera son « come-back » dans le concert des Nations avec une voix qui compte. Il n’y a de richesse que d’homme. Le président IBK lui-même en a connaissance puisqu’il affirme tant qu’il en a l’occasion que nul ne sera invité au banquet officiel qu’il ne l’aura mérité. M. le président, le temps presse. Un Mali grand, c’est maintenant.

Encadré

Qu’est-ce qu’une visite d’Etat ?

La visite d’Etat est le rang protocolaire le plus élevé dans la hiérarchie des visites. Il y en a quatre ou cinq par an en France. Juste en dessous, il y a les visites officielles (une cinquantaine par an). Encore en dessous, les visites de travail et les visites privées (il y en a des centaines par an). La différence entre une visite d’Etat et une visite officielle est importante : le visiteur officiel se rend dans une capitale étrangère pour s’y entretenir avec les autorités de ce pays et y travailler. L’hôte d’Etat, en revanche, rend visite à un pays, à un peuple ; les plus hauts représentants de l’Etat l’invitent, le reçoivent et l’accompagnent.

Origine de la visite

Une visite d’Etat est décidée d’un commun accord entre les deux pays concernés. Une fois que la visite est actée, il y a des repérages plusieurs semaines à l’avance. Et quand elle commence, le programme est réglé au millimètre.

Accueil

Lors des visites d’Etat, la partie protocolaire l’emporte sur le fond. Les marques de la relation privilégiée doivent être très visibles. Le chef d’Etat ou de gouvernement est accueilli à l’aéroport par un membre du gouvernement français au pied de l’échelle, plusieurs centaines de militaires, hélicoptère jusqu’aux Invalides, escorte à cheval vers l’Elysée et Marigny. La visite d’Etat commence toujours un lundi à la mi-journée. Le Secrétaire général de la présidence vient chercher l’hôte à Marigny et le conduit pour un entretien à l’Elysée, puis grand dîner. Le mardi, montée et descente des Champs Elysées, dépôt de gerbe, déjeuner chez le premier ministre, puis, réceptions à l’Assemblée nationale et au Sénat. “Il y a toujours un déplacement en province accompagné par un membre du gouvernement”.

 

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