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Bamako-Paris : une relation à réinventer

by sur 21 octobre 2015

Suites des réactions maliennes à la visite d’Etat d’IBK à Paris.

Mali : Paris-Bamako : une relation désormais à réinventer

Adam Thiam  – Le Républicain  – 21 octobre 2015

Le 11 janvier 2013, alors les jihadistes dictaient leur loi à Konna, préfiguration sans doute de ce qui allait se passer pour le reste du Mali, la France accourue à nos chevets est la France exemplaire.

Celle qui, collée à sa généreuse devise, a entendu les complaintes des bras coupés, des corps flagellés, des jeunes filles violées.

Celle qui face à l’opportunité unique de solder l’Histoire n’hésita pas à engager la vie de ses intrépides soldats sur le sol ingrat du Sahel. C’est  cette France que notre pays a accueilli, le 2 février 2013 Le Driant en larmes à Tombouctou et à Bamako Hollande qui exprima son émotion devant les drapeaux jumelés de la France et du Mali.

C’est la même France qui tentera ce matin et les jours à venir de se rouvrir au Mali. Visite d’Etat dont le rare relief n’a d’égal que le désamour inexplicable qui était (espérons que l’imparfait demeurera) de s’installer entre l’Etat français et le peuple malien.

Nous avions pourtant réussi le plus difficile : écrire ensemble les plus belles pages de fraternité et de solidarité aux heures sombres de l’histoire malienne et ce, jusqu’à l’accord de Ouagadougou en juin 2013 où la sagesse prévalant, rebelles de l’Azawad et gouvernement malien ont apposé leur signature sur un document dont on n’attendait plus que la traduction sur le terrain pour récolter les dividendes de la paix.

Il était peut-être écrit que cette paix n’allait pas se faire tout de suite, que la zizanie allait faire trembler encore le Mali  et que le nouveau pouvoir incarné par un IBK triomphalement élu passerait par son chemin de croix pour enfin se féliciter d’un nouvel accord de paix près d’un an après son investiture.

Entretemps, beaucoup de choses se sont passées dont la plus importante est qu’aux yeux du Malien lambda, la France fait manifestement partie des fauteurs de paix au Nord du Mali, la main invisible derrière les indépendantistes. Indice flagrant du désamour : le drapeau qui a été tant chéri aux premières heures de 2013 est brûlé à Bamako dans une marche de protestation contre la France et l’Onu. Alors que si tout s’était passé comme attendu, rien n’aurait été de trop pour célébrer le compagnonnage réinventé du Mali et de la France, y compris une avenue Damien Boiteux, le premier soldat de Serval mort pour la liberté des Maliens.

Voilà. Mais il ne sert à rien de se lamenter. Il s’agit de saisir l’opportunité de la visite parisienne hautement symbolique d’Ibrahim Boubacar Keita comme le top-départ d’une nouvelle relation basée sur le respect mutuel, la mise en œuvre des engagements pris, l’intégrité territoriale du Mali.

Les champs Elysées pavoisés aux couleurs du Mali ? Cela ne peut pas ne pas nous rendre fiers en tant que Maliens. Mais que le drapeau malien claque dans le vent partout à Kidal est surtout ce que nos compatriotes réclament. Oui également aux honneurs. Mais comme eut à le dire Césaire sur les Antilles, « nous sommes un pays, pas un paysage, un peuple pas une peuplade ».

Un pays très fier avec un peuple resté sain pour qui sait le voir.

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