Skip to content

Mali : ça avance, mais l’avenir reste incertain

by sur 23 octobre 2015

On constate de légers progrès dans la situation malienne; mais l’av enir reste incertain, tant à l’intérieur du pays, qu’à l’extérieur, tant le Sahel est une poudrière.

Le terreau social du terrorisme n’a pas été éradiqué au Mali, le terrorisme djihadiste reste présent… et les fonds alloués n’ont pas souvent été bien ciblés.

Mali : la France se félicite de son intervention, mais l’avenir reste incertain

Sarah Diffalah – Le Nouvel Observateur – Publié le 22-10-2015 à 18h16

François Hollande, qui accueille pour deux jours, le président malien Ibrahim Boubakar Keita, se félicite de la stabilité retrouvée au Mali. Dans les faits, le chemin pour la sécurité est encore long.

Les Champs-Elysées ont été décorés aux couleurs du Mali pour l’occasion. Le président malien, Ibrahim Boubakar Keita, dit IBK, a eu le droit à tous les fastes pour sa visite d’Etat de deux jours en France. Paris fait valoir que cette visite « tombe à un moment important dans le règlement de la crise malienne avec une accélération de la mise en œuvre des accords d’Alger depuis septembre ». François Hollande promet que la France « restera en première ligne » dans l’aide au Mali.

« Ce qui a été possible en à peine trois ans (…), trois ans pour passer de l’état de guerre à l’état de paix, trois ans pour vaincre le terrorisme qui allait envahir tout le pays, trois ans pour assurer une réconciliation, eh bien, ce qui a été possible pour le Mali doit être possible au-delà du Mali », a-t-il encore dit jeudi 22 octobre.

C’est vrai, la France peut se féliciter. Les mesures prises par François Hollande pour le Mali ont été une réussite : depuis l’intervention militaire française dans le nord du Mali, le pays va mieux, les djihadistes n’ont pas déferlé à Bamako. La sécurité est désormais assurée par les forces de maintien de la paix des Nations-unies, la Minusma, aidée par la France.

Les élections qui se sont tenues à la suite de l’opération militaire, se sont déroulées dans de relatives bonnes conditions. Des accords de paix, après huit longs mois de pourparlers, ont été signés en mai et en juin entre les différents groupes rebelles du nord et Bamako et prévoit un retour progressif de l’administration et de l’armée malienne sur l’ensemble du territoire, notamment dans le nord.

Le pire a été évité, le chemin a été long, mais rien n’est réglé et les problèmes de fond demeurent.

« Le terreau du terrorisme n’a pas été éradiqué« , estime Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Iris, en charge de l’Afrique.

Des djihadistes toujours présents

Si l’opération Barkhane (1.300 militaires pour le seul Mali sur les 3.000 présents au Sahel) a permis de disperser les djihadistes qui opéraient dans la région, ces derniers sont toujours présents. Des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères. Les groupes djihadistes, très mobiles, ont encore la possibilité de mener des actions individuelles partout au Mali.

Longtemps concentrées dans le nord, les attaques djihadistes se sont étendues depuis le début de l’année vers le centre du pays, puis à partir de juin au sud, aux frontières avec la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. En mars, une attaque, revendiquée par le groupe de Mokhtar Belmokhtar, dans un restaurant du centre de la capitale malienne avait fait 5 morts.

« Ces mouvances sont dans des logiques de guerre asymétrique avec des cellules dormantes un peu partout. Elles n’ont pas perdu leur capacité de nuisance. Et on trouvera toujours des jeunes, sans perspective d’avenir, prêts à être rémunérés par ces groupes qui mêlent mafia et religion« , explique Philippe Hugon.

Kidal reste toujours une épine dans le pied de la France et du Mali. La ville, dont la population reste très hostile au gouvernement, est toujours sous le contrôle du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), principal groupe séparatiste.

L’armée malienne n’y a pas droit de cité et l’opération française n’a pas pu y accéder non plus. Par conséquent, les djihadistes s’y cachent toujours, dont les djihadistes d’Ansar Dine.

Des accrochages fréquents entre tribus

Les accords de paix devaient instaurer une paix durable dans le nord du pays et répondre aux différentes revendications des groupes touaregs, armés qui sont à l’origine des troubles qui ont déstabilisé le nord du pays depuis 2013. Les tensions communautaires se sont certes calmées, mais n’ont pas disparues. Il faut savoir que le nord Mali, territoire immense, avec très peu de richesses économiques exploitables, n’est pas uni.

La région est composée de Touaregs, mais aussi de Peuls, d’Arabes, de Sonrhaïs, d’immigré du sud du Mali, à l’instar des Bambaras. Par ailleurs, au sein même des Touaregs, le contrôle du jeu politique passe par des appartenances aux différentes tribus. Pour complexifier la situation, tous ont en commun des intérêts pour le contrôle des trafics. Certains n’hésitant pas à s’allier à Al-Qaïda au Maghreb islamique qui veut aussi sa part du gâteau.

De fait, de nombreux accrochages meurtriers sont encore fréquents entre les groupes armées pro-gouvernements (la Plateforme) et les CMA, l’ex-rébellion. Le 19 octobre dernier, les parties se sont engagées à respecter les accords de paix et ont signé un cessez-le-feu.

Des fonds mal ciblés

La question du développement est pour toutes ces raisons primordiales. Mais là encore, l’accord signé est loin de permettre une amélioration de la situation. Human Rights Watch (HRW) estime qu’il reproduit les erreurs du passé, en favorisant une politique de décentralisation et de clientélisme. L’organisation regrette que le texte évoque peu les questions d’accès aux services sociaux de base, d’emploi et de justice. « La priorité donnée à la sécurité a relégué au second plan le difficile combat pour restaurer l’utilité sociales de l’Etat sur l’ensemble du territoire malien« .

Ce n’est qu’à la mi-octobre qu’une délégation de Bamako s’est rendue à Kidal pour évaluer les besoins de la population. RFI raconte que depuis 2012, les écoles de la ville n’ont pas toutes rouvert, seulement quelques centres médicaux sont en activité et un seul groupe électrogène alimente la ville, quand il n’est pas en panne.

La France a déjà octroyé 300 millions d’euros de prêts et d’aide en 2013. Cette somme est versée entre 2015 et 2017. Elle a également annoncé 360 millions d’euros supplémentaires, dont 80 millions destinés au nord du pays, jusqu’en 2017. Si elle n’est pas la seule à contribuer au développement du Mali, on est loin des 3,5 milliards nécessaires pour reconstruire le pays.

Aussi, Philippe Hugon estime que les bailleurs sociaux ciblent mal les canaux de distribution des fonds. « Ils ne font pas appel aux personnes qui connaissent bien le terrain, comme les ONG et les chercheurs. Ils pourraient aussi faire appel à la diaspora malienne par exemple. Ce ne sont pas des grands projets, comme ceux menés par Jean-Louis Borloo [à travers sa fondation « Énergies pour l’Afrique », ndlr] qui vont faire redémarrer le pays. Il faut connaître les réalités du terrain, avoir des approches plus modestes, plus sectorielles avec des acteurs multiples à l’échelle infra-nationale. »

 

Réconciliation nationale : le train avance

Le Journal du Mali – Par Célia d’ALMEIDA – 22/10/2015

Ni pessimisme, ni optimisme béat. C’est ainsi que l’on peut résumer le sentiment que livre la « rue malienne » depuis quelques jours. Même si le calumet de la paix n’a pas fini de faire sa ronde…

Tout a commencé à la mi-octobre. Un peu moins de quatre mois après la signature « totale et complète », par tous les protagonistes, de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, négocié pendant de longs mois dans la capitale algérienne, les Maliens, leurs partenaires, et la communauté mondiale étaient dans l’attente de la suite des évènements. La surenchère militaire et le regain de tension sur le terrain les jours et les semaines qui ont suivi le 20 juin ainsi que les combats meurtriers du mois d’août, ne laissaient guère place à l’optimisme, même si les efforts se multipliaient pour que le dialogue s’installe et qu’enfin, se taisent les armes.

Les signaux forts

C’est ce silence assourdissant qui règne au nord du Mali et même sur le front sud ouvert en juin dernier, et ce depuis un peu plus d’une semaine. « Les choses bougent et on espère que ça va continuer. On est fatigué », résume assez bien B. Traoré, enseignant. Premier mouvement positif, la mise en place du Comité de suivi de l’accord (CSA) de paix issu du processus d’Alger.

Malgré des difficultés, il s’est réuni à plusieurs reprises et a posé les préalables à une mise en œuvre réussie de l’accord. C’est surtout la composition définitive de ses membres qui pose problème, mais les différents acteurs, en particulier le gouvernement et la médiation, semblent décidés à aller de l’avant.

Opération réussie, puisque malgré leurs réticences, tous les acteurs participent désormais aux rencontres et un cadre est en cours d’élaboration pour faciliter l’inclusion de ceux qui ne sont ni membres de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ni membres de la Plateforme, en l’occurrence, la Coalition du peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des mouvements des forces patriotiques 2 (CMFP2).

Second mouvement, l’annonce la semaine dernière, de la signature de la « paix tribale » à Anefis, entre tribus Ifoghas et Imghad, sous couvert de la CMA et de la Plateforme. Cette localité, disputée par les armes et au prix de dizaines de vies humaines, a été le théâtre d’une rencontre historique de plusieurs responsables politiques et militaires des deux formations et de « plus de 1 000 personnes venues de Tombouctou, Gao, Ménaka, Taoudeni, Kidal et de l’extérieur ».

Une réunion qui a abouti à des engagements en faveur de la cessation des hostilités, la libération des personnes détenues du fait du conflit entre les deux parties, la mise en place d’une commission conjointe chargée d’identifier et de régler tous les conflits intercommunautaires qui grèvent la paix dans le pays et la libre circulation des personnes et de leurs biens.

Troisième mouvement, la nomination, le 14 novembre dernier, en Conseil des ministres, de Madame Nina Wallet Intallou, 51 ans, membre fondateur du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et membre de son Bureau exécutif en tant que 1ère vice-présidente de la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR), nouvelle formule.

Une avancée majeure, qui suit d’autres nominations de membres ou de proches des différents groupes armés à des postes de responsabilité dans l’appareil d’État. Un acte salué par les Nations unies, à travers la MINUSMA qui a tenu à indiquer qu’il permet de réaffirmer « la marche résolue vers une paix durable et inclusive ».

Les sceptiques souhaitent être confondus

« Trop beau pour être vrai », répondent ceux qui préfèrent rester sur leurs gardes. En prenant sa plume pour son exercice hebdomadaire, l’éditorialiste et non moins président de la Maison de la presse, Dramane Aliou Koné, a écrit ce que pensent bon nombre de Maliens : les choses se passent trop facilement et il faut rester sur ses gardes !

Notre confrère souligne la coïncidence de certains faits de nature à perturber les plus optimistes. Entre autres, la concomitance de la nouvelle entente entre frères encore ennemis il y a quelques semaines, et la visite d’État en France du président malien.

Faits auxquels il ajoute bien volontiers l’octroi d’une enveloppe supplémentaire de 200 milliards, dont « une partie substantielle pour le nord ». Il n’en faut guère plus pour étayer le discours dénonciateur envers la France, partisane du double-jeu et les autorités maliennes, « naïves » de croire à cette embellie soudaine.

« Nous savions que l’application de l’accord allait être encore plus difficile que le chemin qui nous a mené à l’accord », reconnaissait il y a quelques jours, face à la communauté malienne d’Allemagne, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, acteur majeur du processus de négociation. « Et pourtant, Dieu sait dans quelles conditions nous avons discuté, avec une partie qui ne voulait même pas être dans la même salle que l’autre. Si aujourd’hui, ils s’entendent, cela ne peut qu’être positif pour le Mali et ses filles et fils qui n’ont que trop souffert », a-t-il ajouté.

La réconciliation entre la CMA et la Plateforme signifie-t-elle alors le retour à la paix ? Bien entendu, ce n’est pas automatique, répond-on au ministère de la Réconciliation nationale. Mais, il va sans dire que « la volonté est là. On avance à petits pas et la tenue de la rentrée scolaire à Kidal, malgré l’absence des membres du gouvernement, en est la preuve », déclarait ce 19 octobre, un responsable de la CMA.

Prochaines étapes ?

« Nous travaillons maintenant à renforcer la collaboration. Il y a plusieurs acteurs sur le terrain, il faut qu’ils se donnent la main, surtout sur le plan sécuritaire », assure Zeini Moulaye, conseiller aux Affaires étrangères. Des patrouilles mixtes vont être créées pour inclure les différents groupes dans la sécurisation des populations, mais aussi des axes routiers. La question du désarmement est la suivante, « car s’il y a combats, c’est qu’il y a des gens qui ont des armes et se baladent avec », continue-t-il. Le processus DDR, le travail de renforcement de l’armée nationale, mais aussi le retour par étapes mais irréversible de l’État sur toute l’étendue du territoire national sont les priorités de l’heure, dira le ministre des Affaires étrangères.

Reste une question épineuse, « que le gouvernement n’a pas l’intention d’esquiver », assure M. Zeini Moulaye. « La justice sera rendue. Une commission d’enquête internationale, avec toutes les garanties d’impartialité, va bientôt être créée pour faire la lumière sur tout ce qui s’est passé depuis 2012 », explique-t-il. Les violations des droits de l’Homme seront recensées et certaines iront devant les tribunaux tandis que d’autres seront soumises à d’autres mécanismes, dans le cadre de la justice transitionnelle, car même « dans l’accord, il y a des crimes qui ne feront pas l’objet d’amnistie».

Le processus de paix n’en est qu’à son début et quelques semaines après sa signature « complète », la mise en œuvre de l’accord, gage de réconciliation vraie, ne fait que commencer. « La direction est prise, et il n’y en a pas deux. Ou nous nous entendons pour avancer ensemble, ou d’autres le feront pour nous », conclut Abdoulaye Diop. Ce ne sera certes pas un long fleuve tranquille, mais plutôt un opéra en plusieurs actes que tous espèrent ne pas voir tourner en tragédie

Publicités
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :