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La France serait-elle comme la hyène ?

by sur 26 octobre 2015

On connaît le professeur Issa N’Diaye et ses analyses aussi mordantes que pointues sur la situation de son pays.

Il était intéressant de l’entendre et c’est « Info Sept » qui s’est chargée de l’interviewer, au retour d’IBK au pays, mais aussi, sur la situation au Nord.

A propos de la France, il reprend sans sourciller la formule du roi woolof qui s’opposa, les armes à la main, à la pénétration  française au Soudan à la fin de XIXème siècle,  Albouri N’Diaye  : « le français c’est comme l’hyène qui ricane. Il vous montre les dents, il a l’impression de vous sourire et si vous ne prenez garde, il profite de votre inattention pour vous mordre à pleins dents. »

Le Pr. Issa N’Diaye sur la visite d’état du président IBK en France : « Le premier président, SEM Modibo Keita, n’a jamais mis les pieds volontairement en France… »

Propos recueillis Par Dieudonné Tembely – Inf@sept du 26 Octobre 2015

« Avec cette visite du président IBK, c’est tout un autre comportement. Il y a des calculs politiques qui ne sont pas innocents ».

Le Pr. Issa N’Diaye qui n’est plus à présenter est un philosophe et un homme politique malien connu pour son franc-parler. Il dit tout haut ce que beaucoup de politiques murmurent tout bas. Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, l’universitaire-chercheur et président de l’association malienne « Forum civique », se prononce sur les questions brûlantes de l’heure dont la visite d’Etat du président IBK en France, les difficultés de la mise en œuvre de l’Accord, la signature récente d’un pacte d’honneur de cessez-le-feu entre les groupes armés de la CMA et du GATIA, les scandales à répétition qui éclaboussent le régime IBK et l’action de l’Opposition.

Infosept : Pour la première fois en 55 ans de coopération bilatérale, un président malien se rend en visite d’Etat en France. Quelle lecture faites-vous de cette visite d’Etat ?

Pr. Issa N’Diaye : Je pense que les français ont appris à connaitre et à décrypter les faiblesses de nos dirigeants. Pour une fois, ils essaient de satisfaire et de flatter leur égo à travers une visite d’Etat avec tous les honneurs.

Le président actuel de notre pays est assez connu pour son goût du faste et de la parade, donc il flatte son égo. Mais, derrière cette visite, il y a des calculs politiques qui ne sont pas innocents. Je fais remarquer que le premier président de la République du Mali SEM Modibo Keita, n’a jamais mis les pieds volontairement en France. Et, même lorsque son avion était en Europe, il ordonnait à son équipage d’éviter d’entrer dans le ciel français.

Avec cette visite du président IBK, cela veut dire qu’il y a tout un autre comportement. Par les temps qui courent, on a le sentiment qu’être reçu en visite d’Etat par un président français, c’est un grand honneur. Mais pourquoi faire tant d’honneur après avoir trainé un moment IBK dans la boue ? A mon avis cela veut dire que les enjeux stratégiques pour les français en ce qui concerne le Mali sont tels qu’ils sont obligés un peu de ménager la susceptibilité malienne.

C’est dans ce cadre-là qu’ils ont déroulé le tapis rouge au Président IBK. Certainement avec l’arrière-pensée que cela facilitera la signature d’un certain nombre d’accords qui vont satisfaire les intérêts stratégiques français. Je pense que c’est cette lecture là qu’il faut faire. Et cela me rappelle un des grands résistants africains en l’occurrence le sénégalais Albouri N’Diaye qui disait que « le français c’est comme l’hyène qui ricane. Il vous montre les dents, il a l’impression de vous sourire et si vous ne prenez garde, il profite de votre inattention pour vous mordre à pleins dents. »

Il faudrait aller derrière cette invitation pour essayer de voir les véritables intentions des français. Au regard de ce qui se passe au nord du Mali et surtout à Kidal, on peut se dire que ce n’est pas désintéressé de la part des français. De toutes les façons, la France n’a jamais été l’ami des Peuples africains, mais plutôt des dirigeants africains. Donc, il n’y a pas lieu de se faire trop d’illusion sur les conséquences de la visite du Président IBK en France.

Infosept : Est-ce à dire que vous ne croyez pas à des retombées économiques de cette visite ?

Pr. Issa N’Diaye : Je vois que les français ont annoncé 300 millions d’Euros qui restent une goutte d’eau dans l’Océan des besoins du Mali. Ensuite, je dirais que tout ne sera pas que de dons. Il y a une bonne partie qui constitue des prêts. Donc, nous endettons davantage les générations futures pour satisfaire l’égo de quelques-uns. Aussi, les projets, ce sont les bailleurs de fonds qui décident de la destination de ses financements.

Ce sont encore des entreprises européennes qui vont venir exécuter ces projets. Alors, quelle va être la rentabilité économique de ces projets décidés, financés et exécutés de l’extérieur et qui ne font qu’endetter nos générations futures ? Je doute d’une pareille approche. Tant qu’on ne demandera pas l’avis de la population pour la réalisation des projets, on va rater le cap du développement.

Infosept : Est-ce que par cette visite on peut dire que le Président IBK cité dans une affaire judiciaire en France ne sera plus inquiété ?

Pr. Issa N’Diaye : Je pense que tant qu’il satisfera les désirs français, il ne sera pas menacé. Je suis de ceux qui disaient depuis le début que le fait qu’on donne tant de publicité à ces affaires, c’est simplement qu’on court donc à la panoplie des moyens de pressions exercés sur lui pour le ramollir et faire en sorte qu’il soit moins tranchant par rapport aux desiderata des français.

Je pense qu’on mettra cela sous veilleuse tant qu’il filera droit en fonction des intérêts français. Et chaque fois qu’il tentera d’avoir des velléités d’autonomie, on brandira sur sa tête cette menace. Je pense que cette affaire est un moyen de chantages politiques.

Infosept : Parlant de l’accord de Paix et de Réconciliation de Bamako, quelles analyses faites-vous des difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre, notamment en ce qui concerne le Comité de suivi ?

Pr. Issa N’Diaye : Il fallait s’y attendre. Je pense que ces difficultés sont liées aux appétits des seigneurs de guerre. A mon avis, cet accord a été mal négocié dans la mesure où il met hors du champ de négociation un acteur essentiel, à savoir les communautés.

Ce ne sont pas elles qui ont été placées au cœur de cet accord de paix, mais des porteurs d’armes. Alors, chacun dans son camp est soucieux de recueillir la plus grande part du gâteau, d’où les difficultés. Et certains se regardent en chiens de faïence, avec des acteurs nouveaux porteurs d’armes qui ont créé des dissidences qui veulent être introduits dans ce jeu de partage de gâteau.

Infosept : Que pensez-vous des ententes subites entre les groupes armés de la CMA et de la Plateforme avec la signature récente d’un pacte d’honneur de cessez-le-feu ?

Pr. Issa N’Diaye : Pour moi cet accord entre ces deux tendances, c’est surtout pour protéger leurs positions et leurs parts de gâteau dans le jeu. Ces deux groupes se sont alliés pour exclure d’autres et empêcher que le nombre de participants au festin au tour de la table augmente.

C’est ce qui explique pourquoi ils se sont mis d’accord pour exclure d’autres. Je pense que cela n’est pas un bon signe et dénote surtout d’un manque de stratégies de la part du Gouvernement malien qui navigue à vue dans ce dossier qui se laisse borner et qui a fait croire un moment qu’il était le parrain du GATIA. Mais aujourd’hui, je pense que la Plateforme est de plus en plus sceptique de sa loyauté. Et maintenant, chaque tendance essaie de défendre ses intérêts.

Donc, l’alliance entre la plateforme et la CMA veut dire essentiellement qu’ils se sont mis d’accord pour souffler dans la même trompette et empêcher que d’autres ne viennent participer à ce dialogue qu’ils veulent fermer et réserver à eux seuls.

Infosept : Maintenant, sur un tout autre volet, la République est éclaboussée par des scandales à répétition dont les derniers en date sont celui dit des « engrais frelatés » et récemment l’affaire des 1000 tracteurs. Est-ce le résultat d’une mauvaise gouvernance ?

Pr. Issa N’Diaye : Bien sûr et cela ne date pas d’aujourd’hui. Je pense que cela fait partie des mœurs politiques du Mali depuis un certain temps et connaissant les acteurs qui y sont impliqués, personnellement je n’en suis pas surpris. La classe politique dans son ensemble a créé une tradition de fait, qu’on vient en politique comme on vient dans les affaires.

Donc, Majorité comme Opposition, tous ont un certain parcours qui est marqué par toutes sortes de scandales, de mauvaise gestion et de détournement de deniers publics. Ceci ne prendra pas fin sitôt, tant qu’on ne changera pas de manière radicale la façon de faire la politique et aussi les hommes politiques qui sont les principaux acteurs de ces scandales.

Infosept : En définitive, sur le plan politique, l’on constate que contrairement à un passé récent où la République était gérée dans un consensualisme total, on a aujourd’hui une Opposition républicaine qui critique et souvent fait des propositions. Comment appréciez-vous l’action de cette Opposition ?

Pr. Issa N’Diaye : Fondamentalement l’Opposition joue son rôle. Mais, je pense que la stratégie de l’Opposition est axée essentiellement sur le fait de crier plus fort pour attirer la meilleure attention possible sur elle afin que dans les jours prochains on lui fasse appelle pour entrer dans un Gouvernement d’Union nationale.

Les Oppositions africaines ne peuvent pas vivre en dehors du pouvoir. Donc, c’est quelque chose d’indispensable pour elles. Attendre 5 ans et l’alternance, ce n’est pas évident. C’est pour quoi elles crient plus fort pour être intégrées dans le système. Il faut devoir faire avec.

Dans tous les cas, l’histoire nous enseigne qu’une fois au pouvoir les oppositions africaines oublient toutes les critiques qu’elles faisaient à la majorité à l’époque. Elles ont le même comportement et les mêmes travers. Il n’y a pas lieu d’être optimiste. Majorité-Opposition en Afrique : c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

Infosept : Votre mot de la fin

Pr. Issa N’Diaye : Je crois que le Mali est à un carrefour stratégique pour son destin, vouloir attendre des solutions de l’extérieur et penser qu’un pays viendra nous sauver, c’est se tromper lourdement d’analyse. La seule alternative qui nous reste en tant que Maliens est de nous poser la question de savoir dans cette situation assez dramatique, que pouvons-nous faire pour notre pays pour le sortir de l’ornière.

Je pense que c’est la question essentielle et c’est le défi que nous avons à affronter. Soit nous relèverons ce défi avec courage et patriotisme, soit nous abdiquerons cette responsabilité devant l’histoire et les conséquences seront dramatiques pour notre pays.

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