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Deux livres et l’Histoire

by sur 3 novembre 2015

Deux livres viennent de sortir qui tous deux, parlent d’Histoire, la petite et la grande, celle d’hier et celle d’aujourd’hui.

Deux livres différents, un roman et une prospective, mais qui, tous les deux touchent au Mali , à son  passé et à son futur.

Hubert Balique, après 30 ans de vie au Mali à enseigner la santé publique, est aujourd’hui en poste à Marseille; il connaît bien le Mali et tous ceux qui se sont intéressés à la santé dans ce pays ont eu affaire avec lui. Son roman raconte l’histoire de ces Bambaras  révoltés qui se sont finalement retrouvés à Verdun et au Chemin des Dames.

Tout autre est le livre de Serge Michailof, chercheur à l’Iris. Dans « Africanistan », il prévient : l’Afrique ne va pas aussi bien qu’on le croit. La crise pourrait bien exploser, et toucher la France en premier.

Sans catastrophisme, il examine les faits : une démographie hors de contrôle ; une agriculture en panne ; l’absence de perspectives en termes d’emplois ; la perte d’espoir des jeunes ; la faiblesse de l’appareil d’Etat, contrôlé par des groupes qui se disputent des rentes au détriment de toute recherche d’efficacité ; l’influence d’une vague islamique radicale inspirée du wahhabisme ; la circulation des armes ; des zones de repli pour les djihadistes… et l’aveuglement des hommes politiques français.

Deux livres intéressants.

 

« TYE KELE – La guerre des hommes »

Roman de Hubert BALIQUE

9782343066769f

La présence des tirailleurs sénégalais parmi les combattants de la Première Guerre mondiale est largement connue. Mais personne ne sait vraiment comment ces  jeunes soldats, dont la plupart venaient du Soudan, l’actuel Mali, se sont retrouvés sur le sol français où près de trente mille perdirent la vie.

Ce roman historique commence  par  projeter  le  lecteur  au  cœur  de  l’Afrique  de  l’Ouest  à  la  fin  du  XIXe siècle  pour  suivre  la pénétration des troupes coloniales françaises, qui durent notamment faire face à la résistance des Bambaras du Bélédougou.

Il l’amène ensuite à découvrir une révolte qui conduisit, en mars 1915, plus de deux mille guerriers  de  cette  même  province  à  prendre  les  armes  contre  les  forces  d’occupation,  pour  s’opposer  au recrutement de soldats destinés à la « Force Noire », préconisée par le Général Mangin.

Il accompagne enfin le parcours d’un de ces combattants, qui ayant subis cette défaite, fut contraint de se rendre en France pour partager le sort des poilus dans les tranchées de Verdun et du chemin des Dames.

Ce récit met non seulement à jour une page héroïque de l’Histoire de l’Afrique, mais montre également  la proximité  qui  existe  de  fait  entre  des  hommes  que  tout  semblait  séparer.

Il  montre  que  les  circonstances dramatiques  de  la  guerre  peuvent  amener  deux  paysans  venant  l’un  des  Basses  Alpes,  l’autre  de  l’Afrique profonde, à se connaitre et à se lier d’une véritable amitié.

 

L’AUTEUR

Hubert BALIQUE a exercé pendant plus de 30 ans sa profession de médecin de santé publique au Mal

Les nombreuses années, qu’il a vécues dans le Bélédougou dans le cadre de ses activités universitaires lui ont non seulement permis de connaitre en profondeur la population de cette province, mais aussi découvrir  la  bataille  du  kodjalan,  qu’il  a  voulu  rappeler  à  la  mémoire  collective.

De  nationalité  franco malienne,  il  œuvre  pour  faire  tomber  le  mur  d’ignorance  et  de  préjugés  qui  sépare  les  peuples,  pour qu’ils puissent vivre ensemble dans un monde de fraternité.

 

EXTRAITS

« Les Bambaras sont fatigués de l’arrogance de ces moins que rien qui pensent être en pays conquis, s’écria-t-il. Voilà combien de mois qu’ils sont déjà venus prendre les plus vaillants de leurs fils, dont ils n’ont reçu aucune nouvelle jusqu’à ce jour. Sont-ils encore vivants ? Maintenant, tout cela est fini. Vous les deux warablen, vous allez  rentrer  chez  vous  avec  vos  esclaves  noirs  qui ont  perdu  toute  dignité  en  acceptant  de  vous  servir  et annoncer  à  vos  chefs  que  le  Bélédougou  se  met  en  révolte  et  qu’il  refusera  à  l’avenir  toute  relation  avec l’autorité française. » (p. 127)

« Konimba aurait été incapable d’expliquer quoi quece soit, mais il ressentait une très grande proximité entre deux  mondes  qui  étaient  présentés  aux  antipodes  l’un  de  l’autre,  alors  qu’en  fait  ils  étaient  très  proches  et souvent identiques. Son épisode amoureux avec Paulette, qu’il avait vécu dans sa folie d’un jour, avait supprimé en  un  instant  toutes  les  barrières  dressées  contre  lui  par  cette  société  qui  affirmait  que  Noirs  et  Blanc n’appartenaient pas au même monde. Mais là aussi, il admettait pouvoir le comprendre, puisqu’au Bélédougou les Bambaras, Peuls, Soninkés, Griots, Forgerons… étaient considérés comme relevant de réalités différentes alors qu’en fait ils n’étaient qu’un. Ce n’est pas parce qu’ils ne parlaient pas la même langue que Noirs et Blancs ne ressentaient pas les joies et les souffrances de la même façon. Il avait l’impression qu’un simple  écran de fumée les séparait et qu’il suffisait de le dissiper pour qu’il n’y ait plus qu’un seul type d’hommes.» (p.250).

« TYE KELE – La guerre des hommes ». Roman de Hubert BALIQUE

ISBN : 978-2-343-06676-9 • 24 € • 274 pages – L’Harmattan

Africanistan : « Dans 20 ans, nous serons confrontés à l’implosion sécuritaire du Sahel »

Par Sarah Diffalah-Publié le 01-11-2015 à 18h45

Africanistan. L'Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ?", de Serge Michailof. Fayard, 2015

Africanistan. L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? », de Serge Michailof. Fayard, 2015

Serge Michailof est chercheur à l’Iris. Dans son dernier livre « Africanistan », il prévient : l’Afrique ne va pas aussi bien qu’on le croit. La crise pourrait bien exploser, et toucher la France en premier.

 

« Ce livre est un cri d’alarme », écrit Serge Michailof, chercheur à l’Iris dans son ouvrage « Africanistan, l’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? » (Ed. Fayard, octobre 2015). Le titre est provocateur à dessein. Le contenu est inquiétant.

Bien documenté, chiffres à l’appui, le spécialiste s’inscrit en faux sur l’idée, largement répandue, selon laquelle l’Afrique est un nouvel eldorado économique. Certes, admet-il, le continent a connu un essor considérable en matière d’infrastructures, de développement des nouvelles technologies et des secteurs financiers. Des classes moyennes ont émergé, le niveau de vie s’est amélioré… Mais pas partout. Des régions ont été exclues et sont touchées par des cycles de violences extrêmes qui déstabiliseront les zones les plus prospères. Par ricochet, l’Europe pourrait être confrontée à des vagues de réfugiés encore plus importantes que celles issues des guerres en Syrie et en Irak.

Après avoir travaillé près de 50 ans en Afrique, où il a vécu 15 ans, Serge Michailof, ancien directeur de la Banque mondiale, ex-directeur des opérations pour l’Agence française du développement, se veut lanceur d’alerte. « L’Obs » l’a interrogé.

Le titre et certains passages de votre livre, sur l’arrivée massive de réfugiés que la France ne pourra pas assimiler, peuvent être récupérés par l’extrême droite ou la droite dure. Ca ne vous gêne pas ?

– Si, j’ai eu un véritable examen de conscience sur le choix du titre et l’angoisse de me faire récupérer par l’extrême droite. J’ai fait relire mon dernier chapitre sur les migrations à des amis africains ou d’extrême gauche avant de donner le bon à tirer. Mais il est temps de taper du poing sur la table.

« Africanistan » est une contraction de Afrique et Afghanistan. Vous comparez la situation actuelle de l’Afrique subsaharienne, notamment du Sahel, à celle qui a prévalu en Afghanistan. Quelles sont les similitudes ?

– Les pays du Sahel ne sont pas l’Afghanistan : ils n’ont pas traversé 35 ans de guerre incessante, les groupes sociaux en opposition historique avec les autorités sont largement minoritaires, certaines de leurs institutions (mais pas toutes) sont plus solides qu’en Afghanistan.

Mais le fond du problème, à savoir : une démographie hors de contrôle ; une agriculture largement en panne ; l’absence de perspectives en termes d’emplois ; la perte d’espoir des jeunes ; la faiblesse de l’appareil d’Etat, contrôlé par des groupes qui se disputent des rentes au détriment de toute recherche d’efficacité ; l’influence d’une vague islamique radicale inspirée du wahhabisme ; la circulation des armes ; des zones de repli quasi inexpugnables pour les djihadistes… Tout ceci fait qu’on ne peut pas ignorer le parallèle afghan.

Qu’entendez-vous par « une démographie hors de contrôle » ?

– La démographie a largement contribué au naufrage de l’Afghanistan. Dans les deux cas, les taux de croissance de la population sont supérieurs à 3%, atteignant 4% pour le Niger, et ils progressent !

Le cas du Niger, au cœur du Sahel, est caractéristique : sa population était de 3 millions à l’indépendance [en 1960, NDLR], elle approche les 20 millions et dépassera les 40 millions en 2035, quoi qu’on fasse. Si la fécondité reste au niveau qu’elle a connu depuis 30 ans, elle atteindra 89 millions en 2050. Et ce, dans un pays où 8% de la superficie seulement se prête à l’agriculture. A eux seuls, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad vont passer de 67 millions à plus de 200 millions d’ici 2050.

Or cette situation démographique se conjugue avec une stagnation de l’agriculture faute de politiques adaptées, conduisant souvent à des crises environnementales et alimentaires chroniques, parfois à des crises malthusiennes localisées. Comme l’industrie est également en panne, il ne peut qu’y avoir un chômage et un sous-emploi de masse.

Ce qui s’est passé au Mali en 2012 était un avertissement ?

– Les événements du Mali et la nécessité devant laquelle s’est trouvée la France d’intervenir militairement ont été un choc pour nos administrations, notre gouvernement et pour l’opinion. A l’exception des militaires, inquiets, tout semble revenu à la normale : les soi-disant terroristes ont été « neutralisés », ou dispersés. Donc tout va bien. Comme à Kaboul en 2003. Résultat : nos administrations sont retournées à leurs affaires. Business as usual…

Vous faites du Nigeria l’exemple d’une puissance africaine en déroute. Est-il le symbole de l’illusion que l’on se fait de cette Afrique en plein essor que vous remettez en question ?

– Le Nigeria est la première puissance africaine en termes de population et de PIB. Ses récents taux de croissance sont spectaculaires. Il fait partie des pays qui gagnent. Mais en même temps, il a toléré pendant 10 ans une rébellion armée sauvage qui a terrorisé tout le nord-est du pays et qu’il a été incapable d’enrayer, à partir de la fin 2014.

Le nord-est du pays est ravagé sur une surface grande comme la Belgique, son économie est en ruine, près de 2 millions d’habitants ont dû fuir. Les pays voisins, Niger, Cameroun et Tchad doivent intervenir, pour éviter tant la contagion que, pour le Tchad, l’étranglement de son économie. Nous avons donc, dans un même pays, une Afrique qui se développe de manière spectaculaire, avec des élites parfois remarquables, et des poches oubliées de misère… Jusqu’à ce que les oubliés trouvent des kalachnikovs.

Vous dites que si on ne fait rien, le contrecoup en Europe sera plus terrible que celui provoqué par les guerres en Syrie et en Irak…

– La Syrie et l’Irak sont de petits pays en termes de population dont les habitants ne parlent pas français. Dans 20 ans, si le cœur du Sahel francophone n’a pas trouvé la voie d’un développement inclusif qui crée des emplois à la hauteur des besoins – ce qui semble encore possible -, nous risquons d’être confrontés à l’implosion sécuritaire d’une région regroupant, au bas mot, 200 millions d’habitants. Beaucoup se retrouveront dans les villes de la côte africaine et au Maghreb. Et ceux qui n’y trouveront pas d’emplois prendront naturellement le chemin de la France.

Vous interrogez : « L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? » Pourquoi les banlieues ? Par ailleurs, la crise actuelle des réfugiés a montré que la France n’était pas le premier choix des migrants, et pas seulement à cause de la langue…

– Les Africains francophones se tournent vers la France tout comme les Afghans anglophones se tournent vers la Grande-Bretagne, pour la simple raison qu’il existe déjà des diasporas sahéliennes en France qui les attirent. Les élites africaines seront assimilées en France sans difficultés excessives mais les ruraux analphabètes se retrouveront dans les ghettos de nos banlieues. Plusieurs démographes spécialisés le disent.

La France, particulièrement active militairement, a-t-elle une responsabilité ?

– La France est le principal partenaire des pays du Sahel au plan militaire. Mais son rôle en termes d’aide au développement est marginal. Alors même que le problème au Sahel, ce ne sont pas prioritairement les départs de feu que nos soldats tentent d’enrayer. C’est le baril de poudre hautement inflammable constitué de la misère, du chômage et de la perte d’espoir. C’est ce qu’il faut « traiter » de toute urgence, avec le seul outil disponible à court terme : l’aide au développement.

C’est le thème principal de mon livre : l’argent existe, mais il faut savoir le mobiliser. Or historiquement, la France a fait le choix de confier l’essentiel de ses ressources aux institutions multilatérales. Sans débat politique, et sans se doter des instruments permettant d’en contrôler l’usage, à la différence des Britanniques. Résultat : malgré les chiffres glorieusement affichés qui additionnent carottes, navets et choux, nous sommes dans les choux car l’aide multilatérale ou européenne n’a aucune expertise au Sahel. En tant qu’ancien directeur à la Banque Mondiale, j’en sais quelque chose.

Vous racontez la réaction de Pascal Canfin, à l’époque ministre du Développement, quand vous l’avez alerté sur la situation malienne : « Nous eûmes droit à un commentaire public assez méprisant de la part d’un ministre bien inexpérimenté »… Il n’a rien fait ?

– Je ne veux pas entrer dans une polémique avec Pascal Canfin, un homme tout à fait estimable. Mais ces questions de développement d’un pays fragile sont techniquement complexes. Au lieu de la mettre au panier, il aurait mieux fait de méditer la note confidentielle que je lui avais rédigée avec un ami, également ex-directeur à la Banque mondiale, sur la manière dont la France pouvait reprendre le contrôle d’une partie de l’aide multilatérale au Sahel.

Cela nous aurait permis de gérer des montants annuels de l’ordre du milliard de dollars au lieu de bricoler avec quelques dizaines de millions sans aucun impact. Savez-vous combien la France, qui affiche 10 milliards annuels d’aide publique au développement, consacre de façon bilatérale au développement rural des cinq principaux pays sahéliens ? Environ 22 millions par an. De qui se moque-t-on ?

Cela fait des années que des spécialistes, comme vous, tirent la sonnette d’alarme. Pourquoi ne vous écoute-t-on pas ? 

– Il y a partout un mur entre chercheurs, universitaires et politiques. Regardez Obama sur l’Afghanistan. Je crois connaître les meilleurs spécialistes américains sur ce pays. Ils n’ont jamais été consultés. Obama a surtout écouté ses communicants. Plus jeune, j’ai fait du cabinet : l’horizon politique est souvent d’une semaine et ne va jamais au-delà de la prochaine élection. Moi je mets en garde contre des phénomènes qui s’inscriront dans le temps long : 5 à 10 ans. Il y a toujours d’autres urgences.

« Africanistan » – 3 questions à Serge Michailof

Serge Michailof est chercheur associé à l’IRIS, spécialiste des pays dit « fragiles » et des problèmes de reconstruction dans les pays affectés par les conflits. Il répond à mes questions à l’occasion de son dernier ouvrage, « « Africanistan » : L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? », paru aux éditions Fayard.

Pourquoi vous inscrivez-vous en faux vis-à-vis de l’appréciation optimiste générale sur le continent africain ?

Depuis une bonne décennie, l’impression générale est effectivement que l’Afrique va bien. C’est évidemment une bonne nouvelle, on a si longtemps pensé que c’était le continent sans espoir. Il est vrai que l’on observe des progrès de tous les côtés : des PIB à 8 ou 10 % de croissance qui font rêver ; une amélioration des indices sociaux ; des constructions de routes et d’écoles ; des investissements divers.

Surtout, l’Afrique est aujourd’hui perçue comme une nouvelle frontière, un eldorado pour les investisseurs. Des milliards de dollars sont déversés. La Chine, les Américains, les Brésiliens, les Indiens, les Turcs, tout le monde se bouscule pour y investir. Alors où est le problème ?

En Afrique il y a des pays qui gagnent… et d’autres qui ne gagnent pas. Et dans les pays qui gagnent, tout le monde n’en profite pas, loin de là. De plus, de vieilles tensions subsistent, voire de vraies lignes de fractures interethniques et interreligieuses qui ne s’arrangent pas, bien au contraire. Le Mali en est un cruel exemple : un pays qui affichait 7 % de croissance sur la décennie, une démocratie modèle, le chouchou des bailleurs de fonds. Et puis paf. Et qui s’attendait, il y a quelques années, à l’émergence d’un « Boko Haram-land » au Nigéria, grand comme la Belgique, dans le pays le plus riche et le plus puissant d’Afrique ? Chaque semaine, parfois chaque jour, des migrants risquent leur vie et meurent en Méditerranée. Et on voudrait croire que tout va bien ?

Vous écrivez que l’Afrique est un baril de poudre et que le détonateur est l’emploi. Pouvez-vous développer ?

L’équation est simple : en 2050, l’Afrique au sud du Sahara aura une fois et demie la population de la Chine, mais les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux. Où seront les emplois ?

L’agriculture est délaissée : les budgets nationaux contribuant à ce secteur, qui dans beaucoup de pays fait vivre 70 à 80 % de la population,  se situent en général de 2 à 8 ou au maximum 10% du PIB. Et pour les bailleurs étrangers ce n’est guère mieux. L’industrie est en panne depuis plus de 40 ans : la part de l’industrie manufacturière stagne à moins de 10 % du PIB. Les activités extractives et le secteur des télécom, où se concentrent les investissements étrangers, sont en plein boom, ce qui explique les taux de croissance du PIB. Mais ces activités n’offrent que très peu d’emplois. Restent des activités de service, à très faible productivité dans l’informel.

Ce modèle de développement n’est pas compatible avec une démographie hors de contrôle, où les taux de fécondité vont de 5 à plus de 7%, alors qu’ils sont maintenant autour de 2,2% en Asie et en Amérique latine. Car, à la différence de tous les autres continents, la transition démographique n’a pas encore été engagée en Afrique.

En ce qui concerne le Sahel, où la situation sécuritaire se dégrade rapidement, que peut faire le Niger, passant de 3 millions d’habitants à l’indépendance en 1960 à 19 millions aujourd’hui, plus de 40 millions dans vingt ans et entre 63 et 89 millions en 2050 ? Dans ce pays où, qui plus est, l’agriculture est fragile et ne peut se pratiquer que sur 8 % de la superficie ?

Pourquoi estimez-vous que la France ne mesure pas suffisamment les enjeux de cette situation ?

La partie de l’Afrique qui est en crise a l’inconvénient de se comporter comme un cancer, diffusant des métastases autour d’elle qui s’appellent insécurité, terrorisme, réfugiés, circulation des armes, enlèvements d’otages, piraterie, épidémies, migrations massives.

Nous commençons tout juste en Europe à percevoir les conséquences de l’implosion de la Syrie et de la Libye, des petits pays en termes de population. Quelles seraient les conséquences de l’implosion d’une zone immense, peuplée de 100 millions d’habitants aujourd’hui, 200 millions dans vingt ans, dont une bonne partie est francophone ? Quelles seraient les conséquences d’une déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest à partir des métastases que diffuse la Libye via un Sahel en crise ?

On croit qu’en « neutralisant »  les terroristes on va restaurer la sécurité. Mais le problème, c’est que les plus fragiles de ces pays, en particulier au Sahel, sont des barils de poudre. Le vrai problème c’est ce baril, qu’il faut « traiter » de toute urgence en relançant l’agriculture, en consolidant les institutions, en apportant l’électricité. 0,2 % des ruraux nigériens ont l’électricité, au XXIe siècle !

À moins d’un redressement rapide de la situation et sans un changement radical des comportements locaux et des modes de soutien de la communauté internationale, on peut craindre que surgisse d’abord un « Sahélistan », puis, par un jeu de dominos, un « Africanistan » : un Afghanistan africain, mais à la puissance 5 ou 10, dont l’une des conséquences inéluctables sera qu’une bonne partie de l’Afrique en crise se retrouvera dans nos banlieues.

En ce qui concerne le Sahel, si la France se borne à y envoyer ses militaires et ne se décide pas à mettre un peu d’ordre dans le bazar que l’aide internationale apporte à cette région, (on a vu l’inefficacité de celle-ci en Afghanistan), il faut se demander sur quelle galère, et pour combien de temps, nos soldats de l’opération Barkhane sont embarqués. Il faut aussi se demander quel sera l’impact sur nos banlieues, sur notre société, sur nos équilibres politiques, des migrations massives que la déstabilisation du Sahel ne manquerait pas de provoquer.

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