Skip to content

Dupond-Verlon : piétinements

by sur 5 novembre 2015

Deux ans après l’assassinat des deux journalistes de Radio France international, le mot piétinement prend son sens : l’enquête piétine et leur mémoire est piétinée.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux ans après : Des questions sans réponses et une enquête qui piétine

Par Christophe CARMARANS – Le Reporter – 4 novembre 2015

verlon_dupont_montage_0Le 2 novembre 2013, les envoyés spéciaux de RFI dans le Nord du Mali, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, étaient enlevés puis assassinés près de Kidal. Deux ans plus tard, l’enquête n’a pas du tout avancé alors que l’on célèbre la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes.

Il y a deux ans, le samedi 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient assassinés à la sortie de Kidal, dans le nord du Mali, alors qu’ils préparaient une série de reportages en prévision des législatives maliennes, un double meurtre qui sera quelques jours plus tard revendiqué par Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique.

Ce 2 novembre est empreint de tristesse pour tous ceux qui les ont connus et cette date marque aussi, désormais, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes ainsi que l’ont décrétée les Nations unies via une résolution adoptée le 18 décembre 2013, en hommage à nos collègues.

Comme le rappelle Reporter sans Frontières, sept cent dix-huit journalistes ont été assassinés au cours des dix dernières années, cent trente-quatre depuis l’assassinat de Ghislaine et de Claude, des crimes qui, comble de l’injustice, restent impunis dans la très grande majorité des cas.

«Lutter contre l’impunité, c’est essentiel parce que plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés», souligne Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF. Il estime également que cette impunité est «comme une incitation pour ceux qui commettent ces actes».

«Dans un certain nombre de pays, poursuit-il, ils se disent qu’ils peuvent toujours tuer un journaliste puisque, au fond, cela n’aura pas de conséquences». Pour RSF, le meilleur moyen de faire reculer la violence serait d’intégrer cette lutte contre l’impunité au droit international.

Pour y parvenir, Christophe Deloire songe à la création d’un poste de représentant spécial du secrétaire général de l’ONU sur la question de la protection des journalistes, un représentant qui serait capable de coordonner des actions de l’ONU.

Une enquête qui piétine

Pour l’heure, le meurtre de Ghislaine Dupont et Claude Verlon entre malheureusement dans cette catégorie des crimes non élucidés. Dix-huit mois après l’ouverture d’une information judiciaire, on ne sait toujours pas qui sont les tueurs, ni les commanditaires du double meurtre, ni même dans quelles circonstances exactes nos deux collègues ont été assassinés.

À la complexité de l’enquête s’ajoute un manque de moyens, mais surtout une lenteur administrative et judiciaire côté français qui commencent à désespérer les familles de la journaliste et du technicien de reportage.

Pour ne rien arranger, Marc Trévidic, le juge initialement chargé de l’instruction du dossier, un magistrat qui fait autorité dans la lutte antiterroriste, vient de rejoindre le Tribunal de grande instance de Lille, en vertu d’une loi française qui empêche les juges spécialisés de rester en poste plus de dix ans.

Le principal blocage dans la recherche de la vérité concerne la levée du secret-défense. Marc Trévidic avait  officiellement fait une demande dans ce sens le 12 mai, le ministère de la Défense n’accusant cependant réception que le 2 juin, soit trois semaines plus tard.

Le président Hollande lui-même avait promis qu’il autoriserait la déclassification des documents demandés lorsqu’il a rencontré les familles, à leur demande, fin juillet. Or, cinq mois ont passé depuis l’accusé de réception au ministère de la Défense et rien n’a bougé. Pire, cette demande n’est même pas à l’ordre du jour de la prochaine session de la Commission consultative du secret de Défense nationale qui doit se tenir le 19 novembre prochain.

«C’est tout à fait surprenant que, le président de la République s’impliquant personnellement,  cela n’ait pas eu pour effet de motiver plus encore le ministre de la Défense, dont on sait par ailleurs qu’il est un proche du président de la République», s’est étonné au micro RFI de Pierre Firtion le sénateur, Gérard Longuet, le prédécesseur de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense de février 2011 à mai 2012, sous le quinquennat précédent. «Il y a manifestement un délai excessif, a-t-il repris. Et je suis complètement interloqué, parce que Jean-Yves Le Drian est très impliqué en Afrique, il connaît admirablement le sujet et fait plutôt du bon travail. Mais là, il y a un laisser-aller, ou en tous cas un oubli, qui est fâcheux».

«Quand j’étais ministre, a ajouté Gérard Longuet, la Commission était saisie maximum dans les quinze jours». «Selon moi, l’armée française dispose d’informations qu’elle refuse de livrer à la justice», a pour sa part déclaré au micro RFI de Laura Martel, Christophe Deltombe, l’un des avocats des parties civiles. «C’est grave et non conforme aux déclarations du président de la République» poursuit l’avocat qui s’inquiète également du retard que va faire prendre à l’enquête le remplacement de Marc Trévidic.

«Initialement, on avait dit que l’ensemble des dossiers de Marc Trévidic serait dispatché entre différents juges, de manière à ce que son successeur ne soit pas noyé. Mais ce n’est pas le cas», regrette Me Deltombe qui craint que le successeur de Marc Trévidic, Jean-Marc Herbaut, croule sous le travail, même s’il est assisté des juges Laurence Le Vert et Christophe Teissier.

Des questions sans réponses

Autre difficulté, les tensions entre Kidal et Bamako qui nuisent au bon fonctionnement de l’enquête et qui la figent, en quelque sorte, aux premières constatations d’il y a deux ans.

«Il y a des questions qui se posent toujours dans ce dossier» renchérit Caty Richard, également avocate des parties civiles. Elle s’interroge notamment sur le décalage entre les horaires de la découverte des corps et le moment où les informations sur la mort des otages ont commencé à circuler. Et elle évoque aussi l’interception, le jour du drame, de conversations téléphoniques qui feraient mention des otages, mais auxquelles la défense n’a pas accès.

Pas de réponse non plus quant au survol, ou non, d’un hélicoptère qui aurait décollé de Kidal après l’enlèvement. L’absence de traces de pas dans le sable laissées par les meurtriers après avoir pris la fuite laisse également perplexes les personnes qui suivent le dossier. «Tant qu’on ne sait pas ce qui s’est passé, les familles ne peuvent pas faire leur deuil de cette tragédie. Et tant qu’on ne sait pas, cela entretient le doute, on imagine plein de choses. On a besoin de savoir» résume Dominique Raizon, la mère d’Apolline, la fille de Claude Verlon. Le flou le plus total enveloppe également les opérations menées par les troupes françaises sur le terrain dans les mois qui ont suivi le double assassinat. «On sait qu’il y a eu une intervention de l’armée française en février 2015 contre une katiba [groupe armé, ndlr] aux environs de Kidal, reprend Me Richard, mais on ne sait pas ce que ça a pu donner». «Celui qui avait revendiqué les enlèvements de Ghislaine et Claude  a, semble-t-il, été éliminé par l’armée française. Mais qu’a-t-on trouvé à ses côtés ?» demande-t-elle. Impossible de le savoir sans une déclassification du dossier, on en revient toujours au même point. En réalité, ce sont plusieurs personnages clefs de l’affaire qui ont été éliminés, mais l’armée française -la Grande Muette – s’est pour l’instant refusé à communiquer sur le sujet, comme le relève Christine Muratet, l’une des journalistes de RFI qui enquête sur le dossier.

Si, comme le rappelait Caty Richard, Abdelkrim el-Targui -le chef touareg de la katiba al-Ansar qui a revendiqué le double assassinat – a bien été éliminé en mai dernier par les forces spéciales françaises à la frontière algérienne, au moins de deux de ses proches ont été faits prisonniers. Que deviennent-ils ? Quelles informations ont-ils divulguées ? On n’en sait rien.

Autre personnage de cette mouvance touarègue terroriste dont le témoignage aurait pu faire avancer le dossier : Mohammed Ali ag Wadossène. Son nom est associé à l’enlèvement ainsi qu’à la libération de l’otage français Serge Lazarevic, et il faisait partie d’une famille très influente de Kidal. Abattu par les forces spéciales françaises en juillet dernier, il ne risque pas de témoigner, mais ce n’est pas le cas de certains de ses proches dont les noms étaient apparus au tout début de l’enquête comme possibles auteurs du rapt de Ghislaine et Claude, en novembre 2013.

Depuis, pourtant, plus rien. C’est la loi du silence qui règne à Kidal, un silence qui ne fait qu’amplifier les interrogations des familles.

Journée spéciale sur les antennes de RFI

Parallèlement à cette journée du souvenir, RFI procèdera ce lundi à la remise de la deuxième Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Cette bourse créée l’an dernier a vocation à récompenser, chaque 2 novembre, un(e) jeune journaliste radio et un(e) jeune technicien(ne) de reportage francophone originaire d’Afrique ou de l’Océan Indien.

Après avoir été remise au Mali l’an dernier, la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon se déroule cette année à Madagascar. À Antananarivo, Cécile Mégie, Directrice de RFI, et une délégation du groupe France Médias Monde, accompagnés des partenaires de l’école de journalisme de Sciences Po, de l’INA et de l’ORTM (Office de Radio Télévision Publiques de Madagascar), transmettront ainsi de nouveau à une jeune génération de professionnels les valeurs du journalisme que Ghislaine et Claude défendaient l’un comme l’autre au quotidien, sur le terrain comme dans la rédaction de RFI.

La mémoire de Ghislaine et Claude sera honorée sur l’antenne de RFI au cours de cette journée spéciale pour la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes à travers des reportages et des entretiens. Un point sur l’enquête et un compte-rendu de la conférence de presse de l’Association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon seront également effectués durant les sessions d’information.

Liberté de la presse : Ghislaine Dupont et Claude Verlon immortalisés

AM. C. – L’Indicateur du Renouveau du 4 novembre 2015

Dans le cadre de la commémoration du 2e anniversaire de l’assassinat des deux journalistes envoyés spéciaux à Kidal au Mali, Claude Verlon et Ghislaine Dupont, les acteurs de médias s’associent à la douleur des familles des disparus. Le 2 novembre dernier, une déclaration a été rendue publique dans laquelle la Maison de la presse a fait part de son ambitionne de baptiser une rue en leur mémoire.

          C’est le 2e vice-président de la Maison de la presse, Alexis Kalambry, qui a annoncé la volonté de la presse malienne d’immortaliser les confrères français Claude Verlon et GhislaineDupont, tués à Kidal en novembre 2013.

Au cours d’une cérémonie sobre, lundi dernier, qui a regroupé en plus d’Alexis Kalambry, ChahanaTakiou du Groupe et Mamadou Talata Maïga, administrateur délégué de la Maison de la presse, la faitière de la presse malienne a exprimé son souhait d’immortaliser Claude Verlon et Ghislaine Dupont.

Pour ce faire, la MP sollicite du gouvernorat du district de Bamako et de la mairie de baptiser la rue qui longe la Maison de la presse ‘Rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon’”. “Il est inadmissible que plus de 90 % des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne soient jamais élucidés et l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes contre les journalistes doit cesser”,  a fait remarquer M. Kalambry.

Pour mémoire, c’est le 2 novembre 2013 que les deux journalistes, envoyés spéciaux de RFI, ont été enlevés dans la ville de Kidal avant d’être assassinés. Les corps sans vie des deux ont été retrouvés par l’armée française quelques heures après leur enlèvement. Ces disparitions ont mobilisé les organisations de droit de l’Homme d’où l’institution par l’ONU de Journée internationale de la fin de l’impunité pour des crimes contre les journalistes le 2 novembre.

Crimes contre les journalistes : La mémoire de Ghislaine Dupont et Claude Verlon honorée

Soumaila T. Diarra – Le Républicain – 3 novembre 2015

La presse malienne a rendu hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les deux reporters de RFI assassinés à Kidal le 2 novembre 2013. Alors que le monde entier commémore la deuxième année de la perte des deux envoyés spéciaux  enlevés puis assassinés au nord du Mali, les enquêtes piétinent toujours.

« Ils sont morts chez nous. Ils sont venus à la recherche de la vérité, conformément à notre sacerdoce », a expliqué Alexis Kalambiri, lisant une déclaration des journalistes maliens pour commémorer la mort des deux reporters de RFI. La mémoire des deux journalistes est par ailleurs célébrée comme « Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre des journalistes ».

Les responsables de la presse malienne souhaitent que le cas Ghilaine Dupont et Claude Verlon soit élucidé. «Il faut que la justice diligente les enquêtes », a ajouté Kalambiri. Estimant que les deux journalistes sont morts pour les Maliens, la Maison de la presse a entrepris un certain nombre de démarches pour marquer sa sympathie.

Ainsi, la Maison de la Presse entend demander au gouvernement et à la mairie du District de baptiser la rue menant à son siège « la rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon ». En outre, la Maison de Presse a entrepris une démarche pour combattre largement les crimes commis contre des journalistes, selon les patrons de la presse.

Ailleurs, les chiffres concernant les violences contre les journalistes sont alarmants et interpellent la mobilisation des journalistes et leurs organisations. Plus de 90% des crimes contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés. A en croire Reporters Sans Frontière(RSF), il importe de dénoncer l’inertie des autorités dans ce domaine.

En effet, selon RSF, il existe une impunité dont bénéficient les auteurs de crimes contre les journalistes face à des enquêtes officielles inexistantes ou insuffisantes. En attendant, les journalistes maliens déplorent le fait que l’enquête menée pour faire la lumière sur le funeste sort des reporters de RFI semble ne pas avoir beaucoup avancé.

 

Commémoration du premier anniversaire de l’assassinat de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon : Des Amis rendent hommage

Adama Bamba – 22 septembre – 3 novembre 2015

Le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux  envoyés spéciaux de RFI, ont été enlevés et exécutés à Kidal. Indignés par ce drame, leurs amis ont commémoré le pemier anniversaire de leur assassinat, le jeudi dernier à l’espace culturel du CICB.C’était en présence des plusieurs personnes ressources, notamment Toumany Djimé Diallo, Gaoussou Drabo, Tièblé Dramé et  les membres du Groupement Patronal de la Presse Ecrite.

Dans son discours introductif, le modérateur du jour, Sidy Kounta, l’un des amis des défunts, a déclaré qu’il s’agissait d’une journée d’hommage, de souvenir de ceux qui sont tombés sur le champ de l’honneur et qui n’avaient aucune raison de tomber. Il a ensuite repris les paroles d’un célèbre poète africain qui dit que : « les morts ne sont pas morts, ils sont parmi nous, ils sont sous l’ombre éclairée et ils ne sont jamais partis ».Un tel adage dénote le caractère héroïque de ces deux illustres disparus, a souligné M. Kounta.

Adam Thiam du journal le Républicain a posé la question de savoir pourquoi le 2 novembre 2013 et qui a tué Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Pour lui, il s’agit du temps de l’arme, des émotions, mais que nous n’avons aucune raison de pleurer.

Qui a tué nos confrères ? Nous devons chercher à le savoir et nous le saurons. Nous devons situer les responsabilités et les traduire devant la justice, a évoqué le journaliste du Journal le Républicain.

Tièblé Dramé a affirmé avoir fait la connaissance de Ghislaine Dupon en 1990 à Bamako, lors des événements qui ont provoqué la chute du général Moussa Traoré. Toute l’Afrique reste endeuillée par cette tragédie. Selon lui, ces deux disparus étaient des journalistes chevronnés qui ont toujours été des amis fidèles à l’Afrique. «Leurs noms seront enrégistrés dans les annales de l’hisoire de la presse au Mali et en Afrique. Des studios seront bientôt baptisés en leur nom à Kidal», a t’il conclu.

Serge Daniel reste un grand témoin du message adressé à IBK par les parents de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Ceux-ci, après avoir salué le courage d’IBK, ont tout pardonné et se sont remis à Dieu, le maitre de tout et le garant de la vérité. Cependant, ils désirent que la lumière soit faite afin de punir les auteurs de ce crime odieux.

Les membres du Groupement Patronnal  de la Presse Ecrite, par la voix de Alexi Kalambry et de Birama Fall, ont réitéré leur souhait de voir que toutes les dispositions sont prises afin d’identifier les auteurs de ce crime  et les traduire à la justice.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux ans après

Par Christophe Carmarans – Modifié le 02-11-2015 à 07:02

Le 2 novembre 2013, les envoyés spéciaux de RFI dans le Nord du Mali, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, étaient enlevés puis assassinés près de Kidal. Deux ans plus tard, l’enquête n’a pas du tout avancé alors que l’on célèbre la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes.

Il y a deux ans, le samedi 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient assassinés à la sortie de Kidal, dans le nord du Mali, alors qu’ils préparaient une série de reportages en prévision des législatives maliennes, un double meurtre qui sera quelques jours plus tard revendiqué par Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique. Ce 2 novembre est empreint de tristesse pour tous ceux qui les ont connus et cette date marque aussi, désormais, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes ainsi que l’ont décrété les Nations unies via une résolution adoptée le 18 décembre 2013, en hommage à nos collègues.

Comme le rappelle Reporter sans Frontières, sept cent dix-huit journalistes ont été assassinés au cours des dix dernières années, cent trente-quatre depuis l’assassinat de Ghislaine et de Claude, des crimes qui, comble de l’injustice, restent impunis dans la très grande majorité des cas. « Lutter contre l’impunité, c’est essentiel parce que plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés », souligne Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF. Il estime également que cette impunité est « comme une incitation pour ceux qui commettent ces actes ».

« Dans un certain nombre de pays, poursuit-il, ils se disent qu’ils peuvent toujours tuer un journaliste puisque, au fond, cela n’aura pas de conséquences ». Pour RSF, le meilleur moyen de faire reculer la violence serait d’intégrer cette lutte contre l’impunité au droit international. Pour y parvenir, Christophe Deloire songe à la création d’un poste de représentant spécial du secrétaire général de l’ONU sur la question de la protection des journalistes, un représentant qui serait capable de coordonner des actions de l’ONU.

Une enquête qui piétine

Pour l’heure, le meurtre de Ghislaine Dupont et Claude Verlon entre malheureusement dans cette catégorie des crimes non élucidés. Dix-huit mois après l’ouverture d’une information judiciaire, on ne sait toujours pas qui sont les tueurs, ni les commanditaires du double meurtre, ni même dans quelles circonstances exactes nos deux collègues ont été assassinés.

A la complexité de l’enquête s’ajoute un manque de moyens, mais surtout une lenteur administrative et judiciaire côté français qui commencent à désespérer les familles de la journaliste et du technicien de reportage. Pour ne rien arranger, Marc Trévidic, le juge initialement chargé de l’instruction du dossier, un magistrat qui fait autorité dans la lutte antiterroriste, vient de rejoindre le Tribunal de grande instance de Lille, en vertu d’une loi française qui empêche les juges spécialisés de rester en poste plus de dix ans.

Le principal blocage dans la recherche de la vérité concerne la levée du secret-défense. Marc Trévidic avait  officiellement fait une demande dans ce sens le 12 mai, le ministère de la Défense n’accusant cependant réception que le 2 juin, soit trois semaines plus tard. Le président Hollande lui-même avait promis qu’il autoriserait la déclassification des documents demandés lorsqu’il a rencontré les familles, à leur demande, fin juillet. Or, cinq mois ont passé depuis l’accusé de réception au ministère de la Défense et rien n’a bougé. Pire, cette demande n’est même pas à l’ordre du jour de la prochaine session de la Commission consultative du secret de Défense nationale qui doit se tenir le 19 novembre prochain.

« C’est tout à fait surprenant que, le président de la République s’impliquant personnellement,  cela n’ait pas eu pour effet de motiver plus encore le ministre de la Défense, dont on sait par ailleurs qu’il est un proche du président de la République » s’est étonné au micro RFI de Pierre Firtion le sénateur Les Républicains, Gérard Longuet, le prédécesseur de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense de février 2011 à mai 2012, sous le quinquennat précédent. « Il y a manifestement un délai excessif, a-t-il repris. Et je suis complètement interloqué, parce que Jean-Yves Le Drian est très impliqué en Afrique, il connaît admirablement le sujet et fait plutôt du bon travail. Mais là, il y a un laisser-aller, ou en tous cas un oubli, qui est fâcheux ». « Quand j’étais ministre, a ajouté Gérard Longuet, la Commission était saisie maximum dans les quinze jours ».

« Selon moi, l’armée française dispose d’informations qu’elle refuse de livrer à la justice  », a pour sa part déclaré au micro RFI de Laura Martel, Christophe Deltombe, l’un des avocats des parties civiles. « C’est grave et non conforme aux déclarations du président de la République » poursuit l’avocat qui s’inquiète également du retard que va faire prendre à l’enquête le remplacement de Marc Trévidic. « Initialement, on avait dit que l’ensemble des dossiers de Marc Trévidic serait dispatché entre différents juges, de manière à ce que son successeur ne soit pas noyé. Mais ce n’est pas le cas », regrette Me Deltombe qui craint que le successeur de Marc Trévidic, Jean-Marc Herbaut, croule sous le travail, même s’il est assisté des juges Laurence Le Vert et Christophe Teissier.

Des questions sans réponses

Autre difficulté, les tensions entre Kidal et Bamako qui nuisent au bon fonctionnement de l’enquête et qui la figent, en quelque sorte, aux premières constatations d’il y a deux ans. « Il y a des questions qui se posent toujours dans ce dossier » renchérit Caty Richard, également avocate des parties civiles. Elle s’interroge notamment sur le décalage entre les horaires de la découverte des corps et le moment où les informations sur la mort des otages ont commencé à circuler. Et elle évoque aussi  l’interception, le jour du drame, de conversations téléphoniques qui feraient mention des otages, mais auxquelles la défense n’a pas accès.

Pas de réponse non plus quant au survol, ou non, d’un hélicoptère qui aurait décollé de Kidal après l’enlèvement. L’absence de traces de pas dans le sable laissées par les meurtriers après avoir pris la fuite laisse également perplexes les personnes qui suivent le dossier. « Tant qu’on ne sait pas ce qui s’est passé, les familles ne peuvent pas faire leur deuil de cette tragédie. Et tant qu’on ne sait pas, cela entretient le doute, on imagine plein de choses. On a besoin de savoir » résume Dominique Raizon, la mère d’Apolline, la fille de Claude Verlon.

Le flou le plus total enveloppe également les opérations menées par les troupes françaises sur le terrain dans les mois qui ont suivi le double assassinat. « On sait qu’il y a eu une intervention de l’armée française en février 2015 contre une katiba [groupe armé, ndlr] aux environs de Kidal, reprend Me Richard, mais on ne sait pas ce que ça a pu donner ». « Celui qui avait revendiqué les enlèvements de Ghislaine et Claude  a, semble-t-il, été éliminé par l’armée française. Mais qu’a-t-on trouvé à ses côtés ? » demande-t-elle. Impossible de le savoir sans une déclassification du dossier, on en revient toujours au même point.

En réalité, ce sont plusieurs personnages clefs de l’affaire qui ont été éliminés, mais l’armée française – la Grande Muette – s’est pour l’instant refusée à communiquer sur le sujet, comme le relève Christine Muratet, l’une des journalistes de RFI qui enquête sur le dossier. Si, comme le rappelait Caty Richard, Abdelkrim el-Targui – le chef touareg de la katiba al-Ansar qui a revendiqué le double assassinat – a bien été éliminé en mai dernier par les forces spéciales françaises à la frontière algérienne, au moins de deux de ses proches ont été faits prisonniers. Que deviennent-ils ? Quelles informations ont-ils divulguées ? On n’en sait rien.

Autre personnage de cette mouvance touarègue terroriste dont le témoignage aurait pu faire avancer le dossier: Mohammed Ali ag Wadossène. Son nom est associé à l’enlèvement ainsi qu’à la libération de l’otage français Serge Lazarevic, et il faisait partie d’une famille très influente de Kidal. Abattu par les forces spéciales françaises en juillet dernier, il ne risque pas de témoigner, mais ce n’est pas le cas de certains de ses proches dont les noms étaient apparus au tout début de l’enquête comme possibles auteurs du rapt de Ghislaine et Claude, en novembre 2013. Depuis, pourtant, plus rien. C’est la loi du silence qui règne à Kidal, un silence qui ne fait qu’amplifier les interrogations des familles.

 JOURNEE SPECIALE SUR LES ANTENNES DE RFI

Parallèlement à cette journée du souvenir,  RFI procèdera ce lundi à la remise de la deuxième Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Cette bourse créée l’an dernier a vocation à récompenser, chaque 2 novembre, un(e) jeune journaliste radio et un(e) jeune technicien(ne) de reportage francophone originaire d’Afrique ou de l’océan Indien. Après avoir été remise au Mali l’an dernier, la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon se déroule cette année à Madagascar.

A Antananarivo, Cécile Mégie, Directrice de RFI, et une délégation du groupe France Médias Monde, accompagnés des partenaires de l’école de journalisme de Sciences Po, de l’INA et de l’ORTM (Office de Radio Télévision Publiques de Madagascar), transmettront ainsi de nouveau à une jeune génération de professionnels les valeurs du journalisme que Ghislaine et Claude défendaient l’un comme l’autre au quotidien, sur le terrain comme dans la rédaction de RFI.

La mémoire de Ghislaine et Claude sera honorée sur l’antenne de RFI au cours de cette journée spéciale pour la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes à travers des reportages et des entretiens. Un point sur l’enquête et un compte-rendu de la conférence de presse de l’Association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon seront également effectués durant les sessions d’information.

Voici les rendez-vous qui ont été programmés à l’antenne (les horaires sont en TU + 1) :

  • A 6h15 et 8h15Interview de Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, réalisée par Stéphane Lagarde.
  • A 7h25« Appel à correspondant» avec la correspondante de RFI à Manille Marianne Dardard. Les Philippines où 58 personnes, dont 32 journalistes, ont été tuées lors d’un attentat le 23 novembre 2009, crime toujours impuni et qui a été à l’origine de la création par l’ONU de la Journée internationale pour la sécurité des journalistes.
  • A 7h50« L’Invité du matin» Frédéric Rivière reçoit Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger (Afrique de l’Ouest et Maghreb), membre de la Commission des Affaires étrangères et secrétaire national du PS aux droits de l’homme.
  • A 9h40« Appels sur l’actualité» « Liberté de la presse, conditions de travail des journalistes ». Juan Gomez fait réagir en direct les auditeurs sur la situation dans leur pays.
  • A 20h10« Décryptage» Présenté par Nathalie Amar « Crimes contre les journalistes : pourquoi l’impunité ? » Avec Ernest Sagaga, responsable sécurité et droits de l’homme à la Fédération internationale des journalistes (en duplex de Bruxelles).
  • A 20h40« Le Débat du jour » Présenté par François Bernard « La situation peut-elle s’apaiser au Nord-Mali ? ». Avec : Yvan Guichaoua, enseignant-chercheur à l’université Brussels School of International Studies et spécialiste du Sahel et des conflits armés (en duplex de Bruxelles) et Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme.

Lâche assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon: On s’en souvient comme si c’était hier !

Rassemblés par Bruno E. LOMA – Le Reporter du 1er novembre

2 novembre 2013–2 novembre 2014, cela fait un an que nos confrères Ghislaine Dupont et Claude Verlon (deux envoyés spéciaux au Mali) ont été enlevés à Kidal, puis sauvagement exécutés à Kidal. C’est donc dans la tristesse et dans l’émotion que l’on commémore leur mort tant au Mali, en France que dans d’autres pays du monde.

Triste journée du 2 novembre 2013 dans les annales de RFI. Ce jour-là, nos confrères Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été enlevés et lâchement assassinés. Les deux reporters de Rfi étaient en mission à Kidal dans le cadre d’une opération spéciale qui devait avoir lieu à Bamako. Ils venaient d’interviewer Ambeiry Ag Rhissa, un représentant du Mnla, quand ils ont été embarqués de force par des hommes armés qui les ont exécutés à quelques kilomètres de là.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, rappelons-le, étaient des reporters très expérimentés. Ils connaissaient particulièrement bien l’Afrique et étaient tout sauf des têtes brûlées. Leurs images restent encore vivaces dans les esprits.

Comme le disait le célèbre écrivain sénégalais Birago Diop : «Les morts ne sont pas morts». Pour commémorer leur mort et leur rendre hommage, plusieurs activités sont prévues à Bamako. Au menu de cette commémoration, il y a eu hier jeudi au Cicb l’organisation d’un symposium et le lancement de l’Association dédiée à Gislaine et Claude, par leurs amis qui entendent ainsi immortaliser les deux illustres disparus. Il s’agit en fait d’interpeller sur la suite judiciaire à donner au double assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

À ce symposium, journalistes, dirigeants et militants d’associations et de syndicats de journalistes, d’associations féminines, de droits de l’homme et de la démocratie, personnalités politiques, représentants d’organisations internationales rendront hommage à Ghislaine et à Claude ainsi qu’à tous les journalistes victimes de la crise malienne.

Il y a également un hommage de la presse malienne à travers les associations et syndicats de la presse, un Slam pour Ghislaine (déclamé sur fond de Kora), des poèmes, chants de l’Adagh par Keltoum Walet Emastagh (artiste touarègue) accompagnée de deux guitaristes.

Le clou de cette manifestation sera la remise première «Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon». Cette bourse récompensera tous les ans un jeune journaliste et un jeune technicien de moins de trente ans qui viendront suivre une formation à Paris. Les noms des deux premiers lauréats de la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon seront dévoilés à Bamako ce 2 novembre, date du premier anniversaire de l’assassinat de nos confrères à Kidal. Il s’agit de poursuivre ce que ces passionnés de reportage et du continent africain aimaient à faire en transmettant leur savoir, et d’être ainsi fidèles à leur rôle de passeurs auprès des jeunes journalistes et techniciens qui les côtoyaient dans la rédaction de Rfi ou sur le terrain.

Précisons qu’en leur mémoire, cette journée du 2 novembre a été décrétée par les Nations unies, Journée internationale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes.

«Ce sera ainsi l’occasion de défendre aux côtés de nos confrères maliens, une valeur qui nous est essentielle, celle du droit à l’information libre que le terrorisme vient bafouer. Un droit qui ne peut s’exercer que si les attaques dont les journalistes sont victimes ne restent pas impunies. Avec nos partenaires de l’ORTM, l’Office de Radiodiffusion Télévision du Mali, qui nous accompagnent cette année, avec nos partenaires français de l’Ecole de Journalisme de Sciences Po et de l’INA, et avec l’ensemble des équipes du groupe France Médias Monde, nous avons tous ce même désir de rendre hommage aux deux grands professionnels qu’étaient Ghislaine et Claude, en transmettant aux jeunes générations leur passion et leur exigence», soutient Marie-Christine Saragosse, Présidente directrice générale de France Médias Monde

Gislhaine Dupont, une passionnée de l’Afrique

Née en janvier 1956, Ghislaine Dupont a passé plusieurs années de son enfance en Afrique. À la fin de ses études, elle fait le choix du journalisme. Elle passe par Ouest-France et Témoignage Chrétien ; apprend le micro auprès des radios libres. Puis entre à Radio France Belfort.

Son goût du voyage et du reportage l’incitent à aller vers Rfi. Après un premier passage à la radio mondiale, Ghislaine signe son CDI en 1990. Elle commence par la présentation, puis part sur des terrains difficiles : elle se rend dans les maquis de l’UNITA, en Angola. «Son plus grand talent, c’était l’investigation. Ghislaine persévérait dans ses enquêtes, ne cessait de creuser et ne se contentait pas de ce que les premières sources disaient», se souvient Laurent Chaffard, Rédacteur en chef au service Afrique de Rfi.

Claude Verlon, un technicien de reportage hors pair

Comme sa consœur, il était un professionnel des terrains à risques. Il avait couvert plusieurs conflits à travers le monde et permettait, grâce à son talent, d’être au plus près de l’actualité et de nous faire vivre l’événement. Claude Verlon était un vrai reporter, un grand reporter. «Claude Verlon, ce qui l’intéressait, c’était le défi. Plus c’était compliqué techniquement, plus ça l’excitait, confirme Nicolas Champeaux, journaliste au service Afrique de RFI. Il était entré à RFI en avril 1982. Il était depuis devenu le responsable adjoint du service Reportage-Technique. Mais il aimait par-dessus tout le terrain.

Reposez en paix, Gislhaine Dupont et Claude Verlon. L’Afrique-notamment le Mali- vous sera toujours reconnaissante !

 

Publicités
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :