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La crise selon Soumaïla Cissé

by sur 15 novembre 2015

SOUMAÏLA CISSÉ à Sciences Po Paris : « La Crise au Sahel : Enjeux, Défis et Perspectives »

14 novembre 2015 – Maliactu 

P27

COMMUNICATION DE L’HONORABLE SOUMAÏLA CISSÉ,

Député à l’Assemblée Nationale de la République du Mali ; Président de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) ; Président de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (2004-2011)

THÈME

« La Crise au Sahel : Enjeux, Défis et Perspectives »

Madame la Directrice de la Division Afrique du Groupe Affaires Internationales,

Monsieur le Président de la R.A.D.E

Honorables Invités ;

Mesdames, Messieurs ;

C’est  pour moi un réel plaisir de prendre la parole devant les membres de cette auguste institution.

Madame la Directrice,

Toutes mes félicitations pour le choix du thème de cette Conférence-débat, à la fois important et d’actualité.

Merci pour l’opportunité que vous m’offrez d’échanger avec d’éminentes personnalités, et, je mesure l’honneur qui m’est fait en me demandant de parler d’un sujet brûlant, au propre comme au figuré : « La Crise au Sahel : Enjeux, Défis et Perspectives ».

Honorables invités,

Mesdames, Messieurs,

A travers mon intervention, je voudrais partager avec vous, quelques idées sur cette zone de rivalités et d’influence, qu’est le Sahel.

Alors pour commencer, un peu d’histoire !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1/ UN PEU DE GÉOPOLITIQUE  ET D’HISTOIRE

Communément, le Sahel désigne la bande de territoires situés entre le Sahara au Nord et la savane au Sud, s’étendant de l’Atlantique à la Mer Rouge. Certains experts ont  opté pour une définition correspondant à la région délimitée par la Mer Méditerranée au Nord, la Mauritanie et l’Océan Atlantique à l’Ouest, le bassin de la Mer Rouge à l’Est et le Tchad au Sud, c’est-à-dire la région géopolitique du Sahara au sens large au sein de laquelle se trouve le Sahel.

La zone actuellement appelée « Bande Sahélo-Saharienne » -BSS- pour les experts militaires, est un vaste espace d’une superficie de près de 8 millions de km2, soit près de deux fois la superficie de l’Europe à 28.

Sur le plan humain, on peut définir le Sahel comme la zone de contact entre les peuples arabo-berbères du Nord et ceux de l’Afrique Noire.

Une définition géopolitique qui considère le sahel comme un espace tampon prenant en compte l’arc de crise reliant le Soudan à la Mauritanie et incluant le Tchad, le Niger, le Burkina, le Mali, le Sénégal, le Sud algérien, correspond peut-être mieux aux objectifs de cette communication.

Le Sahel, qui en arabe signifie  » frontière » ou  » bordure », est caractérisé par l’aridité du climat, une faible démographie, un état de sous-développement économique, une mobilité constante des populations, une non-maîtrise des espaces, l’enclavement, l’extrême diversité de la mosaïque des populations, la précarité et le chômage.

C’est une zone mal contrôlée qui développe une conflictualité endémique alimentée par le terrorisme, l’islamisme violent, les rebellions armées et les trafics illicites. Du fait d’une multitude de crises intérieures s’inscrivant dans des dynamiques transnationales, le Sahel est caractérisé par des logiques de chaos qui risquent d’entraîner une déstabilisation durable de cet espace, voire du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

En effet, depuis les années 1990 avec le développement des rebellions armées au Mali et au Niger, on a assisté à un basculement d’une criminalisation économique vers une criminalisation politique, les deux se nourrissant d’ailleurs mutuellement.

Ainsi, dépourvus de capacités militaires et institutionnelles solides, les pays du Sahel offrent un terreau fertile à l’infiltration d’organisations transnationales criminelles qui s’emparent progressivement du pouvoir de manière diffuse ou réelle, comme l’illustre l’invasion du Nord du Mali en 2012.

Les groupes terroristes utilisent aussi les pays du Sahel pour le développement de leurs capacités opérationnelles, en développant leur entrainement, en s’armant et en recrutant.

La fragilité des Etats de la région dépourvus d’un appareil d’Etat efficace constitue un terrain fertile pour les groupes terroristes et les trafiquants.

Comme  des effets en chaîne, l’insécurité empêche l’exploitation des potentialités et rend risquée et coûteuse la fourniture des services sociaux aux populations.

Le Sahel est pourtant d’une importance stratégique pour les partenaires extrarégionaux des Etats de la région. Le sous- sol sahélien serait très riche en minerais (pétrole, phosphate, or, argent, uranium, etc.).

Ce sont les événements survenus au Mali en 2012 qui ont placé la BSS au cœur des préoccupations internationales.

 

2/ LES FACTEURS GÉNÉRATEURS DE LA CRISE AU SAHEL

En réalité, on devrait parler des crises du Sahel car chacune des caractéristiques énoncées constitue des facteurs déclencheurs de crises avec des spécificités propres: souvent humanitaires, parfois identitaires et politiques, de plus en plus sécuritaires et irrédentistes, elles ont pris, depuis la décennie passée, un tour religieux et mystique avec l’émergence d’un islam radical et dogmatique véhiculé par des organisations dont l’idéologie trouve sa source auprès de centrales situées hors d’Afrique comme Al-Qaïda, par exemple.

Ici, les acteurs sont nombreux et variés, un recensement de ces acteurs est si fastidieux et incertain, qu’il faut se limiter au phénomène.

Plusieurs facteurs alimentent la crise au Sahel.

PREMIÈREMENT, la position géographique, l’éloignement par rapport aux capitales qui rendent les délais d’intervention longs et coûteux, favorisent le développement de l’insécurité et alimentent la crise au Sahel.

Il existe de multiples voies de communication et des routes transsahariennes qui facilitent le déplacement des groupes terroristes dans une région qui, de par sa composition montagneuse par endroits, constitue un lieu idéal de repli.

Les contraintes géographiques expliquent donc pourquoi les armées nationales ont du mal à combattre ces organisations terroristes, la surveillance de cette zone dépassant largement les moyens des Etats pauvres et instables de cet espace.

DEUXIÈMEMENT : la situation dans cette zone n’a cessé de se détériorer ces dernières années du fait de la sécheresse, de la pauvreté, de la fragilisation des régimes politiques, des trafics et de l’expansion des groupes terroristes tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

L’ampleur de la tâche à accomplir pour le rétablissement de la sécurité et de la paix dans le Sahel est donc immense. Et rien n’indique que les Etats de la région ni même la Communauté Internationale soient en voie de relever ce défi.

TROISIÈMEMENT : le Sahel est une région fragile où l’Etat est singulièrement absent des vastes zones désertiques. Certains pays de la région sont incapables d’assurer leurs prérogatives régaliennes de manière effective.

De même, le faible niveau de couverture administrative, les rares prestations des services de l’Etat  (santé, éducation, sécurité des biens et des personnes, etc.) constituent un facteur d’aggravation de la crise dans des régions vastes et sous-peuplées.

Au Mali, les chiffres fournis par l’Institut national de la statistique indiquent qu’en 2012 la densité au km2 variait de 41,23 dans la région de Ségou à 0,49 dans la région de Kidal. Elle est particulièrement faible dans les trois régions du Nord du Mali (0,49 dans la région de Kidal, 3,31 à Gao, et 1,48 à Tombouctou).

En fait, la faible densité a toujours été un trait caractéristique de certaines zones des régions du Nord du Mali, dès qu’on s’éloigne de la vallée du fleuve Niger

La faible densité y renvoie non seulement à la notion de faiblesse des ressources financières des collectivités territoriales concernées, mais aussi à une organisation spatiale, économique et sociale particulière (occupation humaine distendue, infrastructures faibles, espaces ouverts, nomadisme). Les handicaps relatifs à la faiblesse des équipements et des services dissuadent les entrepreneurs à venir s’y installer.

De plus, dans ces régions, la faible densité est surtout associée à la notion de territoires défavorisés et mal desservis par les services sociaux de base (eau, école, santé notamment), mais aussi à l’éloignement et à l’enclavement, bref toutes choses qui évoquent des territoires peu dynamiques.

Ces territoires ont une faible capacité de mobilisation des ressources financières, et donc d’investissement. Leur faible densité et leur éloignement du centre politique et économique représentent un coût additionnel considérable pour ces territoires, coût qui ne doit pas et ne peut être supporté par leurs seuls habitants.

Ces Etats dont les populations et les ressources économiques sont concentrées géographiquement à l’Ouest (Mauritanie) et au Sud (Mali et Niger) doivent faire face depuis plusieurs générations à une pauvreté chronique, à un sous-développement persistant, et à des crises alimentaires récurrentes dans des conditions géographiques hostiles.

La déliquescence de ces Etats est source d’insécurité humaine et d’anarchie, entretenant du coup les conflits armés. Les pays du Sahel sont parmi les plus pauvres du monde, plusieurs d’entre eux connaissent une pauvreté chronique qui permet aux mouvements terroristes de s’installer sans difficultés.

Ainsi, laissé sous le contrôle des groupes armés et des trafiquants de tout bord, cet espace fait aujourd’hui figure de zone grise rebelle à l’autorité de l’Etat. L’absence de l’Etat dans une grande partie de l’espace sahélo-saharien, du fait du faible maillage des territoires nationaux, de l’incapacité ou des faibles capacités des structures sécuritaires à assurer un contrôle effectif sur de vastes étendues, très souvent désertiques, et à répondre aux besoins de base des populations qui y vivent (éducation, santé, alimentation, opportunités socio-économiques) a généré des situations se traduisant par un sentiment d’abandon.

QUATRIEMEMENT : la faiblesse des capacités des Etats, qui doivent gérer des zones frontalières immenses pouvant s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres, conduisent à la porosité des frontières, rendant possible les déplacements incontrôlés des personnes et des biens divers (illicites comme licites), contribuant à faciliter par la même occasion, le développement des bandes terroristes et des trafiquants.

CINQUIÈMEMENT : les conséquences des défaillances étatiques ont très souvent été aggravées par des déficits de la gouvernance politique, économique et sécuritaire ayant caractérisé plusieurs pays de cette région.

Cette « mal-gouvernance » chronique débouche sur des politiques économiques et sociales inefficaces, qui sont déstabilisatrices.

Ce déficit de gouvernance s’illustre particulièrement à travers des systèmes politiques faillibles en matière de respect des principes démocratiques, de bonne gestion économique et d’état de droit, ou encore se caractérisant par une démocratie de façade.

SIXIEMEMENT : le « printemps arabe » et la crise libyenne sont les nouveaux facteurs de déstabilisation et de la fragilisation de la bande sahélienne.

En effet, la crise libyenne a eu un effet déstabilisateur sur la situation sécuritaire au sahel. Les répercussions de la crise libyenne sont nombreuses dans la zone sahélienne à la suite de la dispersion des armes en provenance de Libye et du retour des mercenaires dans leur pays d’origine.

SEPTIÈMEMENT : la corruption généralisée affecte un grand nombre de secteurs dans ces Etats, particulièrement les plus sensibles, notamment dans le système de défense et de sécurité. En matière de défense et de sécurité, cette situation rend particulièrement impossible la lutte efficace contre les groupes armés séparatistes, les trafics et autres activités criminelles.

L’islamisme radical prôné par des extrémistes religieux profite donc de cette situation, de l’ignorance et de la pauvreté dont sont victimes les populations de ce vaste territoire.La nébuleuse terroriste profite également de la vulnérabilité des jeunes sans emploi et livrés à eux-mêmes pour les endoctriner. Tout concourt donc à faire de l’espace sahélien la plus vaste zone d’instabilité et de non-droit de la planète.

 

3/ ENJEUX

LA DÉMOGRAPHIE

La démographie constitue le premier enjeu dans le Sahel car denombreux pays de la zone, verraient leur population doublée à l’horizon 2050.Le Niger et le Mali sont parmi les pays ayant le plus fort taux decroissance démographique au monde, avec près de 3,6%. La jeunesse constitue à cet effet un important enjeu, car, par exemple au Mali, selon une étude, la tranche d’âge 0-17 ans constitue 53% de la population.

LES MIGRATIONS

L’exode rural et l’émigration sont un fléau important dans le Sahel et de nombreux jeunes traversent la BSS pour rejoindre les côtes européennes.
Depuis l’effondrement du régime de Kadhafi, le mouvement des jeunes africains vers l’Europe s’est amplifié.

Malheureusement, bon nombre d’entre eux n’atteignent pas leur destination et périssent en mer. On estime à environ 22 000 le nombre de personnes mortes depuis l’année 2000 en Méditerranée, soit 1500 par an. Les Africains constituent la majorité de ces victimes.Le continent perd ainsi chaque année, de nombreux professionnels et de nombreux bras valides.

LES FRONTIÈRES

Six des dix pays les plus vastes d’Afrique sont situés dans la BSS : Algérie, Libye,Tchad, Niger, Mali, Soudan.

Le développement transfrontalier est une préoccupation majeure, la France a d’ailleurs lancé le projet  » Appui à la Coopération Transfrontalière au Sahel (ACTS) en 2013, dans le but de favoriser le développement et la sécurité.La CEDEAO aussi a développé depuis de longues années le concept de  » Pays Frontières ».

Toutes ces initiatives visent à développer les zones frontières pour en faire des points de sutures et non des points de fractures. La BSS  c’est avant tout de grands espaces et des enjeux frontaliers importants. LeMali par exemple partage 7000 km de frontières avec ses voisins, dont 1800 avec l’Algérie et 2400 avec la Mauritanie. La porosité des frontières est une source de préoccupation majeure.Depuis le début des années 2000, la zone est progressivement devenue une importante aire de trafics de tous ordres (drogues, véhicules, otages…).

L’objectif de plus en plus affirmé de « l’international terrorisme » de construire un arc djihadiste, allant du Moyen-Orient à l’Afrique de l’Ouest en passant par le Maghreb et la Corne de l’Afrique, rend ces frontières encore plus fragiles.

LE DÉVELOPPEMENT

La BSS  est une  zone riche en ressources naturelles. L’Algérie, la Libye,le Niger, la Mauritanie le Tchad et le Mali possèdent des ressources importantes.Toutefois, les populations restent vulnérables. Les pluies sont rares et la désertification avance.
L’hostilité de la nature, le manque d’infrastructures et la migration des populations vers les centres urbains maintiennent  la zone dans une réelle précarité.

L’ÉQUILIBRE SOCIO-CULTUREL

Historiquement, le Sahara était une zone de pâturage très convoitée.
Les recherches effectuées, ont démontré qu’à partir de 8000 avant JC, des populations « morphotypiquement différenciées » se disputèrent le Sahara qui est ainsi progressivement devenu une zone de conflit. D’abord, à cause des richesses issues du commerce caravanier, et ensuite, à cause des conflits de « reconversion » entre 640 et 750 après JC.

Ces guerres de « reconversion » concerneront, dans un premier temps, Arabes et Berbères, et ensuite, elles se déplaceront vers le sud du continent africain avec une volonté de convertir à l’Islam les animistes.

Aussi, nomades et sédentaires ont développé chacun avec sa culture des logiques d’interdépendance et ont appris la vie en communauté. Toutefois, l’équilibre entre ces différentes communautés s’est affaibli ces dernières années.

Il est important de comprendre les liens séculaires entre communautés afin d’éviter l’exacerbation de certains conflits. Ainsi, il est faux de croire, dans le cas du Mali, que tous les Touareg sont partie prenante au conflit armé contre le gouvernement, ni de croire que  les Touareg constituent la seule communauté au nord du Mali.

 

4/LES DÉFIS

LA SÉCURITÉ

Les États de la BSS doivent donc relever de nombreux défis, en tête desquels le défi SÉCURITAIRE.

Situées à moins de deux heures de vol des côtes européennes, l’instabilité de la BSS constitue une source d’inquiétude pour de nombreux pays européens. La sécurité et la stabilité sont les principaux enjeux de la zone, car, elles seules, pourraient permettre le développement. Malheureusement, la majorité des pays concernés ne disposent pas de capacités sécuritaires adaptées aux menaces.

Des forces armées et de sécurité capables de faire face aux différentes menaces sont donc d’une impérieuse nécessité. L’opération Barkhane avec quelque 3000 hommes pour lutter contre le terrorisme et la piraterie maritime dans le golfe de Guinée, la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA), restent avec les forces armées des pays concernés les principales forces pour garantir la sécurité dans la zone.

Mais le véritable défi à relever pour avancer concrètement sur la pacification de la BSS est le partage du renseignement entre les États et l’organisation progressive de patrouilles mixtes. A titre de rappel, de nombreuses initiatives ont vu le jour. Mais elles se sont arrêtées sans atteindre les objectifs souhaités. Parmi ces initiatives, on pourrait citer l’Union de Fusion et de Liaison (UFL), le Comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint (CEMOC) et la Communauté des États Sahélo-Sahariens (CEN-SAD). La dernière initiative créée à la suite de l’Opération  Barkhane  est le G5 Sahel (Mali, Burkina, Niger, Tchad et Mauritanie).

La JEUNESSE

Avec la forte augmentation prochaine de la population de la zone, la jeunesse constitue l’une des priorités. Le chômage, la misère et le désespoir poussent les jeunes vers les réseaux de trafic.Selon le BIT, la moitié des 75 millions de chômeurs dans le monde se trouvent en Afrique. Les différentes crises ont montré la grande instrumentalisation de la jeunesse. L’avenir de la zone est fortement dépendant de la prise en charge des préoccupations de cette jeunesse.

L’ÉDUCATION,LA FORMATION ET L’EMPLOI

L’éducation, avec à la clé l’emploi pour les jeunes, reste la problématique la plus importante à résoudre pour la stabilité de la BSS.L’instabilité au Mali a, par exemple, été à l’origine de la fermeture d’établissements scolaires pendant 4 ans.

Le chômage dans le Sahel reste très élevé. L’une des causes souvent citées par les jeunes candidats au départ est le manque de travail. Lors de la crise malienne, l’on a pu constater que de jeunes saisonniers, à la recherche d’emploi, avaient été attirés par des groupes djihadistes pour sévir  de cuisiniers, entre autres, avant d’être endoctrinés et devenir des combattants.

LES INFRASTRUCTURES

Le Sahel manque cruellement d’infrastructures.Les routes sont rares voire inexistantes. Les localités sont très éloignées les unes des autres. L’accès à l’eau est une poignante préoccupation quotidienne.

La couverture sanitaire est insuffisante. Si on compte un médecin pour 20000 habitants en Afrique, on peut sans risque de se tromper doubler ce chiffre pour leSahel.

Le taux de scolarisation est très faible et depuis les différentes crises, dans certaines régions du Mali, les écoles sont fermées depuis quelques années.

LE RETOUR DES RÉFUGIÉS

De nombreux Sahéliens fuient l’insécurité qui perdure dans leur localité d’origine. Le retour à la normale passe par leur retour et ce, dans des conditions décentes leur permettant de trouver des activités génératrices de revenus et des conditions sécuritaires minimales.L’organisation et la prise en charge de leur ré-installation est un défi important à relever.

 

5/PERSPECTIVES :

LES ISSUES POSSIBLES POUR UNE PAIX DURABLE DANS LE SAHEL

Comme l’a souligné, en 2004, le groupe de hautes personnalités chargé par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) de réfléchir sur les défis sécuritaires de l’humanité, « le développement doit être la pierre angulaire du nouveau système de sécurité collective et que si l’extrême pauvreté et les maladies infectieuses sont en soi des menaces, elles constituent aussi le terreau d’où surgissent d’autres menaces, dont les guerres civiles.

Pour mieux garantir la sécurité de nos citoyens, nous devons impérativement accorder toute l’attention voulue et allouer les ressources nécessaires à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement ».

A cet égard, il y a lieu d’avoir à l’esprit que le Sahel devrait doubler sa population d’ici 30 ans, et comptera vraisemblablement plus de 150 millions d’habitants en 2040.

Cette poussée démographique aura des conséquences sur les fragiles équilibres internes et constituera un défi supplémentaire pour les Etats de la région dans leur volonté de réaliser les réformes nécessaires sur la sécurité humaine, et notamment alimentaire de la région.

A ce défi, pourraient s’ajouter d’autres liés à l’exode rural, aux mouvements migratoires, à la croissance exponentielle des villes, et aux besoins grandissants en services sociaux, à la rareté des ressources naturelles, à l’accès à l’eau, à l’environnement, aux services sociaux de base.

Par rapport à tous ces défis, on voit bien que l’approche sécuritaire ne peut à elle seule être la solution pour stabiliser le Sahel. Les régions périphériques des pays du Sahel, aux confins du Sahara étant l’épicentre des crises, il s’agit pour les gouvernants de trouver des solutions adaptées pour connecter les populations de ces régions aux ensembles nationaux de manière intelligente qui respecte leur diversité culturelle, et tienne compte de leurs situations particulières.

 

RENFORCER LE POUVOIR DES RÉGIONS

Dans un contexte de difficultés budgétaires, la question des modalités de transfert des ressources financières aux Régions pour accompagner leur  développement constitue donc un enjeu important. Ce transfert est également la meilleure manière de valoriser leurs ressources naturelles, culturelles et touristiques, en lien avec le type d’organisation de l’Etat.

Comment éviter la mise à l’écart des populations, et le développement de zones grises en matières de disponibilité des services (eau, électricité, téléphones) ?

Comment assurer l’accès équitable aux services sociaux de base pour des populations éloignées du centre géographiquement et culturellement ?

Quelle stratégie pour une meilleure utilisation des ressources publiques en optimisant la présence de l’Etat pour minimiser les inefficacités et les gaspillages ?

Voilà autant de questions qui interpellent les décideurs politiques.
Au Mali, le code des collectivités territoriales a conféré à la Région un rôle important en matière de développement régional et d’aménagement du territoire.

Dans ce cadre, le Conseil régional règle par ses délibérations les affaires de la Région et notamment celles relatives aux programmes de développement économique, social et culturel.

En outre, le Conseil Régional doit être consulté pour la réalisation des projets de développement décidés par l’Etat et les organismes publics ou privés sur le territoire de la Région.

En réalité, le code des collectivités territoriales fait du président du Conseil Régional le véritable patron du développement régional.

A travers les choix budgétaires, la régionalisation devra permettre aux élus régionaux de disposer des moyens de répartir les investissements dans le temps et dans l’espace, et d’attirer les entreprises sur leurs territoires.

Donner vie à la Région sur la base d’objectifs partagés entre l’Etat et les Collectivités territoriales constitue donc un enjeu important des Politiques de Décentralisation dans ces Etats, ce qui suppose une clarification du rôle de chacun des acteurs nationaux, régionaux et locaux pour permettre un dialogue ouvert sur la base des instruments techniques d’aménagement du territoire déjà existants.

Certains des pays de la région (le Mali par exemple) disposent de textes très avancés, mais force est de reconnaitre que leur mise en œuvre connaît beaucoup de difficultés.On note des lenteurs considérables dans la mise en œuvre du processus de transfert des compétences et des ressources de l’État aux collectivités territoriales dans tous ces pays.

La libre administration est effective, mais les collectivités locales restent confrontées à des difficultés financières, matérielles, humaines qui les empêchent d’assumer correctement leurs missions.Il y a une faiblesse notoire des ressources affectées aux collectivités d’où leur trop grande dépendance des financements extérieurs

Les réformes de décentralisation ont donceu des acquis incontestables, mais elles font aussi face à des contraintes.Les dispositifs législatifs et règlementaires mis en place n’épargnent pas aux collectivités territoriales la mauvaise gestion et ne favorisent pas le contrôle des élus. L’appui-conseil et l’accompagnement de la tutelle se révèlent insuffisants pour des collectivités territoriales en construction. La collégialité entre les acteurs qui sont impliqués dans le processus de gestion locale demeure faible.

Pendant longtemps, l’espace local était considéré comme un lieu d’application des décisions des politiques nationales sectorielles. Aujourd’hui, il doit être générateur de sa propre dynamique de développement en puisant dans ses capacités d’initiatives et d’organisation. Le développement local doit entrer dans un processus décisionnel participatif.

DONNER UNE PLACE AUX NOTABILITÉS TRADITIONNELLES DANS LA GOUVERNANCE

On peut définir le pouvoir traditionnel comme étant celui exercé par les chefs de fraction (en milieu nomade) et les chefs de village ou de quartier (en milieu sédentaire) sur des populations identifiées et qui reconnaissent et acceptent le pouvoir desdites autorités.

En milieu nomade, l’autorité du Chef traditionnel s’exerce souvent sur des régions administratives ou géographiques entières (cas de la région de Kidal et du Cercle de Ménaka) alors que dans d’autres, plusieurs chefferies traditionnelles coexistent sur le même espace (cas des régions de Gao, Tombouctou et Mopti au Mali).

En milieu sédentaire, le pouvoir traditionnel couvre généralement les limites d’un village mais peut, dans de rares cas, s’étendre au-delà comme au Mali, cas de Hombori et Boni par exemple, où le pouvoir traditionnel s’inspire plus du modèle nomade que sédentaire.

Il existe une coexistence traditionnelle entre les chefferies sédentaires et nomades : les liens sont très complexes et sont bâtis sur les principes d’entente, de cohésion et de complémentarité économique. Les rapports sont parfois conflictuels mais il existe des mécanismes locaux pour régler les conflits locaux. Ces mécanismes font intervenir des notables d’autres entités (villages ou fractions voisins ou éloignés,  cousinage  et parenté à plaisanterie, griots, forgerons, érudits musulmans…)

Pour une même fraction  ou village, le Chef est unique et incontesté. Il gère et règle tous les problèmes naissant au sein de sa communauté. Il jouit du respect et de la considération aussi bien des membres de sa communauté que des chefs des autres fractions et villages.

Son statut de Chef lui procure également un certain confort personnel, le mettant à l’abri des besoins de base. Il est neutre, ce qui lui permet d’arbitrer les conflits internes à sa communauté. Il est surtout une autorité morale auprès de laquelle chacun sait trouver la protection nécessaire. Le rôle essentiel du Chef traditionnel est d’administrer sa communauté : sécurisation des personnes et de leurs biens, répartition des terres, protection des faibles, justice et règlement des conflits, relations avec les autres communautés.

Si des pays comme le Burkina et surtout le Niger ont maintenu une place aux notabilités traditionnelles, telle n’a pas été le cas au Mali où ils ont été totalement écartés pour laisser la place aux préfets, gouverneurs de régions, maires, etc…

Cette situation a créé un conflit latent entre l’autorité élue (maire, député) et la chefferie traditionnelle, mettant en jeu aussi bien l’exercice du pouvoir que des intérêts personnels, contribuant à minimiser (voire à ternir)  l’image du Chef traditionnel et à bloquer l’action de l’Elu.

Il s’agit aujourd’hui, de restaurer une partie du pouvoir même symbolique aux autorités traditionnelles qui sont mieux à même de gérer par exemple les conflits intra et intercommunautaires.

METTRE EN PLACE UN AUTRE TYPE D’ADMINISTRATION DANS LES RÉGIONS NORD DU SAHEL

Jusque-là, les politiques publiques ont surtout privilégié une approche accordant une place quasi exclusive au financement de petites actions dites de lutte contre la pauvreté (distribution de vivres, services sociaux de base).

L’intervention de l’Etat dans ces espaces doit se faire en intégrant l’assistance au titre de la solidarité nationale, mais aussi les projets capables de promouvoir des stratégies de développement adaptées à la spécificité de leurs ressources.

En réalité, le vrai défi en matière d’intervention de l’Etat dans ces régions repose sur sa capacité à imaginer avec les autres acteurs des dispositifs d’appui au développement qui permettent de jeter les bases d’un développement durable basé sur des activités possibles dans ces espaces.

L’égal accès des citoyens aux services publics est un impératif républicain. Il y va du maintien du sentiment d’appartenance à la nation.Il s’agit de préparer un plan d’accessibilité aux services publics pour tous les usagers.

La diversité des situations appelle une diversité des réponses. La présence de l’Etat ne doit pas être organisée de manière standardisée et uniforme sur l’ensemble du territoire. Il faut d’abord admettre le nomadisme comme principe de gestion de l’Administration dans ces zones, en y adjoignant également la notion de points fixes.

L’Administration doit aller vers les populations en ciblant les foires hebdomadaires et les zones de nomadisation.

ADAPTER CERTAINES LOIS AUX CONDITIONS PARTICULIÈRES DES RÉGIONS

La norme à portée nationale est la règle dans les pays du Sahel. Héritée de la période coloniale, elle imprègne fortement les mentalités et les pratiques institutionnelles comme fondement de l’unité nationale.

Si les politiques de Décentralisation ont transféré des compétences aux collectivités territoriales, elles ne leur ont pas en revanche donné des marges de manœuvre pour opérer des adaptions dans quelque domaine que ce soit. L’éducation, la santé, la culture et la communication sont gérées de la même manière de Kayes à Kidal pour ce qui est du Mali (mêmes programmes scolaires, mêmes programmes de radio et de télévision, mêmes horaires de travail quelles que soient les saisons, etc.).

Comment par exemple mieux lier l’école à son environnement pour permettre aux enfants du pays de connaître davantage l’histoire et la géographie locale tout en ayant un socle commun indispensable ?

Quel effort devrait-on consentir en faveur des radios et télévisions régionales (à mettre en place), aux universités régionales aussi à mettre en place ?

Quelle place devons-nous laisser aux langues locales dans la rédaction des imprimés des communes et dans la signalétique institutionnelle ?

 

6/CONCLUSION

Le Sahel est un espace vaste, riche et vulnérable. Depuis quelques années, il est devenu le haut lieu du terrorisme et du narcotrafic à dimension planétaire.

Avec le payement des rançons, arme à double tranchant, l’argent circule à flots alimentant les réseaux de tous les trafics  avec comme parent pauvre, paradoxe des paradoxes, le développement économique

Après avoir passé en revue les différents aspects de la crise sécuritaire les actions à mener dans cette partie du monde doivent tenir compte de deux choses :

La première, c’est qu’il s’agit de populations, d’êtres humains avec leurs besoins, leurs craintes, leurs espoirs, et non de statistiques à compiler simplement. La réalité sur le terrain impose l’humilité dans toute approche sociologique.

La seconde, c’est que « Le Sahélistan » devient un danger planétaire. La crise qui se joue ici dépasse largement les dimensions spatiales ou économiques de la zone. Il y a à cet effet, un aspect dont on parle peu, c’est la dimension environnementale. Au  moment où on parle de développement durable, nous devons prendre en compte la notion de climat dans une région dont l’équilibre ou le désordre dépend d’abord de variables écologiques

Ensuite, il est plus qu’impératif d’assurer une réelle coordination de la coopération militaire régionale voire internationale. La solution doit donc être globale et structurée. Ici, comme ailleurs, dans un monde globalisé, personne ne peut se sauver seul !

Autant les réalités d’il y a 50 ans ont mué, autant les protagonistes ont évolué dans leurs rapports réciproques. Le jeu des alliances tant locales qu’internationales change constamment  en raison de nouvelles réalités souvent fugitives. Il y a un changement radical qui doit pousser à un changement de paradigme dans toutes les grilles d’analyse et de solutions.

Notre vœu est que la stabilité revienne dans tout le Sahel et que tous les acteurs travaillent en synergie, comme le souhaite LE CLUB DU SAHEL dont le credo est de « réduire l’écart entre les futurs souhaitables et les futurs redoutables pour la région. »

Je vous remercie !

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