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Les Maliennes ont-elles droit au bonheur ?

by sur 15 novembre 2015

Un plaidoyer pour une certaine ouverture favorable aux femmes, à une libéralisation  de leur sort, voire à leur libération tout court de pesanteurs sociologiques; et la polygamie comme l’éducation des petites filles en prennent un sérieux coup.

Dans ces nouvelles, Salimata Togora pose une question existentielle : les femmes ont-elles droit au bonheur au  Mali ?

« Destins de femmes », de Salimata TOGORA

Ousmane THIÉNY KONATÉ – © maliactu.net – 13 novembre 2015

Hier, jeudi, 12 novembre 2015, a eu lieu, au Centre Aoua KEITA de Bamako, la cérémonie de lancement du recueil de nouvelles de Salimata TOGORA, Destins de femmes, devant une foule nombreuse d’amoureux du livre. L’événement était doublement significatif du fait que c’est une femme écrivaine qui était à l’honneur, chose qui n’est pas fréquente chez nous.

Mais c’est surtout la qualité du texte et le ton nouveau de la part d’une femme auteure dans le traitement des thèmes qui auront fait de cette cérémonie un véritable événement littéraire.

Le texte de Salimata TOGORA se lit en trois heures, ou en deux pour un bon lecteur. Ce n’est pas signe de légèreté ou manque d’inspiration. Au contraire. C’est que la nouvelliste a un style totalement dépouillé, concis, qui va à l’essentiel avec des phrases où chaque mot est à sa juste place. Destins de femmes est assurément un texte agréable à lire par la maîtrise de la langue qui fait que le lecteur se laisse aller par la magie des mots et l’humour, parfois cinglant, qui les accompagnent ou les suscitent.

L’un des thèmes forts du recueil de nouvelles est la polygamie. Non pas cette polygamie pleurnicharde où il est demandé à la femme d’accepter son destin, la volonté de Dieu, et de s’attacher à élever ses enfants face à un mari inconscient, volage, qui refuse de faire face aux obligations que lui impose la loi à savoir le prix de condiments, les soins médicaux, les frais de scolarité des enfants etc.

Destins de femmes pose la question existentielle essentielle : les femmes ont-elles droit au bonheur ? Question bizarre mais seulement à priori. Car la polygamie, aux yeux de Salimata TOGORA, est l’ennemie des femmes. Et la solution se trouve entre les mains des femmes. Si la polygamie existe, c’est parce que les femmes le veulent. Ce sont elles qui acceptent en effet d’être la seconde, la troisième voire la quatrième femme d’un homme. Elles diraient non que la polygamie disparaîtrait.

J’entends dire qu’il y a des facteurs sociaux qui pèsent de tout leur poids et qui font que les femmes n’ont guère le choix. Ce sont de telles réflexions qui maintiennent les femmes sous esclavage.

Pour Salimata TOGORA, une femme qui veut vivre heureuse n’a que faire de la tradition qui l’asservit. Son héroïne, dans la première nouvelle, décide de quitter son mari qui l’a trompée et voudrait se marier avec l’objet de son péché, après 26 ans de mariage. Elle s’affiche avec un autre homme qu’elle finira par épouser.

Qu’importe si la justice la condamne pour adultère (mais pas le mari), elle a décidé de prendre son destin en main non pas en défiant la société mais en faisant ce qui lui paraît juste et lui permet de vivre heureuse. Elle refuse cette hypocrisie sociale qui fait que la polygamie ne profite qu’aux seuls hommes, les hommes qui seuls auraient droit au bonheur en changeant de femmes au gré de leurs humeurs parfois au mépris de loi. Car une chose est sûre : Dieu lui-même, qui est la mesure de toute chose, n’aime pas la polygamie.

L’autre thème fort de Destins de femmes est l’éducation de la jeune fille. Cette éducation est là encore difficile du fait que la plupart des familles vivent sous un régime polygamique.

Le mari, qui a des ressources limitées, n’a qu’un seul souci : épouser d’autres femmes. La victime dans cette situation est la jeune fille qui face aux difficultés de la vie est sous la menace d’une vie de débauchée. Le personnage principal de cette deuxième nouvelle, Une fille comme les autres, rêve incessamment, non pas de moto Jakarta ou de téléphone portable dernier cri, mais de poulet grillé aux alocos.

C’est que dans la plupart des foyers polygamiques, manger est la préoccupation fondamentale. Très souvent le chef de famille mange à l’extérieur des plats qu’il est incapable d’offrir à sa famille s’il n’est pas gâté par le plat spécial que lui a préparé la femme qui est de nuit au prix de mille sacrifices.

Certains enfants en sont réduits à aller manger chez leurs camarades plus nantis ou à attendre les jours de fête. Tandis que des filles n’hésitent pas à se vendre aux hommes pour réaliser leurs rêves d’adolescente. L’héroïne de cette deuxième nouvelle, que la misère a vite mûrie, décide en toute sagesse, de s’en sortir par les études. Elle réussira grâce à un oncle marginal, mais curieusement lucide, qui lui sert de guide.

Ce n’est malheureusement pas le cas pour toutes les filles car très souvent les enfants sont de plus en plus laissés à eux-mêmes. L’absence de communication avec les parents ne leur laisse que la rue pour construire leur personnalité. La rue et internet qui sont, pour les ados, de très mauvais conseillers. Beaucoup de parents, surtout en ville, ont de moins en moins de temps à consacrer à leurs enfants à tel point qu’ils ne voient pas le danger venir. Comment peut-on prétendre faire le bonheur des enfants si l’on ne leur consacre pas le minimum de notre temps pour connaître les difficultés qu’ils vivent et ce à quoi ils aspirent ?

Destins de femmes n’est pas la fatalité pour les femmes. Il s’agit de destins maîtrisés par les femmes. Notre monde est un monde aux mains des hommes qui ont décidé, partout dans le monde, d’instrumentaliser les femmes. Et cela n’est pas près de cesser car les hommes même les plus médiocres se complaisent dans ce sentiment de supériorité que parfois la religion, malheureusement, consacre.

Jamais les hommes n’accepteront la remise en cause de cette suprématie. Seules les femmes, par leurs actions, leurs combats, pourront aspirer à vivre dignement, à vivre heureuses. Car la recherche du bonheur dans ce monde est légitime pour tous. Il faut toujours se souvenir qu’on ne vit qu’une seule fois et que l’au-delà, quoi qu’on en dise, est totalement incertain.

 

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