Skip to content

Femmes : le petit pas du quota…

by sur 16 novembre 2015


C’est la première fois que la procédure du vote à bulletins secrets a été employée à l’assemblée nationale pour une loi « ordinaire »… ce qui en dit long sur la pression qui s’exerce sur les députés quand on parle d’accorder plus de droits aux Maliennes.

Une précaution qui s’imposait sans doute quand on se souvient des avatars qu’a connu le code de la famille en 2009 : adopté par les députés, violemment combattu par le Haut Conseil  Islamique du Mali, retiré par le président de la République et représenté, largement « amendé », aux députés…

Deux « femmes leaders » expriment leur espoir de voir, dans l’institution de ce quota, le premier pas vers une reconnaissance plus large du rôle des femmes.

Loi instituant le quota en faveur des femmes : L’ombre de la communauté musulmane a plané sur le vote

Nouhoum DICKO – Le Prétoire du 16 novembre 2015

La prudence était de mise ce jeudi 12 novembre 2015  à l’Assemblée nationale afin d’éviter de tomber dans la «gueule» des associations musulmanes du Mali.

En effet, lors de l’examen  du projet de  loi instituant  des mesures pour promouvoir le genre  dans l’accès aux fonctions  nominatives  et électives, les députés, contre toute attente, ont voté par bulletin secret, une première dans la procédure d’adoption d’une loi ordinaire pour cette législature.

Après le vote controversé du  Code des personnes et de la famille, adopté par l’Assemblée nationale, le 3 août 2009, aucun homme politique ne veut prendre le risque de se voir  sous les projecteurs des associations et autres organisations musulmanes. C’est du moins le comportement  qu’ont fait montre  les députés lors du vote de la loi portant sur des mesures pour promouvoir le genre  dans l’accès aux fonctions  nominatives  et électives.

En effet, près de douze heures de  débat vif entre les députés, ponctué de deux suspensions des travaux sur demande du groupe Adema/Asma et celui du RPM.  Le ton a été donné lors de l’adoption des amendements proposés par la  Commission du travail, de l’emploi, de la promotion de la femme.

Le vote a eu lieu le jeudi soir  très tard dans la nuit à l’Assemblée nationale, en présence du ministre de la promotion des femmes. Ainsi, après examen du texte, 115 députés ont voté pour, 22 voix se sont exprimées contre, et 3 députés se sont abstenus.

Certainement par peur de se voir sous les projecteurs des associations musulmanes, les députés ont choisi de faire le vote par bulletin secret. Il faut noter que  même si le règlement intérieur ne l’interdit pas, c’est la première fois qu’une loi ordinaire est votée  par bulletin secret depuis le démarrage de cette 5ème législature de l’Assemblée nationale en 2013.

Sans risque de se tromper, le mauvais souvenir du vote du Code de la famille  en août 2009 est passé par là. Quand bien même le vote par bulletin secret est autorisé la loi, plusieurs observateurs de la chose politique estiment que les députés ont manqué de courage politique ce 12 novembre 2015. En effet, s’interrogent-ils, ce projet de loi était-il autant sensible au point de faire appel à ce mode de vote ?

Les arguments se croisent

Si certains députés pensent que le temps est ainsi venu de mettre fin à la discrimination à travers l’adoption de cette loi, d’autres estiment que la notion de quota est une atteinte à la légalité des chances.

De l’honorable Kalilou Ouattara du RPM en passant par Bréhima Béridogo, unique député du Parena et membre du groupe parlementaire VRD, les argumentaires n’ont pas manqué pour expliquer la nécessité de cette loi dans une démocratie comme la nôtre.

Selon eux, la loi ne touche nullement à aucune de nos  habitudes. Mais il s’agit plutôt de corriger une injustice à l’égard des femmes. Par contre, Yaya Sangaré et Youssouf Aya du groupe Adema/Asma ne partagent pas ce point de vue.  Ils se disent favorables au changement et à la promotion du genre, mais  s’inscrivent en faux contre toute démarche qui  touche à nos valeurs sociétales. Pour l’honorable Aya,  cette loi se propose d’influencer sur le choix du peuple dans la désignation de ses représentants.

Donc, elle encourage la discrimination fondée sur le sexe.

Selon,  Yaya Sangaré, du point de vue constitutionnel,  la notion de quota porte atteinte  à la  légalité des chances. Aussi, note-t-il, sa mise en œuvre rencontrera forcement des difficultés sur le plan politique.

Pourquoi l’opposition n’adhère pas à la loi

Pour sa part, l’honorable Mody N’Diaye de l’URD, principal parti de l’opposition parlementaire, demande d’approfondir la présente loi.

Invité du «dialogue de générations» initié par la Maison de la Presse, le 3ème vice-président de l’Assemblée nationale, l’honorable N’Diaye, conformément à la position de la VRD à laquelle il appartient, estime que dans certaines localités du pays, quel que soit ce que vous faites, vous n’aurez pas de femme sur votre liste.

«Tel que ça été voté, cette loi doit être améliorée. Sinon, elle n’est pas bonne à l’état», déclare-t-il. C’est pourquoi, précise-t-il, l’opposition s’est abstenue lors du vote de cette loi. Partant, l’orateur a suggéré que l’on préconise une politique incitative et que l’on mette à contribution le financement des partis politiques pour la réforme de la société.

«Nous ne sommes pas contre la promotion des femmes, mais qu’elle s’effectue dans la règle de l’art. Il faut d’abord réformer la société pour pouvoir bien appliquer ce genre de texte», conclura l’élu de Baraouéli.

Les statistiques en net recul depuis 2002

En réponse aux préoccupations de ses interlocuteurs, le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Sangaré Oumou Bah, a indiqué que cette loi n’est pas contraire à la constitution. «C’est juste des mesures temporaires permettant aux femmes de participer pleinement à la vie politique, économique et  sociale de notre pays». Le Ministre Bah et le président de la commission du travail, de l’emploi, de la promotion de la femme, de la jeunesse, des sports et de la protection des enfants, Schadrac Keita,  ont tous souligné la nécessité d’adopter cette loi.

La représentation des femmes au niveau des postes électifs interpelle  plus d’un, avec  une situation de régression. Si en 1997, 18 femmes ont pu être élues à l’Assemblée nationale, c’est grâce a l’application volontaire d’un quota de 30% de femmes aux listes présentées par le parti majoritaire aux élections législatives. Mais depuis 2002 on enregistre un recul, regrette-elle. En effet, poursuivra Mme le ministre, cela fait maintenant deux législatures que le nombre de femmes  parlementaires est en diminution. Dans la législature de 2002-2007, on dénombrait  15 femmes sur 147deputés à l’Assemblée nationale, soit moins de 10%.

Par ailleurs, au niveau communal, les statistiques font état de 8 maires sur un total de 703. Sur les 10774 conseillers communaux, on ne compte que 927 femmes. De même, les conseillers nationaux ne représentent que 6 femmes sur 73, soit également moins de 10%, précise le rapport de la commission. Pire, indique le même rapport, dans l’environnement politique régional et mondial actuel, le Mali occupe le 66ème rang sur 97 pays classés pour la représentation des femmes dans le gouvernement et le 12ème rang sur 145 pays classés au plan de la représentation dans le parlement.

La fin d’une injustice ?

Adopté par le conseil des ministres depuis le 30 juillet 2014, le projet de loi instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives est constitué de trois articles. Désormais, les femmes vont bénéficier d’un quota de 30 % au moins pour les nominations dans les institutions de la République ou dans les différentes catégories de services publics au Mali par décret, arrêté ou décision. La nouvelle loi détermine aussi les catégories électives, y compris les conditions dans lesquelles la recevabilité d’une liste de candidature est soumise à la proportion maximale de 70% de femmes ou d’hommes.

Un décret sera pris en Conseil des ministres pour définir les modalités d’application dudit projet de loi. Selon la ministre de la Promotion de la Femme, cette loi corrige une injustice dont les femmes sont victimes depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Ce triste constat est la suite logique de la non-participation des femmes dans la prise des décisions d’où la nécessité d’accorder un quota au genre.

Les amendements de l’Assemblée sont au nombre de trois.

Le premier amendement exige qu’à l’occasion de l’élection des députés à l’Assemblée nationale, des membres du Haut conseil des collectivités ou des collectivité territoriales, aucune liste d’au moins trois personnes, présentées par parti politique, groupe de partis politiques ou groupe de candidats indépendants, n’est recevable si elle présente plus de 70% de femmes ou d’hommes.

Le deuxième amendement précise que toutefois, la présente loi ne s’applique pas aux élections au niveau des chefferies traditionnelles des conseillers de villages et de fractions, des associations religieuses, de culte ou à caractère confessionnel ou encore tout autre regroupement disposant de statuts et règlements qui leurs sont propres.

Le troisième amendement indique que les listes de candidature aux élections locales doivent respecter l’alternance des sexes de la manière suivante : si deux candidatures du même sexe sont inscrites, la troisième doit être de l’autre sexe.

En tout cas, malgré les amendements apportés, sous l’influence des religieux, nos élus ont beaucoup hésité avant d’adopter cette loi. Il reste sa promulgation par le Président de la République qui subirait déjà des pressions venant de certains leaders religieux.

Loi sur le genre à l’hémicycle : Quand la Foi divise les députés

Le Prétoire – 2015-11-16

Décidément, nos braves députés ont soufflé le chaud et le froid lors de l’adoption de la loi sur le genre la semaine dernière. Après la lecture du rapport de la Commission éducation, culture et communication, saisie du rapport pour avis, s’est engagé un débat houleux entre les députés.

En effet, dans ledit rapport, la commission a fait référence à plusieurs versets coraniques et des passages de la Bible. Sur ce, plusieurs députés de la majorité, à l’image de Mamadou Djiguiné, Amadou Cissé et Alkaidi Mahamadou, ont demandé à la commission de retirer les versets coraniques du document. Selon Alkaidi Mahamoud Touré, Dieu n’est pas démocrate, donc ils n’ont qu’à enlever son nom de leurs affaires.

« A cause de Dieu, il faut enlever le nom de Dieu dans vos mensonges si l’on veut avancer», a dit Alkaidi pour qui, c’est une transgression des textes saints. Alkaidi ajoute qu’il faut laisser la religion et les religieux en dehors des affaires politiques.

Toute chose que les membres de la commission se sont empressés de faire. Ils ont rassuré que les amendements proposés seront pris en compte dans le document final.

Promotion du genre : Des femmes leaders réagissent

Propos recueillis par  Khadydiatou SANOGO – Bamada.net – 16 novembre 2015

FATOUMATA_SIRE_DIAKITE_376657808Mme Fatoumata Sire Diakité, présidente de l’Apdf

«Nous n’allons pas cracher  sur les 30%, car ce n’est qu’un départ»

Ce n’est que justice pour les femmes, car pendant plus de 50 ans d’indépendance, des années 1960, 1991 à nos jours, les hommes se sont partagé le gâteau alors que  les femmes maliennes ont été présentes dans tous les combats, elles  étaient au rendez-vous dans la lutte pour la démocratie.

Lorsque le pouvoir de Moussa Traoré a été renversé, aucune femme n’était au Ctsp. En ce qui concerne le vote,  on peut même dire que notre pays est en retard par rapport à d’autres, comme le Rwanda où il existe la parité.

30% n’est rien face à ce que représentent les efforts fournis par  les femmes. Pendant la crise, les femmes étaient également présentes, nous avons hébergé des centaines de femmes, fait leur suivi,  les avons soutenues  avant de leur réintégration.

Aussi, nous n’allons pas cracher  sur les 30%, car ce n’est qu’un départ, nous n’allons pas bouder ce plaisir. Qui n’est que légitime face à l’implication des femmes dans tous les combats de notre nation.  Les 30% sont une fierté légitime, il s’agit d’une volonté politique.

Par ailleurs, je demande à nos frères islamistes de respecter ce fait  sachant que nous sommes tous des fruits des femmes. J’invite nos  frères musulmans à prendre exemple sur les religieux chrétiens, c’est-à-dire dissocier la religion de la politique.

Mme Oumou Traoré présidente de la CAFO

Mme  Oumou Touré, présidente de la Cafo

 «Il n’y a pas lieu de fêter, mais plutôt d’encourager»

A mon avis, ce n’est pas une victoire de qui que ce soit, c’est un point marqué  par nos plus hautes autorités en ce qui concerne leur volonté de promouvoir les femmes, mais aussi d’honorer  leur engagement pris en faveur des femmes et filles.

Nous pensons également  que c’est  le début d’une ère nouvelle pour  finir avec des comportements stéréotypés qui ne collent pas avec notre éthique, parce que nous n’avons jamais compris que dans un pays où la mère, la sœur et la fille sont sacrées des gens continuent de s’opposer à l’épanouissement de la femme.

Nous pensons que ceux qui ont voulu préserver leur position en bradant le statut de la femme malienne vont comprendre que rien ne sera plus comme avant, car aujourd’hui il y’a une nouvelle vague de démocrates sensibles aux droits humains universels et qui savent que le Mali est une nation démocratique et que pour l’avènement de cette démocratie les femmes ont payé un lourd tribut.

Nous n’avons jamais compris pourquoi  des personnes s’opposent  à une loi qui devrait donner des chances à une couche qui a toujours porté les hommes, le pays et qui a toujours été pilier de nos familles.

En tout cas pour nous, c’est le Mali qui a gagné et les femmes encouragent et saluent tous ceux et toutes celles qui croient qu’un peuple c’est l’ensemble des hommes et des femmes qui y vivent et que le peuple heureux c’est celui qui œuvre pour le bien-être de toutes ses composantes (H et F).

Avec cet acte démocratique soucieux d’équité, c’est la nation malienne qui est le gagnant. Nous espérons que d’autres actes éminemment démocratiques vont suivre en vue de contribuer non seulement  à asseoir les bases réelles et justes d’un véritable  État de droit dans les faits et pratiques, et non des volontés politiques théoriques. Mais aussi permettre à notre pays de se hisser fièrement  au rang des nations démocratiques. Enfin, je crois que la loi s’adresse aux deux catégories et parle de corriger là ou il y a un déséquilibre  ou une iniquité. Il n’y a pas lieu de fêter, mais plutôt d’encourager.

Publicités
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :