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Un général algérien était au Radisson

by sur 22 novembre 2015

Le patron de la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DDSE) de l’Algérie, le général Mohamed Bouzit, dit Yacef, chargé du dossier de la crise malienne a échappé de peu aux assaillants du Radisson Blu.

Il chapeautait une délégation composée de diplomates, d’officiers militaires et de cadres des services secrets qui avait participé, la veille, à la sixième réunion du Comité de suivi de l’Accord de réconciliation d’Alger .

La DDSE est l’une des principales composantes du Département du Renseignement et de la Sécurité algérien, le célèbre et parfois controversé DRS.

Le général DRS Bouzit échappe aux jihadistes à Bamako.

Publié le 21/11/2015  Baki @7our Mansour –« observations confidentielles »

Ce vendredi 20 novembre 2015, il s’est passé un fait inédit à l’hôtel Blu Radisson de Bamako. Pour la première fois, un responsable de premier plan du DRS et des cadres algériens civils et militaires de haut niveau ont failli être victimes d’une attaque terroriste. En effet, les officiels avaient participé la veille a la sixième réunion du Comité de suivi de l’Accord de réconciliation d’Alger.  Une réunion qui s’est déroulée en présence du Gouvernement malien, de représentants des mouvements rebelles et de mouvements d’auto-défense, ainsi que des partenaires internationaux..

Depuis qu’il a été nommé en septembre 2013 patron de la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DDSE), c’est le général Mohamed Bouzit dit Yacef qui est chargé du dossier de la crise malienne. C’est lui qui chapeaute la délégation de Bamako composée de diplomates, d’officiers militaires et de cadres des services secrets. Pour ceux qui ne le savent pas encore, la DDSE est l’une des principales composantes du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS).

Voici le fil des événements de ce vendredi 20 novembre. A sept heures du matin , des jihadistes armés sont arrivés -à pied selon les témoins- et ont pénétré à l’intérieur de l’hôtel Blu Radisson après avoir mitraillé le poste de garde. C’est le début d’une sanglante prise d’otages qui va s’éterniser durant la journée. L’attaque terroriste est une opération conjointe de l’émirat du grand sahara d’AQMI et de la Katiba al-Mourabitoune dirigée par Mokhtar Belmokhtar. Les terroristes prennent au piège 170 personnes dans l’établissement hôtelier huppé.

Très vite, des victimes sont comptabilisées.

A Alger, c’est la consternation. El Mouradia communique que  « le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, suit d’heure en heure, l’évolution de la situation, a demandé la mise en place immédiate d’une cellule de crise (au ministère des Affaires étrangères) afin de recueillir l’ensemble des informations sur cette attaque et ses implications. »  Le pire est effectivement envisagé. L’affaire des otages du consulat de Gao revient dans les mémoires. Elle avait vue l’assassinat du vice-consul Tahar Touati après un ultimatum lancé à Alger par les terroristes du MUJAO. Mais que des officiels algériens y compris le général Bouzit tombent victimes du terrorisme à Bamako, cela serait une catastrophe sécuritaire et diplomatique d’une toute autre ampleur.

Le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra exhorte son homologue malien, Abdoulaye Diop ainsi que le Chef de la Mission des Nations-Unies au Mali (Minusma), le Tunisien Mongi Hamdi, de tout faire pour sauvegarder la délégation algérienne. Sur le terrain, autour de l’hôtel Radisson à Bamako, un cordon de sécurité est déployé. Les forces armées maliennes ont été rejointes par les forces de la Minusma, ainsi que des militaires américains et des gendarmes français. Un soutien plus important est acheminé par vol spécial de Paris, composé du groupe d’intervention de la gendarmerie française avec des inspecteurs de la police scientifique et technique.

En milieu de journée se déroule un scénario déjà vu dans d’autres attaques de ce type comme à Tiguentourine. Les terroristes filtrent les musulmans des autres otages. Ils vont libérer leurs coreligionnaires pour des raisons théologiques. Et là imaginez cette scène assez extraordinaire où des officiers militaires algériens et même un général du DRS doivent leur survie au récit de versets du Coran devant des jihadistes endurcis.

De toute évidence les terroristes ne connaissaient pas le grade et l’importance de leurs otages.  Aussi incroyable que cela paraisse, les assaillants ignoraient la tenue du comité de suivi la veille, alors que les médias en avaient parlé. Un groupe de seize otages musulmans sont relâchés dont les six officiels algériens. A Alger, c’est le soulagement. Ramtane Lamamra déclare que les six cadres de l’État sont sains et saufs.

D’autres n’auront pas cette chance, lorsque les forces de l’ordre reprendront le contrôle de l’établissement hôtelier dans l’après-midi, on y dénombre malheureusement près d’une vingtaine de morts.

Le choc de témoins et de rescapés, au lendemain de l’attentat de Bamako

Par Cyril Bensimon (Bamako, envoyé spécial) – Le Monde.fr – Mis à jour le 21.11.2015 à 22h12

Ils sont revenus. Certains sont encore sous le choc, d’autres semblent prendre l’événement avec fatalisme. Au lendemain de l’attaque de l’hôtel Radisson Blu de Bamako, dont le sol du hall d’entrée est encore jonché de verre brisé et de gants chirurgicaux, clients et employés de l’établissement sont de retour sur les lieux, samedi 21 novembre.

Les premiers pour récupérer leurs biens abandonnés à la hâte, les seconds pour prendre des nouvelles de leurs collègues, savoir de quoi sera fait leur avenir. Appuyé sur la barrière tenue par des policiers qui bloquent l’accès à l’hôtel, René Clément se dit « tout nu », sans passeport, sans argent, sans vêtement, mais le plus important n’est pas là, il est sain et sauf.

Selon un dernier bilan de la Minusma, fourni samedi, vingt-deux personnes, dont deux assaillants, ont été tuées dans l’attaque perpétrée vendredi, et six sont gravement blessées. Parmi elles, figurent un Belge, une Américaine, trois Chinois et six Russes. « J’étais dans ma chambre au cinquième étage, et peu avant 7 heures, j’ai entendu une ou deux explosions. Je me suis mis au balcon et j’ai vu dans la rue un homme habillé en jeans et T-shirt en train de tirer. Puis les tirs se sont intensifiés. On entendait le crack des kalash des terroristes et les boums des fusils à pompe des vigiles » raconte cet entrepreneur français qui était arrivé deux jours plus tôt dans la capitale malienne.

Traumatisme de certains

« Après, je me suis caché dans ma chambre, j’ai mis les téléphones sur silencieux et tenté de rester le plus tranquille possible », poursuit cet homme placide, secouru environ quatre heures plus tard par les forces de l’ordre maliennes. « Vers 11 heures, ils ont frappé à ma porte et m’ont dit que c’était stabilisé, même si ça ne l’était pas tant que ça. »

L’assaut s’est terminé en fin d’après-midi. Le chanteur guinéen Sekouba Bambino, lui, est encore traumatisé. « Au début, dit-il, je n’ai pas osé retourner dans ma chambre. Voir le sang de mes voisins par terre, les mots me manquent pour expliquer ce que je ressens. » « Je me suis réveillé avec des tirs de gauche à droite. J’ai cru au début que c’étaient des pétards, mais après j’ai compris que c’était la guerre. Je me suis caché sous le lit et je croyais que c’était fini pour moi. Les policiers ont dû taper pendant quinze minutes avant que je leur ouvre. Maintenant, je n’ai plus le cœur à monter sur scène, mais quand on est né pour chanter, alors on va continuer à chanter », poursuit l’artiste, qui devait se produire samedi soir à Bamako.

Les assaillants parlaient anglais

Selon lui, les deux assaillants qu’il a entendus dans les couloirs parlaient anglais. « L’un a dit “Go, go, go” [“allez, allez, allez”], puis “you understand ?” [“tu comprends ?”]. L’autre lui a répondu “OK”. » D’autres rescapés disent également avoir entendu les djihadistes s’exprimer en anglais.

L’identité, le nombre des auteurs du massacre, revendiqué par le groupe Al-Mourabitoune, fondé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, « avec la participation de [leurs] frères d’Al-Qaida au Maghreb islamique » sont toujours sujets à interrogation.

Officiellement, deux ont été tués lors de l’intervention conjointe des forces de l’ordre maliennes, de casques bleus de la Minusma et de forces spéciales françaises, mais plusieurs témoins racontent avoir vu quatre assaillants.

Baïda et Penda Cissé tiennent une échoppe de cigarettes au coin de la rue perpendiculaire à l’entrée du Radisson. Le premier dit avoir tout d’abord vu « un homme, teint noir, en tenue militaire, tirer sur les gardes de l’hôtel. Quand j’ai vu un premier garde, puis un second à terre, je suis parti me mettre à l’abri ».

Puis, quelques instants plus tard, son épouse est partie récupérer leur gagne-pain. « J’ai vu trois autres messieurs habillés en Touaregs, avec une tunique noire et un turban. Ils étaient eux aussi teints en noir », dit-elle. Tambacouye Diarra, le maître d’hôtel qui a épaulé les forces de l’ordre pour évacuer les clients cachés dans leurs chambres, raconte avoir croisé « un terroriste ». « C’était un jeune homme simple, noir, qui était habillé d’une casquette bleue, d’une chemise bleue et d’un jeans. »

Les assaillants seraient arrivés à pied

Selon plusieurs témoignages recueillis aux abords de l’hôtel, les assaillants ne sont pas venus à bord d’un véhicule muni de plaques diplomatiques, comme cela avait été évoqué vendredi matin, mais à pied, quelques instants après le passage de cette voiture.

Ont-ils également trié les clients de l’hôtel sur une base confessionnelle, épargnant ceux qui étaient capables de réciter la chahada, la profession de foi musulmane ? Aucun témoin interrogé ne le confirme désormais.

En revanche, Ali Yazbeck, un pâtissier de l’hôtel, blessé de deux balles, l’une au cou, l’autre dans le dos, raconte sur son lit d’hôpital cette scène hallucinante. Après que l’assaillant à la casquette entourée d’un turban lui eut tiré dessus, puis « sur des blancs, des Chinois, des Arabes », M. Yazbeck est parti se réfugier dans un bureau avec deux serveuses. « Il nous a retrouvés et a tiré sur Awa (1), qui a été tuée, et sur Sarah, qui a été blessée. Il n’a rien dit, mais après il est reparti dans la cuisine, où il a pris un morceau de viande, qu’il s’est fait griller avant d’ouvrir le gaz dans toute la cuisine. »

(1)- NDR : Il s’agit d’Awa Soumaré, jeune mariée de 5 mois, enceinte, nièce de M. Youssouf Diakité, directeur administratif de l’Association des Municipalités du Mali, que nous avions l’habitude de rencontrer aux réunions du groupe pays Mali de Cités-Unies France.

 

 

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