Skip to content

Deux poids, deux mesures, face à la mort

by sur 24 novembre 2015

L’adage « deux poids, deux mesures » se révèle juste jusque devant la mort, même à ce moment là, on n’est pas tous égaux…

Non, tous les morts ne sont pas égaux…

Publié le 23 novembre 2015 – Mis à jour à 09h38 –  par Marwane Ben Yahmed,  directeur de publication de Jeune Afrique.

Les terribles attentats du 13 novembre en France, après ceux du 7 janvier, ont provoqué partout consternation, émotion et compassion.

Un vrai choc planétaire. Le drapeau français a fait son apparition sur les profils Facebook de centaines de milliers de personnes, tandis qu’en de multiples endroits La Marseillaise était jouée et reprise en chœur en signe de soutien. Quoi qu’on en dise, la France reste la France : un pays à part dans le concert des nations, un pays qui pèse et représente des valeurs et une culture originales, reconnues, appréciées. Le caractère inouï de la tragédie qui vient de frapper celle que beaucoup considèrent comme la plus belle ville du monde, le nombre et la jeunesse des victimes, expliquent aussi cet élan de solidarité auquel l’Afrique n’est pas restée étrangère.

Des voix discordantes commencent pourtant à se faire entendre, et elles nous interpellent. Les morts occidentaux valent-ils plus aux yeux du monde que ceux de Kano, Tunis ou Nairobi ? Poser la question, c’est y répondre. Le 4 novembre, à El-Arish, en Égypte, un attentat au camion piégé a tué 4 policiers et fait plusieurs blessés. Le 12, un kamikaze a tué 43 personnes à Beyrouth. Le 13, 26 morts à Bagdad. Les 17 et 18, à Yola puis à Kano, au Nigeria, 47 personnes ont perdu la vie. Quelques lignes dans les journaux internationaux, un synthé qui défile à toute vitesse en bas de l’écran sur les chaînes d’infos…

Quand il ne s’agit « que » de milliers de victimes syriennes ou irakiennes de l’EI, on tergiverse, on négocie, on laisse faire

Aucune réaction ou condamnation de dirigeants, même chez les Africains, pourtant si prompts à s’émouvoir quand Paris est endeuillé. Partout, le silence, assourdissant. Quand la France est attaquée, le branle-bas de combat est immédiat. On sort les porte-avions, on envoie les chasseurs déverser un tapis de bombes sur l’État islamique, on débloque des fonds tandis que Barack Obama et Vladimir Poutine paraissent sur le point de s’embrasser sur la bouche… Quand il ne s’agit « que » de milliers de victimes syriennes ou irakiennes de l’EI, on tergiverse, on négocie, on laisse faire.

Quand les morts – plus de dix mille ! – sont nigérians ou camerounais, il ne vient à l’idée de personne, de l’autre côté de la Méditerranée ou de l’Atlantique, de mettre fin aux atrocités de Boko Haram. Quand des terroristes frappent des Tunisiens ou des Algériens, on observe d’un regard distrait : on s’habitue vite aux horreurs lointaines.

Mais s’il s’agit de touristes européens sur une plage, à Sousse, ou d’un randonneur français dans une montagne de Kabylie, alors là, évidemment, on s’émeut, on jure d’en finir avec ces barbus barbares. Des journalistes français assassinés ? Ce crime odieux ne peut rester impuni, il faut défendre par tous les moyens la liberté de la presse. Les victimes sont-elles africaines ou arabes ? Bon, ce sont les risques du métier dans ces pays-là…

Idem avec la sanglante prise d’otages du Radisson Blu, à Bamako, ce 20 novembre. Des clients occidentaux à l’intérieur ? Breaking news ! On couvre, on débloque de gros moyens. Malaise.

L’État islamique ? Il n’aurait jamais vu le jour sans l’invasion américaine de l’Irak, en mars 2003

La dénonciation de ce macabre « deux poids, deux mesures », qui n’accorde pas le même prix à la vie humaine selon la couleur de la peau ou l’origine géographique de la victime, est ici renforcée par le fait que nombre d’Africains considèrent que les Occidentaux sont en grande partie responsables de ce fléau qu’est le jihadisme international. Celui qui frappe le Sahel ou la Tunisie a émergé du chaos libyen, lui-même la conséquence de l’intervention militaire déclenchée en 2011 par Nicolas Sarkozy.

L’État islamique ? Il n’aurait jamais vu le jour sans l’invasion américaine de l’Irak, en mars 2003. Mêmes causes, mêmes effets dévastateurs. Le terrorisme, l’Afrique le subit chaque jour et ses victimes se comptent en dizaines de milliers. Hier en Algérie, pendant la décennie noire. Aujourd’hui à Tunis, Bamako, Kolofata ou Chibok. Entre autres. Espérons que le choc provoqué par les attentats de Paris mette fin à cette cécité occidentale. Oui, il faut lutter contre le terrorisme. Partout. Tout le temps. Ensemble, et dans l’intérêt de tous.

SECONDE REVENDICATION DES ATTENTATS DE BAMAKO : Une « victoire », plusieurs pères

 Michel NANA – Le Pays (BF) – 24 novembre 2015

Ibrahim Boubacar Kéita, l’enfant de Koutiala, en larmes dans les bras de son homologue sénégalais, Macky Sall ! Cela montre toute l’ampleur des « dégâts » psychologiques que les terroristes ont provoqués chez les Maliens avec les récents attentats à l’hôtel Radisson de Bamako.  En tout cas, ils semblent avoir atteint leur objectif principal qui est de « terroriser » l’opinion en prenant comme cibles de pauvres innocents  et une population civile, en cherchant à faire couler le sang au maximum et en faisant en sorte que toute la planète puisse en être choquée.

Dans ces mégas malheurs, l’on doit se féliciter de la solidarité et de la compassion internationales, et surtout sous-régionales, exprimées envers le peuple malien meurtri. Les pays comme le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée se sont joints au Mali pour  observer trois jours de deuil national.

Mais comme d’habitude, les terroristes se moquent éperdument des larmes et des douleurs de leurs victimes. Voilà pourquoi, autour des cadavres encore fumants des victimes du Radisson, les groupes djihadistes s’agitent comme des charognards, chacun réclamant la paternité des attentats. On dit souvent que  « la victoire a plusieurs pères et que la défaite est orpheline ».

Le cas malien en est une parfaite illustration. En effet, après le groupe al-Mourabitoune dirigé par le tristement célèbre Mokhtar Belmokhtar, c’est le Front de libération du Macina (FLM) de Amadou Koufa qui vient de revendiquer la boucherie humaine de Bamako. Et parce que les terroristes considèrent cette boucherie comme un haut fait de guerre, l’on peut s’attendre encore à ce que d’autres groupes sortent des bois pour revendiquer ces actes barbares. Et il faut, hélas, croire que ces fous d’Allah vont encore frapper quelque part avec la même passion, la même détermination et le même cynisme.

La politique de deux poids deux mesures du Conseil de sécurité fait l’affaire des terroristes

De Paris à Bamako en passant par Maidiguri, les terroristes ont fait prendre conscience, en l’espace d’une semaine, aux peuples, puissants comme faibles, qu’ils doivent se défendre ou périr. Dans cette guerre asymétrique et aux ramifications les plus ténébreuses, qui n’en finit pas d’étaler toute sa complexité, une question cruciale reste posée : qui faut-il combattre ? La bonne réponse à cette interrogation aurait permis aux peuples de se défendre plus efficacement, mais hélas.

Comme l’écrivait notre confrère « Le Journal de la Paix » en décembre 2001, l’on mène une guerre contre un « un réseau de groupes disséminés sur la quasi-totalité de la planète, liés entre les frontières, financés par les trafics en tous genres, armés par le commerce généralisé des armements…Gigantesque organisation clandestine, décentralisée, animée par une idéologie à la fois floue et rigide, fortement teintée de fanatismes religieux, mobilisée par les appels d’une sorte de gourou érigée en chef suprême. Ce vaste mouvement, mondialisé, opère sur tous les terrains de la mondialisation : financier, économique, médiatique, culturel, social, politique…Dans cette guerre du quatrième type, l’ennemi est une nébuleuse dont le centre est partout et la circonférence nulle part ». Comment saisir un tel serpent de mer ?

Comme on le voit, la tâche est ardue, mais pas insurmontable. Les occidentaux semblent mieux outillés pour combattre le terrorisme et ils doivent par conséquent être les moteurs et les catalyseurs de cette lutte tous azimuts contre les djihadistes. Même si la guerre actuelle consiste moins  à détruire les bases matérielles du terrorisme que les motivations qui mobilisent ses troupes, l’Occident peut aider les peuples meurtris et démunis, à se prémunir contre le feu maléfique des Shekau, Amadou Koufa et autres Mokhtar Belmokhtar, pour ne citer que ces quelques fous qui troublent le sommeil de la sous-région ouest-africaine.

Seulement, l’Occident ne pourra pas assumer cette responsabilité planétaire s’il continue de réagir en fonction de la couleur des victimes des djihadistes et de leur lieu de provenance. Faut-il le rappeler, pour  130 personnes tuées à Paris, le Conseil de sécurité de l’ONU, à la demande de la France, a voté une résolution autorisant une action mondiale contre Daesh. De janvier 2014 à nos jours, Boko Haram a fait en Afrique de l’Ouest, des milliers de victimes.

Les pays africains directement touchés étaient seuls à pleurer à chaudes larmes leurs morts, dans la quasi-indifférence du Conseil de sécurité. Cette  politique de deux poids deux mesures fait l’affaire des terroristes.

Dans tous les cas, quand ces ingénieurs du mal auront réussi à transformer l’horreur en quelque chose de banal, alors l’humanité sera perdue à jamais.

 

Publicités
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :