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Réflexions d’après attentat

by sur 25 novembre 2015

Nous avons reçu plusieurs réactions après les différentes publications suivant l’attaque sanglante du Radisson Blu dans la revue de presse.

Cités-Unies France a eu un long échange avec les « APL », Associations des Pouvoirs Locaux, regroupant plusieurs associations de collectivités territoriales du Mali.

Echanges de condoléances bien entendu, après les attentats ayant touchés Paris et Bamako, mais également réaffirmation de la vocation des jumelages-coopération pour entretenir l’amitié entre le Mali et la France.

D’autre part, l’un de nos correspondants au Mali conforte l’idée que les groupes armés et/ou terroristes islamistes n’hésitent pas à coopérer quand ça les arrange, et qu’ils sont parfois plusieurs à se cacher sous un même masque… ou les mêmes à se cacher sous des masques différents.

Voici son  témoignage : 

« Juste une information complémentaire à ton effort : Amadou Kouffa fait allégeance à Iyad (Ndr : dont il est l’un des lieutenant, au moins depuis janvier 2013 et l’attaque stoppée à Konna). Avant tout ce désordre criminel, les deux tournaient ensemble à Mopti ville pour recruter des volontaires à leur cause et Amadou expliquait pourquoi il a adhéré au mouvement de Iyad. Iyad aussi est un pion de Belmoktar dans leur velléité de créer un état islamique dans le nord du Mali. C’est à cause des circonstances ayant affaibli l’Etat Malien depuis 2011 que leurs visées dépassèrent le nord.

Je tiens ces infos de mes cousins vivant à Mopti qui connaissaient Amadou et qui l’ont vu prêcher au début du mouvement. Pire, le jour où ils ont pris Konna, dans son discours, il a lancé le défi aux autochtones de Mopti tenant de l’islam orthodoxe pour affirmer « qu’ils les écraseront au passage dans leur marche vers Bamako ».

Juste un petit tableau pour que les gens comprennent l’état d’esprit de ces criminels et leur organisation (une seule en fait) noyée sous plusieurs appellations ».

Vous trouverez ci-dessous deux articles concernant les suites de l’attentat.

Le premier, du « Pays » (Burkina Faso) qui regrette les pleurs africains alors qu’il faut unir les efforts conclu par un proverbe de circonstance : « On n’attend pas la battue pour acheter un chien« …

Le second reproduit l’interview donné à RFI par Ahmedou Ould-Abdallah, président du Centre des stratégies pour la sécurité du Sahel-Sahara et ancien ministre des affaires étrangères de Mauritanie; il a également été le délégué de l’ONU dans plusieurs conflits.

Il prône une intensification de la coordination des pays de la sous-région pour réduire les capacités de nuisances militaires des djihadistes.

Tout comme dans le témoignage de notre correspondant, il n’exclut pas non plus une « répartition des rôles » entre différents groupements, la double revendication n’étant là que pour brouiller les pistes…

LUTTE CONTRE LE TERRORISME : L’Occident se mobilise, l’Afrique pleure

« Le Pays » du 25 novembre 2015

Les mauvaises langues avaient dépeint l’Homme sous les traits d’une femmelette mais les attentats de Paris l’ont fait sortir de ses gongs.  Et c’est aux pas martiaux du gladiateur que Hollande parcourt les places- fortes du monde pour sonner du cor la mobilisation générale contre la pieuvre de l’Etat islamique.

Comme quoi la sagesse africaine ne pouvait mieux dire : « Quand on veut savoir s’il y a quelque chose dans un fourré, il faut y lancer un caillou. ».  De la Maison Blanche au Kremlin, le maître-mot est : grande coalition internationale pour éradiquer Daesh. En une semaine, ce marathon diplomatique en direction de tous les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU  a poussé un chercheur de l’Institut français de Géopolitique à qualifier le mandat de Hollande de militariste, voire « bushiste ».

Mais peut-on faire à Hollande le reproche d’un activisme débordant  quand il est dans son rôle régalien de Chef de l’Etat qui a l’obligation constitutionnelle de veiller à la sécurité de son peuple et de sa nation ? Même s’il est vrai que le président du pays des Droits de l’Homme n’a pas toujours montré le même entrain quand la barbarie aveugle des fous d’Allah prive des citoyens d’autres nations du premier des droits, le droit à la vie.

La mobilisation à l’international contraste avec le jeu de scène des têtes couronnées du continent africain

Sans présumer de ce qui sortira de ces concertations tous azimuts, il y a fort à parier que les grands de ce monde se mobiliseront pour donner la réplique appropriée au péril qui menace la sécurité collective et individuelle. Et tant pis ou tant mieux s’ils doivent faire fi de leurs divergences historiques et idéologiques qui ont cristallisé plus d’un siècle durant, les relations internationales pour aller à une alliance qui peut paraître contre nature mais  productive.

Cette mobilisation à l’international contraste avec le jeu de scène auquel s’adonnent les têtes couronnées du continent africain. Pendant que les Occidentaux s’activent en effet à la recherche de solutions contre le terrorisme, les Africains eux,  jouent sur l’émotion en allant faire violence sur leurs glandes lacrymales pour  verser à Bamako de chaudes larmes qui ne sont que des gouttes d’eau dans la mer ou plutôt dans le  Djoliba. «La raison, disait le poète, est hellène et l’émotion nègre». Le continent ne semble pas encore sorti des tourments de cette  offensante vérité qui a provoqué en son temps, l’ire de bien d’Africains et Africanistes. Il est vrai qu’en Afrique, les morts sont plus importants que les vivants, mais le ballet des chefs d’Etat africains aux bords des rives du Djoliba n’a pas la sincérité d’une danse funèbre.

C’est plutôt le sacre d’une hypocrisie et d’une iniquité portées en apothéose. Vivement critiqués par les opinions africaines d’enjamber leurs cadavres pour aller verser des larmes de crocodiles dans la Seine, les présidents africains répondent par leur sympathie larmoyante à Bamako. Et pourquoi le Nigeria qui totalise des milliers de cadavres du fait des exactions de Boko Haram, ne bénéficie-t-il pas du même élan de solidarité ?

Pire, IBK lui-même n’a jamais versé de larmes quand on égorgeait les soldats maliens au Nord Mali, précisément à Aghelok; mais il ne s’en est pas privé quand Ghislaine Dupont a été passée de façon ignoble à l’arme blanche par les djihadistes. En fait, ces larmes feintes nous infantilisent et contribuent à nous dévaloriser aux yeux des Occidentaux. Au lieu de traduire notre impuissance face à la tragédie de l’humanité en proie à la bestialité, ces larmes reflètent plutôt  notre refus d’assumer nos responsabilités face à nos propres problèmes pour toujours compter sur l’Occident.

Les larmes ne gagneront pas la guerre contre les djihadistes

Une image de IBK à l’instar de Hollande avec son bâton de pèlerin dans les cours africaines pour appeler à une forte réaction africaine et pour mobiliser la logistique nécessaire pour contrer le péril djihadiste qui endeuille et rend infréquentable le Sahel,  serait plus valorisante que celle des suppliciés de Bamako sur qui les princes règnants viennent déverser leurs larmes. Un IBK debout et prêt au combat serait plus conforme au souvenir de la lutte héroïque de son ancêtre Soundiata Keïta contre l’oppression exercée sur les populations mandingues par Soumahoro Kanté au temps du grand empire du Mali.

Et ces pleureurs d’un genre nouveau, qui accourent à la charogne, gagneraient à s’organiser et à se mobiliser véritablement car les larmes ne gagneront pas la guerre contre les djihadistes qui ne sont plus au stade de la sensibilité humaine. On a parfois vite fait de pointer du  doigt le manque de moyens pour justifier leur immobilisme, mais c’est plutôt une absence de volonté politique motivée par une absence de vision, de sens de l’Etat et de solidarité africaine qui est en cause.

L’argument du manque des moyens ne vaut que dans le mimétisme de l’imitation de l’Occident qui, dans son contexte bien particulier, déploie l’arsenal militaire sophistiqué. L’Afrique dispose d’une logistique beaucoup plus efficace, la population. Elle est au centre du renseignement qui est indispensable pour gagner toute guerre. La grande majorité des populations africaines abhorrent la violence religieuse et subliment le vivre-ensemble. Elles n’attendent que la proximité des dirigeants pour mettre la main à la pâte.

Mais cette proximité ne doit pas être circonstancielle et unidimensionnelle, elle doit l’être au quotidien et toucher toutes leurs préoccupations, notamment socioéconomiques.  Car dit-on, «il ne faut pas attendre le jour de la battue pour acheter son chien».

Attentat de Bamako: «une distribution des rôles n’est pas exclue»

RFI Par Christophe Boisbouvier – mardi 24 novembre 2015

Le président du Sénégal, le président du Bénin, le Premier ministre du Burkina… Depuis deux jours, les visiteurs de marque se succèdent à Bamako pour exprimer leur solidarité avec le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) du Mali. Mais qui peut être derrière l’attaque terroriste de l’hôtel Radisson, qui a fait 22 morts le 20 novembre ? Ahmedou Ould Abdallah a été ministre mauritanien des Affaires étrangères, puis représentant de l’ONU dans de nombreux pays en conflit. Aujourd’hui, il préside un think tank, le centre 4S (stratégie, sécurité, Sahel, Sahara).

En ligne de Nouakchott, il livre sa vérité au micro de Christophe Boisbouvier.

Ahmedou Ould-Abdallah, quelle était à votre avis la principale cible des terroristes de vendredi dernier ? C’était le Mali ou c’était les Occidentaux ?
Ahmedou Ould-Abdallah : L’attaque a eu lieu à l’ouverture d’un nouveau groupe régional, le Sahel G5, qui est un groupe composé de cinq Etats : le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina et la Mauritanie et sans Etat régional important ou actif, telle l’Algérie, le Maroc et le Sénégal.

Donc c’est peut-être un défi lancé aux chefs d’Etat sahéliens qui essaient de s’organiser dans un G5 Sahel ?

En tout cas c’est ma lecture de cet horrible attentat. C’est pour dire : nous ne vous acceptons pas tel que vous êtes organisés et vous n’avez pas les moyens seuls de lutter contre nous et nous sommes là. Et très curieusement, ce message a été envoyé à la région trois à quatre jours avant la réunion du G5, des déclarations ont été faites pour dire : nous allons relancer la crise au Mali. L’attentat contre le Mali est utilisé un peu pour envoyer des messages ou pour faire la diplomatie par d’autres moyens.

En effet, quelques jours avant il y a eu un communiqué menaçant du chef jihadiste Iyad Ag Gahli d’Ansar Dine ?

Tout à fait. Et les revendications qui ont eu lieu, que ce soit par des groupes de Belmokhtar, que ce soit après par le front du Macina, ne me semblent pas du tout en contradiction ! Parce qu’au niveau de ces groupes, il y a une certaine concertation, même s’il y a une concurrence au niveau des individus, et il y a surtout des sous-traitances. C’est très intéressant au moment où on fait la chasse à des gens de teint plus clair bruns, maures, touaregs… Il s’agit de gens typiquement subsahariens qui auraient fait l’attentat. On ne sait pas s’ils ont des complices encore dans la ville, mais le message en tout cas était très clair : c’est difficile pour vous cinq de travailler sans les grands. C’est-à-dire une fois de plus l’Algérie, le Sénégal et le Maroc.

Iriez-vous jusqu’à dire que les terroristes auraient pu être téléguidés par l’un de ces trois pays délaissés par le G5 ?

Non, je ne vais pas jusqu’à dire que c’est un complot, mais si j’étais responsable de sécurité du Sahel, je n’exclurais aucune hypothèse. Et les terroristes ne peuvent qu’en profiter en jouant sur les contradictions qui existent dans nos pays.

Derrière ces attentats il y a au moins trois pistes. Celle d’al-Mourabitoun de Mokhtar Belmokhtar, celle du Front de Libération du Macina d’Amadou de Koufa et celle d’Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali. Quelle est la plus sérieuse à votre avis ?

Je pense que d’abord celle du Front du Macina et d’Ansar Dine de Iyad Ag Ghali ont des relations, ont des ponts assez connus entre ces deux organisations.

Il y a de l’argent qui circule en effet.

Il y a de l’argent et ils se connaissent également, y compris avec les attentats dans le sud du Mali il y a quelques mois. Et je pense aussi que sur le plan humain, Belmokhtar et son groupe d’al-Mourabitoun connaissent parfaitement Iyad Ag Ghali qui est assez connu dans la région où il opère depuis les années 90 ! Et donc il n’est pas exclu qu’il y ait une distribution des rôles. Et pour créer la confusion au niveau des enquêteurs il est très possible que ces déclarations contradictoires aient été faites délibérément. Je pense qu’il faut cesser de sous-estimer les gens qui se battent et qui sont prêts à mourir pour telle ou telle raison.

Pensez-vous comme certains qu’il faut faire un lien avec les attentats meurtriers de Paris le 13 novembre dernier ?

A mon niveau je ne le pense pas. Par contre, je pense que ces groupes sont déterminés à empêcher les troupes françaises d’être actives simultanément en Centrafrique et au Mali. La présence française dans le Sahel, y compris donc la Centrafrique, est très difficile à accepter pour ces groupes. Et pour ceux qui ont des sponsors actifs dans le gouvernement ils le savent encore mieux. Ils savent qu’un pays comme la France ne peut pas mener deux guerres à la fois sur deux fronts.

Donc pour vous les deux attentats de cette année à Bamako, le 7 mars à la Terrasse et ce 20 novembre au Radisson, ça rentre dans une stratégie de harcèlement des forces françaises ?

Absolument ! Et il faut y ajouter celle de Savaré le 7 août. Alors est-ce que des Etats de la région leur donnaient un coup de main ? Avant, tout le monde pensait à la Libye qui voulait être la seule puissance régionale…

Mouammar Kadhafi ?

Oui, Mouammar Kadhafi. Alors est-ce qu’il y a un pays ou un groupe de pays qui ont pris le relais ou des individus ou des services ? Je pense qu’il y a une lutte d’influence pour le Sahel.

Iyad Ag Ghali est-il protégé par un Etat de la région ?

La question se pose depuis très longtemps. On sait qu’il était proche des Libyens et que ça n’a plus de sens. Les gens se demandent maintenant où est-ce qu’il se trouve. Est-ce qu’il est dans le désert nord-malien, sud-algérien, nord-Niger ? Il a des amitiés et des protections. Il n’y a pas de doute qu’Iyad Ag Ghali qui a un long parcours et un parcours actif depuis les années 90, avec des protections. Il n’y a pas de doute.

Faut-il que les cinq Etats sahéliens partagent plus d’informations et fassent plus de patrouilles mixtes pour lutter contre ce fléau ?

Tout à fait ! L’idée est très bonne, d’avoir des pays qui sont de même niveau, qui sont voisins, qu’il y ait une continuité géographique. Mais il faut qu’ils s’élargissent beaucoup plus ! Le Cemoc (Comité d’état-major opérationnel conjoint) qui les a précédés n’a pas fait preuve d’une grande efficacité quand le Mali s’est effondré, alors qu’il y avait l’Algérie. Donc le faire sans l’Algérie, sans le Sénégal et le Maroc comme je l’ai dit, rend le travail extrêmement difficile pour le G5.

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