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Funérailles, arrestations, témoignages, questions

by sur 27 novembre 2015

De nouveaux témoignages,  issus de sources très diversifiées, viennent éclairer les événements tragiques survenus à l’hôtel Radisson Blu.

Juste après les funérailles des victimes maliennes auxquelles un hommage solennel a été rendu, le ministère de la sécurité a annoncé l’arrestation de deux suspects sans donner d’autre précision que celle d’un « téléphone portable qui a parlé ».

Enfin, des questions se posent toujours, auxquelles on n’a pas encore toutes les réponses.

Mali : deux suspects liés à l’attaque de l’hôtel Radisson à Bamako ont été arrêtés

26 novembre 2015 à 19h23 – Par Jeune Afrique avec AFP

Les autorités maliennes ont annoncé jeudi l’arrestation de deux suspects liés à l’attaque de l’hôtel Radisson du 20 novembre à Bamako.

« Deux suspects liés à l’attaque la semaine dernière de l’hôtel Radisson Blu viennent d’être arrêtés », a indiqué, le 26 novembre, une source sécuritaire malienne, soulignant que l’interrogatoire était encore en cours.

À en croire la même source, les deux hommes ont été arrêtés à Bamako par les forces spéciales maliennes.

« Un téléphone qui a parlé »

Une autre source sécuritaire a précisé quant à elle que ces arrestations ont été rendues possibles grâce à « un téléphone qui a parlé ». « Il a conduit aux deux personnes arrêtées », a-t-elle ajouté, sans donner plus de détails sur l’identité ou la nationalité des suspects, ni s’il s’agit de complices ou d’éventuels commanditaires.

Au lendemain de la prise d’otages, le procureur avait indiqué que les assaillants avaient « bénéficié de complicités pour venir à l’hôtel » mais aussi « pour commettre le forfait ».

L’enquête avance bien

Mais « l’attaque a été perpétrée par deux individus armés de fusils d’assaut, des kalachnikov de type AK-47 », a souligné jeudi devant les députés le ministre malien de la Sécurité et de la Protection civile, Salif Traoré.

« Ils ont ouvert le feu depuis l’entrée de l’hôtel, à l’intérieur, dans le hall, au restaurant, dans différents couloirs. Ils ont tiré sur les gens sans discrimination », a-t-il rappelé.

« Nous avons neutralisé les deux terroristes […]. Nous n’avons pas de raison de penser qu’il y en avait plus », a martelé le ministre. Et d’ajouter, serein : « L’enquête est en cours, elle avance bien ».

Adama Ouane, rescapé de l’attentat de Bamako : « La corruption endémique a exposé le Mali au danger »

26 novembre 2015 à 12h01 – Par Pierre Boisselet

L’administrateur général (numéro 2) de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le Malien Adama Ouane, était à l’hôtel Radisson Blu de Bamako lors de l’attaque terroriste du 20 novembre. Il raconte ses longues heures d’attente et appelle ses compatriotes au sursaut.

Jeune Afrique : Pour quelle raison étiez-vous auRadisson Blu de Bamako lors de l’attaque ?

Adama Ouane : Nous sommes arrivés à l’hôtel le jeudi 19 au soir vers 22-23h, en provenance de Paris, pour préparer la visite officielle de la secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean. Elle devait arriver le 21. Dans le cadre de cette visite, de nombreuses manifestations étaient prévues pour les dix ans de la Convention de l’Unesco pour la protection et la promotion de la diversité culturelle. Des officiers de sécurité nous avaient précédés et étaient déjà présents.

Comment vous-êtes-vous rendu compte de l’attaque ?

J’étais dans ma chambre, la 536, au quatrième étage. J’ai été averti très tôt. Un de mes amis m’a appelé vers 7h10. Il m’a dit qu’il venait d’être informé que des « rebelles » avaient attaqué et étaient dans le Radisson. Suite à cela, j’ai entendu des coups de feu. Donc j’ai compris que c’était réel. J’ai appelé notre officier de sécurité, qui lui avait vu les assaillants et avait déjà donné l’alerte.

J’ai été représentant de l’Unesco en Haïti, donc j’avais déjà été formé pour faire face à ce genre de situation

Comment avez-vous réagi ?

Avec mes quatre collègues, nous étions en communication, donc nous avons pu échanger sur le comportement à adopter : rester barricadés dans les chambres, s’éloigner des issues etc. Une cellule de crise s’est tout de suite mise en place à l’OIF et nous avons pu être informés du déroulement des opérations. Nos chambres ont été localisées. On nous a donné un mot de code. J’ai été représentant de l’Unesco en Haïti, donc j’avais déjà été formé pour faire face à ce genre de situation.

Combien de temps avez-vous attendu avant d’être exfiltré ?

Je suis sorti autour de 13h15. Il y avait des Maliens, des forces spéciales françaises, des marines américains, des Canadiens de la Minusma… Mais ce qui était le plus dur c’est l’attente, après, parce que certains collègues étaient encore à l’intérieur et présents dans une zone sensible.

Un citoyen belge, qui dépendait de l’Assemblée parlementaire francophone (APF) a perdu la vie. Son secrétaire général Pascal Terrasse a suspendu les missions à l’étranger pour deux mois. Est-ce que l’OIF va prendre des mesures similaires ?

Nous allons retourner au Mali et y poursuivre nos activités. Mais la situation est pour l’instant imprévisible. Je viens de reporter deux missions qui devaient avoir lieu en décembre. Mais c’est un report, pas une annulation.

Visiblement, ces terroristes venaient de très loin. Comment ont-ils pu circuler aussi facilement ?

Malheureusement, ce n’est pas la première fois que Bamako est touché. Comment venir à bout de ce problème ?

Ce problème n’est pas seulement malien, on le reconnaît maintenant. Nous avons été déstabilisés profondément, il faut le dire. Mais la sécurité du Mali incombe aux Maliens. Il faut que le pays se prenne entièrement en charge. Il faut accepter la remise en cause d’une partie de notre confort et changer de comportement. Il nous faut plus de vigilance, plus de rigueur, moins de laxisme, à tous les niveaux.

Tout le monde sait, par exemple, avec quelle facilité on pouvait acheter des passeports maliens au marché noir. La corruption endémique a exposé tout un pays au danger. Visiblement, ces terroristes venaient de très loin. Comment ont-ils pu circuler aussi facilement ?

Certains chefs d’État de la région ont appelé à restreindre les libertés pour mieux lutter contre la menace. Le président sénégalais, Macky Sall, a par exemple proposé un « blackout » des médias qui, selon lui, donnent trop d’importance aux terroristes. Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a en partie remis en cause la libre circulation des biens et des personnes. Qu’en pensez-vous ?

Ces deux chefs d’État sont des démocrates. Il faut reconnaître qu’au nom de la liberté de la presse et d’expression, certains ont basculé dans l’irresponsabilité et dans des activités qui n’ont rien à voir avec le journalisme. Je suis en train d’intervenir personnellement pour le retrait de certaines publications sur internet. Cela ne veut pas dire qu’il faut brider la presse. Mais il faut remettre de l’ordre.

Bamako et ce plafond de questions

Par Max Lobe LE MONDE Le 26.11.2015 – Mis à jour à 17h36

Max Lobe, né à Douala en 1986, est un écrivain d’origine camerounaise installé en Suisse. Il a notamment publié L’Enfant du miracle(éd. des Sauvages, 2011), 39, rue de Berne (éd. Zoé, 2013) et La Trinité bantoue (éd. Zoé, 2014).

Passer quelques jours, dont un dimanche, à Bamako, dans le cadre d’un forum francophone pour célébrer le dixième anniversaire de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles : « what else ? » pour oublier un tant soit peu les horribles attentats suicides perpétrés une semaine plus tôt en plein cœur de Paris. Mais ces gens-là, ces barbares, n’ont pas voulu nousaccorder ce tout petit moment d’accalmie, de repris, de récupération. Les attentats de Bamako m’ont profondément choqué d’autant plus que nous étions, la centaine d’autres invités au forum, censés séjourner soit dans cet hôtel Radisson Blu ou du moins dans ce quartier dit très sécurisé.

L’événement pour lequel nous avions été conviés a bien sûr été annulé. Les médias se sont emparés de l’événement et ont cherché à trouverdes liens avec les attentats de Paris. On a de nouveau changé sa photo de profil Facebook pour dire, cette fois-ci, « Je suis Mali ». La solidarité aurait-elle cessé pour le coup d’être à géométrie variable ?

La guerre contre le terrorisme

Choqué, je suis enfermé dans ma chambre, les yeux grands ouverts et rivés sur un plafond de questions. Où sont donc passées ces grandes voix d’opinion qui toujours se pressent de trouver des excuses pour justifier les actes des barbares en disant que nous ne récoltons que les fruits des politiques étrangères des pays occidentaux, en l’occurrence de la France ou encore les Etats-Unis ? Où sont ces voix qui nous ont dit en janvier dernier que la tuerie avait eu lieu chez Charlie Hebdo parce que ces journalistes avaient osé blasphémer ?

Quelles excuses utilisent-ils cette fois-ci pour justifier les attaques de Bamako ? Comment justifient-ils, avec une once de bienveillance à l’œil, les incessantes attaques de fillettes kamikazes ou de commandos puissamment armés au Nigeria, au Kenya, au Niger, au Tchad ? Comment excusent-ils les attaques dans les lieux de réjouissance ou encore dans les marchés dans l’extrême nord du Cameroun où l’Etat islamique enAfrique de l’Ouest (ex Boko Haram) fait des ravages ? Ces pays africains sont-ils des poids lourds dans le grand théâtre géopolitique des puissantes nations de ce monde ? Leur presse aurait-elle blasphémé ? Avaient-ils, avant les attentats qui les touchent, interdit le voileintégral ? Stigmatisaient-ils les musulmans ?

Préserver la diversité des expressions culturelles du monde

Dire qu’on ne peut pas gagner la guerre contre le terrorisme parce qu’à juste titre le terrorisme n’est pas un ennemi concrètement identifiable mais plutôt une idéologie informe, me laisse un peu songeur. Que faire donc si nous ne pouvons ni identifier notre ennemi ni lui faire la guerre ? Devons-nous dire à nos femmes de cesser de porter leurs minijupes et hauts talons ? Devons-nous éviter d’écouter du Mozart, du Makeba ou du Heavy Metal ? Devons-nous brûler Justine de Sade, les Mille et une bibles du sexe de Yambo Ouologuem ou nos Cinquante nuances de Grey ? Devons-nous arrêter de boire de l’alcool ou même de nous soûler sur nos terrasses, clopes au bec ? Devons-nous cesser de forniquer, de partouzer voire blasphémer en toute âme et conscience ? Dois-je donc cesser d’être aussi mécréant que je le souhaite ?

Daesh n’est pas seulement une idéologie expansionniste et de détestation de l’Occident fondée sur une lecture du Coran, mais c’est surtout un Etat dont on peut définir aujourd’hui les frontières (du moins au Moyen-Orient). On peut en définir les cerveaux, une sorte d’exécutif ou de gouvernement. Daesh est un Etat dont on peut aujourd’hui cerner les canaux de financement et les combattre. Qui sont ceux qui tirent leur épingle du jeu en achetant du pétrole à Daesh ou en le soutenant aussi bien idéologiquement que financièrement ? Et, l’argent étant le nerf de la guerre, savons-nous quelles banques du monde collaborent à l’avancée de Daesh en jouant les coffres-forts de la barbarie ?

Quelques images se pressent dans ma tête : des mausolées et des manuscrits de Tombouctou sont tombés sous l’ignorance de ces gens-là. Les étudiants kényans, en quête de savoir sont morts à Garissa. L’arc de triomphe sur le site de Palmyre en Syrie a volé en éclat sous quelques bombes. D’inestimables collections d’art préislamique conservées à Mossoul en Irak ont été pulvérisées sous le regard impuissant du monde entier. Le Bataclan, beau lieu de culture parisien, a été touché en plein cœur…

Quelle tristesse de n’avoir finalement pas pu se rendre à Bamako pour réitérer cette volonté de préserver la diversité des expressions culturelles du monde.

Mali: Bamako rend un ultime hommage aux employés de l’hôtel tués dans l’attentat

25/11/2015 21:58:48 – Bamako (AFP) – Par Serge DANIEL – © 2015 AFP

« Nos maris sont morts, nous ne pardonnerons jamais à ceux qui ont fait ça »: à Bamako, une foule nombreuse rend un dernier hommage à cinq employés de l’hôtel Radisson Blu tués la semaine dernière, en promettant de ne pas céder à la peur.

Un millier de personnes assiste à cette cérémonie organisée en présence du président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Les yeux cachés derrière des lunettes fumées, très ému, il s’avance vers les corps recouverts d’un linceul en ce mercredi, troisième et dernier jour de deuil national.

« Aujourd’hui, il n’y a pas de discours. Nous sommes là pour accepter la volonté de Dieu, qu’il les accepte dans son royaume », déclare en langue locale bambara le président Keïta.

Le 20 novembre, l’hôtel a été attaqué par des hommes armés qui y ont retenu environ 150 clients et employés pendant plusieurs heures. L’attaque, qui a fait 20 morts a été revendiquée par le groupe al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, un des chefs jihadistes les plus redoutés du Sahel.

A l’est de la place qui abrite la cérémonie, la tribune des femmes. Assises, certaines pleurent. « J’ai le mari de ma soeur parmi les trois employés de l’hôtel tués. Elle est désormais seule avec deux enfants. C’est vraiment criminel ce qu’ils ont fait », confie l’une d’elles.

Une autre, voilée, ferme ses deux mains et murmure fataliste: « Dieu est grand ! C’est lui seul qui sait ce qu’il fait. Nos maris sont morts, nous ne pardonnerons jamais à ceux qui ont fait ça ».

A côté d’elle, Oumou Sangaré, 18 ans, étudiante en hôtellerie emmitouflée dans un tissu de bazin, compte bien poursuivre dans cette voie malgré le « drame » et travailler « pourquoi pas au Radisson Blu ».

Accroupis au centre de la place, des dignitaires religieux récitent des versets du Coran pour le repos de l’âme des disparus.

Dans la foule, quelques dizaines de vigiles de la société de sécurité de l’hôtel, ainsi que leurs collègues d’autres entreprises.

« Hommage à nos braves agents de sécurité », lit-on sur les tee-shirts de certains.

– Vigile plutôt que chômeur –

« Moi, j’étais de garde avec mes camarades ce jour-là. Lorsque les deux terroristes sont arrivés, ils ont ouvert d’abord le feu sur nous. Honnêtement, nous n’avons pas eu le temps de riposter », reconnaît Amadou Coulibaly.

« C’est un coup très bien préparé, parce que les terroristes ont eu des complices qui ont préparé l’opération avec eux », affirme-t-il.

Les funérailles des employés de l’hôtel Radisson Blu, à Bamako le 25 novembre 2015 © – AFP

Deux vigiles d’une autre société se tiennent par la main en signe de solidarité. « Nous avons vraiment mal. Mais disons la vérité, au Mali, on devient vigile pour fuir le chômage. Nous ne sommes pas bien formés. Nous ne sommes pas bien payés. Avec ce qui est arrivé, il faut que ça change », souligne l’un d’eux.

Debout, habillé en noir en signe de deuil, le directeur des ressources humaines de l’hôtel est très en colère: « Ces terroristes sont des lâches. Ce sont des lâches, c’est pourquoi ils ont fait ce qu’ils ont fait. Nous allons rouvrir rapidement l’hôtel pour leur dire que leur loi ne passera pas », promet Sidi Fall.

En rangs serrés, de nombreux autres employés du Radisson assistent à la cérémonie collective de prière, qui commence dans un léger désordre, en raison d’un désaccord momentané sur la direction de La Mecque.

Le dispositif de sécurité est impressionnant avec des militaires postés sur les étages environnants.

Sur un autre côté de la place, deux jeunes enfants sont assis, entourés d’adultes.

« Ce sont les enfants de deux des employés de l’hôtel. L’un des enfants ne parle plus depuis l’annonce de la mort de son père », explique Issa Togola, un membre de la famille.

Alors que les cercueils sont remis dans les corbillards pour raccompagner les morts vers leur dernière demeure, la cérémonie se poursuit avec une intervention d’un représentant des 234 employés.

« Nos frères qui sont morts restent pour nous des modèles. Nous poursuivrons le travail pour que le terrorisme ne remporte pas le combat », déclare Ousmane Koné. « Nous allons rapidement porter nos tenues de travail pour faire redémarrer l’hôtel ».

Attentat de Bamako : une journaliste malienne témoigne

Par Nabou Touré le 25 novembre 2015

Née en France, vivant au Mali Nabou Touré a été présentatrice pendant 7 ans pour le bouquet africain Africable Télévision. Elle est actuellement directrice de l’information du groupe audiovisuel Malien Liberté LTV .

Alors que les auteurs de l’attentat de Bamako ne sont toujours pas clairement identifiés, la journaliste Nabou Touré revient sur ce vendredi qui a ensanglanté  le Mali.

Beaucoup de mes amis m’envoient des messages de soutien après l’événement sanglant du Radisson Blu de Bamako, survenu ce vendredi 20 Novembre. Mais à mon sens cela fait quelques années que beaucoup de Maliens ont dépassé le stade du choc.

Alors que l’on pensait vivre un vendredi comme les autres, la rumeur folle d’une fusillade au Radisson prend de l’ampleur et se confirme.

Ce que l’on sait

Vers 6h du matin des assaillants arrivent sur les lieux. Au même moment qu’un 4×4 noir immatriculé Corps diplomatique. 170 personnes sont retenues en otage. Périmètre bouclé. Des bruits de tir se font entendre. Ensuite c’est l’hécatombe. On parle de deux assaillants qui parleraient anglais, yoruba et arabe. Le bilan est de trois morts, ensuite quatre. Puis à nouveau trois. À 14h les forces maliennes accompagnées de la Minusma [Mission de l’ONU au Mali, ndlr] et de la force française Barkhane donnent l’assaut.

Entretemps, quatre-vingts personnes parviennent à sortir. Certaines cachées à d’autres étages s’enfuient par leurs propres moyens, D’autres grâce aux forces de l’ordre. La rumeur court que certains ont été libérés par les assaillants après avoir récité des versets du Coran. Les badauds, inquiets et curieux se sont massés aux alentours de l’Hôtel pendant des heures. Les otages libérés, sous le choc, sont rapidement amenés au Palais des sports de Bamako. Le président malien Ibrahim Boubacar Keita a écourté son déplacement au Tchad où il participait au G5 Sahel… pendant lequel il était question justement de lutte contre le terrorisme.

Dénouement

En fin d’après-midi, on apprend la fin de l’assaut. Seuls deux jeunes terroristes sont parmi les dépouilles. Ce qu’a confirmé la police technique et scientifique après avoir passé les 140 chambres de l’hôtel au peigne fin. Dix-neuf victimes innocentes de nationalités diverses ont été tuées : Mali, Belgique, États-Unis, Russie, Autriche, Chine, Sénégal.

L’acte a été revendiqué dès le soir par le groupe algérien Al- Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar, également à l’origine de l’attaque du restaurant la Terrasse de Bamako en mars dernier. Ainsi que de la prise d’otage d’In Amenas en Algérie en 2014. Un autre groupe, le Front de Libération du Macina (FLM) du prédicateur Hamadoun Koufa, se revendique de l’attentat de vendredi. Mais une source spécialisée dans les questions de terrorisme m’a confié que le FLM est peu crédible, au vu de l’organisation que nécessite un attentat de cette ampleur.

Les suites

Les autorités ont décrété l’État d’urgence pour dix jours et un deuil national de trois jours. D’après une source policière, trois personnes en contact permanent avec les assaillants sont actuellement sous surveillance. Les présidents sénégalais Macky Sall et béninois Yayi Boni se sont rendus sur place pour présenter leurs condoléances.

Depuis 2012, avec le coup d’État et la prise du nord en l’espace de quelques jours par la rébellion, le monde des Maliens s’est effondré. L’économie, le tourisme, la culture, la foi en un lendemain meilleur, la sensation de vivre en sécurité… Tout cela a volé en éclat. Moi-même je me suis surprise à sursauter le soir quand un véhicule est entré dans ma rue à toute allure et que ses occupants en sont sortis en parlant un peu trop bruyamment. À l’époque, on entendait parler des razzias menées dans les quartiers par les militaires. Là oui, il m’est arrivé d’avoir peur.

Mais le terrorisme, et dans ce cas précis le djihadisme – bien que je trouve ce terme discutable – c’est autre chose. Au-delà de l’abomination qu’il représente, de l’effroi qu’il peut susciter et de l’aliénation de la religion musulmane qu’il s’efforce d’installer dans les esprits, je ne suis pas sûre que ce soit ce qui effraie le plus les Maliens. Au fil de mes échanges avec les gens, j’ai plus la sensation que ce que l’on craint, c’est ce manque d’humanité qui prend de l’ampleur. La perte de confiance envers ceux qui nous entourent, ceux qui nous gouvernent. Nous ne sommes plus unis.

Seuls des évènements de ce genre nous permettent de nous rendre compte que nous avons beaucoup à faire. Quand on voit un acte pareil… Des jeunes qui ont la vie devant eux entrent tranquillement dans un hôtel de ce standing pour tirer sur tout ce qui bouge. Ils brisent les rêves, les espoirs de ces personnes tuées, de leurs proches. Ils mettent brutalement fin à des vies qui auraient pu planifier tant de choses. Ça laisse tout simplement et malheureusement sans voix…

Attentat de Bamako : un rescapé marocain raconte l’horreur

25 novembre 2015 Mis à jour à 16h33 – Par Fahd Iraqi – à Casablanca

Noureddine Faraji, ingénieur chez Nokia Maroc, est l’un des quatre rescapés marocains de l’attaque de l’hôtel Radisson Blu de Bamako, le 20 novembre. Voici le récit, heure par heure, de cette matinée où la mort a bien failli frappé à sa porte.

Le mardi 17 novembre, Nouredine Faraji, jeune papa de 41 ans, embrasse son bébé de deux mois avant de prendre la direction de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, au Maroc. Quand il atterrit à l’aéroport international de Bamako, le mercredi à 1h30 du matin, il ne se doute pas qu’il s’apprête à faire le voyage d’affaires le plus effroyable de sa carrière.

L’homme est un habitué de l’Afrique subsaharienne. « Mes treize ans de carrière en tant qu’ingénieur chez Nokia m’ont donné l’occasion de visiter plusieurs pays de la région, mais c’était mon premier déplacement au Mali », raconte-t-il. Les deux premiers jours se déroulent le plus normalement du monde. Même dans la nuit du 19 novembre, quand il rentre à l’hôtel Radisson Blu après une éreintante journée où il a dû se déplacer à Segou (250 km au nord de Bamako), il sourit quand il constate que les hommes de la sécurité de l’hôtel sont plongés dans un profond sommeil. Il est alors 22h30.

« J’avais pourtant lu sur internet que c’était l’un des hôtels les plus sécurisés de la ville. Mais bon, je n’allais pas en faire un plat. Je suis monté dans ma chambre, j’ai travaillé un petit peu sur mon rapport avant de me mettre au lit. J’avais de grands projets pour le lendemain. C’était ma dernière journée à Bamako, je voulais en profiter pour visiter la ville, prier dans la grande mosquée, acheter des souvenirs », se rappelle-t-il.

Réveil au son des rafales

« Vers 6h45, je me suis réveillé en sursaut. J’ai entendu comme des pétards qui explosaient. L’idée que ce soit des coups de feu m’a traversé l’esprit, mais je l’ai vite balayée, car je n’ai plus rien entendu d’inquiétant. Je me suis même rendormi quelques minutes de plus », témoigne le rescapé. Moins d’une heure plus tard, alors qu’il sort de la douche, sa chambre est secouée par le bruit d’une puissante déflagration : une grenade a explosé dans l’enceinte de l’hôtel.

Noureddine n’a pas encore le temps de réaliser ce qu’il se passe quand son téléphone sonne. À l’autre bout du fil, son contact chez Malitel, avec lequel il a travaillé la veille. C’est lui qu’il l’informe que l’hôtel est sous le feu des terroristes, il lui conseille de ne pas quitter sa chambre. « J’ai enfilé un pantalon et un tee-shirt et je me suis rué vers mon ordinateur et mon téléphone marocain. J’ai tout de suite appelé mes collègues à Rabat pour les informer de la situation », explique-t-il.

Il récite en boucle la « chahada » et des versets du Coran pendant que le film de sa vie défile devant ses yeux

Les heures qui suivent seront les plus longues de sa vie. Recroquevillé près de son lit, à la chambre 417 au 2e étage, il récite en boucle la « chahada » et des versets du Coran pendant que le film de sa vie défile devant ses yeux. « Je pensais à mon bébé, à ma femme, mais aussi à ma mère qui est très souffrante. C’est son état de santé qui m’a incité à ne pas prévenir les miens de la situation car son inquiétude à mon sujet aurait pu lui être fatale », nous confie-t-il.

En revanche Noureddine contacte un ami gendarme à Rabat qui lui recommande de rester loin des fenêtres et de se mettre à plat ventre s’il entend des tirs. Une posture qu’il a tout de suite adoptée quand il entend une deuxième déflagration aux alentours de 9h30. « Je suis resté allongé par terre un long moment, tremblant comme une feuille. Quand mon téléphone sonnait, je raccrochais et j’écrivais des messages à mes collègues sur Whatsapp. J’avais peur que la sonnerie du téléphone n’attire les assaillants », nous raconte-t-il.

Évacuation et délivrance

Vers 11h10, après plus de trois heures de terreur et de solitude, Noureddine entend frapper à sa porte : « Police ! Sortez de votre chambre ! », crie-t-on à l’extérieur. « Je me suis demandé si ce n’était pas un piège des terroristes pour m’attirer hors de ma cachette, mais très vite je me suis dit qu’il fallait bien sortir à un moment ou à un autre, alors j’ai couru vers la porte », se rappelle-t-il. Noureddine retrouve ainsi quatre éléments du groupe d’intervention malien avec tout leur attirail. Ils le placent derrière un bouclier, le somme de baisser la tête et ils dévalent ensemble les escaliers qui mènent vers la réception.

À la dernière marche, le temps s’arrête. Je me suis rendu compte que je marchais sur un cadavre, dit-il

« Je n’avais jamais eu aussi peur. Je vivais une scène de film et ça semblait interminable », raconte Noureddine. À la dernière marche, le temps s’arrête. « Je me suis rendu compte que je marchais sur un cadavre. J’ai vu un homme étendu sur le sol, gisant dans une mare de sang. Mes jambes ne me portaient plus. Je me rendais à peine compte que j’étais porté jusqu’à l’extérieur et déposé dans un véhicule des Nations – unies », se remémore-t-il.

Avec d’autres rescapés, Nouredine est conduit au Palais des Sports où ne cinquantaine de clients évacués étaient regroupés. Sur place, il sort progressivement de son état de sidération : il prévient les siens qu’il est sain et sauf et pense déjà à son retour au Maroc. « J’avais tout laissé derrière moi, y compris mon passeport. Mon vol retour était pour la nuit même et je comptais bien le prendre. Je voulais rentrer chez moi », nous explique-t-il.

 « La vie est belle »

Quelques heures plus tard, Nouredine se sent un peu comme chez lui, il est entouré de Marocains, dans le bureau de l’ambassadeur du royaume à Bamako. Le cauchemar n’est pas fini pour autant : en plus de Noureddine, deux autres Marocains (dont un Maroco-Américain) avaient été évacués, mais un quatrième était toujours coincé au Radisson. Mostapha Ait Radi, c’est son nom, sortira sain et sauf de l’hôtel de la mort aux alentours de 18h quand l’assaut des forces spéciales aura pris fin. Lui aussi a pu embarquer le soir même avec ses compatriotes dans le vol à destination de Casablanca.

« Nous avons atterri à 5h45. Je suis descendu de l’avion les bras ballants, avec mon tee-shirt enfilé je ne sais comment. Le vent glacial qui soufflait sur mon corps me réconfortait dans la sensation d’être rentré en vie. Et la vie est belle », conclut Noureddine sur un ton plein de sagesse. La sagesse de ceux qui ont cru leur dernière heure arriver…

 

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