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La « guerre du ciment »

by sur 28 novembre 2015

Conflit ouvert entre les commerçants importateurs de ciment (principalement du Sénégal) et les producteurs maliens. 

Les premiers souhaitent conserver le privilège des exonérations de taxes leur assurant des marges confortables, alors que les seconds les accusent de pratiquer le dumping en vendant à perte pour conserver le marché intérieur malien.

Menace de pénurie de ciment au Mali : Une honte pour les commerçants maliens

A.M. Diakité – Tjikan – 27 novembre 2015

Il est connu de tout le monde que la cupidité est la chose la mieux partagée chez les commerçants. Mais, couvrir la cupidité du vernis de manque de patriotisme est une spécificité malienne.

Les faits sont suffisamment éloquents pour le passer sous silence. Il s’agit de la tentative de chantage d’un groupe d’importateurs de ciment sénégalais par voie de presse.

Les autorités ont été informées par des articles à caractère pamphlétaire dont l’objectif est de faire fléchir la position du gouvernement sur le délicat sujet d’harmonisation de la taxe de consommation (TVA de 18%) appliquée sur les produits d’origine communautaire. Surtout que la mise en œuvre de cette mesure est une réponse aux exigences des industriels du Mali, déterminés à protéger leur secteur. Qui, en réalité apporte plus à l’économie d’un pays que le commerce, qui ne profite qu’au seul commerçant. Mais, c’est moins l’explication ésotérique qui nous intéresse, que la boulimie des commerçants.

Pour les importateurs, le prix de la tonne appliquée à l’usine, qui est de 42 500 FCFA doit faire foi. En conséquence, l’on devrait appliquer la TVA de 18%  sur ce montant. Or, les enquêtes ont révélé que celui-ci est sciemment minoré par le cimentier sénégalais, dont l’objectif est d’user sur ses marges bénéficiaires afin de détourner les importateurs maliens de notre fabricant qu’est Diamond Ciment. Sinon le prix réel est et restera à 48 500 FCFA la tonne. C’est juste une manière de fausser le jeu de la concurrence en pratiquant ce que les spécialistes appellent le « Dumping », qui consiste à vendre un produit à un prix inférieur au prix de revient, dans le seul but de casser le marché pour en prendre le monopole. Une pratique prohibée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Faisant donc fi des facilités de vente qui leur sont accordées, les gabelous n’ont fait qu’appliquer les textes.

Ce qui revient à appliquer la TVA de 18% sur le prix réel du produit à l’usine, qui est de 48 500 FCFA la tonne et non 42 500 FCFA comme les importateurs tentent de faire croire à l’opinion. Ce n’est en réalité qu’une manipulation et une ruse de plus des sangsues pour mieux pomper le sang des Maliens.

En appliquant la TVA de 18% sur les 48 500 FCFA, ils ne paieront que 8 730 FCFA contre 7 650 FCFA perçus sur 42 500 FCFA comme ils cherchent. La différence n’est que de 1 080 FCFA. Dans tous les cas de figure, les importateurs ne devraient pas s’agiter, puisque la TVA est une taxe neutre, a expliqué un gros épaulé de la Douane. Selon lui, le commerçant paie la TVA en amont, mais il se fait rembourser par le consommateur final. Donc, il n’y a pas matière à s’inquiéter outre mesure. Mais, notre interlocuteur d’ajouter que c’est juste une question de compréhension.

Mais, pour les industriels maliens, le ciment n’est pas un produit d’origine communautaire à 100%. La matière première qu’est le « clinker » est importé d’Europe. Avec le tarif extérieur commun de la CEDEAO, le droit de douane de ce produit est perçu à la porte de la Communauté (Sénégal, Abidjan, Lomé, Cotonou, etc.). Dans ces conditions, ces pays bénéficient à la foi du droit de douane communautaire et l’avantage de pays de transformation. C’est qu’en implantant des usines, ils créent de la valeur ajoutée, qui se déclinent en emplois locaux, les recettes fiscales, etc. En plus de tous ces avantages, ils bénéficient des avantages de la libre circulation des personnes et des biens que leur confèrent les textes communautaires. A ce titre, ils inondent notre marché à moindre coût.

A cause de la cupidité de nos importateurs, le Mali est transformé en pays d’écoulement (de consommation) pour tous les cimentiers de la sous-région, notamment le Sénégal, où l’on assiste à une forte offensive de ces deux usines.

Notre pays perd non seulement des recettes fiscales, mais peinera à donner du souffle nécessaire au développement de son industrie locale. Cette situation a finalement poussé l’Organisation Patronale des Industriels du Mali (OPI) à demander et obtenir du gouvernement, l’application de la TVA sur le prix réel du ciment importé en réparation d’un préjudice que subit  un de leur mandant : Diamond Cement, filiale du groupe WACEM.

Et surtout, permettre à notre économie de créer de la richesse et donner de l’emploi à la jeunesse. Car, dit-on, le taux élevé de chômage dans un pays équivaut à une bombe sociale à retardement.

Des bénéfices à couper le souffle

Le deuxième hic qui fait tilt ici, est la taille du bénéfice engrangé par les importateurs du ciment sur chaque tonne de ciment importée. Que la tonne leur soit vendu à 48 500 FCFA à 42 500 FCFA la tonne, la marge bénéficiaire dans des conditions maliennes est franchement amorale. Le pays se relève d’une crise politico-sécuritaire, qui a entrainé  une pauvreté généralisée de la population. Nonobstant les difficultés existentielles, les importateurs vendent la tonne de ciment à 90 000 FCFA alors qu’ils achètent à moins de 50 000 FCFA la tonne. Une dépense d’exploitation ne saurait justifier une telle marge bénéficiaire.

Un petit exercice de simulation de prix suffit pour comprendre la boulimie de nos commerçants. A supposer qu’ils aient engagé comme dépense toute catégorie confondue (TVA, frais de transport et d’entreposage) 15 000 FCFA par tonne, ce qui d’ailleurs n’est pas évident. Ce montant ajouté au prix de cession à l’usine, si la tonne est vendue à 48 500, le produit leur revient 63 500 FCFA. Ce montant moins le prix à la consommation, ils gagnent 26 500 FCFA par tonne. Si la tonne est vendue à l’usine, ils gagnent 32 500 FCFA. Dans un pays aussi pauvre comme le nôtre, comment un homme peut se faire autant de bénéfice sur le dos de ses frères ?

On comprend mieux pourquoi, même SODOUF, qui est actionnaire dans la société indienne de droit malien WACEM-Diamond Ciment, vend le ciment sénégalais dans ses magasins. Parce qu’ils ont su user de la cupidité de nos importateurs pour fausser le jeu de la concurrence. Pour rendre leur ciment plus compétitif, ils se sont employés à maitriser le circuit du transport.

Le deuxième paradoxe qui donne de la migraine est naturellement le volume des importations. Qui est évalué à 3 millions de tonnes l’an. Potentiellement, le marché est porteur, comment nos commerçants peuvent se transformer en syndicat de la distribution du ciment Made in Sénégal au Mali ? C’est la preuve que nos commerçants manquent réellement d’ambition. Au lieu de s’organiser pour s’approprier ce marché hyper rentable,  parce que le pays est en chantier, et créer de la plus value locale, ils se sont transformés en syndicat de la distribution des industriels sénégalais dans notre pays, pour gagner en retour, la tracasserie de nos transporteurs sur le corridor sénégalais.

Mêmes nos camionneurs, qui les aident à évacuer leurs marchandises sont soumis à une forte pression. On leur crée la misère pour les obliger à céder la place aux transporteurs sénégalais. Au début, leur parc d’automobile était vieillissant. Mais, pour les aider à accompagner leur industrie en vue de pouvoir contrôler tout le circuit de l’économie, ils ont commencé à prendre des mesures de rétorsion contre nos transporteurs dont le but était de permettre aux transporteurs sénégalais de rattraper leur retard. Ainsi, à moins de deux ans, ils ont garni leur parc, à tel point qu’aujourd’hui, ils contrôlent à 100% toute la filière ciment. Sur la route Bamako-Dakar, 4/5 des camions en destination du Mali portent le fond bleu sénégalais.

C’est dire qu’aujourd’hui, les Sénégalais produisent le ciment, ils le transportent au Mali. On est tenté de se demander qu’est-ce qui va rester aux Maliens ? Les importateurs doivent avoir en tête cette question fondamentale. Mais, hélas ! C’est le dernier de leur souci. Chacun ne pense qu’à sa petite poche. Ils trichent même avec les services des Douanes, des Impôts et du Commerce pour payer moins de taxes. En usant des faux documents.

Alors que les Sénégalais défendent leur marché bec et ongle. Par exemple, pour étendre leur industrie du Ciment, ils auraient emprunté de l’argent avec la BOAD (Banque Ouest Africaine de Développement) en misant sur le marché malien. Qui était à l’époque totalement vierge. Mais, quand le groupe WACEM a décidé de s’installer au Mali, ils ont déployé un fort lobby auprès de l’institution financière sous régionale pour couper le financement au nouvel arrivant. Ainsi, toutes les banques maliennes dans lesquelles la BOAD est actionnaire ont refusé de financer WACEM. Mais, les Maliens ne feront jamais une telle solidarité vis-à-vis des siens. Dommage !

 

Commerce et concurrence : LES PIROUETTES DES IMPORTATEURS DE CIMENT

D. DJIRÉ – source : Essor – 26/11/2015 

 Leur ultimatum couvre mal la réintroduction d’une concurrence déloyale. Les producteurs nationaux, eux, garantissent le bon approvisionnement de notre marché

Le constat est invariable et le scénario se répète de manière quasi inexorable. Toute tentative de revitalisation de la réglementation, toute initiative en faveur d’une application stricte des textes en matière de commerce et de concurrence se heurte aussitôt à la résistance des acteurs de la branche qui doit en subir les effets. Ces acteurs se mettent rapidement en ordre de bataille pour que l’arrangement tacite soit maintenu en règle permanente.

Le mouvement actuellement constaté des importateurs de ciment obéit à la logique ci-dessus décrite. Voilà juste un mois, le ministre porte-parole du gouvernement, Choguel Kokalla Maïga, rendait publique la décision prise par les autorités de suspendre les exonérations sur l’importation des matériaux de construction produits au Mali. La nouvelle représentait un véritable ballon d’oxygène pour nos industriels. Ceux-ci dénonçaient depuis belle lurette l’injustice que constituaient à leurs yeux les exonérations accordées aux importateurs de matériaux de construction.

La décision gouvernementale vient donc couronner des années de combat mené par les producteurs locaux contre la concurrence déloyale qui leur était imposée par l’octroi des exonérations évoquées plus haut. Par contre pour les importateurs de ces matériaux, la mesure annonçait une réduction drastique de leurs marges bénéficiaires.

La nouvelle situation a incité les importateurs de ciment à organiser une riposte basée sur la stratégie du dumping. Le terme anglais, qui signifie littéralement « se débarrasser de quelque chose », désigne une pratique fréquente dans le commerce international.

Le procédé, contraire à l’esprit de concurrence, est généralement considéré comme déloyal. Il intègre en effet des positions ou des agissements interdits par les réglementations nationales ou internationales, mais permettant à des entreprises exportatrices de s’implanter sur un marché, où les habitudes des consommateurs ne leur permettraient pas de vendre leurs produits s’ils étaient proposés au même prix que ceux de leurs concurrents locaux. L’offensive commerciale menée avec ces armes peut conduire à faire des ventes à un prix inférieur au prix de revient.

Dans l’affaire qui nous intéresse, il faut savoir qu’actuellement au cordon douanier, nos importateurs présentent la valeur de la tonne de ciment importée du Sénégal comme étant facturée sortie d’usine à 42.500 Fcfa. Alors que la vraie valeur (précédemment déclarée) est de 48.500 Fcfa/tonne sortie d’usine à Dakar. Résultat pratique de cette sous-évaluation, la tonne présentée au dédouanement payera une TVA de 18% de 7650 Fcfa au lieu des 8730 Fcfa naguère perçus. Il s’établit donc une différence de 1080 Fcfa par tonne dédouanée.

Or la quantité de ciment importée dans notre pays en 2014 était de 1,5 millions de tonnes. Un rapide calcul fait sur cette base donne un manque à gagner pour nos douanes se situant à plus 1,6 milliards par an. En outre, le procédé utilisé permet au ciment importé de concurrencer de manière déloyale la production nationale.

Le dumping sur le ciment est non seulement contraire aux règles communautaires, mais il apparaît aussi comme une sorte de fraude. La douane malienne a donc décidé de maintenir à ses différents cordons la TVA appliquée sur la valeur réelle du ciment importé, soit 48.500 Fcfa. Nos gabelous ont toutes les raisons de maintenir le tarif « orthodoxe ». Il faut savoir que le ciment, en tant que produit communautaire (il est fabriqué au Sénégal et dans d’autres pays de la sous-région) est exempté de toute taxe, à l’exception de la TVA à18%.

80% DES BESOINS ANNUELS. La douane est donc formelle sur cette question. « Le Mali comme tous les pays de la CEDEAO est désormais soumis au TEC (tarif extérieur commun) qui harmonise les frais et les taxes douaniers sur tout le cordon communautaire. Il n’y a donc pas de changement possible sur les taux des taxes appliquées au ciment. Ce dont il est question à notre niveau, c’est la prise en compte de la valeur réelle du produit dans le calcul de la TVA, ni plus, ni moins », a indiqué un douanier spécialiste de la question.

Nos entreprises locales qui ont beaucoup souffert des exonérations accordées aux produits BTP importés se réjouissent de la fermeté affichée par les services de la douane. L’administrateur directeur de Diamond Cement, Ibrahim Dibo, indique que du fait de la concurrence déloyale, son entreprise ne tourne qu’à 30% de sa capacité réelle qui se situe à la production d’un million de tonnes de ciment par an, quantité extensible à 1,4 millions de tonnes.

Concernant le prix pratiqué sur le ciment « made in Mali », Dibo a indiqué que la tonne à l’usine de Dio est cédée à 80.500 tonnes aux grossistes et que ce prix descend à 74.000 Fcfa à l’usine d’Asso situé à Kayes. « Malheureusement, nous avons du mal à écouler nos produits à cause des importations massives et souvent frauduleuses. Quand des camions de 60 tonnes sont déclarés comme des 40 tonnes au cordon douanier, qu’y pouvez-vous ? Pire, la valeur réelle du ciment à l’exportation est sciemment minorée par les usines des pays voisins. Comment peut-on dans telles conditions concurrencer les importateurs ? », s’est-il interrogé en assurant que la production de son usine peut aujourd’hui à elle seule, couvrir 80% des besoins annuels du pays estimés à près 1,8 millions de tonnes de ciment.

Commentant la menace des importateurs d’interrompre leur activité, le producteur local dit compter exploiter l’opportunité qui lui est offerte pour récupérer sa véritable place sur le marché national.

Pour Ibrahim Dibo, il y aura une spéculation habilement orchestrée pour affoler les acheteurs. « Mais, a-t-il indiqué, je rassure les consommateurs. Il n’y aura ni pénurie, ni hausse de prix. Le stock au niveau de Diamond Cement est largement suffisant pour couvrir les besoins actuels du pays. Nous produisons par jour 2000 tonnes de ciment qui est d’ailleurs de meilleure qualité que celle du produit importé. Cette production peut être revue à hausse, puisque notre usine d’Asso a été même obligé d’arrêter sa production faute de ventes suffisantes ».

Pour le moment, on constate dans les points de vente de la capitale un niveau des stocks convenable et des prix stables. Cependant un revirement peut se produire si importateurs et spéculateurs s’allient pour faire croire à une pénurie. Mais si l’on veut préserver la bonne santé de notre industrie nationale, il n’y a pas d’autre choix que celui de rester ferme sur l’option faite par le gouvernement d’organiser le secteur de l’importation du ciment et de faire échec à la pratique du dumping.

En effet, proposer un produit moins cher que celui de ses concurrents n’est pas, en soi, une forme de concurrence déloyale, si le prix de vente de ce produit résulte d’un avantage concurrentiel qui résulte d’un coût de production moins élevé. Mais tel n’est pas le cas du dumping. La distorsion entre les prix ne doit rien aux facteurs de production et elle ne peut être encouragée lorsqu’elle se fait au détriment de l’industrie nationale.

Mais cela est le dernier des soucis que pourraient se donner les importateurs.

 

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