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Mahmoud Dicko, la Minusma et RFI

by sur 16 décembre 2015

C’est une ficelle un peu grosse mais qui marche à tous les coups : la meilleure défense, c’est l’attaque; au lieu de répondre à une accusation, on détourne la question vers une cible facilement acceptable par tous, flattant la fibre nationaliste et la fierté du peuple : la recolonisation par l’occident !

Cela ne règle rien au fond, favorise la suspicion et permet d’éviter de donner des explications.

L’imam Mahmoud Dicko, président (wahhabite) du Haut Conseil Islamique du Malien, mis en cause pour une forme d’apologie du terrorisme après son interprétation des causes de l’attentat du Radisson Blu (une punition de Dieu contre un monde perverti par l’homosexualité), a convoqué samedi dernier une assemblée générale des imams, à la grande mosquée de Bamako.

Devant lesquels il a désigné le vrai satan : l’Occident, la France et la Minusma qui participent à la recolonisation du pays avec RFI diffusant en bambara comme fer de lance…

Pas un mot sur la radicalisation  rampante, sur les intrusions du religieux dans la vie publique, sur la corruption à tous les niveaux (y compris aux plus bas, dans les mosquées) et sur la pauvreté théologique de centaines d’imams autoproclamés… parce qu’ils ont financé la mosquée qu’ils dirigent.

C’est une nouvelle fois la laïcité de la société et la république qui en prend un sacré coup dans un pays de plus en plus gagné par la corruption, le terrorisme et la radicalisation religieuse.

Au point qu’une homme aussi modéré que le cinéaste Souleymane Cissé, dans l’interview donné au début du mois à « Paris Match » dénonce une mafia foncière à l’oeuvre à Bamako et estime « qu’aujourd’hui, chaque famille compte un terroriste « dormant » potentiel en son sein ».

A l’inverse de Chérif Ousmane Madani Haïdara, leader du groupement des leaders spirituels musulmans du Mali et  des Ansardines qui prône d’abord un jihad intérieur proche du soufisme. La thème retenu pour la fête du maouloud 2015 sera « stopper le terrorisme et le radicalisme« .

L’imam Mahmoud DICKO se fâche « Le Mali est en voie de recolonisation »

Abdoulaye Koné – Le Procès Verbal – 15 décembre 2015

Au cours d’un meeting à la grande mosquée de Bamako, le président du Haut Conseil Islamique a pourfendu l’ONU, la France et leurs suppôt maliens qui oeuvrent à la recolonisation de notre pays.

Le Haut Conseil Islamique (HCIM) a organisé, samedi 12 décembre 2015 à la grande mosquée de Bamako, un meeting de d’information et de sensibilisation à l’endroit de ses militants. Les fidèles sont venus remplir la mosquée et ses alentours pour écouter l’imam Mahmoud Dicko, président du HCIM. Ceux qui croyaient qu’il appellerait à la révolte contre le procureur général de Bamako, Daniel Tessougué, auront été déçus: bien que le  magistrat ait, dans le cadre de la lutte antiterroriste, proposé de raser les barbes et qu’il s’en soit pris à l’imam Dicko (sans le nommer), ce dernier a refusé de lui répondre. Le leader du HCIM a préféré concentrer ses tirs sur l’ONU et la France.

« Complot pour recoloniser le Mali »

Pour Dicko, notre pays est victime d’un « complot orquestré par l’Occident », en complicité avec certaines personnes appelées « djihadistes » ou « terroristes ». La déstabilisation du Mali est également soutenue, à l’en croire, par des responsables maliens qui, après avoir divisé les forces vives de la nation, veulent soumettre le Mali à une « recolonisation ».

Aux yeux de Dicko, le Mali est occupé par 12 000 casques bleux et 1400 soldats français. « Personne ne sait quand ces forces quitteront notre pays, s’insurge l’imam. Comment comprendre que ces forces se promènent comme elles le veulent dans tout le Sahel et que nous qui sommes nés là ne puissions pas le faire ? Plus grave, il faut que notre président de la République demande l’autorisation de la MUNISMA ou de la force Barkhane pour se rendre à Gao ou à Tombouctou! ».

Selon l’orateur, le « djihadisme », tel qu’on le vit au Mali, est une pure création de les Occidentaux pour recoloniser notre pays à travers leur présence militaire permanente. « Il ne faut pas qu’ils nous prennent pour des idiots ! Les acteurs choisis pour conduire la recolonisation de notre pays sont devenus de nos jours les détracteurs des religieux maliens, martèle l’imam Dicko. Ils savent que si les Maliens restent soudés, ils n’arriveront jamais à leurs fins: ils nous divisent donc pour mieux régner.

Ils ont créé, dans la foulée, des médias qui, comme RFI, s’en prennent aux  gens qui ne font pas l’affaire de l’Occident. Comme ils savent que les dirigeants africains et maliens ne sont plus écoutés par le peuple, ils ont, depuis quelques mois, créé sur RFI des émissions en Bambara pour s’adresser directement aux populations. Croyez-vous que RFI intègrerait le Bambara dans ses programmes pour le seul amour de cette langue? Non! ».

« Le Mali a tort de se soumettre à l’étranger »

Dicko estime que la présence des forces internationales dans notre pays ne nous honore pas car  ce sont ces mêmes « forces du mal » qui ont été combattues par nos anciens rois et chefs religieux comme  Ahmed Baba,  Samory Touré, Mohamed Lamine Dramé, Firhoun ou Babemba. Le président du HCIM poursuit: « Les Maliens doivent comprendre que ces gens ne visent que leurs seuls intérêts et sont décidés à détruire toute personne, chef religieux ou autre,  qui se met en travers de leur chemin. Malheureusement, notre pays s’est mis à la disposition de la métropole française dont les quatre volontés sont exécutées! ».

Concluant son propos, Dicko appelle les musulmans à éviter les provocations. Selon lui, les bonnes relations entre chrétiens et musulmans sont séculaires au Mali; il ne faut pas laisser à qui que ce soit le loisir de les détériorer.

Chérif Ousmane Madani Haïdara, Guide spirituel des Ançardines à propos de l’attaque du Radisson : « Nous n’allons pas céder à la terreur »

Youssouf Z – Lerepublicainmali – 4 décembre 2015

Après la sensibilisation des fidèles musulmans, lors du Maouloud 2014, sur les méthodes de prévention du virus Ebola, le Groupement des leaders spirituels musulmans du Mali (GLSM), dirigé par Ousmane Chérif Madani Haïdara,VOLERA , lors du Maouloud 2015, au secours des autorités maliennes pour stopper le terroriste et le radicalisme. Pour ce faire des consignes ont été données dans ce sens à toutes les structures de base à Bamako et dans les 8 régions du pays avec comme thème central : « Maouloud facteur de paix et de cohésion sociale ».

En organisant cette fête religieuse, explique le leader de Ançardine, le Groupement des leaders spirituels musulmans du Mali veut donner un signal fort aux extrémistes que « nous n’allons pas céder à la terreur ». Selon le Chérif, la bonne pratique d’un islam pacifique et authentifié est le combat de tous les jours du GLSM. « Nous nous engageons à prendre des dispositions en toutes circonstances pour endiguer la radicalisation de la pratique de l’Islam au Mali ».

Pour échanger avec les journalistes sur l’organisation du Maouloud 2015 et les récentes attaques terroristes dans notre pays, le Président du Groupement des leaders spirituels musulmans du Mali Ousmane Chérif Madani Haïdara, a animé, le jeudi 3 décembre 2015, une conférence de presse à son domicile.

Pour la circonstance, le guide spirituel des ançars était entouré du secrétaire général du GLSM, Maki Bah et de plusieurs membres du groupement. Dans son discours liminaire, le conférencier a d’abord tenu à expliquer que le GLSM est un regroupement d’associations et de structures de tendance Soufi réputé ferme et engagé pour la bonne pratique des préceptes d’un Islam pacifique et tolérant fondé sur les principes du Prophète universel Mohamet (PSL).

« C’est pourquoi le GLSM ne saurait rester inactif face aux menaces terroristes des radicalistes tant sur le plan international que local », a expliqué Ousmane Chérif Madani Haïdara. Selon lui, l’objectif recherché par les extrémistes est de semer la terreur. « Nous n’allons pas céder à la terreur », a dit le conférencier.« L’Islam existe au Mali depuis des siècles. Mais malheureusement, nous assistons aujourd’hui à une autre forme d’islamisation de ce beau pays, le Mali, bâti sur une religion musulmane tolérante, pacifique et forte dans sa diversité culture », a regretté le Chérif.

A l’en croire, c’est pourquoi, ils ont pris des dispositions pour les festivités du Maouloud 2015 pour aider les autorités dans la lutte contre l’extrémisme radical avec comme thème central : « Maouloud facteur de paix et de cohésion sociale ». « L’objectif recherché est d’uniformiser les discours des imams, des Cheick, des moukadam et de tous les leaders religieux pendant cette période de commémoration. Ainsi des sessions de formations sont prévues autour des thèmes d’actualité pour stabiliser le pays et préserver la cohésion sociale et la réconciliation nationale », a expliqué le conférencier.

Interrogé sur la sécurisation du Maouloud 2015, le leader de Ançardine a expliqué que la première sécurité pour un musulman est Dieu. « Au-delà, nous sollicitons une forte implication des autorités à travers la sécurisation accentuée des lieux de commémoration du Maouloud. Des dispositions seront prises pour mieux impliquer les forces de sécurité nationale à titre de mesures préventives. La communauté musulmane des tendances Soufi du Mali, commémoratrice du Maouloud, s’identifiera par son unité et son efficacité d’action vis-à-vis du danger avec une très bonne collaboration des autorités du pays », a ajouté le Chérif avant de dire que le gouvernement doit rapidement mettre de l’ordre dans les prêches au Mali. « Nous ne pouvons pas avoir la paix tant qu’il laissera  le champ libre aux prêcheurs de dire ce qu’ils veulent », a conclu Ousmane Chérif Madani Haïdara.

Religion : Laicité en danger ?

Par Ousmane DEMBELE – 10/12/2015

Aujourd’hui, près de deux Maliens sur trois (65%), pensent que la religion est plus importante qu’elle ne l’était il y a 10 ans. Pourtant, les Maliens n’ont pas une pratique orthodoxe de la religion.

La sortie controversée du procureur général Daniel Tessougué, le 30 novembre dernier, suggérant de « raser les longues barbes » et de « réduire l’impact du religieux dans la gestion des affaires publiques », répondait aux propos tout aussi controversés de l’imam Mahmoud Dicko, qui assimilait l’attentat du Radisson à une « punition divine ». Ces deux déclarations ont choqué et ont aussi ravivé le débat sur l’influence grandissante de l’islam dans la société.

Au Mali, république laïque, où 92 % de la population est musulmane, l’islam a pris depuis quelques années une place dominante. Dans cet environnement particulier, les relations entre État et religion sont souvent entremêlées, et la laïcité malienne n’est plus un repère fixe. « Les leaders religieux maliens, sur la laïcité, font tout de suite un comparatif avec la laïcité française, et ont donc une réaction plutôt négative », explique le Professeur Massa Coulibaly, directeur exécutif du Groupe de recherche en économie appliquée et théorique (GREAT), qui a mené en 2014, une large série d’enquêtes sur les relations entre le religieux et le politique au Mali.

« La loi sur la liberté d’association promulguée après l’indépendance, l’activité de missionnaires wahabites, et autres, l’implication de certains pays étrangers dans le financement de construction de mosquées, dans la formation des jeunes ou l’entraide, ont permis d’attirer plus de gens et d’accroître l’importance de la religion », précise le professeur Coulibaly. Aujourd’hui, près de deux Maliens sur trois (65%), pensent que la religion est plus importante qu’elle ne l’était il y a 10 ans.

Pourtant, les Maliens n’ont pas une pratique orthodoxe de la religion. Des études ont montré que la majorité ne connaît pas les 5 piliers de l’slam et ne lit pas le Coran. « Mais au cours des 10 dernières années, ils ont commencé à s’identifier à des groupes musulmans spécifiques, qui les intégraient plus facilement, qui les prenaient plus en charge, ou encore qui leur semblaient mieux organisés », poursuit le professeur Coulibaly.

Dans le but de fédérer et représenter les différentes tendances de cette société civile musulmane, le Haut conseil islamique (HCI) a été créé en 2002. À cette période, le pays comptait 150 associations islamiques, qui commencèrent à exercer une influence substantielle sur la société. Deux leaders très écoutés sont devenus les porte-voix des musulmans : Mahmoud Dicko, président du HCI, d’obédience wahabite, et Chérif Ousmane Madani Haïdara, vice-président, qui représente l’islam malikite, largement majoritaire au Mali.

Une réponse à l’échec des politiques 

À l’origine de leur influence grandissante, le discrédit des politiques. La pauvreté, le sentiment d’injustice face à la corruption, ou encore la perte de certaines valeurs dans la société malienne, choses que n’a pu changer la classe politique, ont semble-t-il jeté les populations dans les bras des religieux, qui eux, « interviennent dans tous les échelons de la vie quotidienne et répondent de façon concrète aux attentes de la population ». Résultat, selon une étude du GREAT, 63 % des Maliens ont une opinion favorable des leaders religieux, contre 22 % pour les leaders politiques, fortement décriés.

L’exemple de l’adoption par l’Assemblée nationale, le 3 août 2009, d’un nouveau code de la famille jugé progressiste est frappant. Opposé à ce texte, le HCI, mobilisa une foule de 50 000 fidèles dans un stade de la capitale, une démonstration de force accompagnée de fatwas dans certaines mosquées et sur certaines radios, qui fit reculer le président Amadou Toumani Touré (ATT).

Cet épisode semble avoir consacré l’avènement du pouvoir des leaders religieux. Conscients de cette force, ils ont poussé leur avantage jusqu’à obtenir, pendant la transition de 2012, la création d’un ministère des Affaires religieuses et du Culte, une première au Mali. Le portefeuille échoira au Dr Yacouba Traoré, membre du HCI.

L’étape suivante dans la montée de l’influence religieuse a été l’élection présidentielle de 2013. Le mouvement « Sabati », une plate-forme politique créée par le HCI pour, selon ses initiateurs, « influencer certaines décisions » dans la gouvernance du pays, a auditionné plusieurs candidats avant de choisir Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), « le mieux disposé à défendre la cause de l’islam ». Une décision qui a divisé et aiguisé des tensions au sein de l’organisation musulmane.

« On a eu beaucoup de problèmes, lors de la dernière campagne présidentielle. Certains au sein du HCI voulaient obtenir des postes de pouvoir. Ça n’allait pas dans notre sens, ce n’était pas notre volonté. Nous avons défendu le fait que le HCI ne devait pas utiliser les fidèles pour faire élire un politicien. Il faut rester au-dessus de la mêlée », explique Adam Traoré, imam de la mosquée Cheikh Hamad dans la commune VI de Bamako.

Pour ce dernier, cette immixtion de la religion dans la sphère politique pourrait être évitée, en créant par exemple des bureaux d’écoute au sein de l’administration. En attendant, certains leaders religieux disposent de moyens colossaux pour renforcer leur influence, et même de médias, de nombreuses radios, et depuis peu des télévisions créées en toute illégalité, notamment Cherifla TV, et Sunna TV.

Vers une radicalisation ? 

Plus préoccupant, l’étude du GREAT montre que 3 Maliens sur 5 (58%) pensent que l’islam devrait être établi comme religion d’État, et 54% des personnes interrogées seraient favorables à l’application de la charia.

Pour le Pr Coulibaly, il faut nuancer ce dernier résultat, car « cette application de la charia ne concerne pas le code pénal, mais plutôt les questions de mariage, de succession, de droit des femmes », comme l’a montré le vote d’un Code de la famille plus conservateur en 2011.

Plus récemment, les députés ont approuvé, après plus d’un an de reports, une loi instaurant des quotas pour la représentation des femmes dans les instances dirigeantes. Mais ils ne l’ont pas assumé publiquement, à travers un vote à bulletin secret, chose rare à l’Assemblée nationale malienne.

Cela fait penser à bon nombre d’observateurs étrangers que la société malienne est en voie de radicalisation, au moment où des groupes terroristes, qui se revendiquent de l’islam, font planer la menace de l’enrôlement d’une jeunesse sans repères. La multiplication des mosquées, dont certaines permettent des prêches radicaux, renforce cette inquiétude. Des pays voisins, tels que le Sénégal, ont entrepris de fermer les mosquées radicales, alors que d’autres ont interdit des sectes musulmanes, comme la Dawa.

Pour une laïcité plus ouverte 

Au Mali, malgré le maintien d’un ministère chargé des Affaires religieuses et du Culte, dont la tâche est de réguler les affaires religieuses, on ne voit toujours rien venir. « La séparation entre la religion et l’État est un défi majeur, car le religieux a déjà pris trop de place, il a pris trop d’ascendant », explique le professeur Moussa Coulibaly.

« En l’état actuel de nos connaissances de l’opinion publique, je pense que les inquiétudes concernant un « État islamique » au Mali ne sont pas fondées. Mais nous pensons qu’il faut mener une réflexion des relations État-religions et du concept de laïcité dans son héritage colonial. Une laïcité, dans l’avenir, peut-être plus ouverte, qui garantirait un État sans base religieuse, mais aussi la liberté et l’expression de la religion », conclut Coulibaly.

 

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